Un épisode de peur exponentielle frappe 15 364 scientifiques

2ème mise à jour (14/11 à 14h06 UTC/GMT+1) : Nouvelle réplique, qui s’est produite cette fois du côté d’@rret sur images, par la voix de Daniel Schneidermann, qui se distingue par un « point Godwin assumé » (l’appel est rapproché de l’annonce de l’existence des chambres à gaz en 1942 passée inaperçue). Davantage qu’ailleurs, les témoignages dans les commentaires s’orientent vers une dénonciation du Grand Méchant Marché.

URGENT – Mise à jour du 14/11 à 09h00 (UTC/GMT+1) : Deux répliques d’intensités inégales viennent d’être enregistrés par les instruments de mesure. La première, pratiquement identique à l’originale, s’est produite dans Le Figaro. La seconde, classée dans la catégorie « répliquounette », concerne Stéphane Foucart dans le Journalderéférence. Les spécialistes redoutent une troisième réplique dans Libération, qui pourrait s’avérer particulièrement sévère. Voir nos précisions en fin d’article.

 

Il est hélas courant que pendant la saison des conférences mondiales sur le climat (les fameuses COP) certaines populations soient brutalement frappées par des bouffées d’angoisses aussi soudaines qu’irrationnelles. Les radars les détectent par la manifestation de deux éléments caractéristiques : une peur exponentielle prononcée, accompagnée de vibrants « appels à l’action ».

Déjà annoncée comme à risques par les meilleurs spécialistes, la saison 2017 vient de payer un lourd tribut à ces événements récurrents et tragiques : quinze mille trois cent soixante quatre scientifiques ont été victimes de l’épisode particulièrement violent qui vient de se produire. Ces malheureux ont été emportés par un « cri d’alarme » dont les poncifs les plus éculés ont semé une véritable désolation intellectuelle dans un journal du soir réputé. L’ampleur du désastre fait craindre une ou plusieurs répliques dans les prochains jours.

Voici un premier point sur la situation, suivi de nos conseils pour rester à l’abri.

L’épisode qui vient d’avoir lieu est exceptionnel par son ampleur. Le « Cri d’alarme de quinze mille scientifiques sur l’état de la planète » a, comme toujours en pareil cas, été propagé par le Journalderéférence, au sein de sa rubrique « Planète », foyer bien connu de ce type d’événement.

Faut-il céder à l’alarmisme ?

Non, bien sûr. Chez les spécialistes, c’est plutôt la consternation navrée la lucidité vigilante qui domine. La science est encore balbutiante, et malgré quelques travaux récents, il n’existe pas de relevés exhaustifs et fiables sur les épisodes comparables du passé. Il est donc prématuré d’affirmer que nous vivrions un drame inédit, même s’il va de soi que nous nous devons de tout mettre en œuvre pour venir en aide aux victimes et leur permettre de retrouver le plus vite possible une vie normale.

D’autres saisons de COP ont été ravageuses. Pour nous en tenir au passé récent, l’année 2015 (celle de l’Accord de Paris sur le Climat) est tristement restée dans les mémoires pour avoir été extrêmement virulente en termes d’appels à l’action contre l’exponentielle climatique : Appel des consciencesAppel des ONG, Appel mondial des femmes pour la justice climatique, Appel de 36 lauréats du prix Nobel, Appel à stopper les crimes climatiquesAppel de Bordeaux des collectivités territoriales, sans oublier l’appel des maître-queux des Relais & Châteaux qui a tout particulièrement marqué les mémoires.

Certains segments de population semblent plus régulièrement frappés par le phénomène. C’est d’ailleurs le cas dans le « Cri d’alarme » d’aujourd’hui, où une corrélation a pu être mise en évidence avec les victimes de l’Avertissement des scientifiques à l’humanité de 1992.

Comment se protéger

Venons-en à quelques règles de base pour éviter à tout un chacun de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment lorsque ce type d’événement se produit. Tout d’abord, scruter les deux grands volets traditionnels de la peur exponentielle, déjà mis au jour par les conteurs orientaux de l’époque médiévale qui avaient noté qu’on pouvait doubler sur l’échiquier soit des grains soient des dirhams. Ces volets sont la démographie (les grains) et l’économie (les dirhams). Dans le « Cri d’alarme » de 2017, les deux éléments se manifestent dans toute leur puissance ravageuse à plusieurs endroits, dont celui-ci qui présente l’avantage de les grouper :

En échouant à limiter adéquatement la croissance de la population, à réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance (…), l’humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger.

