La pensée paresseuse

Boris Cyrulnik dans son ouvrage « De chair et d’âme » nous livre cette réflexion qui semble tout à fait adaptée aux problèmes climatiques dont nous essayons de percer les secrets : « La pensée paresseuse est une pensée dangereuse puisque, prétendant trouver la cause unique d’une souffrance, elle aboutit à la conclusion logique qu’il suffit de supprimer cette cause, ce qui est rarement vrai. Ce genre de raisonnement est tenu par ceux qui sont soulagés dès qu’ils trouvent un bouc émissaire ; il suffit de le sacrifier pour que tout aille mieux ».

Ainsi donc il nous fait toucher du doigt la caractéristique principale du mode de réflexion de ceux qui, en la « personne » du CO2, se contentent depuis 1988 d’un bouc émissaire responsable de toutes les souffrances que nous devrions endurer. La paresse de leur pensée les dispense de tout effort pour envisager la multiplicité des causes qui régissent le chaos climatique aussi bien que la responsabilité ou l’importance relative du gaz maudit. Cette facilité leur convient autant qu’elle convient à tous ceux qui se dispensent de fouiller scientifiquement la question. C’est incontestablement une faute épistémologique.

Certes, l’écrit de Cyrulnik s’adresse à des comportements sociobiologiques différents de la science physique où s’illustre le GIEC, mais comment ne pas faire le rapprochement avec la manière dont cet organisme participe, par son manque d’analyse fine du processus du climat, à la manipulation des foules toujours prêtes à s’émouvoir du moindre risque, la peur en étant leur principal carburant. La paresse de sa pensée trouvera, bien sûr, une justification dans son ordre de mission qui est de ne s’intéresser qu’aux causes humaines de l’évolution du climat, mais la simple exigence scientifique aurait du, sans quitter sa mission, l’obliger à en relativiser l’importance, en quantifier la responsabilité. Bien au contraire, masquant ainsi son incompétence sur le sujet en général, il utilise la facilité du bouc émissaire comme unique responsable : Le CO2, ce pelé, ce galeux comme le dit La Fontaine dans Les animaux malades de la peste.

J’y rajouterai que la certitude est aussi une paresse de la pensée. 

Elle n’a pas besoin du subterfuge du bouc émissaire, elle est auto suffisante, mais se crée ses propres limites puisqu’elle s’impose le cadre inamovible du savoir définitif. En cela elle a un rapport avec la croyance. Rien en effet dans la pensée unique qui nous est assénée tous les jours ne laisse place au doute. Bien que le GIEC utilise le conditionnel et les pourcentages de probabilité, il émet des conclusions futuristes reçues comme indiscutables. Ce d’autant que les relais médiatiques et politiques, toujours prêts à utiliser les peurs, se gardent bien de les mettre en balance. Les projections thermiques par modèles informatiques sont prises pour vérité alors que leur dispersion montre objectivement leur incohérence et que les courbes réelles s’en éloignent. Quelle courbe choisir ? peu importe. La pensée magique produite par le prestige de la technologie a beaucoup plus d’impact que la réalité.

Pensée paresseuse, pensée sûre d’elle-même, pensée unique, pensée magique, les vices de la pensée sont nombreux ! Jusqu’à l’absence même de pensée qui chez la plupart de nos contemporains prétexte l’incompétence avec facilité pour ne pas avoir à chercher plus loin.

Le doute exigeant est l’antidote de la certitude paresseuse. Non pas systématique car dans ce cas lui aussi paresseux, mais actif, interrogatif, excitateur de la réflexion, starter de la curiosité. Il devrait provoquer une intranquilité scientifique bien éloignée de la paresse de la pensée sur laquelle se reposent désormais tous ceux qui expriment leurs certitudes sur le sujet. La complexité miraculeuse encore incomprise des phénomènes climatiques qui rendent notre planète solitaire vivable devrait pourtant émoustiller la curiosité des scientifiques officiels et les sortir de leur paresse. Comment embrasser tous les facteurs de ce chaos, et les ordonner ?

Un jour peut-être se réveilleront-ils, éventuellement à la faveur d’un coup de froid, et auront-ils envie d’explorer d’autres horizons, hors de l’enfermement dans la monocausalité de l’effet de serre, en se déplaçant dans les incertitudes, si riches en savoir, du doute…

En attendant ils ne sont pas, contrairement à leur homonyme animal, le paresseux, menacés d’extinction.

14 réflexions au sujet de « La pensée paresseuse »

  1. Quand un article commence par citer Boris Cyrulnik pour critiquer la pensée paresseuse un mot me vient à l’esprit : oxymore.
    Rien de plus à ajouter…

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      • Ce n’est pas du venin.
        On a cité ici en le vilipendant (à juste raison) Bruno Latour.
        Cyrulnik est du même acabit :
        Tout ce qu’il écrit est recopié sur des psychologues américains (le concept de résilience notamment) ; il n’a rien écrit en tant que neurologue qui ait fait progresser la recherche dans son domaine.
        On ne peut pas d’un côté vouloir critiquer sur ce blog de vrais chercheurs (et on a évidemment le droit de les critiquer) et d’un autre côté citer Cyrulnik.
        J’ai aussi le droit d’exprimer ce point de vue sans me faire agresser.

