Apocalypse No (complément)

Par MD

1. Introduction.
La présente note est un simple complément à l’article du 3 mai, auquel on pourra se reporter pour une bonne compréhension. Dans cet article on avait examiné la figure 2.1 (page 18) du dernier rapport de l’UNDRR (United Nations Office for Disaster Risk Reduction). Ce graphique comporte en effet un pronostic sur le nombre de catastrophes naturelles à redouter en 2030, qui avait été repris pompeusement par l’ONU et avait secoué le monde médiatique.
Or on trouve, sur la même page 18, deux autres graphiques prospectifs sur lesquelles il est intéressant de s’appesantir, car ils relèvent de la même démarche. Ces graphiques sont relatifs à deux sous-groupes de catastrophes naturelles du type « météorologique » : d’une part les sécheresses (figure 2.2), d’autre part les températures extrêmes (figure 2.3). Comme précédemment, les graphiques et les analyses s’appuient sur la base de données EM-DAT de l’université de Louvain (CRED).

2. Sécheresses.
2.1 Constat. Le graphique ci-dessous retrace les sécheresses déclarées par les différents pays du monde entre 1900 et 2021, ainsi que les nombres de pays ayant déclaré ces épisodes.image001Le nombre de sécheresses recensées est particulièrement erratique. Le graphique ci-dessous, limité à la période 1999-2021, correspond sensiblement à la période de maturité du recensement EM-DAT (voir article précédent).image002Pendant les deux décennies écoulées, on ne constate aucune augmentation perceptible.

2.2 Interprétation de l’UNDRR. La figure 2.2 retrace ces données en prenant 1970 comme origine. La droite en bistre est simplement la droite de tendance entre 1970 et 2020 (dernière année connue par l’UNDRR). La valeur de 2021 (« future trend ») n’est qu’une extrapolation.image003Pour 2030, l’UNDRR pronostique ainsi 21 épisodes de sécheresses soit, selon la note explicative en bas à droite, une augmentation de « plus de 30% » par rapport (semble-t-il) à une valeur de 2001 entièrement fictive lue sur la droite de tendance.

3. Températures extrêmes.
3.1 Constat. Le graphique ci-dessous retrace le dénombrement de ces évènements météorologiques, en superposant vagues de froid et vagues de chaleur.image004Et pour la période 1999-2021.image005L’année 2012 avait connu deux épisodes de grand froid, dont celui de janvier-février qui a touché l’Europe et l’Eurasie. Pas plus que pour les sécheresses, on ne constate de tendance manifeste. La clémence des deux dernières années ne préjuge en rien des années à venir, mais elle ne donne pas non plus de raisons de s’alarmer.

3.2 Interprétation de l’UNDRR. La figure 2.3 retrace ces mêmes données pour 1970-2020 (vagues de froid et de chaud cumulées) ; droite de tendance 1970-2020 en bistreLa valeur de 2021 (« future trend ») n’est qu’une extrapolation, d’ailleurs largement contredite par l’observation.
image006Pour 2030, l’UNDRR pronostique ainsi 29 évènements. En commentaire, il est dit que les évènements extrêmes pourraient ainsi « presque tripler » en 2030 (par rapport à une valeur de l’année 2001 entièrement fictive).

4. Observations et conclusion.
On a déjà observé et expliqué le caractère hétérogène des séries EM-DAT au cours du siècle précédent. Il en ressort que les données de l’époque (et a fortiori les années 1970) ne peuvent pas raisonnablement être prises comme référence pour juger des évolutions passées et encore moins de celles à venir.

Ces extrapolations de l’UNDRR sont puériles pour dire le moins. Il est probable que pas un seul des quelques cent vingt rédacteurs, superviseurs et autres signataires du rapport, les yeux dans les yeux comme dit l’autre, ne cautionnerait ces trois figures et leurs pronostics. Elles ont été mises là non pour informer mais pour frapper les esprits : fig.2.1 : « augmentation de 40% des évènements extrêmes » ; fig.2.2 : « augmentation de plus de 30 % des sécheresses » ; fig.2.3 : « quasi triplement des températures extrêmes », voilà de quoi faire des titres ronflants.

On regrettera une fois de plus que de telles scories viennent jeter le discrédit sur un travail utile, important et minutieux, et non dépourvu de mérites comme on l’a déjà fait observer.

