Emissions ou rémission ?

Par MD.
1/ Introduction.
Dans un article de début 2019, on avait abordé en détail la question des émissions dites « anthropiques » de CO2 et de leur confrontation avec d’autres paramètres physiques, démographiques et économiques. Deux années ont passé depuis lors, et surtout une année 2020 fertile en bouleversements. Il parait donc utile de faire un état des lieux, même si les données de l’année 2020 ne sont encore que provisoires. On s’appuiera sur les théories et les hypothèses officielles, sans discuter leur validité.

Dans ce qui suit, les quantités de CO2 sont exprimées, soit en milliards de tonnes (Gt) de CO2, soit en parties par million en volume (ppmv), l’équivalence étant de 1 ppmv = 7,8 Gt.

2/ Les flux : émissions anthropiques annuelles de CO2.
L’organisme officiel qui calcule et répertorie les émissions annuelles de CO2 est le Global Carbon Project (GCP). Son dernier rapport (Global Carbon Budget 2020) vient d’être publié. On trouve sur le site ICOS (Integrated carbon observation system) les séries de données de 1959 à 2020 (données provisoires pour 2020). Le GCP distingue deux sources d’émissions : celles qui proviennent de la combustion des ressources fossiles et celles qui résultent de changements dans l’affectation des terres (déforestations, cultures, jachères, etc.) Le graphique ci-dessous retrace l’évolution de ces émissions depuis 1959, exprimées en milliards de tonnes (Gt) de CO2.image001A titre d’ordre de grandeur, les émissions anthropiques de CO2 sont dans ces dernières années d’environ 42 Gt par an dont 35 Gt pour les émissions fossiles.

3/ Le stock : concentrations de CO2 dans l’atmosphère.
Les concentrations de CO2 dans l’atmosphère sont mesurées en continu par la NOAA (National oceanic & atmospheric administration) notamment à l’observatoire de Mauna Loa (Hawaï) qui constitue une référence classique. Les concentrations sont exprimées en parties par million en volume (ppmv). Le graphique ci-dessous retrace l’évolution de ce stock depuis 1959, en superposant les valeurs moyennes annuelles et mensuelles (on distingue les cycles saisonniers). En 2020, la concentration moyenne était de 414 ppmv (3 230 Gt) de CO2.image002
4/ Flux et stock : comparaison.
Chaque année, les émissions anthropiques calculées par le GCP devraient s’ajouter à la quantité de CO2 présente dans l’atmosphère et donc augmenter d’autant la concentration. Ce n’est pas ce qui est observé, comme le montre le graphique ci-dessous qui représente l’augmentation annuelle des concentrations mesurées (en quelque sorte la dérivée de la courbe précédente). Les échelles des ordonnées sont graduées respectivement en ppmv et en Gt de CO2.image003Il est facile de voir que les concentrations mesurées n’ont augmenté chaque année que d’environ la moitié (dite « airborne fraction ») des émissions anthropiques calculées. Par exemple pour les toutes dernières années, l’augmentation est d’environ 2,5 ppmv ou 21 Gt par an, au lieu des 42 Gt émises. Pour réconcilier les calculs avec les observations, la théorie officielle suppose que la fraction manquante des émissions de CO2 est absorbée par des « puits » terrestres ou océaniques. Il s’agit donc d’une variable d’ajustement, sur laquelle on ne s’attardera pas.
On observera enfin que l’augmentation annuelle représente actuellement environ 2,5 / 414 (ppmv), soit 0,6% du stock.

