Liberté et dignité

Pendant cette période où nous avons suivi les injonctions du pouvoir prétendant éviter la diffusion du virus SarsCov2, je me suis trouvé, comme vous certainement, un peu déconcerté par ce qui nous arrivait, ne pouvant trouver la bonne formule pour caractériser ce qui me gênait dans cette situation.

Bien sûr la privation des libertés, auxquelles nous étions habitués, m’irritait au plus haut point mais je pouvais comprendre que ces libertés fussent amoindries dans la mesure où ces restrictions étaient censées bénéficier à l’intérêt général. 

En définitive on pouvait, on devait, se faire une raison.

Je gardais cependant dans mon for intérieur une gêne, un poil à gratter que je n’arrivais pas à nommer. Quelque chose n’allait pas entre cette politique et moi.

J’ai trouvé la réponse dans un billet d’humeur, mauvaise à tout le moins, trouvé dans le site « Front Populaire » signé Jiminy et qui faisait cette remarque à la suite des propos de Mr Salomon de « couper la bûche en deux et laisser Papi et Mamie dans la cuisine » :Il soulignait que « la société soumet l’idée du droit de mourir dans la dignité (euthanasie) mais il interdit celui de vivre dans la dignité en parquant nos ainés dans la solitude la plus absolue et en les privant du choix le plus élémentaire de  décider en connaissance de cause ». Il continue ainsi : « arrivons-nous à ce paradoxe, qui n’est pas des moindres, où la liberté de mourir l’emporte sur la liberté de vivre ».

Ainsi le terme de dignité avait émergé comme la définition la plus exacte de ce que nous venions de perdre collectivement et que je ressentais confusément :

Dignité de tous bafouée après avoir été soumis aux mensonges médicaux et politiques inexcusables et inexcusés

Dignité de tous bafouée par une obligation de s’auto-autoriser à sortir de chez soi

Dignité bafouée par un contrôle policier de ces « ausweiss »

Dignité bafouée dans le choix des commerces essentiels ou non

Dignité bafouée d’un commerçant faisant faillite à cause de l’autorité

Dignité bafouée des médecins généralistes empêchés de prescrire et de soigner en conscience

Dignité bafouée des malades à qui on a dit « rentrez chez vous »

Dignité bafouée donc des anciens séparés de leurs proches

Dignité bafouée des familles ne pouvant enterrer leurs morts au premier confinement

Dignité bafouée des fidèles laissés à la porte des vastes lieux de culte par une jauge de 30 personnes

Et que dire du pied de nez injurieux fait aux stations de sport d’hiver autorisées à ouvrir sans remontées mécaniques alors que le métro est bondé

Ce catalogue honteux à la Prévert pourra aussi évoquer plus tard G. Perec lorsqu’on revisitera cette période en disant « Je me souviens du jour où on m’a dit : les masques çà sert à rien »

Je me souviens du jour où je me suis fait une autorisation pour quitter mon domicile » etc…

De quoi se souviendra t on en fait ? Que c’était le symptome d’un régime méprisant la dignité de ses concitoyens. 

Point n’est besoin de souligner les atteintes terribles de l’histoire à la dignité humaine pour savoir qu’il faut se prémunir d’une tentation autoritaire commune à tout pouvoir et qui doit trouver une limite, qu’elle soit institutionnelle ou qu’elle doive se trouver dans la vigilance de tous. 

Ainsi, autant la liberté de chacun présente au-dessus d’elle la liberté d’autrui, sa restriction doit s’arrêter là où elle trouve au-dessus d’elle la dignité de chacun.

Qui défend l’environnement ?

par Rémy Prud’homme.

Le cabinet allemand se déchire sur une question environnementale : quelle doit être la distance minimale entre une éolienne et le plus proche bâtiment ? Plus cette distance est petite, et plus la zone dans laquelle on peut construire des éoliennes est grande ; mais plus les nuisances causées par les éoliennes sont graves. On assiste au combat entre besoins de l’industrie allemande et qualité de vie des Allemands. Ce combat est classique. Ce qui l’est moins (et qui justifie qu’on évoque cette querelle d’Allemands), c’est qu’elle se fait à front renversé.

