Climathon, semaine 21 : nouvelle étape

Par le jury du Climathon (Benoît Rittaud, MisO, Murps & Yanarthus)

À l’approche de la COP21, mais aussi de la désignation du Champion de Printemps (qui aura lieu à l’issue de la semaine 24), les compétiteurs sont à la manœuvre pour se distinguer dans cette compétition de propagande climatique où la concurrence est toujours aussi rude. Et c’est une nouvelle percée, exceptionnelle de courage, qui l’emporte cette fois-ci sans contestation possible. Vieil habitué des podiums, le journal Le Monde emporte le titre de vainqueur de la semaine 21 du climathon pour avoir osé un style de propagande digne des plus riches heures du milieu du siècle dernier avec cette vignette « humoristique » (édition datée du 22 mai) :


climathon21

La loi sur la presse, et notamment le délit d’injure, est malheureusement aujourd’hui davantage restrictive qu’à l’époque bénie de l’affaire Dreyfus, où l’on pouvait caricaturer le dreyfusard Zola en le représentant debout sur les toilettes. Voilà peut-être la raison pour laquelle le dessinateur n’est pas allé plus loin dans l’abjection, offrant une marge de progression pour la suite de la compétition en plus d’ouvrir un nouveau champ des possibles. Gringoire, Je suis partout… voilà les vénérables références auxquelles on songe irrésistiblement devant cette caricature délicieusement ignoble de ceux dont la pensée n’est pas conforme.

Il faut le dire avec force : les exagérations, les contrevérités, les mensonges sur le climat ne suffisent plus. Il est grand temps d’ouvrir la porte aux insultes, aux qualificatifs injurieux, aux portraits dégradants et autres dénonciations calomnieuses de tous ceux qui propagent le cancer climatosceptique. Il y a d’autant moins à hésiter que l’Académicien climatosceptique le plus célèbre, Claude Allègre, est suffisamment affaibli par l’attaque cardiaque qu’il a subi il y a deux ans pour ne plus pouvoir se défendre. (Quant à Vincent Courtillot, le plus connu des autres Académiciens climatosceptiques, sa carrière scientifique est si dérisoire que le comparer à un clown semble parfaitement adapté.)

Depuis le temps que les gens sérieux qui écoutent le GIEC (pléonasme) répètent à l’envi leur prudence méthodologique et leur ouverture d’esprit à d’éventuels contre-arguments, il fallait qu’un Journal de Référence mette les points sur les « i » en présentant enfin la problématique comme il convient : la coupure n’est pas entre le GIEC et les climatosceptiques, mais entre les scientifiques sérieux et les clowns.

Le jury exprime toute sa confiance en la communauté des climatologues authentiques, mais aussi des blogueurs carbocentristes, pour valider par leur silence consentant la pertinence méthodologique de la catégorisation présentée par Le Monde.

Les accessits de la semaine

À côté d’une performance d’un tel niveau, les autres compétiteurs font pâle figure, alors même que cette semaine 21 n’a pas manqué de brillantes réalisations qu’il convient de saluer.

Le succès du climathon a pour effet notable que le nom de « climathon » semble devenir synonyme de « propagande climatique ». L’on se souvient en particulier du bel accessit en semaine 7 du « climathon » de « Code for climate » (dont nous n’avons malheureusement pas eu de nouvelles récentes). Un peu tard, le jury découvre cet autre « climathon », organisé par la région Pays de Loire, qui aurait bien mérité un accessit en son temps. Ce n’est donc pas tout à fait un climathon mais un « climatUp« , qui semble une suite du précédent, qui obtient le premier accessit de la semaine. Notons le soutien du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, des bracelets qui plantent des arbres, de l’inévitable Fondation Nicolas Hulot et d’HEC : le campus de l’école de commerce de Jouy-en-Josas accueillait ce week-end une « expérience d’innovation entrepreneuriale pour le climat ». Il s’agissait, en 36 h, « de penser le projet le plus utile à la planète, le plus viable, le plus innovant, le plus disruptif et le plus abouti pour obtenir des soutiens en prix financier, d’incubation, produits ou mentorat de nos partenaires » : « Inspirer, motiver, soutenir l’entreprenariat pro-climat : tel est le but du Climatup ».

Le schéma de principe de cette action est lui aussi une très belle réussite :

processus-climatup01

Une tête de mort surmontée d’ampoules faisant des éclairs, un liquide en ébullition qui actionne une roue dentée d’où sortent quatre candidats (tous mâles, c’est quand même une affaire sérieuse) tout droit sortis de « Questions pour un champion » devant leurs pupitres radioactifs : de quoi faire rêver bien des Sauveurs de Planète.

