Anne Hidalgo : le climat avant tout


La question se pose à Paris de l’opportunité de la piétonnisation des voies sur berge rive droite. En clair, il s’agit de décider si c’est une bonne idée d’interdire telle et telle rue aux bagnoles.

Inutile de dire que, lorsqu’ils entendent le mot « voiture », les sauveurs de planète parisiens sortent leurs revolvers. On peut certes trouver des inconvénients à ce moyen de transport (avant qu’on me dépeigne en amoureux des 4×4, je précise d’ailleurs que j’ai récemment vendu au poids ce qui me tenait encore lieu de véhicule motorisé). Le principal problème est d’en rester à une argumentation rationnelle. Or c’est là que le bât blesse concernant la dernière déclaration de la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Anne Hidalgo a tout d’un bon soldat écologiquement correct. Elle s’est notamment illustrée lors de la COP21 en y co-présidant le Sommet des Élus Locaux pour le Climat (n’oubliez pas les majuscules, ça fait plus digne). À l’occasion de cette même COP21 (même si ce fut à un autre moment, à savoir le « jour de la résilience« , auquel j’ignore si les majuscules étaient de rigueur), la mairie de Paris avait aussi fait part de son engagement à consacrer la bagatelle de 10% de son budget annuel à l’adaptation aux risques climatiques. À la louche, ça fait 700 millions d’euros par an. (Hé ho, les Parisiens, vous êtes d’accord ?)

Quand la commission d’enquête publique mise en place pour évaluer l’opportunité de la piétonnisation des voies sur berge a rendu son avis défavorable, le sang de la maire n’a donc fait qu’un tour. Son communiqué commence ainsi :

J’ai pris connaissance, dans le détail, des motivations invoquées par la commission d’enquête pour rendre un avis consultatif défavorable concernant la piétonisation des berges de la rive droite de la Seine.

Ces motivations résonnent comme un déni complet de l’urgence climatique, pourtant actée à Paris par tous les Etats du monde il y a moins d’un an. Elles ne tiennent pas non plus compte des motifs environnementaux, sanitaires, urbains et culturels qui sont pourtant à l’origine de ce projet de piétonisation.

Elles s’inscrivent par ailleurs en contradiction avec la volonté clairement affirmée par une nette majorité des Parisiens, qui sont plus de 60% à être favorables à cette piétonisation, dont un automobiliste sur deux, selon un sondage de l’institut Ifop d’avril 2016.

C’est tout simplement effrayant. Non pas qu’Anne Hidalgo affiche sa peur du climat, car après tout, elle n’est pas la seule. (C’est vrai que la masse de gens parmi l' »élite » qui a peur de la pluie et du beau temps a quelques chose d’effrayant, mais disons que ce point-là n’est pas nouveau.)

Ce qui est vraiment effrayant, c’est qu’une élue locale fasse passer la religion climatique avant tout, et en particulier avant la fonction qui lui est dévolue.

En principe, le boulot d’un maire consiste à être à l’écoute de ses administrés pour les aider au mieux dans leur quotidien. On peut discuter des détails, bien sûr, mais il est clair que le rôle d’un maire n’est pas en premier lieu celui de sauver la planète. Le communiqué d’Anne Hidalgo aurait donc dû commencer dans l’autre sens : d’abord la « volonté d’une nette majorité de Parisiens », ensuite les motivations concernant l’organisation de la ville (« motifs environnementaurs, sanitaires… »), et enfin seulement, et pas de manière indispensable d’ailleurs, le sauvetage de la planète.

Mettre le climat en tête de gondole, c’est confirmer le statut religieux du carbocentrisme politique actuel, qui entre autres a le défaut de dédouaner complètement les élus d’une obligation de résultats tangibles. (Quelle limitation de hausse de la température si les voies sur berge sont piétonnisées ?)

Le climat revient plusieurs fois dans le communiqué, comme argument majeur à son refus de suivre l’avis de la commission (je précise qu’elle a le droit de le faire ; les arguments genre « c’est un déni de démocratie » me semblent non seulement exagérés mais même stupides et contre-productifs), jusqu’à la nausée :

Je convoquerai également début septembre une conférence destinée à faire prévaloir, malgré tous ceux qui cherchent à le détisser, l’application intégrale de l’accord de Paris sur le climat. En tant que Parisienne, que Maire de Paris et que présidente du C40, je m’élèverai contre toute manœuvre d’empêchement destinée à paralyser les progrès que souhaitent les Parisiens et qu’impose l’urgence environnementale et la lutte contre la pollution

Revoilà donc une grand-messe climatique à Paris, des fois qu’on n’en aurait pas eu assez. Revoilà l’habile confusion entre climat et pollution. Revoilà l' »urgence ». Bref, revoilà le n’importe quoi. Et pour le malheur de la science française, je suis hélas prêt à parier que Jean Jouzel sera de la partie.

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5 réflexions au sujet de « Anne Hidalgo : le climat avant tout »

  1. On voit également à ce sujet la défiance de Mme La Maire au processus « d’enquête publique ».
    C’est curieux pour une élu du « public ». D’habitude ce sont les industriels et les promoteurs qui réagissent aux conclusions des enquêtes publiques…

    Y avait-il des projets sous cape pour ces berges piétonnes ?

    Aimé par 1 personne

  2. Très bon article !
    Ce qui est triste et inquiétant à la fois dans cette affaire, c’est que nos dirigeants, tous partis confondus, sont – a priori – persuadés de porter une mission divine. Le peuple importe peu, puisqu’il « n’a pas conscience du problème ». L’uniformisation, la mondialisation de cette forme de pensée peut être assimilée à de la dérive sectaire, en tout cas elle en a bien des caractéristiques.
    Notre Société doit plus craindre ce risque d’aliénation politique, que le risque climatique !

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    • « Nos dirigeants sont persuadés de porter une mission divine », dites-vous ?
      Je crois plutôt que les considérations climatiques augmentent le pouvoir de décision et de dépenses de nos Politiques, donc l’importance de leur Rôle.
      Ce n’est finalement qu’une histoire de valorisation de fonds de commerce politique.
      Sordide ? Certes !!

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