Lire la suite

La transition vers la panne d’électricité

par Rémy Prud’homme.

Madame Pompili, ministre de la transition écologique, le reconnaît : dans les mois qui viennent, la France court le risque d’être incapable de répondre à la demande d’électricité. Comment ne pas penser à la célèbre phrase de Bossuet : « Dieu se rit de ceux qui se lamentent des conséquences dont ils chérissent les causes » ? La possibilité de la panne résulte en effet directement la politique gouvernementale de « transition » voulue par Madame Pompili et ses amis, et engagée par le gouvernement de M. Macron: fermeture de 14 centrales nucléaires en état de marche, fermeture de toutes les centrales au fioul et au charbon encore existantes, et multiplication des éoliennes.

Lire la suite

Délit d’écocide : coupables nous serons !

L’écologisme contemporain ayant pour principal moteur la culpabilité, l’une de ses activités de prédilection consiste à définir de nouveaux péchés. Bienvenue donc au dernier-né, le « délit d’écocide », qui vient s’ajouter à la longue liste des slogans à répéter sur les canaux habituels de la bien-pensance environnementale.

Lire la suite

Benefice risque

Pour terminer ce petit tour d’horizon confiné en quatre thèmes, attaquons nous à une racine du mal. Joyeuses fêtes !

Il est courant, face à une décision difficile à prendre, d’analyser les avantages que l’on peut retirer d’une action prévue, en comparaison des risques encourus. Si ceux-ci sont trop importants, l’action est remise en cause.

Cette attitude semble accréditer l’idée que le risque s’oppose au bénéfice, en étant en quelque sorte le modèle de ce qu’il faut éviter à tout prix pour obtenir un résultat.

On voit bien dans la crise sanitaire que nous vivons un exemple très parlant de cette attitude que l’on pourrait qualifier de frileuse : le confinement en est l’archétype. Surtout pas de risque, car le virus est mortel (O,5% !) et il convient donc de l’éviter de manière drastique.

C’est la philosophie du principe de précaution, poussant le rapport bénéfice-risque jusqu’à l’absurde.

D’un confinement à l’autre on s’aperçoit que cela n’est pas si simple et que les conséquences néfastes de la précaution par enfermement de la population deviennent de plus en plus mal tolérées et obligent à moduler les restrictions. L’attitude excessive dans la précaution quasi terroriste du premier confinement a du être amendée pour la saison 2 afin d’éviter la catastrophe économique. 

C’est en ce sens que le principe de précaution est nuisible car il permet d’accuser quiconque aurait pris un risque ayant conduit à des conséquences dommageables. Il invite à considérer que, le risque zéro n’existant pas, mieux vaut s’abstenir pour ne pas subir les foudres de la justice. Les responsables politiques et médicaux ont parfaitement intégré cette donnée. Cependant ils l’ont intégré pour eux-mêmes, candidats aux procès, et pas forcément pour les administrés qui doivent se soumettre à leurs directives quoi qu’il leur en coûte et pour lesquels l’analyse bénéfice-risque ne penche pas du obligatoirement même coté.

D’autres pays, pas embarrassés par cette contrainte, ont pu gérer différemment le problème avec des résultats qui nous font rougir.

Principe de précaution judiciarisé pour les uns, risque économique vital pour les autres, risque de faillite des finances publiques pour tous. L’analyse bénéfice-risque dépend donc du point de vue, d’autant que les uns ordonnent et les autres subissent sans pouvoir en avoir la maitrise.

On voit donc qu’il faut se diriger vers un principe qui puisse gérer ces deux points de vue : ce sera le principe de responsabilité qui permet à chacun de s’orienter dans cette contradiction. Cette responsabilité ne peut cependant être effective qu’à la condition de révoquer le principe de précaution, outil de condamnation systématique empêchant toute prise de risque. La justice se trouve pieds et poings liés par ce principe retors qui oblige à condamner. C’est ainsi que les juges de Lyon ont pu condamner le Glyphosate, non pas au nom de la science (je dirais même au mépris de la science), mais au nom du principe de précaution. Ils y étaient contraints. Le conseil d’état n’a pas fait autre chose en condamnant la France pour manquement aux obligations « climatiques ».