Autre accessit décerné à Brigitte Sabard, Vice-présidente du Groupe de recherche en écologie arctique, qui sort sa cage à oiseaux et soigne ses éléments de langage : « Les Inuits se comparent aujourd’hui au canari dans la mine », nous dit-elle. « L’Arctique est à la fois un révélateur et un catalyseur des changements climatiques. Cette région est sentinelle car elle subit de plein fouet le réchauffement global deux fois plus vite et deux fois plus fortement « . Vient ensuite cette phrase pour le moins énigmatique, aux accents mystiques qui emporte logiquement les faveurs du jury : « S’intéresser à l’Arctique c’est un peu comme se regarder dans un miroir et passer du global au local. » Pour rassurer un peu tout le monde après ces annonces qui risqueraient de nous empêcher de dormir cette nuit : la sentinelle semble bouger encore, et pourrait même se remettre peu à peu si on en juge par la courbe accrochée à son chevet. Mais une rechute est toujours possible, alors ne désespérons pas de revoir bientôt une évolution résolument baissière.

seaice.anomaly.arctic

C’est que le canari doit être bien âgé maintenant, après avoir été signalé dans maints endroits de la planète. Ainsi, après avoir été vainement annoncée dans le Pacifique, voilà-t-y pas que la chaleur manquante (celle qui fait que le réchauffement climatique, qui marque une « pause » depuis près de vingt ans, va très bientôt revenir se venger) a une fois de plus été retrouvée. Joël Ignasse nous rapporte en effet sur le site de Sciences et Avenir les résultats d’une nouvelle-nouvelle-nouvelle étude selon laquelle « la stabilisation de la température océanique dans les années 2000 est due à un transfert de chaleur du Pacifique vers l’océan Indien. » Ainsi donc, « Après la pause, il pourrait bien y avoir une période de hausse rapide des températures de surface des océans. Les records de 2014 préfigurent-ils cette tendance ? Seules les observations à venir permettront de le dire. »

Bref, ça pourrait… ou pas. Faute de mieux, on va y croire.

Le festival de Cannes a choisi de diffuser en clôture du festival un documentaire tout ce qu’il y a de comme il faut sur Claude Lorius, le scientifique qui découvrit le réchauffement climatique d’origine humaine. (Pour singer le vainqueur de cette semaine : un élément de chauvinisme franco-franchouillard s’est dissimulé dans la phrase précédente, saurez-vous le retrouver ?) Le jury n’ayant pas été convié à la diffusion, il doit se contenter de supposer que cela mérite un accessit (au moins), mais a en revanche le regret de devoir décerner un blâme à Thierry Gandillot, des Échos, pour en avoir fait une critique absolument pas à la hauteur. Le jury rappelle en effet qu’il ne suffit pas à un journaliste de signaler que le réchauffement climatique est très très grave « n’en déplaise à Claude Allègre », ni qu' »on est de tout cœur avec [Claude Lorius] » et qu' »on se désole comme lui du peu de cas que font les politiques » du problème pour pouvoir s’autoriser à exercer un quelconque esprit critique. Il est donc par principe plus que regrettable que l’article s’autorise à affirmer que « Le film (…) est fort didactique et fort pompeux », qu' »on se serait contenté de regarder ce documentaire en seconde partie de soirée à la télévision », et même qu' »On comprend mal pourquoi, indépendamment de l’aspect militant de l’opération, le programmer en clôture du festival de Cannes ». Le peu de cas que ce journaliste semble faire des impératifs de la propagande est consternant. Espérons ne pas avoir à y revenir.

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10 réflexions au sujet de « Climathon, semaine 21 : nouvelle étape »

  1. Monsieur Ben,

    Le Climathon travaillant sur une base hebdomadaire, vous avez raté le numéro 500 du mensuel La Recherche, dans lequel on peut lire :

