Oslo, bilan de la première journée

La conférence « Natural Variability and Tolerance » d’Oslo s’est tenue vendredi et samedi dernier. Onze présentations ont été faites, dont le point commun a été la qualité et le sérieux. Pas d’effet de manche, pas d’agitation, pas d’imprécations inutiles, bref : un vrai plaisir. (Bon, d’accord, on a quand même eu droit aux élans enthousiastes de Niels-Axel Mörner, ci-devant compatriote d’une certaine Greta T… !) Les organisateurs de Klimarealistene peuvent être fiers de ce qu’ils ont fait pour célébrer leurs dix ans d’existence.

Il y a eu un peu d’émotion lors des présentations de Peter Ridd et de Susan Crockford, ces deux scientifiques chassés de leurs universités pour cause d’opinion climatiquement hétérodoxe. (J’en dirai davantage ici-même très bientôt sur le cas de Susan, qui sera le 29 octobre à Paris pour une conférence climato-réaliste.) Voici un résumé de quelques éléments qui m’ont marqués lors de la journée de vendredi.

Le premier exposé a été celui de Niklas, alias Niels-Axel Mörner, qui nous a fait son show habituel pour illustrer avec les bras la circulation thermohaline. (Avec lui on ne s’ennuie jamais.) Fidèle à ses études antérieures, Mörner lie la circulation océanique à la LOD (length Of Day, durée du jour, c’est-à-dire le temps que met la Terre pour faire un tour sur elle-même) — ce que fait d’ailleurs aussi Vincent Courtillot en partant lui de la magnétosphère. Selon Mörener, les variations de la LOD conduisent à des variations dans la circulation atlantique, et influent sur les températures aussi bien que sur le niveau marin dans les régions concernées.

Évolution des routes maritimes entre l’Islande et le Groenland. La nécessité de passer de plus en plus au sud illustre l’avancée progressives des glaces à la fin de l’Optimum médiéval.

Ronan Connolly a présenté des considérations intéressantes sur l’histoire de l’extension de la banquise. Comment reconstituer l’évolution de celle-ci avant les observations satellitaires, qui ne remontent qu’à 1978 ? La question est d’importance, car il semble que cette date ait marqué la fin d’une période d’accroissement de l’extension de la glace de mer, qui elle même pourrait avoir suivi une période de réduction. Quantifier l’ampleur de ces évolutions passées permet de replacer la tendance baissière observée au début de notre siècle dans un contexte plus général (même si cette baisse semble être stoppée, ou du moins s’être considérablement ralentie ces dernières années). Ronan Connolly a donc, avec ses co-auteurs, mené un travail de reconstitution à partir des données pré-satellitaires disponibles (notamment celles de Walsh). Il a levé un certain nombre de lièvres dans ces dernières, notamment sur l’hypothèse parfois faite d’un englacement total de certaines régions au nord de l’Union soviétique. À l’époque de la collecte des données Walsh (américaines), la difficulté des communications scientifiques entre l’Est et l’Ouest avait rendu impossible l’accès direct aux données observationnelles de vastes parties de l’Arctique. À présent que cet obstacle n’est plus, Connolly a pu constater que supposer un englacement total dans les régions arctiques au bord de la Sibérie ne correspondait pas toujours à ce qui avait été observé à l’époque par les Soviétiques. Il a donc mené une réanalyse des reconstitutions précédentes sur la base de ces données complémentaires. Sa conclusion : l’Arctique semble alterner entre périodes multidécennales de réchauffement et de refroidissement, et la période actuelle ne montre rien de bien remarquable dans ce schéma général.

Dans cette même veine de l’exhumation d’observations anciennes, Ole Humlum s’est focalisé sur le Groenland, en utilisant notamment comme fil rouge les résultats du GISP2, qui a produit une reconstitution de la température depuis près d’un millénaire et demi au Groenland. Les températures y ont monté d’environ 2°C entre l’an 800° et l’an 1000, époque qui vit les premières installations humaines se mettre en place. La chute de température de même ampleur les décennie suivantes a conduit à de considérables difficultés pur les habitants, avec lesquels les relations avec le continent furent finalement coupées. Ole Humlum a attiré l’attention sur les deux problèmes qu’ont pu rencontrer les colons à partir du XIe siècle, lorsque les températures ont commencé à baisser : non seulement il dût être difficile de s’adapter au froid dans un endroit qui, malgré tout, demeurait quand même plutôt frais, mais une autre problème fut peut-être de croire que le froid ne devait pas revenir, ce qui put conduire à une certaine impréparation.

