La Contre-COP22 médiatique

 

Parmi les succès de la Contre-COP22 dont il convient de se réjouir, il y a la couverture qu’en a fait la presse. Dernier exemple en date : le Canard enchaîné d’aujourd’hui même. Un « effet Allègre » a sans doute joué.

Évidemment, les médias nous ont flingués. Pas grave, c’est leur rôle, ou précisément celui qu’ils se donnent depuis des années (i.e. apprendre au bon peuple comment il doit penser). Inutile, donc, de passer trop de temps à s’apensantir d’un ton désolé sur cet état de fait. Plus utile me semble de lire entre les lignes de ce qui a été écrit ou rapporté.

Prenez Estelle Pattée dans Libé, par exemple, dont l’article a été repris tel quel sur Yahoo Actualités ainsi que sur Orange Actu. Elle croit sans doute nous dézinguer dans son papier en parsemant son texte de tous les éléments de langages carbocentristes. Au moins, elle aura montré patte blanche aux Sauveurs de Planète, même si elle a bêtement oublié de répondre à l’argument des prévisions catastrophistes non réalisées (c’est vrai qu’elle aurait eu du mal). L’utilisation de tant de termes tendancieux a dû faire ressortir son parti-pris à n’importe quel lecteur un tant soit peu capable d’esprit critique, un peu comme dans cette émission de la RTS. L’article a la bonté d’âme de déminer pour nous le piège Trump : non, c’est pas parce qu’on est climatoréalistes qu’on apprécie le nouveau président américain, fût-il de notre bord sur la question du climat.

Bref, comme souvent, cette tentative de nous discréditer donne en fait à voir une journaliste qui tire une balle dans le pied de sa propre cause : seuls les irrécupérables qui ont décidé une fois pour toute de cesser de réfléchir seront d’accord avec ; aux autres, puce aura été mise à l’oreille. Les commentaires de l’article de Libé (et de Yahoo) sont d’ailleurs éloquents : en-dehors d’une ou deux critiques convenues, le journal est loin de faire le plein d’approbations.

On peut faire à peu près la même analyse pour l’article de Marie-Adélaïde Scigacz sur le site de Franceinfo : même mots outrancièrement partiaux qui démontrent que le but n’était pas de rendre compte objectivement du contenu de la Contre-COP22 mais d’en dire du mal. Étonnez-vous des difficultés de la presse à garder ses lecteurs.

Le Canard enchaîné d’aujourd’hui nous accorde une jolie place en page 4, en réussissant l’exploit de laisser l’ensemble des autres médias loin derrière en terme d’amalgames faciles, de sous-entendus vaseux et d’hommes de paille commodes. Comme les autres, le Palmipède se tire plusieurs balles dans le pied. Par exemple, il croit se moquer de nous en raillant notre « miteuse organisation » (j’y lis en filigrane la plainte d’un journaliste déçu de constater qu’il n’y avait pas de petits fours à se mettre sous la dent), sans se rendre compte que c’est en réalité surtout le stéréotype convenu des « climatosceptiques grassement stipendiés par les pétroliers » qu’il flingue. Mais c’est quand même très triste de voir que le Canard, un si indispensable journal par ailleurs, puisse à se point étaler son arrogante incompétence à chaque ligne, telle cette confusion particulièrement pitoyable entre réchauffement ponctuel de 2016 et tendance à moyen terme. Que Libé nous flingue, rien de plus normal. (Je ne parle que rarement de Libé sur MM&M car j’estime inutile de tirer sur une ambulance.) Que le Canard ne vaille pas mieux, c’est en revanche une sérieuse déception. On peut se consoler en se disant que leur papier est surtout plein de vide. Comme me l’a dit Yanarthus, il faut surtout y voir « un exemple de remplissage de journal avec du grand néant. Le Canard devrait nous remercier. »