5/ Données démographiques, économiques et énergétiques.
Les données démographiques et économiques proviennent de la Banque mondiale . Les données énergétiques proviennent du rapport annuel de la compagnie BP. Les séries publiées s’arrêtent à l’année 2019. Cependant, on dispose d’ores et déjà d’estimations précoces pour l’année 2020, provenant de divers organismes officiels (ONU, OCDE, etc.) ; ces estimations font généralement état d’une baisse du PIB de – 4,2% et d’une baisse de la consommation d’énergie primaire de – 6%. Les données correspondantes ont donc été intégrées dans les graphiques.image004image005image006
6/ Facteurs de Kaya.
Les ratios qui suivent sont connus sous le nom de « facteurs de Kaya », du nom d’un économiste japonais. Ils concernent les relations entre le PIB, la consommation d’énergie primaire et les émissions de CO2. On définit ainsi trois facteurs principaux, figurés sur les graphiques ci-après :
contenu du PIB en énergie primaire (tep par unité de PIB) qui mesure l’efficacité énergétique de l’économie.image007contenu de l’énergie en CO2 (tonne de CO2 par tep) qui reflète essentiellement la part des énergies fossiles dans la production d’énergie.image008Le produit de ces deux facteurs constitue le
contenu du PIB en CO2.image009Ces trois paramètres diminuent progressivement depuis un demi-siècle, malgré quelques ressauts. L’année 2020 ne semble pas avoir apporté de rupture de continuité notable dans les évolutions récentes.

7/ Conclusions.
L’année 2020 a été marquée par une crise sanitaire majeure. Pour l’enrayer ou en atténuer les effets, les gouvernements des Etats ont cru devoir recourir à des restrictions drastiques qui ont mis à mal leurs économies. L’avenir dira si la récession correspondante n’aura été que temporaire ou si elle aura des conséquences durables.
Certaines écoles de pensée n’ont pas dissimulé une certaine jubilation, considérant que cet épisode pénible préfigurait un état de société qu’elles appellent ouvertement de leurs vœux en vue de « sauver la planète ». Toutefois, pour des raisons évidentes (voir article récent), l’effet espéré sur les concentrations de CO2 dans l’atmosphère terrestre a été imperceptible. Encore raté.

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37 réflexions au sujet de « Emissions ou rémission ? »

  1. Par rapport aux politiques « climatiques », outre les efforts à faire sur l’adaptation, la question des « puits » de carbone me semble primordiale (mieux vaut avoir des océans « propres » que de faire la chasse obsessionnelle aux émissions de CO2)… amha !
    Autre chose qui n’a rien à voir : dommage que toutes ces courbes, si utiles ne commencent pas toujours exactement la même année (soit 1959, ou 1960 ou 1965).
    Remarque liée à la précédente : serait-il possible de superposer les courbes suivantes en base 100 en 1959 ou 1960 : émissions anthropiques / concentration / population / PIB ?
    Un grand merci

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  2. @MD
    Merci, bonne année. J’observe que vos courbes d’observations sont assez souvent très plates (utilisation des sols, population mondiale, mauna loa). Le décideur pressé ne risque t’il pas de s’ennuyer?
    Pour rajouter un peu de fantasy dans vos graphes, vous pourriez utiliser un modèle de prédiction des 5 futurs colorés!!!
    Voyez les travaux de Wolfgang Lutz et Samir KC.
    https://doi.org/10.1016/j.gloenvcha.2014.06.004
    The human core of the shared socioeconomic pathways: Population scenarios by age, sex and level of education for all countries to 2100

    La méthodologie de Wolfgang est fascinante. 😉
    Je la résume ainsi: Je veux sauver la planète ET Si tout le monde agit comme MOI, ca ira mieux ET j’ai plein d’intuitions bizarres… Par exemple, que vient foutre le level of education dans cette étude, hein, Wolfgang? c’était il trop simple de deviner les pyramides des ages standards pour tous les pays jusqu’en 2100 dans 5 futurs?

    (Grave en retard de cotisation… vais me faire jeter par Benoît… ouille)

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  3. @MD. D’après vous quel instrument a été utilisé pour mesurer l’occupation des sols en 1959?

    Wikipedia> En 1972 les États-Unis lancent le programme Landsat, un des plus anciens programmes d’observation de la surface terrestre des États-Unis.