L’évolution de la population islandaise au cours du IIe millénaire montre aussi les difficultés causées par le froid après l’Optimum médiéval : 77 500 habitants en 1095, 72 000 en 1311, puis seulement 50 000 en 1703 et à peine 38 000 en 1780. Ole a également montré l’évolution de la Mer de Glace, qui indique de façon très nette que le recul observé aujourd’hui n’a rien de nouveau, déjà bien entamé qu’il était au XIXe siècle, à une époque où les 4×4 étaient encore plutôt rares.

Un dernier exposé de la première session a été celui de Franck Lansner, qui a étudié les tendances de températures des stations météo d’une manière originale. Il propose de distinguer entre deux types de stations : celle qui sont influencées par les vents océaniques (venant de l’ouest) et celles qui ne le sont pas.

Tout le monde s’accorde à dire que les températures que l’on mesure en bord de mer sont en général moins extrêmes que celles que l’on mesure à l’intérieur des terres, l’océan exerçant un effet tampon. On peut donc s’attendre à deux types de tendances, également valables, mais témoignant chacun d’évolutions différentes. Pour distinguer entre les deux, il ne suffit pas de définir une distance plus ou moins conventionnelle du littoral : ce qui compte, c’est la possibilité qu’ont les vents océaniques d’influencer les mesures. C’est donc plutôt le niveau de protection au vent qui compte, celui-ci dépendant pour une bonne part du relief qui sépare une station de l’océan.

Cette séparation des stations en deux types a son importance lorsqu’il s’agit d’homogénéiser. Selon Franck Lansner, les stations qu’il appelle OAS (celle des vallées, préservées des vents océaniques) doivent être homogénéisées entre elles, tout comme les stations OAA (influencées par l’océan). Les effets en sont manifestes sur le résultat du traitement des données, rendant notamment bien plus marqué le réchauffement jusque dans les années 40 et le refroidissement qui a suivi jusque dans les années 70. En exploitant les stations OAS de 16 régions du globe, Lansner confirme que la Terre s’est réchauffée à l’échelle mondiale au milieu du XXe siècle, et que celui-ci ne montre pas de différence notable avec le réchauffement plus récent.

18 réflexions au sujet de « Oslo, bilan de la première journée »

  1. Autre(s .) coquille(s ?) :
    Dans le paragraphe consacré à l’exposé de de R ConnOlly (ou ConnElly plus loin ?)
    « à l’Opoque par les Soviétiques »
    Merci encore.

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  2. Ok donc résumons un peu les positions défendues par les intervenants:
    -L’augmentation du niveau de la mer est un phénomène de faible ampleur lié aux variations de la LOD.
    -La fonte des glaces dans l’ Arctique est réelle mais transitoire en raison d’une alternance naturelle de périodes chaudes et froides .
    -La hausse des températures n’est pas si forte si on prend en compte l’effet exercé par les vents océaniques sur les mesures.
    Ca résume de manière caricaturale la différence entre les 2 camps. Alors que les climatologues orthodoxes proposent une théorie simple et cohérente permettant de ramener la multiplicité des symptômes du changement climatique à une cause unique, les climatosceptiques ,eux, s’égarent dans des explications oiseuses visant à montrer que chaque phénomène climatique obéit, en fait, à une cause spécifique .
    A force de chercher des biais pour invalider la théorie dominante , nos amis climatosceptiques ne se rendent pas compte qu’ils s’éloignent de plus en plus dangereusement du principe de parcimonie ( ou raisoir d’Ockham ). C’est comique quand on sait qu’eux n’hésitent pas à donner des leçons d’épistémologie aux scientifiques du GIEC.

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    • Tolnus ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnait. Même le rasoir d’Ockham !

