Le mythe écologiste de l’île de Pâques s’écroule

Parmi les éternelles rengaines écologistes il y a la bonne vieille légende des habitants de l’île de Pâques. Dans celle-ci, qui s’est gaillardement hissée sur le podium des histoires culpabilisatrices les plus édifiantes, les Pascuans des siècles passés auraient stupidement coupé les arbres de leur île pour en faire une utilisation de court-terme, sans songer aux modifications que cela induirait sur leur environnement. Ils se trouvèrent par la suite forts dépourvus quand des bouleversements climatiques furent venus, raison pour laquelle les Européens débarquant pour la première fois sur l’île n’auraient rencontré qu’un peuple dévasté, dont les splendides statues seraient le symbole de l’aveuglement devant la nécessité d’une bonne gestion du patrimoine naturel.

Désormais bien sûr, nous serions tous des Pascuans. L’île de Pâques aurait aujourd’hui atteint les dimensions de la Terre elle-même, que nous détruirions à petit feu, nous préparant mille malheurs en attendant que le « dérèglement climatique » ne nous porte bientôt le coup de grâce.

Le seul problème, c’est que la jolie légende initiale n’a probablement pas la moindre valeur historique. C’est ce que confirme une équipe de chercheurs du Royaume-Uni et des États-Unis, dans un article publié dans Nature Communications. Robert DiNapoli (université de Birmingham) et ses co-auteurs y expliquent que « les populations passées [de l’île de Pâques] étaient résilientes faces aux défis posés par leur environnement et leur climat. Nos résultats appuient un ensemble croissant de preuves qui montrent que l’île accueillait des communautés stables et durables. »

Le dépeuplement de l’île de Pâques sous l’effet de la famine et de la mauvaise gestion des ressources ne résiste donc pas à l’analyse. La déforestation de l’île a bien eu lieu, mais dans le cadre du développement de l’agriculture — une pratique que l’on retrouve d’ailleurs partout dans le monde et à toutes les époques. (Les pays développés ont beau jeu de critiquer ceux qui la pratiquent, l’ayant fait eux-mêmes sur leur sol pendant bien longtemps tant qu’ils en avaient besoin.) Cela n’a pas conduit à un effondrement, au contraire.

Dans cette nouvelle étude qui ne devrait pas faire les gros titres des médias alarmistes habituels, les descriptions malthusiennes apocalyptiques selon lesquelles la population de l’île se serait effondrée après être devenue excessive cèdent la place à une croissance régulière de la population pascuane jusqu’à l’arrivée des Européens.

Comment tant de travaux antérieurs se sont-ils aussi lourdement trompés ? Dans leur article, les auteurs avancent des explications techniques :  modèles de population incorrectement appliqués, données mal traitées, technologies de datations autrefois moins précises… Mais au-delà de ces erreurs tout à fait compréhensibles dans un cadre scientifique, Carl Lipo, l’un des auteurs, avance une autre explication : « l’idée que des changements de l’environnement affectent les populations humaines a émergé dans les années 1960, et est devenue de plus en plus prégnante, au point que les chercheurs ont commencé à envisager les changements environnementaux comme la cause principale des glissements culturels et des transformations. Tout cela a sans doute davantage à voir avec nos inquiétudes modernes sur la pollution industrielle ou le changement climatique qu’avec les preuves archéologiques disponibles. »

On ne regarde jamais le passé qu’avec les yeux du présent. Nous y projetons parfois nos peurs, nos désirs et nos idées, avant parfois de découvrir finalement que, à cause de tous ces filtres inconscients, l’histoire que nous pensions avoir fidèlement reconstituée est entièrement imaginaire.

17 réflexions au sujet de « Le mythe écologiste de l’île de Pâques s’écroule »

  1. De toutes manières, il faut toujours se méfier des études qui partent de l’hypothèse que l’autoctone est débile en environnement. C’est presque toujours l’inverse en réalité : l’habitué des lieux connait bien mieux l’environnement que la personne extérieure à ce lieu et qui porte un regard sur lui, fût-il scientifique. J’ai une multitude d’exemple ici qu’il serait trop long à citer en commentaire.
    Bien content que les Pascuans soient rétablis dans leur honneur d’êtres humains rationnels en environnement et que ce mythe du sauvage écologique, colporté par les collapsologues et autres écolos, commence à s’ébranler.

