Les résultats économiques des trois derniers présidents

par Rémy Prud’homme.

Cette note cherche à évaluer les résultats de la politique économique des présidents Sarkozy, Hollande et Macron.

L’exercice est difficile, pour au moins trois raisons. 

La première concerne les indicateurs ou critères à retenir. Ils sont potentiellement nombreux, et ne racontent pas tous la même histoire. On en a retenu trois : l’évolution du PIB par habitant, celle du taux de chômage, et celle du ratio d’endettement public (dette/PIB). Pour ces trois indicateurs, on dispose, grâce à Eurostat,  de données trimestrielles indépendantes et comparables.

     La deuxième se rapporte aux dates à retenir. On pourrait soutenir que les deux (ou quatre) premiers trimestres d’un mandat ne signifient pas grand chose, parce que beaucoup des politiques engagées ne portent leurs fruits qu’au bout d’un temps plus long. D’un autre côté, des décisions prises et annoncées en début de mandat peuvent modifier immédiatement des comportements d’achat ou d’embauche. Et une période de latence trop longue ne permettrait aucune évaluation du mandat de M. Macron. On a retenu les périodes qui commencent avec les données du troisième trimestre de la première année du mandat, et qui se terminent avec les données du deuxième trimestre de la dernière année, ou, dans le cas du mandat de M. Macron, les dernières données disponibles. Cela fait des périodes de 19 trimestres pour MM. Sarkozy et Hollande, et 5 trimestres pour M. Macron.

     La troisième raison est la nécessité de corriger les données brutes publiées. L’évolution au cours d’une période donnée ne s’explique pas seulement par la politique économique du gouvernement au pouvoir durant cette période – contrairement à ce que disent les partis au pouvoir lorsque l’évolution brute est positive, et les partis d’opposition lorsque cette évolution brute est négative. Elle s’explique aussi, et sans doute même davantage, par l’évolution de facteurs tels que le prix du pétrole, le taux de change du dollar, les taux bancaires, la demande de la Chine, etc., en un mot par la conjoncture internationale. Ce qui est significatif, c’est l’évolution nette, qui est égale à l’évolution brute diminuée de l’évolution de la conjoncture :

Evolution nette = évolution brute – effet conjoncture

Comment estimer cet effet conjoncture ? Les pays de la zone euro sont exposés aux mêmes vents que la France. On prendra donc l’évolution enregistrée dans l’ensemble de ces pays. Le tableau 1 résume les résultats obtenus.

Tableau 1 – Evolution de trois indicateurs économiques corrigée de l’effet la conjoncture internationale, mandatures passées et en cours

                              Sarkozy          Hollande          Macron
                      (19 trimestres)    (19 trimestres) (5 trimestres)

PIB par habitant           +2,4%             -3,2%          +1,1%
Taux de chômage        -29,0%            +20,2%           +5,0%
Dette publique/PIB       +5,4%            +11,7%           -0,3%

Source : Eurostat, statistiques trimestrielles. Notes : Le premier chiffre (+2,4%) signifie que le PIB par habitant en France a augmenté plus vite (de 2,4 points) que le PIB par habitant de la zone euro durant la période considérée. 

     Plusieurs points en ressortent. Le quinquennat Hollande a été particulièrement inefficace du point de vue de nos trois indicateurs économiques : en France, le PIB par habitant a augmenté moins vite qu’en Europe, le chômage nettement plus vite, ainsi que la dette publique. Durant le quinquennat Sarkozy, la France a fait mieux que l’Europe pour le PIB par habitant et pour le chômage, mais moins bien pour l’endettement public. Sur les trois critères économiques, Sarkozy a fait beaucoup mieux que Hollande. Il est évidemment un peu tôt pour évaluer les performances économiques de Macron. Sur les cinq trimestres considérés, la France a fait mieux que l’Europe pour le PIB par habitant et pour l’endettement, mais nettement moins bien pour le chômage, qui a certes baissé en termes bruts, mais moins vite qu’ailleurs, ce qui se traduit par une hausse en termes nets. Dans tous les cas, on est assez loin des jugements politiciens et même journalistiques.     La portée de cette analyse doit bien entendu être relativisée. L’évolution de la conjoncture n’est pas la seule façon d’éliminer l’influence des facteurs autres que la politique économique sur les résultats enregistrés. De plus, les résultats ici examinés concernent seulement le court terme, alors que les résultats à long terme sont au moins aussi importants. Enfin, pour évaluer un quinquennat, il va sans dire que la dimension économique n’est pas la seule qui compte.

