Quel morceau de planète Anne Hidalgo va-t-elle sauver ?

J’en ai parlé l’autre jour : la maire de Paris Anne Hidalgo souhaite interdire aux voitures les voies sur berge de la rive droite de la Seine, avec pour argument principal l' »urgence climatique ». Il est donc logique de se demander dans quelle mesure la « piétonnisation » annoncée des bords de Seine va contribuer à sauver la planète. Donc en avant pour le calcul, on va rire.

Première donnée : les émissions de gaz carbonique d’une voiture qui traverse les 3,3 km de voies qui seront piétonnisées. (Ces 3,3 km viennent d’ici.) Bonne nouvelle : je vais enfin pouvoir faire quelque chose de l’info fièrement donnée par le site de la RATP, qui juge bon d’indiquer, pour chaque trajet proposé en transports en commun, la quantité de CO2 émise par une voiture effectuant le même trajet. Voici le résultat (en haut à droite) :

ConsoCO2

644 grammes, donc. Allez, disons 1 kilo, pour tenir compte des grosses cylindrées (et du bout du parcours).

Seconde donnée : le nombre de véhicules qui brûleront chacun ce kilo de gaz satanique lors du prochain siècle si Anne Hidalgo n’intervient pas. Selon Les Échos, il faut compter 2700 véhicules par heure. En un siècle, ça fait donc 2700×24×365,25×100 véhicules, ce qui donne, à partir de notre kilo précédent, un total d’environ 2,4 milliards de kilos de vilain CO2, soit 0,0024 gigatonnes.

Si on ne fait pas attention aux ordres de grandeur, ça en jette et ça montre combien l’édile de la plus prodigieuse cité de l’univers pense à nous. Redisons toutefois, avant d’évaluer l’impact potentiel sur le climat selon ce qu’en dit le GIEC, que ce chiffre correspond au résultat atteint en un siècle, à partir de suppositions très généreuses sur la circulation et les émission, et enfin que notre calcul suppose que, sans doute par un coup de baguette magique dont la maire de la Ville Lumière a seule le secret, tous les véhicules qui circulaient jusque là sur les voies sur berges disparaîtraient par enchantement au moment précis de la piétonnisation, remplacées dans l’instant et à tout jamais par des modes de déplacement éco-responsables : marche à pied durable, vélos recyclables, patins à roulettes low carbon, hoverboards bios.

Venons-en au climat. L’humanité rejette plus de 30 gigatonnes (=30 milliards de tonnes) de gaz à effet de serre par an, une valeur appelée à augmenter dans les années qui viennent selon les scénarios du pire. Faisons généreusement comme si de rien n’était et supposons que les seules émissions annuelles actuelles suffisent à atteindre ce terrible +6°C d’augmentation de la température globale dans un siècle, ce croquemitaine qui nous avalera tout cru nous et notre CO2. Il faudra donc 3000 gigatonnes d’émissions pour augmenter la température de 6°C. La piétonnisation des voies sur berge parisiennes en représente une proportion de 0,0000008 (=0,0024/3000), qui correspond à une limitation de 0,000005°C (=0,0000008×6) de l’augmentation de la température.

J’espère ne pas m’être trompé d’un zéro, quoi qu’il en soit, pas de doute : on est sauvés.

Certains objecteront qu’il faut ajouter au crédit d’Anne Hidalgo la masse de cités du reste du monde qui, éblouies par l’exemple de la Francéternelle, ne manqueront pas de piétonniser à leur tour leurs propres voies sur berge. Le moins que l’on puisse faire est donc de multiplier le résultat par la centaine (au moins) de villes comparables à Paris et par elle subjuguées, et donc obtenir un total de près de 0,0005°C économisés pour la planète.

On ne sort pas encore du bruit de fond, mais les petits ruisseaux font les grandes rivières, comme on le sait. Et puisque 6/0,0005=12 000, il ne nous reste plus que 11 999 autres petits ruisseaux à trouver. Nul doute qu’on peut faire confiance à nos dirigeants.

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7 réflexions au sujet de « Quel morceau de planète Anne Hidalgo va-t-elle sauver ? »

  1. Aho n’a pas interdit les voitures mais leur passage par les berges et leur préfère les bouchons que celles ci évitent … le calcul de ses services sur le carbone qui serait évité est il publié ?

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  2. Hormis le fait que ce projet n’aura aucune incidence sur le climat ; et même si on accepte, malgré tout, l’idée d’Anne Hidalgo comme étant vertueuse vis à vis du climat ; il faut qu’elle sache que son calcul n’est pas bon, car :
    Les voitures qui n’emprunteront pas les voies sur berges iront sur les autres routes. Donc pas d’amélioration de l’empreinte carbone.
    Pire, ces voitures encombreront d’avantage ces autres routes, créant ainsi des bouchons qui génèreront plus de rejet de CO2. Pas bon pour le climat, ça !
    De toute façon, Me Hidalgo n’en est pas à une….Anne…rie près !
    Climatiquement vôtre. JEAN

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    • Il y a deux types de files d’attentes, et une des choses les plus irritantes dans les medias (après le fait que les hommes aient plus de partenaires se… je veux dire de go féminines que les femmes n’ont de partenaires de go masculins) est la confusion entre file d’attente modulables par un choix de celles non modulables. Sur une file d’attente modulable, il y a une rétroaction de la durée d’attente sur la fréquentation : dans beaucoup d’acte d’entrée dans un magasin les personnes peuvent estimer l’espérance de temps perdu avec une précision correcte et faire le choix :
      – d’aller d’abord dans un autre magasin
      – de renoncer carrément
      et surtout ils notent cette information et tentent de réorganiser leur emploi du temps pour sélectionner un autre horaire.