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  2. Sur ces sujets « controbersés » (!), tels que climat, nuke, OGM, j’ai effectivement coutume de parler de paresse intellectuelle quand je lis ou j’entends bien des journaliste, hommes politiques ou « scientifiques » les aborder.
    Et encore il m’arrive d’être indulgent pour les politiques qui ne peuvent pas être « au courant » de tout, et surtout qui sont entourés d’experts, pas toujours exempts d’impartialité ou plus dogmatiques que leurs « patrons »….

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  3. vous savez:il n’y a pas de traitements pour le covid…

    il y a bien peut-être quelqu’un qui tire les ficelles derrière ceci… mais qui est derrière tout le reste

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  4. Bonjour Cédric, c’est de la complaisance par confort, par facilité et puis cela devient de la lâcheté qui mène à de la connivence plus ou moins passive pour la grande majorité. Reste ceux qui y trouvent un intérêt (dogme, électoral, financier, subvention, promotion, bourse, paresseux, etc..) qui mène la danse. C’est clairement une nouvelle religion crée au XX -ème siècle et très souvent les religions amènent à des guerres. C’est à l’image de toutes les grandes horreurs de l’histoire, il s’agit toujours du même scénario, après le communiste, après le nazisme, vous verrez, les éscrologistes auront leur police politique avec un brassard vert, nous en sommes très proche. Un jour ce site de réflexion et d’échange sera interdit par la police politique ou censuré par un Gafam, pour entrave à la pensée unique. Benoît et ses apôtres finiront sur un bûcher. Merci. Résistons. JR

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    • C’est le risque démocratique majeur en effet et la constitutionnalisation de la lutte climatique va légitimer la police politique. Par contre, la censure des GAFAM est déjà réelle, à laquelle on peut ajouter celle de Wikipedia, qui roule avec eux.

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      • Bonsoir Cédric, tout à fait, mais la résistance s’organise et les élections approchent aussi. A propos de Madame Moncond’hui , maire de Poitiers, qui a supprimé les subventions aux aéroclubs de sa ville au prétexte qu’elle est contre les « sports motorisés » !
        Jean Loup CHRETIEN, premier cosmonaute français n’a pas manqué de rétorquer ; « L’écologie est hélas devenue l’arme des cancres du fond de la classe qui se réveillent aujourd’hui et en ont fait leur refuge politique, à défaut de réussir ailleurs ».
        Il est vrai qu’il vaut sans doute mieux subventionner les édifices religieux à coup de Milliard d’€ (Maire EELV de Strasbourg), en cas de conflit, nous aurons davantage besoin de croyant que de pilote d’avion pour défendre notre pays, voire même notre civilisation. Bien à vous. Résistons. JR

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      • Le pire, c’est que les écolos se revendiquent non xénophobes à l’intérieur (même pas sûr tant ils sont bobos en fait) alors qu’ils le sont objectivement à l’extérieur, par exemple en pronant la fin des énergies fossiles qui impacterait plein de pays du sud qui, sans les énergies fossiles, ne rentreraient plus d’argent pour alimenter leur système social et économique et réduiraient leurs population à plus de pauvreté. Bien entendu, il y a bcp de corruption des pouvoirs locaux autour des fossiles mais en leur interdisant les fossiles, ce serait encore pire (alors que c’est une meilleure répartition des revenus des fossiles dont il y aurait besoin, pas d’un sevrage des énergies fossiles pour ces pays comme le prone les écolos).

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      • Quant à l’interdiction des aéroclubs, c’est pathétique, en plus d’être liberticide et Jean Loup Chrétien a tout compris sur cette dynamique idiocrate. On pourra retenir, hélas, que Thomas Pesquet se sera bien laissé embarqué par cette idéologie écologique qu’il n’a eu de cesse de relayer. Défaut de maturité probablement.

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  5. Ca n’a rien d’une nouvelle religion, il s’agit d’un retour à une forme de paganisme.
    L’écologie a toujours eu un petit côté mystique qui a fini par prendre une dimension religieuse et définitivement dogmatique.
    La raison, si tant est qu’elle ait montré le bout de son nez a une époque, a fichu le camp depuis longtemps. La raison est une maîtresse bien trop tendre avec le réel…

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  6. Bonsoir Cédric, Thomas Pesquet a t-il le choix que de se fondre dans le moule de la pensée unique ? Sa marche de manœuvre est étroite, il est un produit marketing. Je doute fort qu’il pense qu’un chauffage au C02 soit efficient ! Vous avez vu, le vortex polaire de cette semaine, n’a que faire du 0,01 point de C02 en plus, qu’il y a 150 ans pour faire du froid. En fait, il y a peu d’homme libre. Thomas le sera une fois à la retraite par remord et/ou par respect pour la science. Merci. Bien à vous. JR

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