Climathon, semaine 12 : l’art total

Tout au long de l’année 2015, le climathon récompense chaque semaine la plus belle pièce de propagande climatique de la semaine écoulée.

Les résultats des semaines passées : semaine 1semaine 2semaine 3semaine 4semaine 5semaine 6semaine 7semaine 8semaine 9semaine 10, semaine 11.

Le sprint final avant la désignation du Champion d’hiver (ce sera demain mardi) a donné l’occasion aux compétiteurs du climathon de donner leur pleine mesure. Il convient tout d’abord de tirer à nouveau un coup de chapeau à la Fondation Nicolas Hulot, qui s’est félicitée par deux fois d’obtenir le titre de vainqueur de la semaine 11. Une première fois dans un commentaire sur MM&M, une seconde fois dans ce tweet qui restera dans les annales du climathon :

Hulot

(Pour ceux qui l’ignorent, le climathon est repris sur le site Contrepoints chaque mercredi.)

Ce tweet de la Fondation est toujours en ligne aujourd’hui. Se glorifier de son œuvre de de désinformation, c’est faire preuve d’un rare courage, qui est la marque des compétiteurs les plus éminents. Deux slogans possibles pour notre si fier lauréat de la semaine 11 :

  • My Positive Impact : la propagande qui s’assume.
  • On parle de nous ? C’est forcément en bien.

Le jury appelle tous les amateurs du climathon à retwitter abondamment le tweet de la Fondation Nicolas Hulot. Ainsi qu’à le commenter ici ou là, dans un esprit constructif de promotion réciproque.

Le second accessit de cette semaine est attribué à une très belle réalisation artisanale, qui montre que la propagande amateur peut parfois se hisser à un niveau de professionnalisme digne de la désinformation la plus institutionnelle. Il s’agit d’un article de Slate, intitulé sobrement « Les négationnistes du changement climatique commencent à avoir très chaud », qui reprend à son compte les attaques ad hominem les plus classiques et les appels à la censure les plus explicites. Nous savons désormais que l’abjection est un art.

Le vainqueur de la semaine 12

C’est une réalisation hors-normes, pour laquelle nul superlatif ne semble à la hauteur, qui emporte la mise de cette semaine 12. L’émission « Ça vous regarde », sur LCP, dans son édition du 20 mars (dont les invités étaient Annick Girardin, Denis Baupin, Leïla Aïchi et Jean-Louis Dufresne) est parvenue à des sommets de désinformation dont le traditionnel amalgame climat/pollution n’a été que l’un des somptueux aspects.

D’entrée de jeu, le titre de l’émission annonce la couleur : « Climat : Paris va-t-il sauver le monde ? » Pour ceux qui n’auraient pas compris la tonalité générale de l’émission après un titre pareil, un arrière-plan d’images de désolation après le passage du cyclone Pam vient préciser les choses des les premières secondes, pour ne plus quitter l’écran. Quelques secondes seulement après avoir pris la parole, le journaliste l’animateur, Arnaud Ardoin, introduit le débat la discussion entre invités tous d’accord sous les meilleurs auspices :

On va parler de ce ciel qui nous tombe parfois sur la tête, qui nous tombe d’ailleurs de plus en plus souvent sur la tête…

Pour tout dire, à sa grande admiration le jury du climathon se trouve dans l’impossibilité factuelle de faire une sélection des meilleurs moments de l’émission. En effet, nul résumé n’est valable, toute réduction de l’ensemble trahissant d’emblée le prodige de chaque instant. Chaque intervention, de la plus ponctuelle à la plus construite, est une merveille de propagande, un fabuleux numéro d’équilibriste au cours duquel le mensonge le plus éhonté et l’exagération la plus outrancière se rattrapent chaque fois au subtil filet du conditionnel, de la suggestion, de l’insinuation ou encore du questionnement faussement innocent. Ainsi du début proprement exceptionnel du premier reportage (4’17) :

Ces cheminées d’usines et nos pots d’échappements sont-ils à l’origine des bourrasques ravageuses qui ont dévasté l’archipel de Vanuatu ? S’il est encore impossible d’affirmer que l’activité humaine et ses émissions de gaz à effet de serre augmentent le risque de cyclones, la question reste posée après chaque catastrophe naturelle de ces dernières années. Pour l’instant, même les experts climatiques ne peuvent y répondre avec certitude.