      Tout le monde n’a pas la liberté de faire ces choix, mais plein de personnes font ça, et dont il y a un feedback, et la file d’attente a eu une utilité économique. On pourrait augmenter le débit de passage avec plus de caisses, mais cela coûterait très très cher pour faire une différence significative et plus de gens viendraient à la même heure. Le temps d’attente est le prix du fait de venir à l’heure qui convient le mieux. Le prix peut augmenter, il n’a pas de borne naturelle.

      Donc la file d’attente a une fonction. Mais certaines files d’attente ne donnent pas d’information à temps et ne permettent pas de faire des optimisations, je veux bien sûr parler des attentes crées par les contrôles de sécurité. Ce n’est pas un prix. C’est une taxe inévitable. Il n’a absolument aucun raison d’augmenter, SAUF pour le plaisir d’être taxé. Ce plaisir d’être taxé est créé de toute pièce par les médias subventionnés, par un (méta)raisonnement inverse; ce type de raisonnement dit que si une personne est mise en examen, c’est qu’il y a des raisons sérieuses; que si une instruction prend beaucoup de temps, c’est qu’elle va au fond des choses; si la Justice est lente est doit être de qualité. En effet, on prend des règles de déduction comme « éléments sérieux => mise en examen » et on inverse (au niveau méta) : si on a obtenu la mise en examen, c’est forcément à partir d’une règle de déduction officielle, donc il y avait des éléments sérieux. Ce n’est pas à cause d’une règle comme « j’aime pas sa tronche => mise en examen ». Ce genre de méta-raisonnement inverse est omniprésent.

      Pour assurer de bons services publics il faut des taxes. Donc une taxe élevée doivent bien indiquer l’existence d’un bon service!

      La file d’attente aux contrôle de sécurité est donc présentée dans tous les médias comme un taxe permettant de produire un niveau élevé de sécurité; mais évidemment, c’est un taxe qui équivaut à prélever des biens et les détruire immédiatement. C’est une taxe qui ne rapporte rien mais coûte beaucoup.

      Donc de toute évidence, le temps d’attente ne peut pas être corrélé à un niveau de sécurité accru dans un contexte sans feedback. Il correspond à un manque de contrôle de sécurité dans les aéroports, tout simplement : plus les contrôles sont inefficaces et déficients, plus ils allongent les files d’attentes (jusqu’à ce que les gens ne prennent plus l’avion, et on a un feedback).

      C’est une simple loi de conservation : les gens qui arrivent pour prendre leur avion doivent passer le contrôle de sécurité et prendre leur avion. On ne peut pas les supprimer comme les paquets dans un routeur IP doit le faire en cas d’affluence (cf. les discussions sur RED, le « fairness » de TCP).

      Donc tout le monde doit être contrôlé, et il n’y a aucune raison que cela génère une file d’attente particulièrement longue. Si c’est le cas c’est parce que la variance du temps de contrôle augmente trop et la plupart des avions ne partent pas à moitié vide c’est parce que le temps passé n’est pas fonction des personnes qui arrivent mais du temps déjà passé; donc que le feedback est sur les contrôleurs.

      Donc les files d’attente qui augmentent systématiquement indiquent un feedback négatif sur la « qualité » des contrôles des personnes qui arrivent en dernier.

      C’est une des plus grande escroquerie du siècle AMA.

      Je suggère de débarquer de la direction des services de sécurité des transports toute personne qui n’est pas capable d’expliquer ça.

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      • J’ai oublié de rappeler l’évidence que la variance doit être individuelle, sauf si on pense qu’il y a des groupes à risques; on peut appliquer la « loi des grands nombres », a priori. (Ou alors il y a des journées où tout le monde est deux fois plus contrôlé? Je ne peux y croire.)

        Donc sur des très gros aérogares (et non aéroport, étant donné la structuration physique) avec des débits énormes, la variance résultante devrait être très faible : plus l’aéroport est grand (en débit de passagers par affectation des ressources aux zone de contrôle) moins le temps passé aux contrôles doit être important. En fait sur un aéroport comme Roissy on pourrait même imaginer que si énormément de retard est pris sur un aérogare on transfert les agents comme on ouvre plus de caisses dans un supermarché.

        Il est donc scandaleux que les files d’attentes s’allongent dans les très grands aéroports, la démission de tous les responsables me semble être le « minimum syndical ».

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