Aujourd’hui nos politiques et scientifiques se sont mis à l’abri de toute attaque judiciaire en s’appuyant sur ce principe au maximum, « quoiqu’il en coûte ». Il empêche toute analyse fine du bénéfice-risque et toute prise de responsabilité en connaissance de cause. Il provoque l’irresponsabiblité par l’inaction.

Il n’est cependant pas question de supprimer toute prudence dans la prise de risque. Mais autant le principe de précaution condamne systématiquement, même face à un risque non maîtrisable, autant, notion différente, la prudence s’exerce avec responsabilité face à un risque connu et évalué. Un risque raisonnable peut alors être pris et être appliqué avec finesse et discernement, ce qui dans l’exemple qui nous occupe aurait pu permettre de limiter la casse. Au lieu de cela les situations absurdes et autoritaires se sont multipliées.

Les responsables, pris dans cet étau, ont donc préféré se rendre inattaquables !

Car on peut même pousser le raisonnement plus loin en considérant que le bénéfice peut aussi se trouver dans le risque lui-même. Quel est l’investisseur qui n’intègre pas dans sa recherche de bénéfice le risque lui-même en sachant bien que plus le risque pris est grand, plus le bénéfice produit peut être augmenté ? 

Dès lors le risque et le bénéfice ne s’opposent plus, bien au contraire, ils se combinent dans une évaluation sérieuse… mais le principe constitutionnel de précaution s’oppose aux deux, tant au risque qu’au bénéfice ! La précaution en arrive à être dangereuse et, inversement la balance raisonnable bénéfice-risque sera toujours utile, le risque étant alors envisagé comme porteur de bénéfice.

Il serait sage de modifier la constitution en supprimant ce principe nocif, prétexte à tous les renoncements.

Esprit critique et populisme

L’école est un outil indispensable pour le développement de l’enfant. Il y a bien sur l’acquisition des connaissances mais aussi des méthodes de pensée qui feront des élèves les adultes de demain. Parmi les biens intellectuels qu’elle est censée dispenser, l’esprit critique fait partie des plus précieux. C’est l’outil qui permettra de se départir des emprisonnements idéologiques, des sujétions toxiques, des syllogismes vraisemblables, des emprises mentales et bien d’autres avatars de faux prophètes.

On se dit alors qu’après toutes ces années passées dans ce temple du savoir, les membres de notre société, et notre société elle-même, trouveront toujours le moyen de s’approcher de la vérité, d’éviter l’accréditation de fausses nouvelles et que l’opinion sera assez mature pour être forgée solidement.

Dans la vraie vie cependant, on ne constate pas cette solidité. Echec de l’instruction publique, lent affaissement des exigences ? 

Si l’on veut être indulgent on peut voir que la connaissance des faits et des réalités sociologiques de notre monde devient tellement complexe, et la confiance faite à ceux qui sont censés nous diriger tellement empreinte de suspicion que se faire une opinion est un parcours du combattant. Le plus souvent l’esprit critique est mis à mal et la crédulité règne. 

Alors il devient facile pour les politiques et les médias de faire adhérer, dans ce brouillard d’informations, aux thèses qui flattent l’audimat ou les sondages, par le catastrophisme et le principe de précaution.

Ainsi le bon peuple trouve tout naturel de penser à priori : « Il n’y a plus de saisons ; l’heure est grave, on va dans le mur, c’est la catastrophe ; faut sauver la planète ; le carbone c’est noir, c’est sale, çà fait mourir ; le pétrole c’est noir, c’est sale, c’est l’Amococadix ; le soleil et le vent c’est propre, c’est pas cher, c’est éternel ; le nucléaire c’est la bombe, çà fait des déchets éternels ; il faut croire les scientifiques ; il y a un consensus sur le climat et le CO2,; il n’y a plus de climatosceptiques… »

Tout ce corpus d’idées semble frappé au coin du bon sens, a l’apparence de l’évidence, de la morale et du bien. 

