Un étrange dialogue « à propos » du glyphosate

Le 16 novembre, le site Arrêt sur images a proposé une émission consacrée à la polémique sur le glyphosate. Présentée comme d’habitude par Daniel Schneidermann, ses invités étaient Stéphane Foucart et Sylvestre Huet, tous les deux journalistaumonde, et Hervé Le Bars, membre de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS).

Les deux compères du Journalderéférence se sont comportés avec leur morgue habituelle : sourires goguenards lorsque leur contradicteur hésitait dans ses explications, interruptions permanentes du discours adverse, entre-soi avec le présentateur de l’émission. Rendons néanmoins justice à Sylvestre Huet pour sa position beaucoup plus modérée que je n’imaginais et pour avoir même osé admettre quelques désaccords avec son éminent collègue.

Le climat pour déterminer les camps à propos du glyphosate

Mais voyons plus en détail un moment emblématique de l’émission. Après quelques minutes au cours desquelles Stéphane Foucart a expliqué la stratégie de Monsanto pour contrer les arguments mettant en cause le glyphosate et en particulier les soupçons de corruptions de scientifiques, il s’est produit un dialogue assez révélateur… L’émission n’étant pas en accès libre, je le reproduis ici intégralement (à partir de 20:02 de la vidéo).

Daniel Schneidermann : « Alors pour que les choses soient bien claires et c’est la dernière question sur ce sujet. L’Association Française pour l’Information Scientifique dont monsieur Le Bars est ici un représentant, vous ne la soupçonnez pas d’être achetée si peu que ce soit par Monsanto ?

Stéphane Foucart : – Je ne la soupçonne de rien du tout mais je note que, voilà quelques années, l’Association Française pour l’Information Scientifique était le porte-voix des climatosceptiques en France.

Hervé Le Bars : – Pas du tout.

SF : – Ah si.

HLB : – Ça, c’est votre avis.

SF : – Ce n’est pas mon avis, c’est ce que vous avez publié.

HLB : – Non, ce qu’on a publié, ce n’est pas du tout du climatosceptique. L’association n’est pas climatosceptique. Les premiers articles de notre association sur le climat datent des années 70, je ne suis pas sûr que vous écriviez déjà, où déjà on soupçonnait le lien entre réchauffement climatique et émission de gaz à effet de serre. En 2000, nous avons un article excellent qui résume très bien la polémique sur le sujet.

SF : – Et en 2008 ?

HLB : – Alors voilà en 2008, il y a eu quelques articles de gens qui sont clairement climatosceptiques qui ont été publiés dans l’AFIS, mais dans le cadre d’un dossier dans lequel on avait Michel Petit, qui est représentant au GIEC, qui expliquait le consensus. C’est-à-dire que ces gens-là, ces climatosceptiques, n’étaient pas là pour expliquer le consensus scientifique, ils étaient là pour donner une opinion.

SF : – Pour mentir.

HLB : – Bah, pour donner une opinion qui était la leur.

SF : – Mais qui a été publiée par l’AFIS.

HLB : – Qui a été publiée dans le cadre d’un dossier qui, lui présentait les…

Daniel Schneidermann : – Dont vous saviez, en le publiant, que c’était faux ?

HLB : – Alors, moi, je ne peux pas vous répondre, parce que je n’étais pas à l’AFIS, à l’époque.

Ricanement de SF.

Rire

HLB : – Non, excusez-moi mais je ne peux pas savoir si les gens qui ont publié l’article de Courtillot ou celui de Rittaud, quel était leur degré de connaissance. Moi ce que je constate…

DS : – Depuis, vous en avez débattu entre vous, à l’AFIS ?

HLB : – Oui, tout-à-fait, d’ailleurs on a même mis un encart sur ces articles, au début, expliquant le consensus scientifique partagé par l’AFIS, c’est celui du GIEC, donc on a mis un encart sur ces articles pour préciser que ça ne remet pas en cause le consensus mondial sur le réchauffement climatique et que ces articles-là n’étaient mis qu’au titre de la discussion pour montrer qu’il y avait d’autres avis, voilà.

SF : – Encart que vous avez rajouté cinq ou six ans après la publication de ces articles. Je tiens juste à rappeler un tout petit truc.

HLB : – Je croyais qu’on parlait du glyphosate.

DS : – On ne va pas faire l’émission sur le climat.

SF : – Sylvestre Huet qui est ici a écrit un excellent livre sur le climat qui était une sorte de debuggage sur le livre de…

HLB : – Tout-à-fait, excellent.

SF : – Et l’AFIS en a fait une critique vraiment mi-chèvre mi-chou.

Toc

HLB : – Non, alors ça ce n’est pas l’AFIS.

SF : – Ben si, c’est ce que vous avez publié dans la revue. En qualifiant le livre de réchauffiste. Formidable, Sylvestre et moi-même sommes réchauffistes.

DS : – On ne va pas faire l’émission entière sur le climat, parce que ça va déjà être assez compliqué sur le glyphosate.

HLB : – Je voudrais juste dire sur cet article, je voudrais vous répondre sur ce truc, ça a été écrit par une personne et ça n’engageait que lui-même, une personne que vous ne connaissez peut-être pas, qui effectivement a écrit des choses qu’on ne publierait pas, qu’on n’aurait pas dû publier, c’est clair.