8 réflexions au sujet de « Les résultats économiques des trois derniers présidents »

  1. Article très intéressant qui peut surprendre sur ce blog et qui amènera, je n’en doute pas, questions et critiques.
    Tout d’abord : merci pour ce travail très instructif.
    Pour ma part, je pense que vous devriez allez plus loin, pour expliquer à quoi cela mène, en rapport avec l’orientation catastrophique de la transition énergétique actuelle (c’est la rançon du succès, on en demande toujours plus après!)
    En s’arrêtant sur la partie émergée de l’iceberg, « on » ne retient que l’endettement colossal sous Sarkosy. Mais il s’agissait d’éviter une faillite généralisée, avec bank run, hyperinflation, émeutes.
    J’ai aussi entendu hier soir d’une oreille un « économiste » sur je ne sais plus quelle chaîne, affirmant qu’Hollande était le président récent qui avait le plus contribué à désendetter la France.
    Votre analyse montre combien l’étude de la partie immergée de l’iceberg est essentielle!!!
    Hollande aura eu plusieurs méritent : il a entre autre, testé en réel la courbe de Laffer et démontré son incompétence pure en économie.
    Surtout -et j’apprécie cela car c’est tellement rare- le benchmark avec les autres pays : exercice salutaire et tellement cruel pour nos gouvernants 😀
    Pour Macron : il est évidement trop tôt. Mais j’ai quelques infos (non chiffrées mais qui sont issues de discussions avec différents professionnels) : la mesure phare de Macron, sa réforme du code du Travail, pour être « révolutionnaire » dans le fait qu’elle est un changement d’orientation jamais vu (en France…..) n’est finalement que minime (infime?) dans son impact. Aussi bien les TPE-PME que les ETI, n’ont pas pris en compte les possibilités de cette réforme. Cela se voit car la petite reprise dans le secteur industriel n’a pas vu une augmentation d’embauche grâce à la réforme Macron, mais une augmentation du nombre d’intérimaires et d’agences d’intérim (dans mon département, elles pullulent !!!).
    Dire qu’il aurait suffit qu’il augmente fortement les seuils sociaux actuels (11-20-50) pour avoir un impact immédiat sur l’emploi…. Et faire exploser le paritarisme et mettre en concurrence REELLE les syndicats…bref, ce n’est que le début d’une longue liste des occasions manquées…

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  2. On ne doit pas avoir les mêmes statistiques….Si on en croit Eurostat, le PIB par habitant de la France est de 31400 E en 2007, 31200 en 2012 et 32500 en 2017…
    https://ec.europa.eu/eurostat/tgm/table.do?tab=table&init=1&language=fr&pcode=sdg_08_10&plugin=1
    Il s’agit du PIB réel, hors inflation
    L’Allemagne fait respectivement 32100.33400.35500
    Le PIB en PPA (parité de pouvoir d’achat -cad tenant compte des différences de niveau de prix) et calculé par rapport à la moyenne des 28 est pour la France de 108 en 2007 .107 en 2012 et 104 en 2017 ( en clair un français avait un pib supérieur de 8% à la moyenne euro en 2007, 4% en 2017. Pour l’Allemagne on a respectivement 117, 124 et 124 . Qu’en dit l’auteur?

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    • Bonjour kelenborn,
      Voici la reponse de l’auteur :

      L’auteur se réjouit de voir un lecteur qui se donne le mal d’aller consulter directement les sources statistiques.

      Celle qu’il utilise donne des chiffres annuels. Celle que j’ai utilisée offre des chiffres trimestriels, comme le texte le précise et essaye de le justifier. La pente d’une régression sur tous les chiffres (annuels ou trimestriels) des périodes considérées serait un indicateur encore meilleur.

      Les données annuelles de notre lecteur confirment tout à fait mes résultats et conclusions sur les mandats Sarkozy et Hollande.

      Entre 2007 et 2012, le PIB par habitant a varié en France de –0,6% et dans la zone euro de –2,7; la variation nette (de la variation dans la zone euro) a donc été de 2,1%. La France a, pour cet indicateur et cette période fait bien mieux (moins mal) que la zone euro.

      Entre 2007 et 2012, on a +4,2% pour la France et +6,2% pour la zone euro, soit en variation nette –2,0% pour la France, qui a donc fait nettement plus mal (moins bien) que la zone euro.

      La comparaison avec l’Allemagne est intéressante en soi. Mais elle correspond mal à l’objectif visé: évaluer les résultats de la politique économique des différents gouvernements, et pour cela corriger les chiffres bruts publiés, en essayant de prendre en compte les effets de la conjoncture internationale. A cet effet, comparer avec l’ensemble de la zone euro est plus significatif que comparer avec la seule Allemagne.

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      • Merci pour votre réponse….Je renvoie pour ma part aux données Eurostat.
        Vous savez que les statistiques sont une branche un peu bâtarde de l’outil mathématique. Marc Twain disait: « il y a trois sortes de mensonges: les petits, les gros et…les statistiques ». Quant à Churchill, il disait » Je ne crois aux statistiques qu’après les avoir manipulées moi même »
        Dans  » No Society » Guilluy note à quel point le PIB est devenu n’importe quoi sauf une mesure de la richesse: il note que l’OSDE a demandé d’y inclure les trafics de drogue et la prostitution ! Pourquoi pas d’ailleurs: cela doit procurer plus de satisfaction au consommateur que le travail d’un « logue » payé par le CNRS!
        Quant à l’Allemagne , c’est intéressant car l’Allemagne, qui a recréé son « Lebensraum à l’est de l’Europe a pleinement profité de la zone euro pour s’enrichir. Pas la France et qui a signé….le traité de Lisbonne? Je vous rassure: tout cela n’a pas pour objet de défendre Flamby.

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