Autre apparition de la Contre-COP22 dans les médias : le « moment Meurice » sur France Inter, qui a fait couler un peu d’encre chez quelques climatoréalistes pas contents du traitement qui nous a été réservé pendant ces deux minutes d’antenne sur France Inter. Pour ceux qui ne connaissent pas l’émission : l’idée consiste à se rendre dans une réunion quelconque pour y recueillir des témoignages loufoques qui permettent de rigoler à bon compte. (L’animateur était déjà venu sévir à la Contre-COP21.) En bon professionnel, Guillaume Meurice est effectivement parvenu à faire rire de nous, avec notamment une intervention énervée d’un de nos militants qui aurait mieux fait de se la boucler. En-dehors de ça (et en-dehors aussi de l’intervention ratée de Jean-Pierre Bardinet, lequel vaut bien mieux que ce qu’on entend de lui mais n’a hélas visiblement pas l’habitude des médias), l’entre-soi écoloïde des chroniqueurs de France inter était particulièrement manifeste lors des rires déclenchés par les propos de Christian Buson, qui disait pourtant des choses pertinentes et importantes.

Il y a toutefois deux raisons pour lesquelles il ne faut pas être trop sévère avec Guillaume Meurice. La première, c’est que sa chronique est explicitement estampillée « humour ». On aime ou pas, bien sûr, mais il n’a pas de prétention à l’information : rien à voir, donc, avec les articles susmentionnés, ou avec la chronique de Nathalie Fontrel sur la même antenne dont j’ai déjà parlé l’autre jour. La seconde, qui fait que nous devrions accueillir le « moment Meurice » à bras ouverts lors de la prochaine Contre-COP, c’est que cette chronique nous lance un défi : serons-nous capables, la prochaine fois, de faire en sorte que Guillaume Meurice reparte bredouille ? Que l’ensemble des participants reste calme et sobre, et présente des arguments solides et bien calibrés ? Voilà un joli challenge collectif à nous lancer à nous-mêmes. (Et pour s’y préparer, je suggère modestement de lire ceci ainsi que cela.)

Puisque c’est ma minute d’indulgence, je voudrais aussi prendre un instant pour évoquer la situation professionnelle des journalistes. La plupart de ceux que nous avons vu étaient jeunes, voire très jeunes, c’est-à-dire qu’ils travaillent sans doute avec des contrats précaires. Ils n’ont probablement pas les épaules pour faire leur travail sans tenir compte du cahier des charges implicite qui leur a été donné, genre « tiens coco, y a des complotistes tueurs de planète qui se réunissent pour un de leurs délires collectifs, va voir et fais-nous-en un compte rendu objectif. » Rares sont ceux qui pèsent assez dans leur boîte pour résister à ce genre de subtile pression. Et tout le monde n’a pas non plus les moyens de jouer les divas telle une Nathalie Fontrel. (Explication de texte : mon entretien téléphonique avec elle a débuté sur les problèmes que lui posait son chat.)

Nous n’en avons pas tout à fait fini avec les médias qui se mettent en devoir de faire rire. En effet, j’ai été interrogé vendredi matin par un animateur d’iTélé de TMC pour le compte de l’émission « Quotidien », que je ne connaissais pas. Disons-le : l’humour m’a paru en tout point consternant. L’entretien, qui assume le ridicule et se donne probablement pour but de faire sortir l’interviewé hors de ses gonds, sera en principe diffusé cette semaine. Je ne sais pas si je dois regretter d’être resté jusqu’au bout. Il faut dire que tout était volontairement déstabilisant : des propos d’abord « normaux » du journaliste, puis une énormité (« l’homme n’est pas responsable du réchauffement climatique, dites-vous, alors est-ce que c’est la femme ? » – là, il faudra sans doute dire au public de l’émission que ce sera le moment où il faut rire), puis une excuse factice pour cette maladresse, et ainsi de suite… Pas facile de savoir sur quel pied danser. Il aurait fallu être un pro des médias pour s’en sortir avec les honneurs. J’ai choisi la voie stoïque, sans illusion sur ce qui se passera de toute façon au montage.