Or, fonder son opinion sur les idées à la mode, l’apparence de l’évidence, et l’idée que l’on se fait, ou que l’on vous inculque, du bien-penser n’est-ce pas, là où on ne l’attend pas, la marque d’un populisme qui se contenterait d’idées simples. Adhérer à la pensée dominante n’est-ce pas une forme de simplisme, c’est-à-dire une opinion qui n’a pas passé le filtre de l’esprit critique ? Le conformisme n’est-il pas par définition une abdication de la pensée critique caractéristique principale du populisme (si l’on accepte cette définition d’un terme qui n’en n’a pas vraiment) ? 

Il se traduit dans le pays par un unanimisme de la pensée qui adhère les yeux fermés aux incantations politiques s’enfonçant dans un fantasme de « nouveau monde », alors que celui-ci n’est que le jumeau de l’ancien, dominé comme lui par la recherche du maximum de bulletin de votes, de vente d’articles de presse spectaculaires et de d’industries nouvelles vectrices de rentabilité pour les investisseurs.

La manipulation par la peur est bien sûr au rendez-vous pour aveugler les foules. Sans parler du virus, elle peut prendre l’attitude du pompier pyromane comme le traduit cette déclaration récente d’un ex président de la république en s’adressant récemment à la jeunesse à Brest: « Dans les prochaines années vous serez un pays qui va souffrir et attendre des réponses fortes. On voit bien comment les populistes peuvent utiliser la peur et l’inquiétude » Faire peur à dessin pour trouver un bouc émissaire sans le nommer…Le populiste n’est pas toujours celui qu’on croit !

C’est pourtant cette même étiquette « populiste » qu’envoient à la figure des contestataires, les tenants de cette pensée unique qui ne supportent pas la contradiction. Leur formule toute faite se résume souvent à « C’est plus compliqué que çà », sans en dire plus, pour dénigrer l’opposant par un procès en incompétence. L’arme de la honte frappe alors ceux qui n’en pensent pas moins mais ne sauraient s’exprimer, alors que leurs accusateurs ne sont souvent qu’éblouis par la complexité de l’argument qui leur est proposé et qui les empêche de réfléchir. Noyer l’interlocuteur dans la complexité est une technique éprouvée pour susciter l’admiration et l’adhésion, mais ne signe pas une clarté d’esprit. « Ce qui se conçoit bien… »

Philippe Murray dans « la dictature du bien » nous a pourtant depuis longtemps ouvert les yeux : elle provoque l’anesthésie de l’esprit critique.

Il y a donc un populisme conformiste, jamais évoqué mais largement diffusé en face d’un populisme médiatisé, bien connu, plus couramment caricaturé mais qui paradoxalement est, lui, pétri d’esprit critique. 

Le climato réalisme fait certainement partie de cette dernière catégorie, brocardé qu’il est dans les médias, par les beaux esprits, comme l’archétype du populiste irresponsable et négationniste qui se permet de ne pas suivre l’évidence reconnue d’un danger mortel.

Au final, si l’on se permet d’échapper aux évidences, de voir la petite lumière qui met l’esprit en alerte, de poser des questions simples, de bon sens, il est fréquent d’être taxé de « populiste », ce terme si injurieux pour le peuple et que l’on applique volontiers à celui qui aurait des mauvaises pensées telles : « Les saisons sont à l’heure, le CO2  est nécessaire à la vie, le nucléaire ne pollue pas et fonctionne tout le temps, les éoliennes c’est pas fiable, c’est H2O le principal gaz à  effet de serre … » ou « dans l’urgence médicale, mieux vaut soigner que chercher ». 

