Le hiatus ? Pas de quoi en faire un fromage, ni une publi

par Yanarthus.

L’incroyable nouvelle a été annoncée par Mathieu Vidard dans l’émission La Tête au carré sur France Inter, le 20 septembre 2017 (ici, très brièvement, à partir de 10’, il faut bien viser) :

Maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5°C, c’est encore possible, c’est l’objectif qui avait été fixé par les Accords de Paris à l’issue de la COP 21. La bonne nouvelle vient d’une équipe de recherche internationale. D’après leurs analyses, l’ampleur du réchauffement climatique qui a déjà eu lieu a été surestimée et la quantité de carbone que l’humanité peut émettre à partir de 2015 en restant en-dessous de ce seuil de 1,5°C serait trois fois supérieure à ce qui avait été annoncé.

Comme ça, l’air de rien, un journaliste d’un des médias les plus fidèles au carbocentrisme vient de dire que la terrible apocalypse climatique a été surestimée. Au point que l’humanité pourrait même s’en sortir à bon compte ! Il n’y a vraiment de chance que pour la canaille.

Sur le coup, cet extrait m’a vaguement fait penser à l’annonce de la chute du mur de Berlin en novembre 1989, brièvement racontée par exemple ici, où le porte-parole du gouvernement est-allemand avait présenté la liberté de voyage à l’étranger de ses concitoyens comme une décision parfaitement anodine.

Intrigué par l’affaire, j’ai essayé de voir si cette saisissante nouvelle avait été relayée ailleurs dans la « grande presse » française. Il m’a fallu bien chercher. Le Journalderéférence, qui attendait certainement avec gourmandise la prochaine calamité climatique, a fait l’impasse. Je n’en ai trouvé de trace que dans L’Express et dans Ouest-France. Et dans les deux cas, strictement aucune mention à des observations en contradiction avec les modèles, juste une information sans aucune justification. C’est vrai, quoi, il ne faudrait pas embrouiller la tête des lecteurs (qui, comme chacun sait, ne comprennent rien) avec des explications du genre « la boule de cristal est encore plus déréglée que le climat ». Au contraire, l’article de L’Express est l’occasion de rappeler que 2016 a été l’année la plus chaude de l’histoire de la Voie Lactée.

Un site plus confidentiel mais parfaitement climatiquement correct s’est aussi fait l’écho de l’affaire, osant même donner un lien vers cette page qui présente ce graphique stupéfiant :

Banal1

 

Un démon crypto-sceptique s’est caché dans cette figure, saurez-vous le retrouver ?

La lecture est simple : pour un cumul d’émissions de 545 Gt de carbone (valeur admise en 2015) depuis le milieu du XIXe siècle, le plus optimiste scénario giecquien (« RCP2.6 ») de réduction des émissions de gaz satanique prévoit une hausse de température de 1,2 °C (toujours par rapport au niveau pré-industriel) alors que les observations de 2015 donnent seulement 0,9 °C, les modèles surestiment donc de 0,3 °C la température observée !

Bon, évidemment, dans la publication originelle de Nature Geoscience, ce n’est pas dit de façon aussi claire. Certes, les auteurs signalent – timidement – les problèmes :

in the mean CMIP5 response (coloured lines) cumulative emissions do not reach 545 GtC until after 2020, by which time the CMIP5 ensemble-mean human-induced warming is over 0.3 °C warmer than the central estimate for human-induced warming to 2015 (…) the discrepancy in warming between Earth System Models and observations emerges only after 2000.

[La moyenne des réponses des modèles CMIP5 (lignes colorées) n’atteignent 545 GtC qu’après 2020, à un moment où la moyenne du réchauffement causé par l’homme selon CIMP5 est plus de 0,3 °C plus chaude que celle de 2015 (…) L’écart entre les modèles et les observations n’apparaît qu’après 2000.]

Toutefois, d’une part le graphique ci-dessus n’est pas présenté tel quel (la fatidique flèche rouge n’y est pas !), d’autre part, la suite de la publication ne remet pas du tout en cause les dogmes climatologiques.