La phrase de Gandhi (mise à jour : c’est du Schopenhauer, merci Alecton !) a été beaucoup répétée mais elle vaut la peine d’être rappelée encore : « d’abord ils vous ignorent, ensuite ils vous raillent, ensuite ils vous combattent, et enfin vous gagnez. » Ce bilan de l’impact médiatique de la Contre-COP22 (auquel il faut rajouter un entrefilet neutre dans L’Express) est que nous ne sommes définitivement plus ignorés. Certains nous raillent encore, mais nombreux sont désormais ceux qui nous combattent. C’est là une excellente nouvelle, mais n’oublions pas qu’elle nous oblige à progresser pour nous montrer digne de ce nouveau statut.

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20 réflexions au sujet de « La Contre-COP22 médiatique »

  1. Merci pour ces informations, Benoît.
    Merci pour ceux qui n’ont pas pu venir, j’ai moi-même des scrupules à dilapider mon « crédit-Carbone », et à risquer ma vie dans une citée tellement polluée aux particules fines, que même les restrictions ne suffisent plus à contrôler leur emballement.
    Le comportement de certains semble inquiéter d’après ce que j’ai lu, mais dans une jeune association, il est normal que des « dérapages » existent, d’autant plus normal que la multiplicité d’approches peut contribuer à déstabiliser une pensée unique. L’idéologie quant à elle tend à « recentrer » les comportements.
    La charte comportementale face aux médias constitue une bonne solution, mais le risque est effectivement l’emportement suite à une dispersion des questions des journalistes. Vincent Courtillot disait avec pertinence que lorsqu’on voit qu’il y a un « truc » qui ne marche pas (ie la non-corrélation CO2/T° par ex.), on vous demande de regarder ailleurs : ours polaires, fonte des glaces, cataclysmes météo (et géologiques pour certains…). Par conséquent, il me semble qu’une bonne attitude face aux médias consisterait à rester concentré sur la factuelle (le CO2 augmente … que font les T° ? L’océan monte mais pas comme il « devrait » le faire, les modèles donnent-ils des résultats fiables, etc.). Cela agacerait certes les journalistes (imaginez Bourdin face à un casse-bonbon de ce type qui ne cesse de remettre en ligne droite son raisonnement …) mais peut-être que la restitution médiatique serait plus positive. Qui sait ? Vous le dites justement, nous avons en face des idéologistes ou des personnes à qui on demande de « tuer l’adversaire », sinon, bonjour pôle emploi…
    La meilleure arme, c’est peut-être de ressasser la réalité : oui, il y a de la fonte (relative) aux pôles (les 2 en ce moment) mais personne n’est capable d’expliquer quelle en est la cause – toutes choses égales par ailleurs, le CO2 augmente constamment mais pas la fonte, pas les T°… alors ? Et l’effet de serre, messieurs les journalistes, pouvez-vous me dire à combien correspond la hausse des températures par pas de hausse du CO2 de une part par million ?
    Je regardais ce matin les T° justement : 4° C dans l’Est, 15 dans le Sud-Ouest ==> moyenne 9,5° C ! est-ce réaliste ?
    Tout cela pour dire qu’il y a plein d’arguments de bon sens à faire ressortir, car le public se fout des « dires d’experts » et préfère souvent « le bon sens paysan » très terre à terre et compréhensible.
    Bon, c’était le délire du soir d’une climato-réaliste (non-scientifique !) qui n’a pas pu participer à la contre-COP et qui attend avec impatience les vidéos !
    Continuez à bien animer le réseau !
    Bien à vous
    site affaireclimatique.fr

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    • Merci, cher Gilles. S’en tenir à une question sans se laisser embarquer dans d’autres sujets est en effet une gageure quand il est question d’environnement. À mon sens, c’est la faute au « penser global », qui conduit en ligne droite au fameux « tout est lié » si typique de la science archaïque (pour ne pas dire la pseudoscience).

