Arrêt burlesque ©

Par MD

« Voilà une pièce que M. de Chaulnes vous envoie.
Je la crois de Pellisson, d’autres disent de Despréaux »
(Mme de Sévigné)

Vu par la Cour la requête présentée par les régents, docteurs, maîtres es arts et professeurs de l’Université, tant en leur nom que comme tuteurs et défenseurs de la doctrine de maître Giecristote ; contenant que, depuis quelques années, une inconnue, nommée la Raison, aurait entrepris d’entrer par force dans les écoles de ladite Université ; et, pour cet effet, à l’aide de certains quidams factieux, se serait mise en état d’en expulser ledit Giecristote, voulant assujettir le susdit à subir devant elle l’examen de sa doctrine ; ce qui serait directement opposé aux lois, us et coutumes de ladite Université, où ledit Giecristote aurait toujours été reconnu à la pluralité des voix pour juge sans appel et non comptable de ses opinions. Que même, sans aveu d’icelui, elle aurait changé et innové plusieurs choses en et au-delà de la nature, ayant ôté au Charbon d’Air d’être le principe du Climat, que ce philosophe lui avait accordé libéralement et de son bon gré.

Ouï le rapport du conseiller-commis, tout considéré :

« La Cour,

ayant égard à ladite requête, a maintenu et gardé, maintient et garde ledit Giecristote en la pleine et paisible possession et jouissance desdites écoles.

Ordonne qu’il sera toujours suivi et enseigné par les régents, docteurs, maîtres es arts et professeurs desdites universités, sans que pour ce ils soient obligés de le lire, ni de savoir sa langue, ses raisons et ses sentiments. Et sur le fond de sa doctrine, les renvoie aux innombrables écritures, relations, rapports, rescrits et décrétales.

Enjoint au Charbon d’Air de continuer d’être le principe du Climat ; et à toutes personnes, de quelque condition et profession qu’elles soient, de le croire tel, nonobstant toute expérience à ce contraire.

Ordonne pareillement au climat de se conformer aux leçons dudit Giecristote, et de se soumettre aux volontés du Charbon d’Air, tel que la chose a été établie par les anciens et sans plus passer par manigances, stratagèmes et gloses contraires.

Ordonne à la mer sous peine du fouet, aussi aux vents, pluies et autres météores de ne déroger aux règles édictées par le susdit Giecristote.

Ordonne au soleil de se débarbouiller incessamment le visage et ne plus paraître en public avec ces vilaines taches qui sont des signes de corruption et qui vont à la destruction de la quintessence céleste de Giecristote.

Fait défense au Charbon d’Air d’être plus vagabond, errer ni circuler dans l’air, de nourrir et engraisser les herbes, simples et toutes autres plantes et futaies.

Défend à la Raison et à ses adhérents de plus s’ingérer à l’avenir de contester les commandements ci-avant et d’en trouver remèdes par mauvais moyens et voies de sortilèges comme observations, analyses, déductions et autres drogues non approuvées ni connues des anciens.

Et en cas de guérison irrégulières par icelles drogues, permet aux hommes de science de ladite faculté de rendre, suivant leur méthode ordinaire, la fièvre au climat, avec casse, séné, sirops, juleps, et autres remèdes propres à ce, et de remettre ladite terre en tel et semblable état qu’elle était auparavant, pour être ensuite traitée selon les règles ; et, s’il elle n’en réchappe, conduite du moins à la géhenne, suffisamment purgée et évacuée.

PCC Nicolas Boileau-Despréaux.

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