Quand on exprime ces mauvaises pensées iconoclastes, l’accusation de complotisme qui n’est qu’un avatar du populisme pour les tenants du camp du bien n’est pas loin : « Comment osez-vous salir toutes les mesures que nous prenons en nous accusant d’avoir concocté de longue date un plan destiné à nous en mettre plein les poches, à ramasser les bulletins de vote vert etc…? », « vous n’y comprenez rien »…

Si l’on se réfère à l’actualité on peut se demander par exemple pourquoi y a-t-il des indignations sélectives qui feraient du film de Al Gore « Une vérité qui dérange » un modèle d’information dénué de complotisme comme pourraient l’être les interrogations du professeur Raoult concernant certains laboratoires pharmaceutiques ? Ne peut on regarder tout cela avec discernement et en détecter les codes sans manier l’encensoir ou l’anathème ? C’est à cela que l’esprit critique doit servir. Non, la contestation de la pensée unique devient vite sur les ondes une lubie pour gogos dont les beaux esprits indignés peuvent se moquer sans se rendre compte qu’ils sont eux-mêmes prisonniers de leurs idées toutes faites. 

La réalité est en fait plus banale qu’un plan machiavélique ourdi en secret par des puissances occultes : Il s’agit souvent d’une conjonction d’intérêts bien humains, basiques et intemporels qui dans le cas du « climat », comme dans d’autres comme la santé, convergent efficacement en prenant l’apparence d’un complot. La nature éternelle de l’humanité, ne connaissant que la satisfaction de ses besoins, son confort, ses intérêts, en est le moteur :

Les scientifiques se poussent du col, cherchent des financements et la gloire (passagère car la science est naturellement rebelle)

Les journalistes courent le sensationnel (vite oublié)

Les politiques se réfugient derrière le principe de précaution et suivent le fil de l’eau de l’opinion (également versatile)

Les industriels en profitent en créant le besoin (qui n’a pas de fin)

Et tout ce petit monde est en marche, la main dans la main. Vers le précipice ?

Plus que jamais l’esprit critique s’impose !

EXPRESSION LIBRE

On entend partout ces temps-ci, en boucle, et particulièrement dans les milieux politiques et journalistiques parler de l’esprit des lumières et de la liberté d’expression. C’est une ritournelle bien-pensante qui cache en fait beaucoup de renoncements, d’anathèmes cachés voire de mensonges car il ne suffit pas de vouloir la liberté d’expression, encore faut-il que ceux qui sont chargés de diffuser les avis exprimés permettent cette liberté. Or on constate tous les jours que les choix éditoriaux, les allocutions politiques, engendrent une sélection des informations, une répétition matraquante ou une présentation dévoyée qui confine à la négation des opinions contraires vite déconsidérées ou simplement mises au rencart, inexprimées.

Voltaire, très à la mode, justement pour son traité sur la tolérance, voit lui aussi son message dévoyé, tronqué par la simplification qui en est faite. Il ne s’agissait pas en effet pour lui de seulement s’assurer que chacun puisse s’exprimer, mais, plus encore, de se battre pour que cette expression puisse être entendue.

Nos journalistes qui pleurent sur la liberté de la presse ont-ils cette volonté de se battre pour que les opinions qu’ils ne partagent pas soient exprimées dans leurs colonnes ?  L’expérience prouve que non, soucieux qu’ils sont de rester dans le moule idéologique majoritaire convenu, celui qui ne heurtera pas leurs lecteurs ou leurs financeurs. Mettre sous le boisseau leurs contradicteurs leur permet, sans s’exposer, de les faire disparaître de la scène médiatique et du débat public. L’expression est libre mais non publiée !

La France est désormais 34ème pour la liberté de la presse derrière des pays comme le Ghana… Il y a donc un véritable problème dans la recherche et la diffusion des opinions et partant de la vérité.

Que cherche donc la liberté d’expression sinon d’atteindre la vérité, faire la lumière ?