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  4. Vous dites:

    « Pour réconcilier les calculs avec les observations, la théorie officielle suppose que la fraction manquante des émissions de CO2 est absorbée par des « puits » terrestres ou océaniques. »

    Je ne vois pas en quoi c’est une supposition; c’est une observation; on injecte de l’extérieur du système une perturbation de 4 ppm/an; il en reste 2 ppm dans l’atmosphère; le système terre plus océan se comporte donc comme un puits, c’est juste factuel. Ou voulez vous que passent les autres 2 ppm?
    La remise en cause des calculs du GIEC a suffisamment d’arguments sans remettre en cause cette donnée.

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  5. Le GIEC fait une autre hypothèse implicite: que les autres émissions ‘naturelles’ ne changent pas ou peu par rapport aux émissions anthropiques. Or le même GIEC nous apprend que, depuis l’ère pré-industrielle, les émissions terrestres et marines ont augmenté (de 30 % pour les émissions marines, de 15 % pour les émissions terrestres) à un niveau qui est 15 fois celui des émissions anthropiques actuelles (~150 GtC vs 10). Cherchez l’erreur !
    La quasi constance de la « airborne fraction » surprend quelque peu. On s’attendrait à une proportionnalité avec les émissions non-naturelles.

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    • Pouvez vous indiquer la référence dans les travaux du GIEC?
      Par ailleurs, la constance du CO2 dans l’atmosphère pré industrielle est mesurée dans les glaces; ce n’est pas une hypothèse, c’est une mesure. On peut la contester, mais il faut le prouver. Le principal contradicteur, Beck, n’a pas convaincu.

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      • WG1 AR5 Chapitre 6 paragraphe 6.1.1 Global carbon cycle overview. Sur la figure 6.1 les variations des flux (en + et -) depuis l’ère pré-industrielle sont notés en rouge.
        Les glaces dans lesquelles on mesure CO2 sont constituées à partir de neige. Il faut des dizaines d’années pour que le tassement referme les pores. Pendant ce temps les gaz diffusent entre les couches ce qui a pour effet de ne laisser voir que les variations décennales voire séculaires.

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      • La fréquence d’échantillonnage des mesures atmosphériques (Mauna Loa, Barrow) et celle des échantillons glaciaires n’a rien à voir (1 à 120). Du coup on ne peut comparer ni les variations, ni les extrema. Les 60 ans de Mauna-Loa ne sont même pas un point unique ramené dans l’enregistrement glaciaire.
        Même le raccordement entre les deux séries est arbitraire, faute d’une période commune suffisante.

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    • Les variations naturelles de la concentration en CO2 dans l’atmosphère ont de multiples causes, et essayer de les quantifier est indispensable. Ici, le raisonnement consistant à quantifier l’augmentation de la teneur atmosphérique en CO2 (grâce aux mesures effectuées à Mauna Loa) et à la rapprocher des émissions anthropiques (qui elles, rappelons-le, sont estimées, jamais mesurées) aboutit à un écart entièrement affecté à l’absorption du CO2 par les océans (dissolution). Je cite, sans que cela soit exhaustif, quelques causes naturelles de variation de la teneur en CO2 atmosphérique :
      – Variation de l’activité volcanique (et notamment celle des dorsales, fortement émettrices de CO2);
      – Variation dans le rythme de la formation des roches calcaires (qui fixent le CO2 atmosphérique);
      – Erosion de ces mêmes roches calcaires et restitution de CO2 à l’atmosphère;
      – Variation de la productivité primaire brute des végétaux chlorophylliens (et donc de la quantité de CO2 fixé par la photosynthèse), dont l’origine est anthropique ou non.
      – Variation de la température des océans, qui elle-même agit en retour sur la solubilité du CO2 dans l’eau;
      – Liste non exhaustive bien entendu !

      La question est de savoir si ces mécanismes ont un impact significatif ou négligeable sur les variations annuelles de la teneur atmosphérique en CO2.