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    • Bonjour Cedric,
      Je ne pense pas que le problème soit l’écologie mais bien la collapsologie.
      Qui peut en effet contester le bien fondé d’une écologie raisonnable dans le principe ?
      Le problème c’est qu’au cours des dernières années les écologistes ont dérivé dans le discours : le jour où j’ai entendu Hulot parler de fin du monde j’ai cru avoir mal entendu : mais non il était très sérieux !
      Et ce sont toujours les plus extrêmes dans le discours qui gagnent chez les verts lors des élections internes ou des primaires.
      Du coup on en arrive à un discours parfaitement irrationnel : tout est de la faute de l’homme (même les gelées au mois de mai selon Julien Bayou…).
      Il faut espérer un retour en arrière dans les années à venir lorsque les catastrophes annoncées ne se seront pas produites.
      Cordialement

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      • Bonjour Nico,

        Beaucoup de catastrophes écologiques annoncées pour le futur au siècle dernier ne se sont pas produites et pourtant, le même schéma continue en 2021. Cela veut dire qu’il ne suffit pas seulement de faits, de confrontation au réel pour contrecarrer les discours catastrophistes ; catastrophisme qui a d’ailleurs toujours eu lieu dans l’histoire de l’humanité.

        Mais j’entends bien cette position chez certains réalistes pour la défense d’une écologie raisonnable, moins catastrophiste, où l’homme n’est pas vu comme le mal des systèmes écologiques ; écologie qui existe bien malgré tout, même si peu visible.

        Néanmoins, l’écologie actuelle est globalement catastrophiste, utilisant tous les biais cognitifs et méthodes anti-démocratiques pour gagner la bataille des idées et forcer la décision, a pris une telle ampleur que, lorsque les sociétés reviendront sur ses dérives scientistes (comme elle l’a fait la génétique à propos de l’eugénisme par exemple), on ne verra plus l’écologie comme positive. Beaucoup de scientifiques en écologie sont des militants et il semble que cela ne pose aucun problème pour le déroulement de leur carrière ; au contraire.

        Cependant, ce que je critique, ce sont les fondements de cette science, l’écologie, qui sont mal posés et qui n’ont toujours pas été tranchés épistémologiquement.
        Ou on considère à juste titre que l’homme fait partie des systèmes écologiques (en tant qu’être vivant), ce qui est ma position et à ce moment là, on étudie en fait des systèmes socio-écologiques, donc des systèmes soumis à dynamiques sociales très difficiles à prévoir et donc une certaine propriété intrinsèque des systèmes socio-écologiques à l’imprévisibilité (donc adieu les projections catastrophistes puisque les systèmes sont hautement complexes et imprévisibles à cause de leur nature sociale).
        Ou on considère que l’homme ne fait pas partie des systèmes écologiques, que les objets sont purement écologiques mais on se heurte alors à une discipline purement théorique ou restreinte à de petits espaces d’étude, déconnectée du réel, ce qui ne peut aboutir qu’à des tensions dans sa mise en application par l’écartement de l’homme. Les tenants d’une vision conservative de la nature, écartant l’homme, sont en fait majoritaires. Il refusent de voir que les systèmes écologiques qu’ils étudient sont par nature socio-écologiques et qu’ils ne sont donc pas dans le champ d’une science dure où ils peuvent faire des prévisions fiables.

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      • Bonjour Nico
        Même si les écologistes dans leurs propos et sujets sont souvent extrémistes ou même à côté de la plaque (ours polaires ou réintroduction d’Ours bruns slovènes dans les Pyrénées ou autres), il ne faut pas se voiler la face et nier les conséquences du RCA. Les études des scientifiques en climatologie montrent que déjà les phénomènes extrêmes que l’on connaît depuis quelques années sont pour le moins accentués par le réchauffement, les records de températures très chaudes, sécheresse, cycle pluviométrique, etc. C’est la réalité en 2021. Alors je ne vois pas très bien comment les choses s’amélioreront quand on aura non pas +1°C, mais +3 ou +4°C. Chacun s’exprime, l’avenir nous dira.

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      • Zimba,
        « Les études des scientifiques en climatologie montrent que déjà les phénomènes extrêmes que l’on connaît depuis quelques années sont pour le moins accentués par le réchauffement, les records de températures très chaudes, sécheresse, cycle pluviométrique, etc »

        Auriez-vous un lien vers l’une ou l’autre de ces études ?

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      • @Phi

        Comme d’habitude Zimba ne donnera aucune référence car il n’en a pas et que ses assertions sont fausses. Il n’y a aucune augmentation en fréquence ou intensité des phénomènes météo extrêmes.