Alors j’entends bien sûr la remarque : « Mais de quoi vous plaignez vous alors que nous sommes dans le pays des droits de l’homme que peu de pays reconnaissent ?» Certes, et les menaces physiques du terrorisme lié à l’Islam qui conduisent à l’auto censure sont au-delà de ce que l’on peut supporter. Mais il existe dans notre beau pays ce terrorisme intellectuel mené par une frange idéologiquement moralisatrise qui condamne aussi à l’extinction les voix discordantes par un équivalent d’auto censure.

Comment interpréter par exemple la menace récente de Benoît Hamon annonçant que Vincent Bolloré aura des comptes à rendre pour avoir développé sa chaîne CNews dont la ligne éditoriale ne lui convient pas, si ce n’est une atteinte à la liberté d’expression ?

LLiana Cicurel qui se prétend spécialiste de la liberté d’expression s’est ainsi laissée aller à une diatribe qui ne laisse aucun doute sur ses intentions de censure à l’encontre du documentaire «Hold up». On voit bien dans cet exemple qui dénonce les failles et les mensonges de la guerre sanitaire, cachant l’indigence de moyens derrière l’affirmation du pouvoir médical et l’utilisation de la peur, que les voix qui les dénoncent  sont vouées, pour les faire taire, aux gémonies du complotisme .Nous vivons dans une société soumise à l’injonction morale appliquée à la « mal pensance ».  

Aller vers la vérité demande souvent de penser contre soi-même et de bien définir le sujet en cause sans le noyer dans la langue de bois et la diversion. Reconnaître cette vérité exprimée devient alors l’enjeu. Or penser contre soi-même pour un homme politique, comme pour un journaliste, c’est en général se dédire face aux faits, « manger son chapeau », ce qu’ils ne sont pas prêts à faire pour ne pas se priver d’électeurs ou des lecteurs. Ils préfèrent aller au bout d’une logique dont les conséquences peuvent être catastrophiques contrairement aux bonnes intentions annoncées mais irréalistes. Nous avons ainsi comme exemple frappant la persistance coupable dans l’énergie « verte ». Quelques voix s’élèvent bien pour démontrer chiffres à l’appui que cette évolution est nocive, mais, que vaut cette liberté d’expression minimale, arrachée à contre cœur aux médias, si elle n’est pas reconnue et suivie des faits. 

Cette liberté n’est alors publiée que dans le désert de l’opinion manipulée. C’est-à-dire qu’elle n’existe pas. Il faudra crier plus fort.

La liberté d’expression est née au siècle des Lumières, mais la lumière peut s’éteindre de différentes manières.

JEU DE MAUX

JEU DE MAUX

Claude Leger eu tout à coup un sentiment inconnu, comme si son auditoire lui devenait petit à petit hermétique, étranger pour un nombre de plus en plus important de ses élèves. Ses cours, d’habitude très suivis et qu’il animait souvent avec humour, bien que fort documentés, voyaient progressivement des participants disparaitre après une phase où son discours parut de moins en moins recueillir l’attention de l’auditoire. Bien sûr cela prit plusieurs années, tout à coup la réalité se fit jour quand il ne resta plus sur les gradins que quelques élèves épars dont le regard s’éteignait.

Certains, après un conciliabule auprès d’autres étudiants manifestement agités, quittaient l’amphi en baissant la tête, comme pris en faute ou craignant l’exclusion du groupe qu’ils fréquentaient habituellement à la cafétaria. Le phénomène était particulièrement net en ce lieu où tous avaient l’habitude de se retrouver : Les déserteurs de son cours étaient bien là mais l’évitaient avec ostentation. Lui-même cherchait bien à reprendre contact en ouvrant la discussion sur les problèmes de l’époque, l’air de rien, pour comprendre, mais il n’avait en retour que des voix monocordes, comme détachées du réel, hypnotiques et répétitives : « ancien monde » « ancien monde » répétaient-ils sans arrêt comme une liturgie obsédante de procession incantatoire.

Il crut défaillir à ce constat : Ses élèves avaient perdu le sens des réalités objectives, qui ne tiennent ni de l’ancien ou du nouveau, et il se sentait menacé lui-même dans ses convictions, voire dans son statut, rejeté qu’il était par son entourage.