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      • Dans le rapport du GIEC (WG1 AR5 fig 6.1), en faisant de simples additions, on voit que le flux annuel « naturel » de CO2 depuis l’atmosphère à augmenté de 34,1 GtC (à 203 GtC) et que le flux montant à augmenté de 29,7 GtC soit un solde négatif de 4,4 GtC/ an et ceci au cours de l’ère industrielle et jusqu’en 2013. En 2013 la contribution de l’activité humaine était estimée à 8,9 GtC, c’est-à-dire 5% du total des émissions naturelles lesquelles ont augmenté de 15 % .
        Pourquoi s’attaquer aux 5% et laisser les 15 % tranquilles ?
        L’hypothèse de l’invariabilité des émissions naturelles est juste ‘naïve’.

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  6. J’ai toujours du mal avec les formulations comme:
    « une baisse du PIB de – 4,2% »
    Je préfère : une variation du PIB de -4,2% ou une baisse du PIB(-4,2%) ou encore une baisse de 4,2%

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  7. @Richardoi

    Votre calcul est incompréhensible pour moi.
    Le schéma est équilibré (c’est bien la moindre des choses venant du GIEC, ils ne sont pas stupides à ce point. (Mais il est délirant du point de vue des incertitudes, tout cela est complètement pifométré.)
    Par contre je renouvelle ma question:

    on balance 4 ppm, il en reste 2. Ou vont les deux autres? Si l’écosphere marin et/ ou terrestre est une source, il faut un puits quelquepart.

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  8. Dans le schéma de la figure 6.1 (WG1 AR5), en 2013, le stock atmosphérique augmentait de 4 GtC/an alors que les émissions causées par l’homme étaient de 8,9 GtC/an (Fossil fuels 7,8; land use change 1,1). Donc 4,9 GtC ( ~55% ) « disparaissaient » (c’est-à-dire une airborne fraction de 45 %).
    On les retrouve dans le bilan (net flux) de 2 compartiments : la végétation terrestre ( – 2,6 -1,7 = -4,3) et les océans (-2,3 + 1,7 = -0,6) . -4,3 -0,6 = – 4,9 . CQFD

    La végétation terrestre consomme et donc rejette davantage de CO2, mais un peu moins qu’elle n’en consomme : elle stocke donc du carbone, ce qui est cohérent avec le constat que le volume de la végétation augmente au moins depuis qu’on dispose d’observations par satellite (probablement grâce au surcroît de CO2 ). On parle de 30 % (15 % d’après le schéma).

    L’océan dégaze dans les zones intertropicales et absorbe dans les zones froides. Vers 15 – 20 °C le bilan des entrées-sorties est nul. On comprend aisément pourquoi il absorbe davantage (+30 % d’après le schéma) : l’absorption est proportionnelle à la concentration de CO2 dans l’air. En revanche si rien d’autre que la concentration de CO2 n’a changé on voit mal pourquoi le dégazage des eaux tropicales a augmenté lui aussi de 30 % (17,7/60), sauf à supposer qu’elles sont plus concentrées en carbonate ou qu’elles sont plus chaudes. Et ce n’est pas le CO2 supplémentaire absorbé depuis 50 ans par les eaux froides qui ressort à l’équateur car il lui faut plus de 100 ans de temps de trajet…Il faut croire qu’elles sont plus chaudes…

    Désolé, petit facteur de confusion, les flux sont exprimés en PgC/an (picogramme de carbone) sur le schéma, mais 1 PgC = 1GtC (gigatonne de carbone)).

