Tous nudgés

par Michel Quatrevalet.

Le billet de Rémy Prud’homme sur les accidents de la route, avec son panneau de limitation de vitesse en premier plan, n’est pas sans relation avec l’émergence du nudging. Ce concept ne vous est peut être pas familier, mais il monte en puissance, c’est devenu la boîte à outils de tout décideur qui se respecte. Et ceci, à mon grand étonnement, voire à ma stupeur, sans trop susciter les débats éthiques qu’on en attendrait. Le monde des affaires, de la politique, du militantisme, tous voient bien ce qu’on peut en tirer, en fermant les yeux sur son coté obscur. Le sujet est d’ailleurs maintenant nobélisé, en la personne de Richard Thaler, l’économiste qui l’a théorisé. Lire la suite

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Analyses statistiques de la Coupe du Monde 2018 en Russie (2)

Dans l’article d’hier, nous avons identifié quelques indicateurs de description d’un match de football : possession, passes, tirs et, paramètre plus complexe, buts escomptés (xG). Il est tentant d’utiliser ces « proxys » pour essayer de prévoir l’issue d’un match de football. C’est ce dans quoi s’est lancé le site américain FiveThirtyEight. Initialement spécialisé dans le « journalisme de données » appliquées aux élections américaines, il se consacre aussi aux événements sportifs, à partir d’informations statistiques. Lire la suite

Analyses statistiques de la Coupe du Monde en Russie (1)

La Coupe du Monde de football en Russie s’est terminée il y a plus d’un mois et ce site n’en a pas encore parlé. Vu le résultat final et les possibilités d’analyser un match de football avec des chiffres, ce serait dommage de s’en priver. Nous allons donc identifier quelques outils de description statistique d’un match de football et, dans l’article de demain, nous verrons que ces outils peuvent être utilisés pour prévoir les probabilités des issues possibles du match. Lire la suite

Championnats sportifs européens

Les étés sont souvent riches en événements sportifs internationaux télévisés. Tous les mois de juillet sont occupés par le Tour de France ; la Coupe du Monde de football a lieu en juin et juillet les années paires non divisibles par 4, sauf en 2002 et 2010 où elle a été remplacée par des tournois amicaux (respectivement Coupe de la Paix et Trophée Nelson Mandela Contre le Racisme). Le mois d’août obéit à une périodicité de quatre ans : les Jeux Olympiques se produisent lors des millésimes divisibles par 4 ; les championnats du monde d’athlétisme ont lieu tous les deux ans, les années impaires ; jusqu’en 2010, les championnats d’Europe d’athlétisme étaient organisés les années paires non divisibles par 4, mais depuis 2012 ils ont lieu toutes les années paires. On peut d’ailleurs douter de l’opportunité de cette réforme car les championnats d’Europe des années divisibles par 4 ont lieu quelques semaines avant les Jeux Olympiques et sont boudés par beaucoup d’athlètes.

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Mentir vrai

par Rémy Prud’homme.

On peut mentir en disant la vérité. C’est même l’un des ressorts d’une propagande efficace. Il est navrant de voir que les politiques, l’administration, et les médias, font un usage constant, et croissant, de cette pratique. De plus en plus, l’opinion remplace la connaissance, l’émotion occulte la réflexion, et le communicant évince l’analyste. On le montrera sur un exemple peu important en soi mais malheureusement représentatif d’une tendance lourde. Ces jours-ci tous les médias clament haut et fort que la mortalité routière a en juillet baissé de France de plus de 5% (par rapport à juillet 2017). Ce chiffre est certainement exact. Mais il est utilisé pour « prouver » que ce recul, évidemment très désirable, est causé par la baisse de la limitation de vitesse sur les routes secondaires instaurée le 1erjuillet. Tantôt le lien de causalité est affirmé. Tantôt, il est suggéré, pas toujours avec subtilité, comme le montre ce titre d’un grand journal du matin qui juxtapose l’information avec un panneau de limitation de vitesse à 80 km/h. Là est le mensonge.

SecRoutiere80

L’objectif est évidemment de faire croire que la politique de réforme du gouvernement obtient des résultats, que le gouvernement avait raison de prendre cette mesure impopulaire, et que ceux qui s’y opposaient n’avaient aucun souci des vies humaines. En réalité, la baisse enregistrée en juillet ne signifie absolument rien, pour au moins trois raisons.

La première est qu’elle concerne l’ensemble des routes (et même des rues) de France, et pas seulement les routes dont la vitesse maximale a été limitée. Pour porter un jugement sur la modification administrative intervenue, les seules données intéressantes concernent évidemment l’accidentalité sur ces routes-là ; sa baisse est peut-être plus élevée, ou plus faible, que l’accidentalité sur l’ensemble des routes du pays.

Deuxièmement, l’évolution de la mortalité dépend de bien d’autres facteurs que la limitation de vitesse, tels que l’importance du trafic, sa structure, la météorologie, etc. Pour établir une causalité, il est bien entendu nécessaire de prendre en compte (on dit : contrôler) tous ces facteurs.

Troisièmement, la mortalité routière a sensiblement diminué pendant les six premiers mois de l’année (par rapport à la même période de 2017), c’est-à-dire avant la mesure vantée. En mai elle a baissé de 8,4% ; en juin, de 9,3%. Un esprit malveillant, considérant que 5% est bien inférieur à 9%, pourrait en conclure qu’en juillet, la mesure de limitation n’a pas accéléré la baisse de mortalité, mais l’a au contraire freinée ; sa conclusion serait mal fondée.

Il ne s’agit pas ici de discuter les gains (accidents évités) et les coûts (millions d’heures perdues) de la mesure de limitation. Encore moins de nier son possible ou probable effet positif sur la mortalité routière. Il s’agit de mettre en évidence un mécanisme de propagande. Il est bien naturel que les gouvernements soulignent leurs succès plutôt que sur leurs échecs. Il est déjà moins normal que l’administration (« que le monde nous envie ») devienne un vulgaire instrument de propagande, et fasse dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas. Il est triste que les médias, par paresse ou par ignorance, servent de caisse de résonnance à ces manipulations. On a connu cela lors de la première guerre mondiale, lorsque gouvernement, administration et médias transformaient les reculs en « replis stratégiques », et les défaites en victoires. Il s’agissait alors d’empêcher l’invasion de la France ; il s’agit aujourd’hui de gagner deux points dans les sondages d’opinion.