Car cela ne s’arrêtait pas là : de retour chez lui il sentit encore une fois ses enfants anormalement absorbés par les réseaux sociaux, très critiques à son égard, manifestant même une certaine hostilité lorsqu’il exprimait les convictions dont son éducation l’avait imprégné.

Cela l’amena à s’en ouvrir à ses collègues qui pour la plupart lui firent les mêmes réponses stéréotypées, avec un sentiment de soumission atone, ou de culpabilité, comme des enfants pris en défaut. Les rares qui le tenaient encore pour ami s’excusaient de ne pouvoir exprimer le fond de leur pensée de peur de perdre leur poste.

Le mal diffusait doucement d’autant que sur les ondes la ritournelle accusatrice et monotone se répandait « ancien monde » « ancien monde ».

Il perdait pied et le réel lui sembla évanescent. Lui qui avait sans cesse proposé comme modèles l’esprit critique et l’humour, qui mettaient à distance les certitudes, se trouvait pris au piège de la soumission et de l’intolérance.

Mais qu’avait donc l’ancien monde ?

N’avait-il pas mené une bataille salutaire, au moins respectable, contre les maladies, la faim, l’illettrisme, l’obscurantisme, l’esclavage, l’ignorance, les droits de l’Homme…

Un détail dans cette revue attira cependant son attention : dans ce catalogue n’apparaissait plus ce qui avait pendant des siècles structuré la société et qui répondait à une nécessité humaine : la réponse à une quête de sens. Cette réponse, véhiculée auparavant par la religion se trouvait portée par une autre forme de vecteur immatériel dont on pensait pouvoir remplir sa vie par le biais des ondes électromagnétiques. D’autres mythes se mettaient en place et tenaient lieu de vérités intangibles, issues de constructions psychologiques ou intellectuelles apparemment idéales. La réponse aux besoins de l’existence procurée par l’économie du travail semblait rejetée comme l’enfant gâté jette son jouet. L’Idéal prenait le pas sur le réel et le possible. Et rien ne semblait devoir l’arrêter, ni la rigueur, ni le bon sens, ni le respect de l’autre et de ses opinions, ni le doute si fondateur, ni l’humour si décapant, la légèreté n’étant plus de ce temps. Ne pas accepter cet idéal sociétal convenu, ce masque protecteur du risque, c’était prendre la responsabilité de la destruction. L’heure était grave, du moins semblait il qu’il fallait qu’elle le soit.

Il comprit alors que la peur avait conquis la société et que tous les repères issus de son éducation avaient sauté.

La liberté en premier puisqu’il fallait bien qu’une autorité fasse preuve de sa responsabilité en prétextant la précaution. Il fallait se soumettre.

L’esprit critique bien sûr, voire le bon sens animé par le doute, qui pouvait amener la rébellion.

L’esprit d’entreprise et de conquête qui nécessitait de prendre des risques.

Le respect de l’autre et de ses opinions qui sous-entend la possibilité d’une erreur personnelle.

La primauté des faits sur les prévisions et les opinions.

Un certain sentiment de modestie de l’homme face aux forces naturelles et cosmiques qu’il ne maitrise pas.

La grandeur d’âme à ne pas confondre avec l’arrogance et qui permet le détachement.

Le monde avait basculé dans l’irrationnel et la petitesse d’esprit précautionneuse qui est peut-être le dernier refuge de l’angoisse de vivre, faute de sens. Voir large et avec hauteur semblait le dernier stade de l’inconscience.

Il songea que les plus hautes sommités de son établissement pourraient l’éclairer et lui montrer qu’il se faisait des idées. Il n’eut pas le temps de prendre rendez-vous car le doyen l’avait déjà convoqué pour lui signifier son exclusion : « Vous comprenez, ce n’est plus possible, le monde a changé et les défis qui s’annoncent ne permettent plus la distance que vous prenez avec la gravité de la situation. Il faut être responsable et agir avec sérieux en transmettant à votre auditoire les injonctions des autorités. Votre attitude légère face aux dangers qui sont annoncés est insupportable. D’ailleurs je suis en cela l’avis du conseil scientifique ».