Comme il est constaté depuis Malthus, la peur exponentielle démographique produit un effet maximal lorsqu’elle cible des pauvres pas vraiment de chez nous certaines populations spécifiques :

réduire encore le taux de fécondité en faisant en sorte qu’hommes et femmes aient accès à l’éducation et à des services de planning familial, particulièrement dans les régions où ces services manquent encore ;

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Tout appel fondé sur la peur exponentielle contient l’évocation d’un tipping point, qui place l’humanité perpétuellement à deux doigts de l’instant où la catastrophe ne pourra plus être arrêtée. Celui qui sert de titre au « Cri » rapporté par le Journalderéférence nous explique sobrement :

Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec, car le temps presse.

Ce qui permet de parler de tipping point dans l’élaboration d’une peur exponentielle est, comme on le sait aussi, la focalisation sur le caractère limité des ressources, qui permet de faire de notre monde supposé fini un monde désormais étroit :

Dans leur manifeste [de 1992], les signataires montraient que les êtres humains se trouvaient sur une trajectoire de collision avec le monde naturel. (…) Ils soulignaient que nous nous rapprochions rapidement des limites de ce que la biosphère est capable de tolérer sans dommages graves et irréversibles.

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Pour démontrer que tout est foutu qu’on va tous mourir qu’il faut absolument faire quelque chose, rien de tel que quelques courbes. Curieusement, celles-ci ont épargné le Journalderéférence (dont le lecteur est peut-être supposé trop crétin pour les comprendre), mais on les trouve sur la publication originale du Cri du jour. On signalera notamment celle sur l’évolution de la surface des forêts, avec son échelle des ordonnées soigneusement choisie pour maximiser l’impression de chute vertigineuse :

TotalForest

Évidemment, quand on prend une échelle moins arbitraire en ordonnée et qu’on évite de contracter les abscisses vers la droite, la chute impressionne déjà moins…

ForetsVraieEchelle

Enfin, la forme la plus courante aujourd’hui revêtue par la peur exponentielle conduit logiquement à l’habiller de ses atours climatiques. Cet aspect est aujourd’hui suffisamment rebattu identifié pour qu’il ne soit heureusement plus nécessaire de trop insister dessus, les citoyens semblant avoir parfaitement compris comment s’en protéger

Particulièrement troublante est la trajectoire actuelle d’un changement climatique potentiellement catastrophique, dû à l’augmentation du volume de GES dégagés par le brûlage de combustibles fossiles, la déforestation et la production agricole

Triste cas d’école, donc, que l’on devrait voir se reproduire lors du prochain Barnum climatique de la grande réunion de décembre à Paris organisée par notre Président bien-aimé.

Pour ceux qui craindraient d’être emportés par le prochain épisode, ou qui auraient des proches vivant en zone à risque, rappelons que la prévention la plus efficace connue à ce jour reste l’usage permanent et intensif de l’esprit critique. (Pour vous aider, notez la journée des climato-réalistes qui se déroulera le 7 décembre à Paris.)

Pour finir sur une note plus optimiste, rappelons que, bien que foudroyants et souvent spectaculaires par leur bêtise force de conviction, les épisodes d’appels contre l’exponentielle ne durent en général pas plus de quelques jours. Mieux : à de rares exceptions près, ils disparaissent comme ils sont venus, et la plupart des victimes de ces catastrophes naturelles retrouve même assez vite une activité normale après la saison des COP. On ne peut que souhaiter qu’il en ira de même cette fois-ci.