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      • Benoît vous avez très bien réagi face au faux interview. Gader la tête froide et le focus, voilà notre devise. J’ai de plus en plus de facilité à convaincre mes amis que tout cela n’est qu’une mascarade. On est sur la bonne voie. Je commence d’ailleurs déjà à m’inquiéter du moment où notre courant deviendra dominant. On va vraiment s’emmerder alors!

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  2. Je trouve « l’humour » à la télé de plus en plus lourd, surtout sur les chaines d’info en continu.

    Ils ne se rendent pas compte que l’humour chez eux est généralement involontaire et à jet continu sous forme de « fake news » grotesques.

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  3. J’avoue que je veux bien qu’on m’explique ce qui est pertinent et important dans le passage de Christian Buson (sur le rapport du WWF et la disparition des vertébrés), je cite:

    C’est totalement farfelu et non établi. Au contraire la vie va bien, il y a de nouvelles espèces qui se créent. La disparition de 60% des vertébrés d’où ça sort ???

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  4. Quotidien n’est pas une émission de Itélé, mais de TMC. Ce n’est pas de l’info mais de « l’infotainment ». Le type a d’ailleurs expliqué après la diffusion de l’interview que vous étiez plutôt sympathique. Vous avez donné plutôt une bonne image finalement.

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  5. La revue de presse de la Contre-COP22 semble indiquer que les EXXON et Total de ce monde sont de bien mauvais sponsors. Si vous aimez les petits fours payés par les autres, les caméras HD, les articles de presse élogieux, les bons salaires, les convives lustrés, mieux vaut rouler pour la WWF. Ou pour Ségolène.

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  6. Bravo à tous les participants de la Contre-Cop 22. Vous avez fait un remarquable travail. Tous cela n’est pas vain : nos idées progressent chez nos compatriotes, je le constate autour de moi, mais il faut expliquer encore et encore, sans relâche.

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  7. « Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence. » vient d’Arthur Schopenhauer et non de Gandhi. Merci en tous cas pour votre travail d’abnégation avec ces cuistres de journalistes…

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  8. Il ne faut pas s’étonner du Canard Enchaîné. Il est assez peu scientifique malgré son « professeur Canardeau ». Et depuis plusieurs années il a versé dans l’écologisme pur et dur. Il suffit de lire la chronique hebdomadaire deJ.-L. Porquet. C’est le cas de plusieurs journaux pour qui je pense que c’est un moyen de garder ou de conquérir des lecteurs.

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  9. Bon, oui c’est de l’humour douteux, pas très fin, en ce qui concerne le Canard c’est décevant, pour France Inter,là c’est dans la ligne habituelle de cette radio qui affiche sans vergogne ce slogan très révélateur  » On aime on vous en parle « , que peut-on espérer comme information objective de leurs journalistes!
    Une petite information sur laquelle je viens de tomber dans un journal  » l’écho des Ecrins  » n° 41 2016 et qui publie une étude sur les glaciers du massif des Ecrins (hautes Alpes), qui pourra intéresser ceux qui connaissent la région :
     » c’est vers 1870 que le glacier Blanc et le glacier Noir se sont séparés. Ils se rejoignaient jusqu’alors au pré de Madame Carle « .Les habitués des virées en montagne du coin apprécieront, les défenseurs du réchauffement anthropique sans doute un peu moins, salut à tous.

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  10. bonjour
    Il ne se passe plus rien depuis longtemps sur le site « pensée unique pour les scientifiques », est-ce que l’auteur a renoncé ou peut-être a-t-il des problèmes de santé ?

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  11. Merci Benoit pour vos efforts et votre courage. Affronter la pensee unique et ses serviteurs est une tache de longue haleine souvent ingrate, mais avec quelques moments de liberte qui valent le coup.

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  12. Quand on me parle d’accélération du réchauffement climatique, je me contente maintenant de citer la page 769 du dernier rapport du giec où il est question de ralentissement et non d’accélération.

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