Il n’eut pas le temps non plus de lui faire préciser la nature et l’importance de ces dangers qui ne lui semblaient pas se matérialiser formellement de manière significative par rapport à l’habitude. La sanction était sans appel. D’ailleurs il s’approchait de la retraite ce qui facilita les choses.

Heureusement il avait gardé quelques contacts avec des collègues dont il s’aperçut avec bonheur qu’ils partageaient son sentiment à savoir qu’il fallait maintenir le cap de la raison et de l’humour pour garder quelque dignité sans verser dans la peur irraisonnée qui semblait avoir conquis son pays, ses médias, ses dirigeants et son peuple pusillanime. 

Ragaillardi par leur discours il leur demanda de s’exprimer publiquement. Mais, risquant eux aussi de perdre leur place, ils déclinèrent l’invitation. D’ailleurs cela était sans importance car aucun journal ou chaîne de télévision n’avait l’intention de les publier. L’heure était à l’omerta car à la peur de la Catastrophe s’ajoutait la peur de sortir de la pensée convenue et désormais obligatoire. 

Il assistait à un retour de la novlangue politiquement correcte.

Et toute cette soupe confuse dans laquelle baignait désormais la pensée générale était principalement déclinée à coup d’idées prémâchées, de clichés, par les plus jeunes générations dont on connait de tout temps l’exaltation dans l’idéal du bien. 

Il essaya, en bon professeur, de remonter aux origines de cette mode essentiellement négative et tellement irréaliste qu’elle avait besoin de s’imposer par une puissance morale sans égale : la honte de passer pour un imbécile.

Aussi loin que portaient ses souvenirs il ne nota qu’un seul évènement fondateur suffisamment fort pour bouleverser la société dans laquelle il avait évolué jusqu’alors avec bonheur et confiance : Ce qu’il prenait pour le bonheur de vivre était perçu par certains à l’époque pour un ennui profond auquel il convenait de mettre fin en manifestant violemment contre toute interdiction. C’était bien à ce moment que la démolition avait commencé et que les digues avaient sauté pour en arriver à l’obligation morale de se soumettre qui s’était répandue inexorablement. L’ancien monde était condamné par la honte de s’opposer à la nouvelle idéologie de la déconstruction et du retour à la nature. L’avenir étant à la jeunesse il aurait fallu beaucoup d’inconscience pour l’injurier et les intellectuels ne s’y bousculèrent pas.

La suite il la connaissait maintenant avec son cortège de manifestants lycéens, très ignorants pour la plupart, mais exaltés comme il se doit, prétextant la protection de leur avenir en contestant l’ancien monde avant de faire l’apologie de temps encore plus anciens, sans y voir le paradoxe mortifère. Et, en tête de file, les passionarias ne manquaient pas, exprimant l’horreur de l’économie machiste productiviste. Il n’était pas dupe non plus du nombre de politiciens pratiquant la récupération indignée ou la précaution aveugle pour s’assurer de leur électorat et le rassurer quoiqu’il en coûte, curieusement en lui annonçant tous les jours l’apocalypse en marche.

Le changement était devenu l’objectif indépassable et s’accompagnait du rejet des responsables en place, ce rejet devenant la norme jusqu’à épuisement des compétences. Tout le problème était de savoir vers quel objectif raisonnable ce changement pouvait tendre. On fit bien illusion démocratique en tirant au sort les pythies qui allaient résoudre cette question mais il n’en sorti que des banalités ou des visions mystiques. Le changement pour le changement dans une spirale antinomique l’un changeant l’autre jusqu’à l’absurde…

Bref, tout cela ne manquait pas de contradiction et d’absurdité, mais paraissait inexorable et totalitaire.

C’est alors qu’il entendit une sonnerie à sa porte et qu’il vit par l’œilleton deux hommes, en pardessus noirs et chapeaux, venus le chercher…

C’est aussi à ce moment que son réveil sonna.