Mise à jour du 14/11 à 09h00 (UTC/GMT+1) :

  • La réplique dans Le Figaro n’est pas une surprise, même si elle surprend par ses caractéristiques quasi-identiques à la secousse initiale. Les réactions à ce copier-coller cet autre article montrent que la population locale a souffert presqu’autant que celle du Journalderéférence de peur démographique exponentielle.
  • Sur la répliquounette qui s’est produite dans le Journalderéférence : nous avons cette fois affaire à un papier dans lequel Stéphane Foucart répond à des questions de lecteurs eux aussi victimes de la peur exponentielle, qui les a frappés selon des modalités diverses, dont l’anti-occidentalisme, l’anti-Trumpisme (ou l’anti-Poutinisme) primaire et le décroissancisme, pour ne citer que les principaux. Pour sa part, le journaliste applaudit son propre journal, et plus généralement les médias, qui « s’engagent de plus en plus ». La situation semble revenir sous contrôle.
  • Pas encore de réplique observée du côté de Libération, qui n’en a pas moins été déclaré « secteur de surveillance maximale ». Les spécialistes craignent en effet le pire pour cette zone, où les populations sont particulièrement vulnérables aux peurs exponentielles.
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24 réflexions au sujet de « Un épisode de peur exponentielle frappe 15 364 scientifiques »

  1. En l’an 200, le théologien et moraliste chrétien Tertullien écrivait déjà : « Nous sommes un poids pour le monde, les ressources suffisent à peine à combler nos besoins, lesquels exigent de grands efforts de notre part, sans compter les plaintes qui viennent de partout, alors que la nature ne parvient déjà plus à nous nourrir. »

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  2. Question, sans doute naïve d’un « hérétique » : Parle t on de déforestation « brute », ou « nette »n sachant que des gentils pensent parfois à reforester ou au moins replanter ?
    Et une dernière pour la route, promis :L’étude de la NASA montrant un reverdissement de la Planète (à cause en grande partie du satanique CO2, et donc une pas si bonne nouvelle que cela) entre 1980 et 2015 est-elle une « Fake news » ?

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  3. Coucou,
    Votre texte est rigolo, mais croyez vous que cet appel à un rapport avec la peur exponentielle ?

    C’est une accroche journalistique. le sensationnel fait vendre, ce n’est pas nouveau.

    On peut s’interroger sur notre mode de vie, mais avons nous vraiment besoin de la caution de quelques scientifiques ?

    Quel est le lien entre la bouffonerie climatique et cet appel ?
    C’est quoi l’inverse de l’exponentielle , quand tous les paumés du climat devront croire en un autre dieu ? Je ne me fais pas de soucis pour les chefs, sauf s’ils ont quelques difficultés à raconter une autre histoire …

    inventer une nouvelle nouvelle verité vraie, en attendant la prochaine.
    Mon fils de 6 ans me demande ce qu’il y a après l’univers, si on peut compter jusqu’à l’infini?

    That is the question, ou s’arrete l’infini ? l’exponentielle ?

    On en a jamais ete aussi prés, disent les 15000

    Oui, mais moins 1 saut de lapin disait l’asymptote.

    Bonne journée

    Stéphane

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  4. Répliques : ils ne disent pas tous la même chose…
    Dans Le Point du 9 novembre, en page 20, un petit article dans la page « Sciences » sous le titre « Pantalonnade climatique » commence ainsi :
    « On s’aperçoit enfin que l’accord de Paris sur le climat de 2015 ne reposait que sur du vent. »
    Tiens, tiens, serait-ce le début d’une évolution ?

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  5. Je ne comprends pas que l’on plaisante sur le sujet. Ces 15 000 « scientifiques » ont raison : la situation est dramatique. Leur carrière et leurs financements reposent exclusivement sur l’existence d’une grande cause à défendre et donc à médiatiser. Imaginons un instant que sous l’impulsion de Trump (pseudo Satan) le monde s’aperçoive que l’histoire du réchauffement climatique n’est qu’une farce sinistre. Mais ils se retrouveraient au chômage, ou pire, à devoir se (re)mettre à faire de la science, peut-être même à retourner sur les bancs de l’université pour réapprendre les bases de physiques qu’ils ont enfouies sous une épaisse couche de sensationalisme et de clientélisme envers les politicards qui les financent ! Un drame à l’échelle mondiale, qu’il faut à tout prix éviter. Pour cela rien de mieux que de maintenir le peuple dans ses peurs et son ignorance.

