Le livre mystère : première partie

Ce fut fort instructif de lire ce livre sur l’écologie. Un texte bien écrit, par quelqu’un dont la compétence scientifique transparaît à chaque page mais dont le militantisme n’en est pas moins marqué. Un livre engagé et intelligent, qui veut nous transmettre une inquiétude devenue banale sur les questions environnementales, mais qui reste mesuré et n’annonce pas la fin du monde. Un livre qui vaut le détour.

« Grâces doivent être rendues au écologistes militants », lance l’auteur dès le début du premier chapitre pour remercier ceux qui ont fait de la question environnementale un sujet important. L’ouvrage revient sur les deux problématiques majeures qu’ont été la toxicité du plomb et le trou dans la couche d’ozone. Dans les deux cas, le texte présente une analyse fine et remarquablement équilibrée de ce qui s’est passé, évitant tout manichéisme. L’affaire du plomb, par exemple, montre, outre certaines ruses pas très déontologiquement correctes des uns et des autres, les excès contre-productifs du lanceur d’alerte, Patterson, qui passa des années à se tirer des balles dans le pied au point de ne pas être pour grand chose dans la prise de conscience finale de la redoutable dangerosité du métal lourd.

La plume du vulgarisateur est efficace pour balayer les grandes questions environnementales, mais ce qui est le plus remarquable est cette oscillation permanente entre positions contraires, comme si se déroulait en coulisses une sourde bataille intellectuelle entre le scientifique et le militant pour conquérir l’âme de l’auteur.

Le scientifique a une position modérée et raisonnable qui distingue très bien les problèmes en procédant de façon analytique. Il rappelle utilement la distinction fondamentale entre écologie et environnement (les deux traitent de la « nature », mais le second place l’homme au centre là où la première fait de l’homme une simple espèce parmi d’autres) et, pour traiter des problèmes à l’échelle du globe, explique fort bien la nécessité de séparer les questions. Bien que trop ambitieux à mon avis, son découpage est pertinent : atmosphère, lithosphère, hydrosphère, biosphère… et noosphère, avec le salut de rigueur à Teilhard de Chardin. Le fond est documenté et, sans être d’accord sur tout, je conviens volontiers que les choses sont présentées de façon solide et argumentée, sans excès de langage et sans recours excessif à l’émotion.

Le militant, lui, ne cesse de s’alarmer pour « nos petits-enfants » et erre dans les territoires de l’antiscientifique et du pseudoscientifique en invoquant ici et là le « tout est lié ». Il s’en prend à la « déesse Croissance » en des termes que valideraient tout à fait les décroissancistes moyens ou un Nicolas Hulot, il accepte sans broncher les conclusions du fameux rapport Meadows (dit du Club de Rome), et il marche à fond dans la peur de l’hiver nucléaire. S’agissant de la démographie mondiale, il est tout près de sombrer pour de bon dans la peur exponentielle (la « fameuse exponentielle » est mentionnée aussi bien que la finitude du monde et l’éternel retour), et semble n’avoir été rattrapé dans sa chute que par la salutaire lecture des indispensables travaux du démographe Hervé Le Bras. Sur le plan économique, notre militant explique carrément qu’il faudra limiter le développement de l’Inde et de la Chine, avant de sauter à pieds joints dans la facilité des « emplois verts » :

Seconde question : les éco-emplois dans les pays industrialisés. Les économies occidentales sont toutes en crise à des degrés divers, hantées par le spectre d’une aggravation du chômage : n’est-ce pas le moment d’en profiter pour provoquer un rapprochement écologie/économie autour de la création d’emplois ? Lorsqu’on examine la nécessité d’un aménagement des sols et des sous-sols, les problèmes de manque d’eau et de la pollution, des déchets, des risques technologiques, de la préservation de la biodiversité, des millions d’emplois nouveaux paraissent nécessaires. Les ministres de l’Environnement de tous les pays le proclament (…)

L’auteur ajoute en guise d’argument final que même Al Gore est convaincu. C’est dire…

Là où cette bataille entre le scientifique et le militant est la plus visible, c’est dans la représentation qui est proposée de l’évolution des milieux terrestres. Le scientifique sait très bien que la Terre a connu des bouleversements gigantesques au fil des périodes géologiques. « Que de chocs ! Que de changements ! » lance-t-il… avant que le militant reprenne la main pour donner la parole à James Lovelock et l’idée d’une Terre plus ou moins vivante et autorégulée. L’auteur se débat dans cette dialectique si extraordinairement complexe qui oppose le « chaos » et les « cycles éternels » comme représentations du monde. « Équilibre dynamique », « état stationnaire » sont autant de termes qui tentent de surmonter la difficulté à l’aide d’un oxymore. (L’auteur propose de parler d’« équilibre touffu », une alliance de mots qui en vaut une autre.)

L’ouvrage aborde bien entendu la question du climat. Là encore, et c’est aussi ce qui fait le charme du livre, l’auteur ne semble pas certain de savoir sur quel pied danser. Il présente la thèse des uns puis celle des autres, sans toujours indiquer clairement où va sa préférence. « La voiture, le chauffage, les feux de forêts menacent à eux trois de détraquer le climat en réchauffant la planète ! » affirme-t-il avant, deux pages plus loin, d’endosser un point de vue sceptique, pour finir par un prudent « rien n’est définitivement tranché ni prouvé » et lancer un vigoureux plaidoyer anti-automobiles.

À part peut-être sa position pro-nucléaire discrètement glissée, le climatoscepticisme modéré qui s’affiche est l’unique point qui détonne un peu dans ce livre de scientifique engagé dans les problématiques environnementales (ou écologiques, puisqu’on aura compris que ces deux termes ne sont pas synonymes). Pour le reste, on est dans une ligne finalement classique, qui pourrait être celle d’à peu près n’importe lequel de nos scientifiques et/ou militants sauveurs de planète qui ont envahi plateaux de télévision et linéaires de librairies ces dernières années.

D’où la question : à quoi bon passer du temps à commenter cet ouvrage ?

La réponse tient, vous l’aurez compris, à l’auteur du livre. Et, comme suggéré dans le titre, son nom sera donnée dans un second article qui éclairera celui-ci. En attendant, les paris sont ouverts.

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