Jean Jouzel, l’homme traqué par le prix Nobel

Mise à jour (22 janvier 2015) : lire ici la réponse de Jean Jouzel.

Avertissement : Le présent article peut être librement reproduit ailleurs, aux trois conditions suivantes : 1) en mentionner la source (https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/2015/01/14/jean-jouzel-lhomme-traque-par-le-prix-nobel/) ; 2) s’engager à reproduire aussi son éventuelle réponse de façon diligente et loyale (comme je me suis engagé à le faire moi-même auprès de Jean Jouzel, de qui j’ai sollicité une réponse) ; 3) ne pas modifier, tronquer ou ajouter quoi que ce soit à cet article (en particulier, le présent avertissement fait partie intégrante de l’article, et doit donc figurer dans toute republication).

En général, les scientifiques courent après le prix Nobel. Pour Jean Jouzel, le vice-président du groupe scientifique du GIEC, c’est le contraire : c’est le prix Nobel qui le poursuit.

Pour l’instant, l’homme n’a pas encore été vraiment rattrapé par le prix. La recherche du mot « Jouzel » sur le site officiel du prix Nobel renvoit en effet un cinglant :

The query « Jouzel » did not match any documents

D’accord, vous allez me rétorquer que quand on cherche « Rittaud » sur ce même site, le résultat est identique. Certes. Sauf que personne n’a encore prétendu que « Rittaud » avait eu quelque Nobel que ce soit. Avec « Jouzel », en revanche, le Nobel est partout.

Sur sa page Wikipédia, par exemple (version du 13 décembre 2014 à 16h25), à deux reprises.

JouzelWikipedia1

JouzelWikipedia2

Il se trouve que le prix Nobel de la paix a été attribué en 2007 au GIEC (ainsi qu’à Al Gore), dont Jean Jouzel est l’un des vice-présidents. Modeste, ce dernier a ainsi expliqué en octobre 2007 à LCI qu’il avait « droit à un petit bout du Nobel ». En réalité, même microscopique, aucun morceau de Nobel ne lui appartient. Comme l’erreur s’est propagée à propos de plusieurs membres du GIEC, le GIEC lui-même a fini par faire une mise au point explicite dans une note (en anglais) du 2 novembre 2012, dont voici la traduction du passage le plus important :

Le prix [Nobel] a été attribué au GIEC en tant qu’organisation, et non à quelque personne que ce soit qui lui est associée. Il est donc incorrect d’indiquer qu’un officiel du GIEC, ou un scientifique qui a travaillé sur les rapports du GIEC, serait un lauréat du prix Nobel, ou un gagnant du prix Nobel. Une formulation correcte pour désigner un scientifique qui a été impliqué dans l’AR4 ou un rapport antérieur du GIEC est la suivante : « X a contribué aux rapports du GIEC, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2007. »

Jean Jouzel n’a sans doute pas commis volontairement son erreur sur LCI, et il n’a peut-être rien à voir avec les rédacteurs de sa page Wikipédia. Le problème, c’est que Wikipédia n’est pas le seul à propager encore et toujours cette erreur. Dernier exemple en date, Morlaix Communauté, qui annonce ainsi la conférence que Jean Jouzel y fera ce jeudi 15 :

JouzelMorlaix

Contacté par mes soins, Morlaix Communauté m’a indiqué que l’erreur serait rectifiée en introduction à la conférence. Bravo pour leur honnêteté, donc. (Le jury du climathon me souffle qu’en faisant ainsi amende honorable, ils perdent leur place de vainqueur pressenti pour la semaine 3.) Mais s’il me fallait contacter de même tous ceux qui propagent l’erreur, j’y passerais mes journées. Nous avons en effet…

sa biographie sur Futura Sciences :

JouzelFuturaSciences

sa présentation sur Canal Académie (un magazine créé au nom de l’Académie des sciences morales et politique) :

JouzelCanalAcademie

sa biographie sur le site de France Inter (datée d’octobre 2014) :

JouzelFranceInter

une interview au Télégramme datée du 26 novembre 2012 (soit trois semaines à peine après la mise au point du GIEC) :

JouzelTelegramme

Et il y a quantité d’autres exemples, tant en France qu’à l’étranger. Le plus drôle est sans doute celui… de la Nobel Academy (qui n’est par ailleurs même pas fichue de mettre la bonne année !…), le 30 septembre 2014 :

JouzelNobelAcademy

Malheureux Jean Jouzel, décidément poursuivi par un prix à qui il n’a rien fait !

Comme la mise au point du GIEC n’a pas suffi, je suggère humblement à Jean Jouzel d’ajouter quelques lignes à son CV (par exemple sur sa page du LSCE). Pour l’aider à se libérer enfin de cette traque dont il est victime de la part du prix Nobel, il pourrait écrire quelque chose comme ça :

Je lis souvent ici ou là que je serais titulaire du prix Nobel de la paix. En réalité, cet honneur n’échoit qu’au seul GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont je ne suis que l’un des vice-présidents. Je suis très fier d’avoir apporté ma pierre aux travaux du GIEC, et tout autant que ce dernier se soit vu ainsi récompensé, mais il n’en demeure pas moins incorrect de dire que je serais lauréat (ou co-lauréat) du prix Nobel.

Jean Jouzel pourrait aussi modifier (ou faire modifier) sa page Wikipédia (sans doute beaucoup plus lue que son CV sur la page du LSCE…), et quelques sites parmi les plus importants qui répercutent cette erreur. Sans cela, il est à craindre que le harcèlement continue.

Enfin, il devrait aussi se méfier des conséquences que ce harcèlement pourrait avoir, au-delà de la simple blessure à sa modestie naturelle. Imaginons en effet qu’un esprit malveillant ait l’idée d’aller lire l’article 433-17 alinéa 1 du Code pénal. Il y trouverait ceci :

L’usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession réglementée par l’autorité publique ou d’un diplôme officiel ou d’une qualité dont les conditions d’attribution sont fixées par l’autorité publique est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Notre esprit malveillant pourrait se dire (sans aller jusqu’à parler de prison ou d’amende, soyons très clairs là-dessus), que si un tel article figure dans le Code pénal, c’est p’têt que l’usurpation de titre, c’est mal.

Et allez savoir si, plutôt que d’accuser le prix Nobel qui poursuit un malheureux scientifique de ses assiduités, un esprit malveillant (et sournois) ne se dirait pas que c’est p’têt Jean Jouzel lui-même qui affirme, ou laisse affirmer, qu’il a effectivement eu le prix ! Les esprits malveillants sont vraiment capables de tout.

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7 réflexions au sujet de « Jean Jouzel, l’homme traqué par le prix Nobel »

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