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    • « catastrophisme qui a d’ailleurs toujours eu lieu dans l’histoire de l’humanité » (Cédric Moro 21 juillet 2021 à 22 h 37 min)

      Je me souviens d’un « téléphone sonne » (l’émission de France Inter) qui s’ouvrait par la lecture d’une longue diatribe sur le climat complètement dérangé, un texte tout à fait d’actualité, 100% contemporain. Sauf que, après l’avoir lu le journaliste expliquait qu’il citait un texte qui dénonçait les toutes nouvelles montgolfières…

      J’ai cherché, mais sans succès, ce texte, si quelqu’un sait de quoi il s’agit je suis preneur!

      Une des forces des carbocentristes (comment désigner les anti-climatoréalistes ?) est que depuis toujours le temps (la météo, le climat) est un sujet de conversation favori où chacun a un avis bien tranché, un exemple tout les dictons du genre « en avril ne te découvre pas dun fil … ».
      Ah oui celui de Coluche « Qui trop écoute la météo, passe sa vie au bistrot »

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  2. Merci Benoît d’avoir relayé cette étude, avec brio comme d’habitude.
    Tous les mythes écolos vont s’effondrer les uns après les autres: l’effondrement de la biodiversité à cause de la déforestation (souvenons-nous que 75% des espèces auraient dû s’éteindre avant l’an 2000) ou du « dérèglement climatique » (ah, ces ours polaires qui ne veulent toujours pas succomber), l’effondrement des civilisations à cause des facteurs environnementaux…
    La phrase que tu cites de Carl Lipo (tirée probablement d’une interview ou d’un point presse plutôt que de l’article?) met le doigt exactement sur le noeud du problème: bon nombre de travaux alarmistes sont biaisés par toutes sortes de présupposés qui obsèdent les chercheurs au point d’en oublier les fondamentaux de leur domaine de recherche. C’est très commode de faire tourner des modèles pour se conforter dans une idée première, mais ce n’est pas ainsi qu’on produit de la science.
    Cette phrase de Lipo méritera-t-elle une citation dans le grand projet (ANR?) pluridisciplinaire que déposera l’un des successeurs de Nalliens en 2055?

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  3. Décidément les chiffres sont plus forts que les discours.
    Je trouve très intéressante, la remarque sur la déforestation en Europe. Quitte à être politiquement incorrect, j’ai toujours eu beaucoup de mal sur l’huile de Palme. Non pas que je sois un partisan invétéré pour cette huile, mais jusqu’à preuve du contraire, c’est le choix de plusieurs pays et de millions de gens pour leur survie et leur développement. Je trouve minable qu’une poignée d’ecolos en général assistés et payés par la société et donc moi, ( pour ne pas dire bons à rien et profiteurs) se permettent de faire des leçons de morale à ces peuples et appellent au boycott de ces produits. C’est tout simplement irresponsable.

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    • Sans compter que les solutions de remplacement sont beaucoup plus impactantes sur l’environnement.
      L’huile de palme, est de fait plus « écologique ».
      Mais la vérité est ailleurs : en touchant l’huile de palme, ils touchent à des pans entier du système alimentaire des pays démocratiques. Leur seul vrai objectif est notre perte.

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  4. Je ne veux pas être pessimiste mais je pense que la lutte sera encore longue. Malgré les chiffres et les preuves les écologistes trouvent toujours des branches pour s’accrocher. Il y’a peu de temps je discuté avec une dame que je vois comme bobo ecolo, elle me parlait des ours polaires après lui avoir clairement fait comprendre que j’étais climatosceptique, je lui est dit qu’il n’était pas en voie de disparition mais plutôt prospère. Comme argument elle me dit avoir regardé un reportage sur Arte qui disait qu’effectivement les ours se portait pas trop mal mais c’est parce qu’ils ont muté génétiquement!
    Je vous avoue ne pas avoir trouvé de résultats très sérieux sur la question mais on voit bien que ces ecolos arriverons toujours à trouver des arguments.
    Un vrai débat public aiderait certainement les gens à ouvrir les yeux !

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  5. Il est bien connu que le déclin de la population de Rapa Nui s’explique par les razzias des marchands d’esclaves et par les épidémies. La légende écologiste a permis de cacher pendant un certain temps cette réalité douloureuse. Une visite du musée ethnographique local permet aussi de comprendre qu’au moment des premiers contacts avec les Européens, la société des Rapa Nui était en transition, le culte des ancêtres étant en voie d’être remplacé par celui de l’homme-oiseau… C’est pour cette raison qu’ils avaient déjà commencé à renverser leurs Moaïs, lesquels épiaient les faits et gestes des villageois.

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  6.  » Ils se trouvèrent par la suite forts dépourvus quand des bouleversements climatiques furent venus »
    Ne serait-ce pas un hommage implicite à Jean de La Fontaine (1621-1695) dont on fête cette année les 400 ans depuis sa naissance ?
    « La cigale…. Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue »

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