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  6. Deux réflexions :

    Sur les 15 364:
    Le 2 juin dernier, c’était l’anniversaire de l’appel de Heidelberg (4 000+ scientifiques, 70 prix Nobel). Pèse-t-il moins que le manifeste repris par Le Monde? Peut-être la pétition Orégon (31 478 signataires) a-t-elle une meilleure chance de supporter la comparaison ? Bien sûr, il faudrait pondérer les crédibilités. Le 12 août 2009 50 gros calibres de l’American Physical Society écrivaient une lettre ouverte avant qu’une partie d’entre eux démissionne de l’organisation. Méritaient-ils que la rédaction du Monde s’y intéresse ? Il semble que les quantités absolues aient toujours l’avantage. On entend régulièrement que la Chine émet plus de 10 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère par an. Impressionnant… jusqu’à ce qu’un enfant pose la question : est-ce que c’est beaucoup ? D’après Wikipédia, la masse de l’atmosphère est de 5 millions de milliards de tonnes…

    Sur le retournement des thèses
    Michel Houellebecq est présenté comme le roi du déguisement de la pensée… à tel point que ceux qui l’ont adoré puissent le haïr plus tard, et vice-versa. Cela me fait penser que cet article du Monde, au nième degré, n’est pas si mal… Je crois que les carboréalistes devraient même enfoncer le clou. Résumé : le changement climatique est effroyable – les éoliennes et autres gadgets écolos ne sont que d’une efficacité marginale* sinon négative – il faut castrer sans hésiter tous les asiatiques et les africains – augmenter les impôts de 80% et embaucher 300 000 contrôleurs de CO2 de quartier – manger du rutabaga uniquement, en quantité minimale régulée par des tickets de rationnement – aller beaucoup plus loin s’il le faut… – etc. – etc. Jusqu’à ce que l’exponentielle se rapproche du soleil et se détruise par carbonisation. Bref, aidons le système à basculer.
    * on ne rappelle jamais assez que le témoignage de John Christy devant la cour des Etats Unis, non réfutée par l’expert de la partie adverse James Hansen, a clairement démontré l’inefficacité des mesures imposées par les politiques.

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    • Attention !
      Manger du rutabaga peut conduire à des éructations et des flatulences de CH4, gaz 24 fois plus satanique (ou même plus, on s’en f***) que le CO2…

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  7. Mauvaise nouvelle : l’onde de choc a frappé le journal SudOuest.
    D’après un article consacré à  » l’appel sans précédent de 15000 scientifiques » les forêts ont perdu 1,2 milliard de km² , soit plus de deux fois la surface du globe.
    Frappé mais pas abattu.

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  8. Entendu ce matin (ou hier ?), interview d’une « militante » . En substance : La France est en retard pour l’application de l’Accord de Paris, car en retard pour les développement des ENR(i) »
    Tout est dit, et vive les coupures de courant (à venir).

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  9. Pour en revenir à la démographie. C’est comme pour l’eau, je m’explique : Ce n’est pas tant l’accroissement de la population, mais son accroissement dans des pays pauvres, dans des zones urbaines anarchiquement gonflées, et dans des régions soumises, naturellement à des événements météo extrêmes. Conséquence : problème de développement de santé, d’éducation et « exposition » aux risques naturels qui se transforment la plupart du temps en « catastrophes ».
    Pour l’eau, ce n’est pas la quantité d’eau globalement disponible sur la Terre qui pose problème, mais l’accès à l’eau potable ou au moins compatible avec l’irrigation, et à l’assainissement, les deux étant cruciaux.
    Comme par hasard, ce sont les populations concentrées dans des monstres urbains, dans des pays tropicaux, et « de préférence » en bord de mer ou près des côtes qui vont subir ces doubles, triples, bref multiples « peines ».
    Mais comme le dit h16, quand on ne sait/veut/peut pas régler les problèmes de pauvreté, c’est plus « facile » de tenir des discours malthusiens.

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    • Je viens d’écouter Y Calvi sur Cnews; Hervé Le Braz (comme beaucoup de « vrais » démographes que j’ai entendus ces derniers jours) essayait de remettre un peu de science (et même de bon sens) au milieu de la crise de malthusianisme hystérique qu’on nous inflige depuis quelques jours. Cela faisait du bien, mais ne diminue pas les inquiétudes qu’on peut avoir sur les évoluions sociétales qui semblent s’accélérer et qui pourraient détruire tout ce qu’on a construit dans le sillage des Lumières.

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  10. Ping : Comment a évolué le monde depuis 1992 | Mythes, Mancies & Mathématiques

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