Huit milliards d’humains

Selon certaines projections, la population mondiale a franchi le cap des 8 milliards d’individus ce 15 novembre. Une catastrophe planétaire ! Nous avons éradiqué la famine pratiquement partout, l’espérance de vie a été portée à des hauteurs inédites dans l’Histoire, le développement des systèmes de santé a fait reculer la mortalité infantile à des niveaux de plus en plus résiduels, le tout en à peine un siècle. On meurt moins, on vit mieux et plus longtemps, et donc on est plus nombreux : c’est sûr, tout va mal.

Quelques climatologues et assimilés ont donc sauté sur l’occasion de la naissance malvenue du huit milliardième humain pour en appeler à une démographie « responsable ». Réduire la population pour réduire la température.

Nul démographe ne cosigne cette tribune du Monde, un journal qui, pourtant, ne jure d’habitude que par les « experts du domaine ». Il faut croire que tout militant disposant d’une qualité de scientifique quelconque est légitime pour sauver la planète (on attend qu’une telle ouverture s’applique aux climato-réalistes), et donc qu’un astrophysicien n’ignore rien de l’efficacité des politiques d’accès à la contraception, qu’un géophysicien est mieux renseigné que personne sur les liens entre religion et démographie, et qu’un planétologue a tout à nous apprendre de l’impact de la guerre en Ukraine sur les chaînes d’approvisionnement.

Hormis une brève allusion à un travail prospectif, le seul auteur référencé n’est autre que Thomas Malthus, dont la pensée viscéralement antisociale devrait faire rougir de honte quiconque prétend le citer sans prendre d’énormes pincettes.

Malthus est mort et enterré depuis deux siècles, et ses travaux sur l’impossibilité de nourrir à long terme une population en croissance ont été invalidés par les observations depuis presque autant de temps. Les auteurs de la tribune prétendent le ressusciter en remplaçant production agricole par production énergétique. Sans la moindre donnée à l’appui, et pour cause… Hormis les calamiteuses « transitions énergétiques » inutiles, coûteuses et polluantes, rien ne s’oppose à ce que l’Humanité dispose de sources d’énergie efficaces, bon marché et d’un impact de plus en plus limité sur l’environnement.

Théorème : tout propos inquiet pour la population mondiale évoque l’Afrique. La tribune félicite donc les pays de ce continent engagés à réduire la fécondité de leurs femmes. Raciste, l’idée qu’il faudrait moins d’Africains sur Terre ? Qu’allez-vous imaginer : elle est écologique ! D’ailleurs la France se doit elle aussi, paraît-il de « réviser à la baisse la politique nataliste » (un réflexe d’autoflagellation dont on sent qu’il n’est venu qu’au dernier moment). Les auteurs ignorent donc les projections de l’insee selon lesquelles il est probable que seul un solde migratoire positif empêchera notre population de décliner dans les prochaines décennies.

Ah ? Ce sujet ne fait pas partie des cursus de climatologie ?

(Éditorial paru dans Valeurs Actuelles n°4486. NB : ce numéro contient également une longue interview (5 pages) de Steven Koonin à l’occasion de la sortie en France de son livre Climat : la part d’incertitude chez l’Artilleur.)

Publicité

9 réflexions au sujet de « Huit milliards d’humains »

