Climathon, semaine 28 : Nicolas Hulot, inlassable prophète

par le jury du Climathon

Les compétiteurs du climathon ont démontré une fois de plus qu’ils n’avaient pas l’intention de prendre des vacances. Ceux qui craignaient une baisse de régime estivale en sont donc pour leurs frais : le climathon reste au plus haut niveau, et il n’a pas été facile de choisir entre les splendides réalisations offertes.

C’est finalement un vieil habitué du climathon qui, inspiré par le formidable vainqueur de la semaine 25 qu’a été le pape, emporte le titre de cette semaine grâce à une interview dans La CroixNicolas Hulot fait ainsi aujourd’hui son grand retour dans une compétition dont il a déjà dit tout le bien qu’il pensait. Le jury se flagelle à cette excessive espérance intérieure qu’il ne parvient pas à réfréner : que Sa Sainteté Multireligieuse, Omnisachante et Très Morale, daigne à nouveau abaisser Son regard sur nous autres humbles rapporteurs admiratifs des quelques bribes de Sa lumineuse pensée collectés par La Croix à l’occasion de l’indispensable « Sommet des consciences » qu’Il veut bien organiser pour le salut de nos âmes imméritantes :

Les autorités morales qui seront réunies à Paris les 20 et 21 juillet prochains vont nous aider à retracer un chemin dans un monde caractérisé par une profusion de science et un déficit de conscience.

Les exégètes réfléchiront à la question de savoir si, dans Sa bouche, « profusion de science » réfère à la multitude de modèles climatiques annonçant l’Apocalypse que nous autres, méprisables insectes, ne faisons que mériter un peu plus chaque jour.

Conscient de sa responsabilité, et sans verser dans le catastrophisme, le Prophète rapporte ce qu’un Marocain Lui a glissé à l’oreille : « à Paris, vous allez décider de qui va mourir ou non ». L’Envoyé, à jamais au-dessus de la mêlée des vils moucherons que nous sommes, n’hésite pas à préciser :

La technologie nous happe, nous entraîne dans le mouvement, mais on ne sait plus vers quoi. Nous avons besoin de prendre de la hauteur, de nous extraire du bruit de fond de notre société qui ne sait plus discerner l’important du superficiel.

Ces nobles pensées, sans doute trop hautes pour être accessibles au vulgaire, amènent notre Berger à s’élever encore davantage, vers les vraies questions qui comptent, les questions authentiquement réelles et importantes qui doivent nous aider à tenter, avec Son aide, de nous extraire de notre triste condition :

L’homme doit aussi se reposer des questions essentielles. Quel est le sens du progrès ? Où sont les priorités ? L’économie est-elle au service de l’homme ou l’homme est-il au service de l’économie ? L’homme fait-il partie de la nature ?

À ceux qui ne seraient pas encore subjugués par le caractère évidemment indispensable des réflexions hulotiennes, à côté desquelles même les fulgurances d’un Jean-Claude Van Damme paraissent bien ternes, le Messie propose en introduction à Son entretien une vidéo où la lenteur de l’élocution est l’indiscutable marque de la sagesse. Dans cette vidéo l’on trouve notamment asséné ce qui, au vu de l’orientation de l’Éducation nationale et notamment du baccalauréat, pourrait fort bien constituer le sujet de dissertation de philo de l’an prochain :

La planète peut se passer de l’humanité, l’humanité ne peut pas se passer de la planète. Qu’est-ce qu’il y a de plus important que de ne pas trahir nos enfants ?

L’Épître de Nicolas se termine par une petite maxime toute en mesure et en nuance qui lui donne son titre : « Le réchauffement climatique, c’est l’injustice ultime ». Une nouvelle fois, notre vainqueur de la semaine prouve donc sa capacité à relativiser les enjeux, tout autant que sa conscience aigüe des malheurs de ce monde.

Les conditions de la victoire de Nicolas Hulot ont donné au jury l’occasion de préciser un élément de jurisprudence suite à une QPC (Question Préalable de Climathonicité) : en suçant ainsi la roue du pape, le vainqueur de cette semaine ne s’est-il pas mis de fait hors-jeu ? Voici la réponse du Conseil Climathonique :

Considérant que seule la victoire et belle et que le climathon a pour seules règles « citius, altius, fortius » et « no limit », c’est à bon droit qu’un compétiteur peut choisir de se placer dans la continuité, le prolongement direct, voire l’inspiration servile d’un vainqueur antérieur. C’est en effet aussi en se faisant géants sur des épaules de géants que les compétiteurs donnent au climathon sa pleine mesure.

