Pas assez de renouvelable : 500 millions d’amende

par Rémy Prud’homme.

La Commission Européenne nous demande un chèque de 500 millions d’euros, au motif que nous ne produisons pas assez d’électricité éolienne et photovoltaïque. Comme dit Boileau, « le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable ». La justification, ou la justification alléguée, de cette électricité renouvelable est qu’elle ne rejette pas de CO2. Il se trouve que nous sommes (avec la Suède) les premiers de la classe de CO2. Par habitant, par euro de PIB, par kWh d’électricité, la France rejette moins de CO2 que ses condisciples, beaucoup moins que certains comme l’Allemagne. Drôle de lycée, où celui qui obtient la meilleure note écope d’un bonnet d’âne sur les oreilles et d’un grand coup de règle (un demi-milliard, ça fait mal) sur les doigts.

Le reproche qui nous est fait est d’autant plus absurde qu’en réalité, nous ne produisons pas trop peu, mais au contraire bien trop, d’électricité éolienne et solaire. Il y a une douzaine d’années, lorsque la France s’est mise à investir dans ces énergies intermittentes, elle disposait d’un parc nucléaire et hydraulique largement suffisant pour satisfaire une demande d’électricité qui était stable. Nous étions exportateurs d’électricité ; nous n’avions absolument pas besoin d’une production supplémentaire. Celle de renouvelable qui a engendré un coût direct de 60 milliards d’euros, et un coût indirect du même ordre de grandeur, était donc inutile. Elle n’a, de fait, servi à rien. En pratique, elle a eu un double destin : l’exportation et la substitution. Pour partie, elle a été exportée — à un prix bien inférieur à son coût. Pour une autre partie elle nous a obligé à réduire sans raison la production des installations nucléaires et hydrauliques en place — à une économie dérisoire, elle aussi bien inférieure à son coût. Ce choix des renouvelables, qui n’a pratiquement pas diminué nos rejets de CO2, c’est plus de 100 milliards jetés par les fenêtres. Il est évidemment lamentable et absurde d’être puni par l’Europe pour n’avoir pas assez gaspillé l’argent des Français.

Pour autant, les bureaucrates de la Commission n’ont rien à se reprocher. Le chèque qu’ils nous demandent est une amende pour objectifs non tenus. La France a en effet pris des engagements de production d’électricité renouvelable qui étaient extravagants et inatteignables. Elle ne les a pas atteints. Elle avait accepté le principe de sanctions financières. Les bureaucrates de Bruxelles font leur métier, comme un radar avec un excès de vitesse : ils constatent, calculent, et envoient un avis à payer. Il est puéril et ridicule d’en faire des boucs émissaires.

Les responsables sont évidemment les gouvernements français qui ont souscrit ces engagements. Les voilà qui poussent aujourd’hui de grands cris, et accusent la Commission de vol/viol ; en réalité, ils ont été consentants, et même demandeurs. Des engagements de ce type sont pris par les conseils des ministres européens spécialisés. Ils ont été décidés avec la coopération active de ministres français.

Autrefois, en France, les décisions relatives à l’électricité étaient prises par le ministre de l’Industrie, qui disposait d’une Direction Générale de l’Énergie. Tout cela n’existe plus depuis belle lurette et a été remplacé par des ministères de l’Écologie, ou de la Transitionn, ou du Développement durable (actuellement, nous en avons deux à la fois : un ministère de la Transition énergétique, et un ministère de la Transition écologique). Tous les titulaires de ces maroquins aux titres bizarres ont joué, et jouent toujours, à plus-vert-que-moi-tu-meurs. Ils ont construit la politique de l’énergie de la France sur quatre totems idéologiques, quasiment religieux : le tout-renouvelable, le tout-marché, le tout-Europe et le tout-antinucléaire. Ceux qui osaient questionner ou nuancer ces dogmes étaient des hérétiques. Il est vrai que ces croyances étaient partagées par la plupart des autres pays d’Europe, et par la Commission Européenne.

Mais cette coïncidence n’est pas une excuse. Nous récoltons ce que nous avons semé. Et que nous continuons à semer. Le totem du tout-antinucléaire a bien été ébranlé, en particulier en France ; mieux vaut tard que jamais. Mais les trois autres continuent de sévir. Le totem du tout-renouvelable est plus dominateur que jamais. Le gouvernement Macron le vénère. Le Sénat s’agenouille. L’Assemblée va suivre. Il n’y a pas d’argent pour les écoles, les tribunaux, les ambassades, les hôpitaux, les prisons, les armées, les logements, et le reste, et une dette colossale, mais on va trouver de nouveau une grosse centaine de milliards pour les renouvelables intermittents.

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12 réflexions au sujet de « Pas assez de renouvelable : 500 millions d’amende »

  1. Il n’y a pas d’argent pour les écoles, les tribunaux, les ambassades, les hôpitaux, les prisons, les armées, les logements, et…

    LA RECHERCHE FONDAMENTALE, celle qui permettra de trouver à termes les solutions, entre autre, aux problèmes des ressources énergétiques.

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  2. 500 millions à minima, c’est ce que coûte la fermeture trop précoce de Fessenheim !
    sans parler des autres pays qui utilisent des centrales à charbon et autres panneaux photovoltaïques pour palier aux insuffisances (plus que notables) de ces moyens « écolos »

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  3. J’ai écrit, sans grande conviction, à mon député pour que lui et son groupe puissent, a minima, faire adopter systématiquement le terme « énergies décarbonées » à la place « d’énergies renouvelables ».
    Certes c’est « acter » le méchant CO2 comme l’ennemi principal, mais au moins cela permettrait d’éviter cette amende rocambolesque et stupide contre la France.
    Il va sans dire que je n’ai pas eu (encore ?) de réponse.
    Autre pont (ironique) : j’adore la manip consistant à vendre à l’Allemagne du gaz…pour qu’ils nous revendent de l’électricité, à des prix « allemands », issue de centrales à gaz de « back-up » de l’éolien (voir la météo de ce jour).

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  4. Quel Président de notre pauvre République aura le courage de rompre les engagements stupides pris par son prédécesseur? Est-ce seulement possible, et à quel prix? Sinon cette Europe, dont le peuple français ne voulait pas (l’a-t-on oublié?), continuera à nous pourrir la vie. Alors il faudra bien se résoudre à en sortir, et dire m… une fois pour toutes à cette Commission Européenne qui, en effet, n’a aucune légitimité démocratique.
    Et il faudrait aussi en finir avec la priorité absolue des EnR sur le réseau aux tarifs (exorbitants) garantis par contrat aux opérateurs privés. Si c’est pour mettre en veilleuse des centrales à gaz, cette priorité peut se justifier, mais si c’est pour ralentir des réacteurs nucléaires? Au final, le consommateur paie plus cher une énergie « verte » qui n’est pas davantage décarbonée que l’énergie nucléaire. Quel est l’intérêt, sinon enrichir les investisseurs, comme par ex. GE Renewable Energy, qui fut dirigée jusqu’en septembre dernier par M. Jérôme Pécresse, mari de la très brillante candidate aux dernières présidentielles. Comme le monde est petit !

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