  1. La magie des chiffres « magiques », 8 milliards (en 1972 « on » prévoyait 10Mds..;en 2000), +1,5°C (dommage « qu »ils » n’aient pas gardé le « +2°C », on nous bassinerait moins sur ce sujet), pas plus de 3% de déficit budgétaires dans la zone €uro (triple lol), 400, ou mieux 350 ppm CO2 dans l’atmosphère (pas de chance c’est et ce sera encore longtemps bien plus, et croissant entre +1,5 et +4 ppm tous les ans suivant que l’année sera « froide » ou « chaude »).
    Cela dit, il est tout de même vrai que le taux de fécondité féminine est largement supérieurs dans quelques pays d’Afrique sub-saharienne (par exemple 6 ou 7 enfants au Mali et au Niger), c’est juste une réalité démographique.
    Autre réalité, qui concerne essentiellement des pays « du Sud », et pas seulement en Afrique : l’urbanisation de plus en plus forte et très (trop) souvent de façon chaotique, pose d’énormes problèmes, rarement résolus de logistique (eau potable, électricité, voies etc.) mais aussi humaines, sociales et économiques.
    Dans ce cas c’est plus une « surpopulation » qualitative ou plutôt relative (bien que quantitative à la base !) qui est en cause.
    Quand on ajoute que la plupart des métropoles « du Sud » sont au bord ou près de la mer, dans des régions souvent soumises à des aléas météo parfois extrêmes, même si « naturels », on peut comprendre l’inquiétude d’une « surpopulation », encore une fois relative dans ce cas.

    J’aime

    • Pastille, 6 ou 7 enfants par femme au Mali et au Niger, ça n’a pas de quoi nous faire peur. On parle de pays à 25 millions d’habitants max, chacun deux fois plus grands que la France en superficie. OK, il y a pas mal de zones désertiques et arides (75% à la louche), mais ils sont encore loin d’être obligés de se marcher sur les pieds. Tout laisse penser qu’ils finiront par faire pareil que les autres : quand ça ira un peu mieux pour eux (genre ils auront des tracteurs pour leur agriculture au lieu de devoir compter sur leurs bras pour travailler la terre), ils feront leur transition démographique comme tout le monde.
      L’urbanisation sauvage, ça me parle déjà plus, mais il ne s’agit pas de surpopulation, seulement de mauvaise gestion et de pauvreté. Marx nous dirait que faire peur avec la démographie est le bon moyen pour ne pas voir les difficultés sociales. Il aurait raison.

      J’aime

  2. Un seul fait est pourtant incontournable :
    Libre et facile accès à la contraception engendre inéluctablement une démographie calme et gérable. Cela permet entre autres de plus facilement gérer l’urbanisation et d’accepter des flus migratoires, mais encore faudrait-il qu’il en soit de même dans tous les pays..!
    Et que penser de l’accès à l’instruction des filles ? Y a encore du chemin à faire…!

    J’aime

  3. Petit exercice arithmétique de relativisation : pour une réception avec repas assis de 100 personnes, il faut prévoir un chapiteau de 100 à 120 m² : une simple règle de 3 et nos 8 milliards d’habitants pourraient tenir sur seulement la superficie de la Corse…

    J’aime

    • Un peu serrés quand même.
      Je préfère la comparaison suivante : 2 millions de parisiens sur une superficie de 100km², ça fait 20.000hab/km², si dans un grand geste humanitaire on accueillait les 8 milliards de terriens sur les 550.000km² de la France métropolitaine, ça ferait 15.000hab/km².

      J’aime

  4. Il y a pas mal de temps, j’avais été très impressionné par la lecture de ‘La Bombe P’, de Paul Ehrlich. On nous prédisait famines et pénuries de pétrole. Maintenant, on a beaucoup de pétrole, mais plus le droit de l’utiliser. Quant aux famines, si l’on interdit les pesticides partout, cela pourrait bien arriver.
    Le démographe Hervé Le Bras ne pense pas que la terre sera surpeuplée, les problèmes viendront plutôt de l’adaptation de nos sociétés au vieillissement des populations: retraites, système de santé, c’est à dire une bonne partie de notre actualité.

    J’aime

  5. Même les grands organismes internationaux dépendant de l’Onu ont montré depuis longtemps que les famines sont avant tout des conséquences de désordres politiques et sociaux : guerres, corruption, états faibles ou absents et non d’une quelconque surpopulation ou de « catastrophes climatiques ».

    Il n’y a que des énarques pour croire le contraire et attribuer les flux de migrants (ou les tsunamis…) au RCA.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s