La mièvrerie sous-intellectuelle enrobée de moraline du vainqueur de la semaine est donc pleinement validée. Les catholiques ancipenseurs qui n’insenventrent pas encore l’encyclique Laudato Si et son instrumentalisation grossière sa réinterprétation audacieuse de leur religion sont invités à demander au plus vite l’assistance secourable du Ministère de la Vérité.

Les accessits de la semaine

Les artistes ne pouvaient rester insensibles au fléau climatique, ils s’attellent donc à leur tour à la lourde tâche de la mobilisation des consciences. Gad Weil, multirécidiviste de la conception d’événements citoyens à Paris, s’est inspiré de l’esprit biblique qui souffle sur le championnat d’été pour concevoir une vaste arche de Noé contenant 140 représentations animales, chacune de 2,6 m de long sur 2,15 de haut, qui va partir à la rencontre des Français durant l’automne avant une arrivée dans la capitale, qu’on imagine triomphale, par la Seine. Le symbole est particulièrement léger, tout à fait en ligne avec l’hyperréalisme soviétique dans lequel cette œuvre s’inscrit :

dans l’arche de Noé biblique, hommes et animaux sont confrontés au déluge ; avec cette arche XXI, c’est au réchauffement climatique que notre bestiaire appelle à résister.

Bien sûr, compte-tenu du caractère religieux moral de l’affaire, son financement ne saurait être que vertueux. On apprend ainsi que cet événement est financé grâce à une « logique d’économie circulaire alliant les organismes publics, les collectivités et les entreprises de toute dimension ». On n’en saura hélas pas plus sur cette ingénierie financière innovante, et c’est bien dommage, tant les montages et recyclages d’argent sont, comme chacun sait, toujours à la hauteur des annonces. Pour cet accessit enfin, petit salut amical à Ségolène Royal, qui semble s’être remise de son faux-pas nutellien de la semaine 25 : la dame patronnesse de l’événement voit dans celui-ci « un mouvement festif et populaire qui va donner un élan à la mobilisation de la société civile ».

L’élèvation sprituelle, décidément l’élément le plus marquant des dernières semaines du climathon, a donné l’occasion à Jean-Louis Étienne, « explorateur spécialiste des changements climatiques » selon RTL, de s’illustrer lui aussi en profitant des températures élevées de ce début d’été de la terrible canicule alerte orange qui a ravagé le pays en semant misère et désolation partout pour lancer le concept de changement climatique « lancinant« , tout en rassurant le bon peuple sur le bide annoncé de la conférence Paris Climat de décembre les efforts de tous pour faire de la COP21 un succès dans le monde tout joli que les gentils gouvernements nous préparent :

Même si le message à Paris n’est pas enthousiasmant, espérons qu’il va y avoir des solutions claires d’encouragement. N’oublions pas que nous sommes chacun un acteur du climat. Si l’ensemble des habitants de la planète prend ses responsabilité, il y aura des solutions.

En plus de cette naïveté confondante ce bel optimisme entraînant, Jean-Louis Étienne ne dédaigne pas d’utiliser son expérience de navigateur pour faire passer un mensonge particulièrement éhonté sur la fonte de l’Antarctique, mensonge qui lui vaut les encouragements du jury pour la suite de la compétition :

J’ai fréquenté et je fréquente toujours les régions polaires, conclut Jean-Louis Étienne. C’est la glace qui trinque. (…) J’ai traversé l’Antarctique en 1989, les 600 premiers kilomètres ont aujourd’hui disparu.

Précisons que les caractères gras sont dans l’original : un mensonge n’est jamais si vrai que lorsqu’il est asséné.