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7 réflexions au sujet de « Apocalypse No (complément) »

  1. Bonjour, j’ai fait un commentaire sur l’article précédent soulignant ma stupéfaction que des journaux dits « sérieux » relaient sans filtres ces informations qui sont des formes de fake news. J’avais compris que le nombre d’événements signalés augmentaient évidemment avec le nombre de pays déclarant (c à d des pays qui ne faisaient pas remonter des événements qui avaient eu lieu mais non reportés par manque de relevés, comptabilité et transmission à l’UNDRR).
    Mais ne peut on pas interpréter aussi ( c est plus évident ici sur le graphe sécheresse) que les pays n ayant pas connu d événement particulier une année donnée (pas de sécheresse l’année n) ne reporte rien, et donc que le nombre d’événements total relevé est proche de la réalité mondiale , avec, donc, une augmentation forte des cas (même si il y a stabilité sur les dernières années)?
    En résumé, ma question est: est ce qu il y a plus de pays qui signalent des événements extrêmes parce qu’il y a réellement plus d’événements extrêmes, ou bien est-ce qu’il y a plus d’événements extrêmes parce qu il y a plus de pays qui se mêlent de les signaler ( alors qu avant ils ne le faisaient pas)? L’interprétation des graphes dépend beaucoup de la réponse à cette question

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    • Phil Cas
      Votre question est judicieuse, mais il est malaisé d’y répondre avec certitude. On peut néanmoins remarquer que toutes les évolutions depuis la seconde guerre mondiale : démographie, sociologie, économie, diplomatie, géographie, etc. concourent à améliorer la connaissance des évènements et donc l’exhaustivité de leur recensement. L’éclatement de l’empire soviétique, l’indépendance conférée aux anciennes possessions coloniales et les partitions de territoires augmentent mécaniquement le nombre des pays déclarants. Il y a aussi la sensibilisation croissante aux phénomènes météorologiques et à leurs conséquences, la création et le développement des organismes internationaux ayant à en connaître, le développement des compagnies d’assurance et des solidarités internationales, etc.
      L’UNDRR indiquait d’ailleurs dans le rapport de l’an dernier : « a better recording and reporting may partly explain some of the increase in events ». Cependant, l’allure de la courbe générale (article précédent) et la rupture de pente inexplicable au tournant du siècle suggère que ce facteur est prépondérant. Il faudrait des analyses plus détaillées pour s’en assurer.
      Bien à vous
      MD

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      • Il faut d’abord bien comprendre qu’un événement dans la base du CRED ne concerne pas qu’un aléa mais il faut qu’il soit associé à des victimes. Ce sont donc des événements « catastrophe » Un événement catastrophe est donc la manifestation d’un aléa naturel sur une vulnérabilité humaine qui génère des victimes (la manifestation d’un risque en fait).
        Le fait que plein de pays déclarent mieux leurs « petits » événements est une des causes en effet. Une autre cause à cette augmentation des événements catastrophes, soulevée notamment par CatNat.net (Ubyrisk), qui tient une base de données de ce type à partir des articles la presse en ligne, indique aussi un autre facteur, démographique cette fois. Ainsi, plus la population augmente, plus l’exposition augmente en zone à risques, ce qui crée donc plus d’événements catastrophes, même si les progrès économiques et techniques font que ces événements sont moins graves en mortalité qu’il y a un siècle pour ceux liés à la météo mais qui explique bien aussi pourquoi cette mortalité augmente pour les événements géologiques impossibles à prévoir comme les séismes et sur lesquels on ne peut pas mettre à l’abri les populations en prévision, populations qui ont bien augmenté en un siècle.

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  2. Mon opinion est que les déclarations sont très corrélées (votre figure 1) aux nombres d’événements déclarés. On déclare donc quand il y a eu un événement et on ne déclare pas s’il n’y en a pas eu. En témoignent les pics des deux années 1910 et 1940 isolés au milieu d’années calmes tant en déclarations qu’en événements. Le climat reste aléatoire, tant dans les vagues de chaleur que des vagues de froid : cela ne résulte donc pas d’une cause unique qui serait le CO2. Je suis plutôt inquiet concernant les événements de sécheresse car là est le vrai problème bien plus grave que la température. Par ailleurs, cela va de pair avec la diminution de la couverture nuageuse qui montre une incapacité croissante de former les micro-gouttelettes d’eau alors que si,les températures augmentent, l’océan évapore plus. Il faut donc mieux étudier les hypothèses de Svensmark.

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  3. Bravo MD pour cette brillante analyse, qui montre comment un préjugé catastrophiste mène inévitablement à une présentation biaisée à partir de données erratiques. Il suffit de les cadrer « soigneusement » et des les extrapoler de façon arbitraire. C’est ainsi qu’on glisse de la science à la pseudoscience sans en avoir l’air.

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  4. La revue Paysans et Société a donné son accord pour que nous puissions diffuser gratuitement auprès de vous chers soutiens, l’article de Jean-Paul Oury, «Quatre experts à contre-courant du catastrophisme climatique». L’auteur de Greta a-t-elle tué Einstein ? (Editions VA Presse) présente les travaux de Vaclav Smil, Steven Koonin, Bjorn Lomborg et Michael Schellenberger. Aucun d’entre eux ne remet en cause la thèse centrale du réchauffement climatique, mais ils émettent des doutes sur le catastrophisme qui l’accompagne. Un article à lire absolument pour comprendre qu’il n’y a pas d’unanimité scientifique sur le sujet.
    https://drive.google.com/file/d/1X84ECbKzFXXQ6C6cExg_VzqSwZg90gpW/view

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