Climathon, semaine 17 : Citius, Altius, Fabius

Jusqu’où iront-ils ? Alors qu’il reste encore sept mois avant la conférence Paris Climat 2015, les compétiteurs du climathon semblent déjà lancés sur un rythme de sprint. La foule des prétendants à un accessit se fait toujours plus nombreuse, avec des réalisations de propagande climatique de plus en plus débridées.

Le jury a tout d’abord la joie de constater que le magazine Le Point, loin de se reposer sur ses lauriers de la semaine dernière, continue au contraire sur sa lancée propagandiste en informant ses lecteurs d’une millionième milliardième nouvelle initiative intéressante et originale, celle de la toute nouvelle « Ligue pour la Terre », qui proclame de façon novatrice que « 2015 est une année critique pour l’humanité », que la conférence de Paris en décembre est celle « de la dernière chance » et encore que ses « études montrent qu’on peut y arriver, pour un coût modeste, et avec une amélioration significative de la qualité de la vie ». Ultime espoir pour la Terre, demain on rasera gratis… un bien beau revival des meilleurs sketchs plus belles propositions qu’on avait presque oubliées depuis le désastre les efforts courageux menés lors de la conférence climat de Copenhague. C’était en 2009. Le temps passe, les bonnes vieilles ficelles restent.

Un second accessit est attribué cette semaine aux pages « Planète » du journal Le Monde, qui reviennent dans la course après s’être montrées anormalement discrètes ces derniers temps. Sur le fil, c’est-à-dire moins de quatre heures seulement avant la fin de la semaine 17, le Journalderéférence s’est en effet fendu d’une attaque en règle contre l’Australie et son méchant premier ministre Tony Abbott, coupables d’insoumission à la religion climatique. Cette bien belle introduction de l’article justifie pleinement l’accessit :

Le sacrifice de 46 000 soldats australiens sur le Front occidental a noué entre l’Australie et la France un lien tout particulier. Cette année, c’est un autre combat qu’il nous faut mener ensemble, de nouveau à l’échelle mondiale : celui contre le changement climatique. Et cette fois, il semble que Tony Abbott ait choisi le mauvais camp.

Ce beau morceau d’odieux amalgame permet aux pages « Planète » de retrouver leur rang, pour notre plus grand plaisir.

Autre journal, autre accessit : c’est cette fois L’Humanité qui s’illustre avec son compte-rendu d’une table ronde intitulée « Quels sont les enjeux de la COP21 Paris climat ? » qui a tenu toutes ses promesses. Premier rire en lisant la transcription qui évoque « un réchauffement qui représente à peu près le même écart de température qu’entre l’ère glacière et notre époque ». Peut-être ont-ils mis trop de bière au frais pour évoquer sereinement la dernière ère glaciaire, quoi qu’il en soit, Stefan Aykut, l’un des intervenants, n’a pas eu froid aux yeux lorsqu’il a affirmé que

Les conséquences de ce réchauffement sont et seront inéquitablement réparties, certaines régions connaîtront des phénomènes météorologiques extraordinaires, la montée du niveau des océans va rendre inhabitables un nombre de plus en plus important de régions du monde, souvent déjà très accablées par la pauvreté. D’ailleurs, c’est déjà le cas : pour preuve, malgré toutes les guerres actuellement en cours dans le monde, il y a eu en 2014 trois fois plus de réfugiés environnementaux que de réfugiés « politiques ».

Magie du chiffre asséné sans preuve, miracle du raccourci… un magnifique condensé de propagande. Le même Stefan Aykut nous explique quelques phrases plus loin que les émissions de gaz à effet de serre « sont en grande partie l’effet des traités sur le libre-échange conclu dans les années 1970 et  1980, très délétère (sic) en termes d’émission de C02″. C’est dans L’Humanité, alors il était bien sûr inutile de rappeler la quantité de CO2 émise par point de PIB dans l’ancien bloc de l’Est à la grande époque. Le système soviétique, qui lui ne signait pas de traités de libre-échange, a toujours en effet été réputé pour l’attention toute particulière qu’il portait aux considérations environnementales.

Le vainqueur de la semaine 17

Comme il arrive parfois, l’un des compétiteurs a mis tout le monde d’accord cette semaine, grâce à une percée qui à elle seule éclipse celle de tous les prétendants réunis, même les plus méritants.

Plus vite, plus haut, plus fort… c’est tout cela à la fois qui est réalisé cette semaine par Laurent Fabius, hallucinant auteur d’une tribune publiée dans Le Figaro appelée à faire date. Le ministre français des Affaires étrangères, vainqueur haut la main de la semaine 17 du climathon, y explique le plus sérieusement du monde que « la sécurité de l’Europe exige de stopper la dégradation du climat« . Car le voilà enfin, le dénominateur commun qui rassemblera tout le monde sous le glorieux panache blanc de Paris Climat 2015 : la sécurité. Pas besoin d’armée, pas besoin de police, pas besoin de diplomatie : c’est le CO2 l’ennemi ! Ce gaz satanique nous prépare une planète pour laquelle monsieur le Ministre a conçu le néologisme de « climato-déréglée ». En d’autres termes, nous dit-il, une fois franchis les +2°C, nous vivrions sur « une planète de tous les dangers ». C’est vrai que ça nous ferait un sacré choc, comparé à maintenant où tout va pour le mieux…

Savez-vous la cause des troubles au Mali qui ont causé l’intervention de l’armée française il y a deux ans ? Si, si, c’est le climat. Enfin… sûrement un peu. Suffisamment en tout cas pour que le ministre des Affaires étrangères l’évoque. Attention à la démonstration, c’est du sérieux : sécheresses dans les années 70 => exode des Touaregs => embrigadement de ceux-ci dans la « Légion islamique » => troubles au Mali. Même si monsieur le Ministre ne le dit pas, la sécheresse initiale a sûrement été causée par le CO2. En tout cas, se hâte-t-il de préciser,

la conclusion est claire : le dérèglement climatique est aussi un dérèglement sécuritaire. Que l’augmentation de la température dépasse 2 °C – ce qui sera le cas si nous n’agissons pas ou pas assez -, et les menaces pour la paix et la sécurité seront multipliées en nombre et en intensité.

En vrai, la paix dans le monde est une simple affaire d’éoliennes et de panneaux solaires. La démonstration, là encore, est de haut vol : le vent souffle partout, et le soleil brille partout pareil. Du coup, plus besoin de se battre pour les ressources inégalement réparties que sont le pétrole, le gaz ou le charbon : vive l’éolien, vive le solaire ! Et dire que ces crétins d’importateurs net de sources d’énergie n’y avaient jamais pensé. Mais le réchauffement est là pour nous ouvrir les yeux sur ces merveilleuses opportunités de lendemains qui chantent.

Au fond, on en a de la chance, de vivre une crise climatique.

(PS : Merci encore à tous pour vos nominations au climathon. Continuez !)

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6 réflexions au sujet de « Climathon, semaine 17 : Citius, Altius, Fabius »

  1. Celui du Monde est vraiment impressionnant : j’ai rarement vu une telle collision d’insulte et d’arrogance en deux lignes. A la limite, cela fait presque peur : à quand le crime de climato-scepticisme… ?

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