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      • Je viens de relire 6.3.2.5 (ocean carbon dioxide sink). On ne s’y intéresse en fait qu’à l’effet « puits de carbone » c’est-a-dire à l’écart entre le flux net réel et le flux net ‘naturel’. Les absorptions et dégazages, dont la somme algébrique constitue le flux net ne sont pas mentionnés, sauf à concéder que le puits opère en sus d’un cycle naturel du carbone océanique très actif (page 496 : this anthropogenic ocean CO2 sink occurs on top of a very active natural oceanic carbon cycle). Or le puits océanique (2,3 GtC) est minuscule par rapport à l’amplitude du cycle naturel (80 CtC) indiquée sur la figure 6.1.
        Là encore, dans 6.3.2.5, les auteurs du GIEC postulent implicitement la quasi-invariabilité de la Nature alors que la figure 6.1 nous dit le contraire. Cette figure est peut-être fausse, insidieusement ajoutée par un crypto-climato-sceptique.

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    • Je renouvelle ma question:
      on balance 4 ppm, il en reste 2. Ou vont les deux autres? Si l’écosphère marin et/ ou terrestre est une source, il faut un puits quelque part.

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      • Reprenez la figure 6.1 (données arrêtées en 2013, chiffres en PgC/an).
        Les océans absorbent 80 depuis l’atmosphère et y rejettent 78,4 . Comme 80 > 78,4 les océans sont un puits qui prend 80-78,4 = 1,6, quantité qu’on retrouve sous la mention ‘net ocean flux’ : -2,3 + 0,7 = 1,6. Ce sont les eaux froides qui absorbent et les eaux chaudes qui dégazent et la flore océanique ne joue qu’un rôle secondaire.
        La végétation absorbe 123 depuis l’atmosphère et y rejette 118,7. Comme 123 > 118,7 la végétation est un puits qui prend 123 – 118,7 = 4,3, quantité qu’on retrouve sous la mention ‘net land flux’ ( -2,6 – 1,7 = 4,3). Les plantes absorbent CO2 ce qui augmente de 123 le stock de carbone. Le stock pourrit ou est consommé et converti en CO2, ce qui génère 118,7.
        Les autres compartiments (eaux douces, volcans, roches) rejettent 1,4.
        Les activités humaines produisent 8,9
        Au total la « nature » absorbe : 1,6 + 4,3 – 1,4 = 4,5 c’est-à-dire un peu plus de la moitié des émissions provoquées par l’homme.

        En 2013 le stock atmosphérique était estimé à 589 + 240 = 829, ce qui se traduisait par un concentration de 390,5 ppm.

        8,9 correspondent à 8,9 * 390,5 / 829 = 4,2 ppm. Quant aux 2 puits, ils absorbent 2,2 ppm.

        Cette interprétation n’a de sens qu’en supposant invariables les émissions naturelles. Or l’humanité n’est responsable que de 5% (8,9/(80 + 123)) des émissions vers l’atmosphère. Il faut donc être bien sur de son fait à propos de l’invariabilité des émissions naturelles pour affirmer que l’augmentation de la concentration est entièrement due à l’homme.

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  9. @ Richardol

    Alors si on arrête nos émissions, ça va continuer d’augmenter? C’est à dire que votre « source » naturelle ne sera pas abosorbée par ce qui absorbe actuellement nos émissions?

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  10. Oui, mais un peu moins vite, si la tendance naturelle qu’on peut déduire de la figure 6.1 est bien exacte et se poursuit à l’identique. En effet, les rejets naturels de carbone dans l’atmosphère ont, semble-t-il, augmenté de 28,3 milliards de tonnes, à comparer à la contribution humaine totale : 8,9 en 2013 et environ 10 en 2019.
    L’augmentation des rejets naturels par la végétation terrestre ne fait guère de doute. Celle des rejets naturels par l’océan est plus difficile à établir de visu…mais elle n’a rien d’extravagant.

