Climathon, semaine 22 : aux Grands hommes le climat reconnaissant

Par le jury du Climathon (Benoît Rittaud, MisO, Murps & Yanarthus)

«’Sont quatre » nous a textuellement dit (deux fois) le président de la République, qui montre ainsi qu’il les a correctement dénombrés. Les quatre en question sont, bien sûr, les panthéonisées de la semaine dernière (Pierre Brossolette, Genevière de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay). La solennité de la cérémonie a fourni à François Hollande l’occasion de renforcer une nouvelle fois son statut de grand favori de la compétition de propagande climatique en s’imposant aux forceps lors de cette semaine 22. À l’occasion de son discours, notre vainqueur est en effet parvenu à suggérer que, aujourd’hui, les quatre grandes figures de la Résistance française honorées ce 27 mai militeraient certainement pour une réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. Cet enrôlement forcé des héros de la France Libre pour la cause climatique à lieu à la 34è minute :

L’indifférence, voilà l’ennemi contemporain. L’indifférence face au fanatisme, au racisme, à l’antisémitisme, indifférence face aux injustices, aux inégalités, aux indécences, face aux catastrophes, au désordre climatique, à l’épuisement de notre planète. Face à l’indifférence, chaque génération a un devoir de vigilance, de résistance et chaque individu a le choix d’agir.

Climatosceptiques, sachez-le : vous êtes des collabos, vous appartenez à la même catégorie infâme que celle des fanatiques et des racistes. Voilà qui est à présent dit à la face de la Nation toute entière. Du fond de leur tombeau, les mânes des Grands hommes vous désignent comme coupables.

Avec cette nouvelle victoire, François Hollande semble de plus en plus près de tuer la compétition. Jamais en retard d’une idée pour promouvoir la COP21 de Paris en décembre, il semble définitivement installé au pinacle du climathon.

Les accessits de la semaine

Le principal rival de François Hollande, Jean Jouzel, impose sa présence dans les accessits grâce à une interview dans La République des Pyrénées qui condense toutes les facilités du genre. Nous y apprenons ainsi dès le début que « 2014 est l’année la plus chaude observée depuis 150 ans, malgré son été pourri. ». Deux abus scientifiques en une seule (courte) phrase : il faut le faire. Bravo au vice-président du groupe scientifique du GIEC d’avoir habilement passé sous silence le fait qu’il n’est pas clair du tout que 2014 a été l’année la plus chaude (même si elle l’a été, c’est de fort peu), et d’avoir mélangé une donnée globale à l’ « été pourri » franco-français. Bravo aussi à Jean Jouzel pour avoir expliqué que la conséquence principale du réchauffement est « l’élèvation du niveau de la mer », lâchant le terrible chiffre de 20 centimètres de hausse au XXè siècle à un lecteur que l’on imagine affolé (mais qui se demandera peut-être pourquoi le Déluge n’a pas déjà eu lieu). Si l’on comprend, bien sûr, que l’interview ne se soit pas trop appesantie sur l’étrange exploit de la société industrielle à peine naissante du début du siècle dernier, qui a réussi avec pratiquement zéro automobiles à lancer la hausse des océans sur un tel rythme (les esprits tordus pourraient s’imaginer que l’élévation du niveau de l’Océan serait sans lien avec l’activité humaine), l’on s’interroge davantage en revanche sur le fait que l’interview ne mentionne pas d’accélération de la hausse du niveau des mers depuis le début du XXè siècle. Bon, d’accord, cette accélération ne se voit nulle part, mais tout de même : pour faire peur, ça marche, ça, d’habitude.

Alors que Jean Jouzel offrait aux lecteurs du Sud-Ouest le frisson de la peur de sécheresses, de canicules et de rendements agricoles décroissants, son successeur à la tête de l’IPSL, Hervé Le Treut, officiait lui du côté du Sud-Est, où il est allé vendre auprès de Nice-Matin la crainte de violentes inondations futures, causées par ce que nous savons. En bon scientifique qui ne se permet pas d’incursion dans le domaine de la politique ou des projets de société, il se borne à affirmer laconiquement que, en toute simplicité, « il faut arriver à changer de civilisation d’ici la fin du siècle ». Pour faire bonne mesure, il distille également un discours subtilement malthusien (le « problème » de la démographie…), et s’inquiète aussi des risques de guerres climatiques à venir. Ah, si seulement la Terre se refroidissait ! Quelle paix, quelle concorde règnerait alors entre les hommes !…

Puisque nous en sommes à Nice-Matin, mentionnons aussi de ce journal ce splendide et mesuré article qui promet la poële à frire aux lecteurs de la région. Le fait qu’il s’appuie sur l’estimé modèle Aladin-Climat (alias le gentil flic) qui, avec son compère WRF, sert de base au fameux Rapport sur le climat en France au XXIè siècle, est un élément que le jury apprécie à sa juste valeur.