Dans n’importe quel domaine scientifique, un grand écart entre modèles et observations remet sérieusement en cause la fiabilité desdits modèles, mais il est vrai qu’en climatologie, il n’est pas toujours question de science. Le reste de l’article consiste à compter les gigatonnes de gaz satanique encore émettables avant d’atteindre la hausse de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, tout en restant sagement dans le cadre des divinations du GIEC, en gros simplement en tenant compte d’un offset de -0,3 °C en 2015, simple rustine sur les modèles actuels mis en défaut.

Mais cette publication est tout de même un trop gros pavé dans la mare et les flics du climat sont aussitôt intervenus avec vigueur pour remettre l’Église de climatologie au centre du village global.

Banal2

Traduction libre : « Discrepancy ? Où ça, discrepancy ? Quelle discrepancy ? Tout ça est unsupported. La courbe rouge, elle dit bien 1,2 °C épicétou. » L’occasion de revenir aux bases de la culture :

Banal3

Se rendant compte de la gravité des conséquences de leur publication, les impudents auteurs ont bien été obligés de renouveler leur allégeance carbocentriste dans un rétropédalage collectif particulièrement humiliant :

A number of media reports have asserted that our recent study in Nature Geoscience indicates that global temperatures are not rising as fast as predicted by the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), and hence that action to reduce greenhouse gas emissions is no longer urgent. Both assertions are false. Our results are entirely in line with the IPCC’s 2013 prediction that temperatures in the 2020s would be 0.9-1.3 degrees above pre-industrial.

[Nombre de médias ont affirmé que notre récente étude dans Nature Geoscience indiquait que les températures globales n’augmentaient pas aussi vite que prévu par le GIEC, et donc que les actions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre n’ont plus rien d’urgent. Ces deux affirmations sont fausses. Nos résultats sont entièrement en ligne avec la prédiction du GIEC de 2013 que les températures dans les années 2020 seront de 0,9 à 1,3 degrés au-dessus de l’ère préindustrielle.]

Ouf, « en ligne avec la prédiction du GIEC » : pas de discrepancy.

Tout va bien en climatologie : le débat est ouvert, les voix contradictoires s’élèvent en toute liberté. On peut continuer d’annoncer des cataclysmes et les vaches sont bien gardées.

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11 réflexions au sujet de « Le hiatus ? Pas de quoi en faire un fromage, ni une publi »

  1. Un article de la théière cosmique
    https://theierecosmique.com/2017/09/25/trad-changement-climatique-encore-une-etude-surinterpretee/

    la surinterprétation est une maladie qui touche les deux camps.

    si l’on est honête et que l’on reste un peu convaincu par la théories dominante, on ne peut quand même pas ignorer les mensonges éhontés et la propagande.

    dans le genre ce bilan de la noaa, teple de la Foi,
    https://www.gfdl.noaa.gov/global-warming-and-hurricanes/
    est malhonnêtement cité
    « It is premature to conclude that human activities have already had a detectable impact on Atlantic hurricanes »

    a se souvenir que une ex prétresse défoquées, Judith Curry a annoncé avoir questionné sa Foi quand elle a lu le Climate Gate et y a reconnu ses pratiques consistant à cacher des faits (justement les données sur les évènements extrêmes)…

    au final je ne crois que les climato croyans qui disent des choses climatosceptiques et réciproquement…

    pour le reste ce sont des gens biaisés.

    tout ce que je sais c’est qu’avec des centrale nucléaire, on résoud le problème, ce qui explique clairement que tout ceux qui vivent de problème soient contre.
    http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/apr/05/anti-nuclear-lobby-misled-world

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    • J’ai toujours été surpris par la démarche intellectuelle incomplète de la théière cosmique : sur tous les sujets de société, les articles sont forts biens documentés et étayés par des arguments lucides et de bons sens.
      Mais pour le climat, la théière n’infuse pas. Rien à faire. Les climatosceptiques passent pour des rigolos, des vendus ou des conspirationnistes.

      Pourtant je n’ai pas rencontré un seul conspirationniste façon 11 septembre parmi les sceptiques. Je n’ai vu que des gens qui comme moi pensent que la science du climat est toute pourrie.
      En revanche, on ne peut pas nier que toute une industrie s’est mise en place sur ce concept de réchauffement, la remarque n’a rien de conspirationniste ni de choquant. Il s’agit simplement d’un mécanisme de marché.