      Pour qualifier de « simple » la théorie du CO2 anthropique, il ne faut pas être très au courant des mécanismes exacts mis en jeu dans les modèles atmosphériques du GIEC (rétroactions, systèmes chaotiques, etc.). Quant au fait de la relier comme cause (unique de surcroît !) à tous les phénomènes météos et environnementaux observés, ce n’est plus le rasoir d’Ockham mais le laser d’Ockham voire la singularité d’Ockham ! Et un superbe biais de confirmation.

      En l’occurrence, l’explication la plus « simple » est la variabilité naturelle (cycles de Milankovic, variabilité solaire, oscillations océaniques de type El Niño/La Niña, couverture nuageuse, volcanisme, etc.) puisque, pour le coup tout le monde ne peut qu’être d’accord, c’est cette dernière qui a expliqué TOUS les changements globaux depuis la formation de la Terre jusqu’à au moins 1850.

      Tout n’est simple que dans votre esprit. Ne vous en déplaise, les systèmes évoqués sont tous complexes, souvent chaotiques, et leurs variations, en particulier fines, sont multicausales avec en plus des facteurs locaux (spatialement et temporellement) spécifiques d’amplification ou d’atténuation. Et je n’évoque même pas ici les difficultés et les biais de mesure de ces phénomènes, qui semblent également vous être totalement étrangers.

      Si vous ne pouvez pas accepter qu’une théorie scientifique soit remise en cause, vous sortez du champ de la science.
      Enfin, puisque l’épistémologie semble tout de même vous intéresser, lisez Popper, Bachelard, Kuhn, Koyré… Et appliquez leurs principes à la théorie carbocentriste. Vous pourriez être surpris.

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    • @ Tolnus,
      La question me semble tout de même un peu plus complexe que le principe « tout est lié au réchauffement climatique ».
      Concernant la fonte des glaces, je suis plutôt d’accord avec vous ; quand on regarde de près les choses, les glaciers fondent (et se reforment par moments) en suivant plus ou moins la hausse ou la baisse des températures.
      Par contre, concernant par exemple la hausse du niveau de la mer, la tendance n’est franchement pas flagrante. Je n’invente rien ; je me réfère au site sonel, que je regarde régulièrement et qui je pense n’est pas franchement classé climato-sceptique :
      https://www.sonel.org/-Tendances-du-niveau-de-la-mer-.html?lang=fr
      Vous pourrez constater que le niveau de la mer n’augmente pas de manière significative partout, voire diminue à certains endroits.
      Encore une fois,il me paraît nécessaire de rester factuel…

      Cordialement.

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    • Sauf que les variations climatiques des deux derniers millénaires ne sont pas expliquées avec les variations de CO2 puisque celui-ci est considéré comme constant. Or sur ces 2000 ans les T° varient de 13,5 °C à 14,5°C à l’échelle du globe soit des variations de 1°C comme la variation 1850 à actuellement.

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    • Une théorie est juste pas parce qu’elle est simple, mais si les modèles qu’elle permet de construire expliquent les observations.
      Or, ce n’est pas le cas des modèles du giec (pb avec le hot spot, hiatus, nuages, pluviométrie, etc …). Et donc, dans ce cas, il faut revoir la théorie.

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  3. Je le trouve bien moi Morner, et car il confirme( à grands frais) ce que je savais déjà car la petite plage où je jouais enfant, près de Nieuport, est toujours exactement à la même place,
    Ma grand mère y jouait aussi, comme quoi,il doit y avoir un micro climat sur la côte belge

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    • La plage de Nieuport ?
      Avec des vagues de dunes pour arrêter les vagues et de vagues rochers que les marées dépassent ?
      Je connais, mais je préfère Ostende et son port de plaisance.

      Blague à part, où peut-on trouver des informations sur cette relation entre la durée du jour et la circulation thermohaline ?

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      • bof, le northsea est en pleine « kermesse » perpétuelle, les bassins à flot sont ceinturés par un trafic incessant, et tout au bout du port de commerce il y a un club sous un pont routier, enfin les goûts et les couleurs..
        Nieuport est pratiquement réservé à la plaisance… mais il y a intérêt à « causer vlaams hein »
        Le seul port belge vraiment marin est situé en Hollande à Breskens, typiquement dans l’esprit belge.

        sinon, une référence à garder sous le coude
        https://rclutz.wordpress.com/author/ronaldrc/

        mais on sait tous cela, on les répète, on les crie, sans la moindre chance d’être entendus

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