Le jury doit-il donc s’appesantir sur Hervé Le Treut, qui affirme sans rire (6’17) qu' »il y aura beaucoup de surprises » à l’avenir, « beaucoup de choses qui seront différentes de ce qu’on attendait » ? (Pense-t-il à la stagnation des températures de surface ? Aux nouvelles études qui proposent une sensibilité climatique bien plus faible que celle envisagée par les alarmistes climatiques ? Qui sait…)

À moins qu’il ne faille plutôt mettre en exergue l’affirmation d’Annick Girardin, climatologue mondialement réputée secrétaire d’état au développement et à la francophonie, selon laquelle « 87% [notez la précision] des impacts de ces catastrophes sont liées au réchauffement climatique. Le réchauffement climatique c’est le comportement de l’homme sur cette planète qui a provoqué aujourd’hui effectivement ces dérèglement à cause du réchauffement ».

Mais peut-être est-ce plutôt Jean-Louis Dufresne qu’il faut saluer lorsque, interrogé par le journaliste Monsieur Loyal sur la question d’un lien direct entre phénomènes extrêmes et réchauffement climatique, il répond (à 9’33) :

Oui, il y a un lien, ce qu’il y a, c’est qu’il n’y en a pas qu’un seul, il y en a plusieurs, ce qui fait que la réponse est compliqué, et nous on n’a pas de réponse simple aujourd’hui.

Et nous n’évoquons ici que les dix premières minutes d’une émission qui en comporte 48. N’importe quel lecteur en conviendra donc : tout résumé est illégitime. Cette émission est une œuvre totale, un ensemble qui, irréductible à l’analyse de ses meilleurs moments, est bien plus que la somme de ses parties. Un fort beau vainqueur qui conclut le championnat d’hiver.

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3 réflexions au sujet de « Climathon, semaine 12 : l’art total »

  1. Bonjour,

    C’est beau ! Et pas forcément simple, car il faut être dans le flou et s’auto-contredire dans la même phrase. Je vais voir si je peux y arriver dans ma vie quotidienne, mais je ne promets rien.

    Je ne pensais pas au départ qu’il y aurait 54 lauréat dans l’année, mais cela en prend bien le chemin.

    Sinon, à propos du terme « négationniste » de l’article de Slate :
    Après avoir été traité de négationniste très récemment à propos du climat, la personne à qui j’ai fait remarquer la violence incroyable de l’insulte, a visiblement voulu se rétracter un peu et a dit (ce qui était faux mais on n’en est pas à une dissonance cognitive près) qu’elle avait utilisé en fait l’expression de climato-négationniste, ce qui est très différent selon elle. Perso, je ne vois aucune différence. Je lui ai demandé si cela la dérangeait si je disait d’elle qu’elle était climato-intégriste mais elle n’a pas répondu. Bon, du coup, un peu énervé, je suis allé chercher le site suivant qui peut être très utile, à propos de la loi sur l’injure :

    Article R621 du code pénal :
    http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F32077.xhtml

    => peine de 12500 euros pour injure ! De quoi calmer très largement le « débat » parfois.

    Cordialement

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  2. Ping : Climathon : élection du Champion d’Hiver | Mythes, Mancies & Mathématiques

  3. Vous êtes injuste: LeTreut et Dufresne de l’Institut Laplace ont été modérés et nuancés.

    Par contre, pour l’animateur (journaliste ? ) et les autres invités (Annick Girardin, Denis Baupin, et Leïla Aïchi) , le taux de c… par minute est bien supérieur au mur du çon (sic)!

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