    Mais vous m’éloignez de mon propos initial: je voulais seulement souligner la contradiction dans le rapport du GIEC entre l’hypothèse implicite que la nature est pratiquement invariable (en tendance) et l’augmentation des rejets naturels telle qu’on peut la lire sur la figure 6.1.
    Gardez une copie de ladite figure, elle ne sera peut-être plus dans le prochain rapport…

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    • Par quel phénomène la source naturelle ne serait pas absorbée par le puits naturel, alors qu’il y aurait un déficit de 2 ppm par la perturbation extérieure?
      Cette question ne s’éloigne pas de la remarque initiale, puisque votre calcul sur la fig 6.1 sous entend qu’il n’y a pas équilibre sur les flux en l’absence de nos rejets.

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      • L’absorption (le puits naturel) est (en première approximation) proportionnelle à la concentration de CO2 dans l’air que ce soit l’absorption par la végétation ou par les océans froids.
        Les émissions terrestres sont fonction des concentrations passées de CO2 (le décalage correspond au temps qu’il faut aux plantes pour se décomposer ou être mangées)
        Les émissions marines (le dégazage), vont continuer à leur rythme propre. Dans 100 ans ou plus, la circulation océanique apportera davantage de CO2 dans les zones de dégazage mais en attendant, au rythme actuel, l’atmosphère recevra 2 ppm par an de l’océan.
        Quelle serait la concentration de CO2 à l’équilibre, si l’homme et ses émissions disparaissaient? A l’équilibre, le volume de la végétation aurait cessé de croître (ce puits-là serait fermé!) et l’océan absorberait exactement ses émissions. il cesserait alors lui-aussi d’être un puits. Actuellement l’océan absorbe moins qu’il n’émet. Pour absorber autant, il faudrait donc que la concentration de CO2 augmente.

        Sans l’homme il y aurait aujourd’hui 5% de CO2 en moins dans l’atmosphère . Si l’homme disparaissait et que tout le reste continue comme aujourd’hui, la teneur en CO2 finirait par se stabiliser à quelques % au dessus du niveau actuel.

        Et tout ça, si la figure 6.1 n’est pas une galéjade…

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      • Vous dites: « L’absorption (le puits naturel) est (en première approximation) proportionnelle à la concentration de CO2 dans l’air que ce soit l’absorption par la végétation ou par les océans froids. »
        Pourquoi froids?
        « Les émissions terrestres sont fonction des concentrations passées de CO2 (le décalage correspond au temps qu’il faut aux plantes pour se décomposer ou être mangées) »

        Vous ne pouvez raisonner en séparant absorption et émission, vous ne pouvez raisonner que sur le delta de flux, car, et vous le dites vous même, l’évaluation des flux (par le GIEC et en général) est hautement spéculative.
        Votre première phrase laisse entendre que grossièrement le système ( en particulier les océans) est soumis à une sorte de loi de henry, avec toutes les complications qu’on peut imaginer.(buffering etc…)
        A 150 ppm en CO2 d’écart depuis l’ère industrielle, c’est la pression qui régit le tout, la variation de la constante de Henry est faible avec 1 degré d’écart. Elle est importante à court terme, avec les saisons (variation de 10 degrés) mais pas en moyenne à long terme.
        Pour mettre en doute la théorie admise, vous recourez à des démonstrations alambiquées.
        Moi je m’en tiens au rasoir d’Ockham: on balance 4 dans l’atmosphère,, il en reste 2, 2 sont absorbées par le reste.

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  13. J’ai souligné une incohérence dans l’argumentation présentée par le groupe de travail. Il s’agit bien d’une incohérence, pas d’une imprécision, qui, si elle est avérée, est de nature à remettre en cause tout ou partie de l’explication officielle et par voie de conséquence certaines prévisions qui nous sont présentées comme quasiment certaines.