Parallèlement, la route du ridicule continue à être vaillamment suivie par des compétiteurs eux aussi soucieux de la haute tenue de la compétition. Ainsi, conscients de leur écrasante responsabilité, les maître-queux des 530 Relais & Châteaux ont signé en grande pompe un Manifeste pour réduire l’impact de la consommation alimentaire sur le climat. Au menu, une « cuisine légère en gaz à effet de serre », qui nous titille d’avance les papilles et permettra peut-être d’éviter le désastre culinaire qui avait fait l’objet d’une victoire en semaine 16.

Le ridicule a aussi brillamment été atteint, là aussi probablement de façon involontaire, par Hervé le Treut dans L’Humanité. Celui qui est l’un de nos climatologues d’état les plus respectés a en effet, dans l’une de ses sorties occasionnelles dont il a le secret, expliqué ceci :

C’est bien sûr aux citoyens, aux élus de prendre des décisions. La science est seulement là pour les éclairer. Mais elle est nécessaire : sans elle, on ne saurait même pas que la planète se réchauffe.

On ne remerciera jamais assez la climatologie de nous mettre au courant des choses dont il faut avoir peur : sans elle, si ça se trouve, on parlerait bêtement d’autre chose que du temps qu’il fait.

Autre accessit récompensant le ridicule : un quotidien quelque peu confidentiel mais toujours méritant appelé Libération publie une tribune de ces grandes personnalités politiques françaises que sont Cécile Duflot et Pascal Canfin. Ces phares de la pensée ont eu l’idée originale de proposer d' »Inscrire la lutte contre le dérèglement climatique dans la Constitution« . Motif :

Il s’agit là de signifier que le souci de l’écologie n’est pas une mode ou une simple conjoncture, mais bel et bien au XXIe siècle une condition indépassable du projet républicain et de notre vivre ensemble dans un monde en paix.

Vient ensuite un passage particulièrement puissant qui montre que la mode du pipotron n’est pas morte :

L’horizon écologique, parce qu’il reformule l’intérêt général, est bien la jouvence du combat républicain. En somme, l’actualité de la République est écologique, comme l’avenir de l’écologie est républicain.

Aussitôt après, la boule de cristal de nos deux pipoteurs signataires se met en marche :

Des conservateurs des deux rives ne manqueront pas de crier au loup pour plaider l’immobilisme mais nous ne doutons pas un instant que le plus grand nombre adhérera à cette idée.

La boule de cristal du jury du climathon, quant à elle, soupçonne plutôt que le plus grand nombre n’en aura strictement rien à carrer de cette « idée » sera peut-être dépassé par l’audace de la proposition. Mais rien n’est sûr.

Ridicule toujours avec Science et avenir, que l’on voit trop peu au climathon mais qui se fend cette semaine d’un bel article intitulé « Un lézard change de sexe pour faire face à la canicule« , opportunément publié au moment de la chaleur de ces jours derniers (vous savez bien, cette canicule de début juillet et son cortège de terribles désolations qui a laissé le pays en ruines). L’article n’a rien à voir avec la canicule mais en parle dans son titre. Il n’a pas davantage à voir avec le changement climatique mais le place quand même à la fin… belle effort, donc. Continuez, vous êtes sur la bonne voie.

Au sujet de la Terrible Canicule qui a semé la mort partout, le jury décerne un accessit d’ensemble à tous ceux qui ont complaisamment posé la question d’un lien avec le Réchauffement Climatique. Le raisonnement, masqué ou explicite, tient en deux implications : réchauffement implique plus de canicules (qui l’eût cru ?), plus de canicules implique que l’homme est coupable (ceux qui doutent sont invités à relire l’Apocalypse selon St Jean). Un grand bravo, en particulier, à Jean Jouzel (qu’on ne présente plus), et à François de Rugy (qu’on ne présentera pas).

En semaine 25, le jury avait eu le plaisir d’évoquer le lancement d’Opération climat par la chaîne de télévision Arte. Le jury est heureux de constater l’avancement de ce « projet poétique et combatif », illustré par trois vidéos de très haute tenue mises en ligne cette semaine, où il est question de gros sorbets ramollis qui noient une piscine, d’une randonnée à vélo Berlin-Copenhague menacée par le changement climatique et de gens de la forêt. NB : Le jury décline toute responsabilité en cas d’énervement de spectateurs insuffisamment préparés à recevoir une forte dose de bêtise et de bons sentiments.

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