      Si d’aventure les politiques climatiques disparaissent, tout un pan de l’économie part à la poubelle. Pour le plus grand bien des contribuables.

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    • « Millar et al. attracted controversy for stating that climate models have shown too much warming in recent decades, even though others (including the IPCC) have said the same thing. Zeke Hausfather disputed this using an adjustment to model outputs developed by Cowtan et al. The combination of the adjustment and the recent El Nino creates a visual impression of coherence. But other measures not affected by the issues raised in Cowtan et al. support the existence of a warm bias in models. Gridcell extreme frequencies in CMIP5 models do not overlap with observations. And satellite-measured temperature trends in the lower troposphere run below the CMIP5 rates in the same way that the HadCRUT4 surface data do, including in the tropics. The model-observational discrepancy is real, and needs to be taken into account especially when using models for policy guidance. »

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  2. Oui bof rien de bien surprenant ni nouveau dans le fait que les modèles ne sont pas pile poil en phase avec les données mesurees. l’effet de lattence entre les émissions et la réactivité du système climatique est très mal connu. D’autre part il semble bien que les différences entre les différentes latitudes et hémisphères peuvent masquer les. Variations les plus importantes. Mais on attend toujours une hypothétique baisse significative des moyennes. Et après 2014,2015 et 2016, 2017 ne semble pas être partie pour la baisse. Pour le reste les prévisions des modèles doivent encore progresser.
    A suivre

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  3. Le journaldereference a publié un article par le bien dévoué Sylvestre Huet:
    http://huet.blog.lemonde.fr/2017/09/24/surprise-climatique-la-calotte-du-groenland-grossit-en-2017/
    Je me suis abstenu de commenter, car dans les commentaires, S. Huet nous expliquer que cette augmentation de calotte du groenland confirme bien le réchauffement climatique.
    Ca me coupe l’envie de discuter.
    Finalement, la climatologie c’est comme les mathématiques financières et boursières.
    Je pense que B. Rittaud devrait regarder le rapport, le parallèle des croyances qu’il y a chez les personnes qui appliquent des systèmes de mathématique financières pour faire de l’argent, et la productions de données scientifiques pour alimenter la machine carbo-centriste en données et en argent.
    J’ai l’impression que ces 2 mondes font la même choses mais sur deux domaines différent, l’un les marchés financiers, l’autre les domaines scientifiques et ses impacts sur le climat, et les lois …
    J’ai une expression personnelle qui résume tout cela: Au XXIieme siecle, la boule de calculs a remplacé la boule de cristal ! Et pis vous pouvez dire:
    « Oooh, dans ma boule de gros calculs, je vois un gros réchauffement climatique », comme ils ont dit:
    « Oooh, dans ma boule de calculs, je vois une super martingale avec les subprimes ».
    Tout le monde veut être comme Le Verrier qui a vu Neptune au bout de son calcul, mais finalement, il n’y a en pas beaucoup des Le Verrier.

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  4. Les carbocentristes passent leur temps à dire:

    _ D’abord: «C’est la dernière chance pour agir et éviter la destruction de la planète, c’est maintenant ou jamais.»;
    _ Puis, puis, après un certain temps, alors que leurs recommandations n’ont pas été suivies: «Finalement nous avons encore un petit répit, mais vraiment c’est maintenant ou jamais.».

    Bref, on n’a plus que quelques années pour agir, et cela indéfiniment. Ils ne peuvent stratégiquement pas faire autrement: cela répond à la double contrainte de maintenir un sentiment d’urgence sans jamais en arriver à dire: «Nos dernières recommandations n’ayant pas été suivies, c’est trop tard, c’est foutu, ça ne vaut plus le coût, profitez simplement de l’instant présent, à Dieu vat!».

    Faut-il s’en féliciter, ou au contraire y voir une n-ième stratégie efficace de ce discours pour résister à tout ce qui devrait le mettre en difficulté? Je ne sais pas, nous verrons.

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