Le jury a ensuite le plaisir de saluer l’entrée en fanfare d’un anthropologue de renom dans la liste des récipiendaires d’accessits au climathon, en la personne du célèbre Bruno Latour, qui s’est déjà distingué sur la question climatique par diverses prises de positions antiscientifiques assumées. Sans doute inspiré par la qualité toujours plus frappante des simulations climatiques, Bruno Latour organise ces jours-ci des simulations de négociations climatiques avec des étudiants dont on imagine d’emblée la liberté intellectuelle qui sera la leur. Assurant la promotion de ses efforts de propagande sensibilisation auprès du journal La Croix, notre aspirant-sauveteur de planète y va carrément, montrant à la face du monde à quel point il maîtrise l’art de la cuistrerie l’étendue prodigieuse de sa hauteur de vue :

Savoir n’a jamais entraîné l’action. Heureusement d’ailleurs, car nous serions sinon entre les mains des scientifiques.

(Ben justement, bougre d’*****, c’est précisément ce qui nous arrive au sujet du climat !)

L’action efficace des lobbys de désinformation pour nier la gravité de ce qui se passe trouble aussi l’opinion.

(Il doit penser à des méchants comme celui-là, sans doute.)

au regard de la science, nous sommes dans une situation apocalyptique au sens banal du terme. Toutes les hypothèses les plus pessimistes des scientifiques ont été dépassées.

Voilà un bon gros mensonge comme on les aime, que Bruno Latour ne devra pas oublier de répéter encore et encore pour qu’il devienne vérité.

Dernière perle de cette interview que le Jury recommande chaudement à ses lecteurs :

Nous avons ajouté aux 20 délégations des États 20 délégations de même niveau diplomatique chargées de représenter les océans, les peuples indigènes, mais aussi les lobbys du pétrole et du charbon, dont on ne sait jamais où ils se situent… L’intérêt sera de redessiner les lignes de conflit, de savoir qui est avec qui, et qui est contre qui.

Ahhhh, le vote des océans…

Bruno Latour ayant remarquablement su vendre son initiative frappée du sceau de l’indispensable, on retrouve dans Slate ces autres détails la concernant, qui ont peut-être été produits par une version « anthropo » du célèbre pipotron :

L’architectonique virtuelle du globe et du global s’effrite dès lors que l’on considère que la nature et la politique n’ont pas d’unité et que l’universel est atteint moyennant un assemblage de collectifs. Brisant le simulacre du global, les connexions qui se révèlent sont faites de contradictions et de conflits : c’est à cette échelle réduite que l’action de composition doit être envisagée. La question climatique est d’ailleurs un problème dont la solution implique nécessairement qu’il soit ramené plus près de nous.

À encadrer.

Autre nouvelle entrée dans les accessits, celle du très attendu forum « Science, Recherche et Société » organisé par Le Monde et La Recherche dont la 7è édition avait lieu ce jeudi au Conservatoire National des Arts et Métiers (Paris). Comme il se doit en cette période de redressement climatique et moral d’information objective face aux défis planétaires, ce forum était centré sur la gravissime question que vous savez. La diffusion du film de propagande documentaire scientifique sobrement intitulé Climatosceptiques – La guerre du climat a certainement permis d’en savoir plus sur ces « kidnappeurs de cerveaux » qui « nient la réalité du changement climatique ». Grâce à ses auteurs Laure Noualhat « Journaliste errant dans les sujets environnementaux depuis treize ans » et José Bourgarel, « auteur-réalisateur de documentaires géopolitiques et de société », cette « investigation au cœur du lobby climato-sceptique » a sans doute permis de répondre à cette question neutre et nuancée : « Quelles méthodes [le lobby climato-sceptique] a-t-il employé (sic) pour influencer l’opinion publique ? ».

Ce film coup de poing a été suivi de la plénière « La France face au défi climatique ». Sur le site du forum, à la page de cette conférence table ronde conversation au coin du feu avec Hervé Le Treut, Hervé Douville et Jean-François Minster, on remarque l’image d’accompagnement parfaitement adaptée à l’actuelle étendue de glace antarctique :

110_rechauffement-climatique

Cette même page rappelle aussi ces propos du Sage Hervé Le Treut qui mériteraient de figurer au fronton de nos mairies : « Une partie des changements liés au réchauffement sera irréversible, mais cela ne signifie pas que l’on en est à un point ou les actions deviendrait (sic) inutiles ». Nul doute que le Journalderéférence saura rendre compte de façon objective des « passionnants débats » qui ont animé cette journée de jeudi dernier.

Le dernier accessit de la semaine est pour Le Figaro, qui n’hésite pas à mentir comme un arracheur de dents souligner la gravité de la situation en titrant « L’Antarctique fond de plus en plus vite » pour évoquer une récente étude sur la fonte accélérée de la Péninsule. Quand on sait que ladite Péninsule représente à peu près un vingtième du continent blanc et que la glace de mer qui entoure l’Antarctique bat des records ces dernières années, l’on se dit qu’il est tout de même heureux qu’il y ait des journalistes pour confondre la partie avec le tout.

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8 réflexions au sujet de « Climathon, semaine 22 : aux Grands hommes le climat reconnaissant »

  1. être « résistant » c’est suivre la foule
    être « kollabo » c’est penser par soi-même en subissant les moqueries de la majorité
    la prison est la liberté
    l’ignorance est une force
    l’oppression libère

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