    « Ainsi, en janvier 2015, un des deux secrétaires perpétuels de l’institution, Catherine Bréchignac, n’hésite pas à affirmer à La Recherche au détour d’une conversation sur le rôle de l’Académie que « les températures globales n’ont pas bougé depuis dix-sept ans ». Une description pour le moins rapide de l’actuel ralentissement de la hausse des températures de surface, qui n’est vraie que si l’on choisit soigneuse- ment le début et la fin de l’intervalle de temps considéré… La physicienne (dont l’amitié avec Claude Allègre et Vincent Courtillot n’est un secret pour personne Quai Conti) souligne aussi que la température moyenne du globe est un concept qui « n’a pas de réalité thermo- dynamique », formulation ampoulée chère à Vincent Courtillot, car elle vise à discréditer cet indicateur qui est l’un des principaux marqueurs des changements actuels. Puis elle moque l’incapacité des modèles de simula- tion à prédire la température qu’il fera dans un siècle (qui évidemment ne les empêche pas d’utilement révéler des tendances). Enfin, une fois le micro refermé, Catherine Bréchignac ne cache pas le peu de cas qu’elle fait du risque climatique comme de l’utilité de la COP21 à venir. »

    L’auteur de l’article est donc choqué d’entendre que « « les températures globales n’ont pas bougé depuis dix-sept ans » », et que « la température moyenne du globe est un concept qui « n’a pas de réalité thermo- dynamique » ».

    Je vous laisse donc réparer cet oubli dans un prochain numéro du Climathon, et j’espère aussi un numéro spécial de la Recherche sur 1) l’apport de la psychanalyse au traitement de l’autisme, 2) la nouvelle thermodynamique Lyssenkienne (la température moyenne serait corrélée à l’âge des patates), et 3) les rétroactions entre ces deux mécanismes déclenchant un accroissement exponentiel des fariboles.
    😀

    A vous lire,

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  2. Pour moi L’Immonde a largement atteint le seuil de « Je suis partout… » quand il a attribué la citation (bidon évidemment) « ça y est, j’ai les sous » à Tapie (il faut lire l’article pour comprendre que la citation est inventée); en fait toute la campagne de calomnie contre Tapie … allant jusqu’à soutenir deux thèses complètement opposées sur le trucage de l’arbitrage (d’abord un arbitre a neutralisé les deux autres afin de donner « les sous » à Tapie, ensuite un des deux « neutralisés » écrit la partie la plus critiquée parce que « trop » favorable à Tapie de la sentence).

    Je ne comprends pas que des gens prennent encore au sérieux une feuille de choux qui diffuse une citation dont il est absolument certain (même pour les journaleux) qu’elle est bidon.

    Et jamais d’excuse!
    Lewandosky devrait étudier ces « idéations ».

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  3. Ceci dit, l’image serait sympa à récupérer comme signe de ralliement. Au prochain débat de l’Académie, quatre-vingt personnes qui arriveraient avec le même T-shirt « je suis un clown » (essai http://hpics.li/94e0af5 mais je ne suis vraiment pas graphiste…), ça aurait assurément de la gueule !

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  4. Je soumet à l’attention du jury la campagne de pub d’un acteur majeur dans le combat contre la fonte des glaces, qui vient d’ajouter à son site une incitation remarquablement bien faite (surtout nos chères têtes blondes) pour que nous adjurions nos élites politiques à s’attaquer sérieusement au sauvetage de la planète, à la justice climatique et pour un changement radical de nos habitudes et comportements personnels, sous le contrôle des scientifiques de l’IPCC :

    http://www.benjerry.fr/valeurs/des-sujets-qui-nous-tiennent-a-coeur/justice-pour-le-climat

    Aperçu :
    « Le changement climatique se produit, et il est sur le point de devenir incontrôlable »

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      • LOL, elles ont pris la place du célèbre ours polaire sur son glaçon, mais contrairement à l’ours qui ne nous regardait pas et se foutait de notre présence, elles envoient un message plus explicite : toutes tournées vers nous, elles semblent attendre une réaction rapide et efficace de notre part à la demande de SOS (Save Our Soul, « sauvez nos âmes »), d’autant que le point de non-retour est invoqué (« si ça fond, c’est foutu »), ce qui suggère que si on ne fait rien, ce sera de notre faute. Bien sûr, on retrouve le globe terrestre bleu.

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  5. « Évoqué » à la place de invoqué, « adjurer »de » et non « à », quand on ne peut pas corriger les fautes de clavier, grammaire et syntaxe… mais j’apprends à donner mes messages au vol, sans les travailler trop méticuleusement à l’avance, j’apprends à être plus spontané 🙂 c’est quand même formidable, ce qu’on peut faire avec les blogs 🙂

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  6. Ping : Climathon, semaine 24 : socle commun de propagande | Mythes, Mancies & Mathématiques

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