DS : – Voilà, le mea culpa est fait. »

Ce qui a été publié par l’AFIS

Revenons d’abord aux faits. Aveuglé par sa haine, Stéphane Foucart s’est probablement embrouillé dans les dates. L’AFIS a publié dans sa revue Science et pseudo-sciences des articles de Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Mouël et Benoît Rittaud, mais c’était en 2010, ces deux textes sont effectivement précédés de l’Encadré de bonne morale climatique. En 2008, il s’agissait d’un article de Charles Muller, qui est lui aussi précédé de l’Encadré salvateur. Remarquons néanmoins que Jean-Paul Krivine et Michel Naud ont publié plus récemment (2016) deux textes dans la même revue : le premier, sur la nécessité de séparer les aspects scientifiques et sociétaux, qualifie Stéphane Foucart de procureur, et le second critique le fonctionnement du groupe 3 du GIEC. Ces deux articles ne sont pas encore précédés de l’Encadré. Enfin, la critique « mi-chèvre mi-chou » du livre de Sylvestre Huet à propos de Claude Allègre a effectivement disparu du site de l’AFIS puisque la page correspondante est vide. Signalons également, toujours dans la revue de l’AFIS, la critique plus chèvre que chou de Michel Naud à propos du livre de Stéphane Foucart, qui présente certainement suffisamment de gages de bonne moralité pour échapper à l’Encadré fatidique.

Docteur menteur

Analysons rapidement l’échange entre Foucart, Le Bars et Schneidermann retranscrit précédemment.

Afin de mettre en difficulté son contradicteur, Stéphane Foucart utilise donc un argument n’ayant strictement rien à voir avec le sujet de la polémique, mais qu’il semble considérer comme l’outil ultime de disqualification de l’adversaire : avoir laissé parler un climatosceptique. Remarquons que l’ignominie et l’absurdité de l’argument ne semblent choquer personne sur le plateau puisque Hervé Le Bars prend la peine de répondre sur le fond et que Daniel Schneidermann enchaîne par une question sur le comportement de l’AFIS après ce crime de lèse-climat, avant de finalement clore la discussion, mais uniquement pour éviter que cela ne prenne trop de temps.

Les termes du dialogue sont également instructifs. Dans une discussion normale, un débatteur peut considérer que son contradicteur a un avis insuffisamment étayé, utilise des arguments biaisés, tient un discours sous-tendu par une idéologie qu’il ne partage pas… Mais ici, c’est beaucoup plus simple : dans l’esprit de Stéphane Foucart et de Daniel Schneidermann, le contradicteur ment et affirme des choses fausses.

Ainsi donc en 2018, tout débat sur l’environnement finit par aboutir au point Godwin climatique. Afficher une bonne morale climatique, c’est obtenir un certificat de vertu. Comme le disait Benoît Rittaud il y a quelques jours, le climat n’est plus un sujet, c’est un emblème. Lorsque l’AFIS placarde un panneau d’avertissement contre une pensée non conforme en préambule d’un article, alors que les controverses sont l’essence de la science et donc le cœur de ce que peut publier une telle association, c’est en espérant que ce « mea culpa » lui évitera le bûcher devant des Grands Inquisiteurs à la Foucart.

Aujourd’hui, dans l’esprit des sauveurs de la Planète, la ligne de démarcation séparant science et non-science passe entre les vertueux et les menteurs.

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5 réflexions au sujet de « Un étrange dialogue « à propos » du glyphosate »

  1. Au-delà du problème des relations entre le CO2 et le climat, je trouve cet article très éclairant sur les biais sémantiques et discursifs utilisés par la Carbosphere pour contrer les arguments qui les gênent . Deux sont utilisés ici : d’une part la diabolisation illustrée par le thème du climato scepticisme immoral de l’interlocuteur et d’autre part le hors sujet , la dérivation, qui permet de ne pas répondre sur le fond. Il y a bien d’autres biais utilisés pour décrédibiliser l’adversaire et qui ont déjà été mis en évidence par Jean-Claude Pont lors d’une contre Cop (21?) il y a quelques années.
    Il y aurait un livre à faire ( Ou à refaire)…
    relire G Lebon sur la manipulation des foules ou Bernays sur la fabrique du consentement

    Aimé par 1 personne

  2. j’attends toujours que tous ces gourous du climat m’explique comment la fonte des glaces entre -18000 et -6000 a pu se faire sans CO2 avec une remontée de 120 metres du niveau des oceans.
    Avant de prevoir l’avenir il est preferable de comprendre le passé

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  3. coucou,

    mais zont’y causé du glyphosate ?
    vous saurez la suite dans le prochain numéro de sciences et conscience.

    « qui a menti dans le réchauffement du glyphosate vaccinal ? »

    bonne journée

    stéphane

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  4. « Afficher une bonne morale climatique, c’est obtenir un certificat de vertu. Comme le disait Benoît Rittaud il y a quelques jours, le climat n’est plus un sujet, c’est un emblème. »
    Excellent résumé. Il en va de même pour toute polémique sur les sujet « sociétaux » à la mode : vaccins, glyphosate, réchauffement (anthropique, cela va de soi), féminisme victimaire (et vindicatif), antiracisme dévoyé, pédagogisme destructeur, etc. Et bien entendu les fadaises des gaïatollahs.
    Plus de débats, ce qui sous-entendraient confrontations de thèses argumentées, mais des anathèmes d’emblée disqualifiants.
    La bien-pensance — à savoir l’opinion convenue récoltant le plus de consensus dans la presse des journagandistes et du clergé cathodique — en est réduite à distribuer bon points et excommunications par arguments d’autorité.
    Voilà comment l’idéologie s’impose aux dépens des faits. A quand un prix Lyssenko ?

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