    Maintenant, j’observe, et les auteurs du GIEC ne le nient pas, que les flux naturels, entrants et sortants de l’atmosphère, sont énormissimes par rapport aux émissions provoquées par les activités humaines. Au nom de quoi faudrait-t-il ne pas s’y intéresser. D’autant plus que cela remet en cause l’affirmation que le CO2 anthropique séjourne plus de 100 ans dans l’atmosphère…

    Ceci dit, il semble que nous soyons en accord sur le fait que les émissions et absorptions terrestres sont liées. Le puits terrestre est la conséquence du retard des émissions sur les absorptions. En revanche, vous ne croyez pas que l’océan absorbe et dégaze dans des zones différentes et vous suggérez même que c’est la pression partielle de CO2 qui ‘régit le tout’.

    S’il en était ainsi, l’augmentation de pression devrait diminuer les émissions par les océans, ce qui n’est pas postulé par les auteurs du GIEC. Si vous refusez l’idée que les océans froids absorbent les gaz (et pas seulement CO2) et que les océans chauds dégazent, demandez-vous pourquoi on va pêcher dans les remontées d’eaux froides… certes c’est une question d’oxygène mais sa pression partielle est la même à la surface de tous les océans..

    Plus prosaïquement (et pas alambiqué), servez-vous deux verres de soda, placez en un dans le frigo et l’autre au soleil (ou sur un radiateur). Vous pourrez ainsi vérifier que les liquides chauds dégazent plus vite. Pour ce qui est de l’absorption, vous pouvez monter une manip analogue, simple et convaincante, avec un appareil pour produire de l’eau gazeuse…

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    • Le GIEC n’a jamais écrit que le CO2 anthropique reste 100 ans dans l’atmosphère. Votre réflexion montre que vous n’avez pas lu le chapitre 6 du rapport.
      Le Giec défend l’idée (difficile à valider, mais plausible) qu’un échelon de CO2 injecté dans le système conduit après augmentation dans l’atmosphère, à une décroissance d’abord rapide puis de plus en plus lente, correspondant à des constantes de temps différentes selon les process concernés au fil du temps.

      Comme beaucoup de ceux qui contestent l’origine anthropique de l’accroissement de CO2, vous confondez temps de résidence d’une molécule, à peu près 5 ans, et temps de retour à un équilibre après perturbation.

      Vous dites: « En revanche, vous ne croyez pas que l’océan absorbe et dégaze dans des zones différentes et vous suggérez même que c’est la pression partielle de CO2 qui ‘régit le tout’. »
      Si vous parlez de la loi de Henry, regardez les ordres de grandeur de variation de la « constante » en fonction de la température et celles directes de la concentration dans l’océan en fonction de la pression partielle dans l’atmosphère.
      Pour faire varier la pp de 150 ppm, il faut bien plus que 1 degrés.
      Vous dites que les relevés dans les glaces ne sont valable qu’à l’échelle du siècle; pourquoi pas. Alors ceux de Vostok sur des centaines de milliers d’années n’ont pas ce problème; on y voit combien il faut de degrés pour faire varier la pp de CO2 de 100 ppm; c’est de l’ordre d’une dizaine de degrés au moins, de mémoire.

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  14. Voilà ce qui est écrit page 544 de l’AR5 (FAQ 6.2)
    « Carbon dioxide (CO2), after it is emitted into the atmosphere, is firstly rapidly distributed between atmosphere, the upper ocean and vegetation. Subsequently, the carbon continues to be moved between the different reservoirs of the global carbon cycle, such as soils, the deeper ocean and rocks. Some of these exchanges occur very slowly. Depending on the amount of CO2 released, between 15% and 40% will remain in the atmosphere for up to 2000 years, after which a new balance is established between the atmosphere, the land biosphere and the ocean. » C’est vrai j’ai mal lu. Il ne s’agit pas de 100 ans mais de 2000 ans…

    Je suis surpris que par la vertu du rasoir d’Ockham vous ne rejetiez pas l’idée du GIEC de constantes de temps différentes alors que vous ne voulez pas entendre parler de proportionnalité entre les flux absorbés et la teneur en CO2. Certes il est encore plus simple, comme vous le faites, d’invoquer l’invariabilité des puits (-2 ppm).

    Pour vous rassurer: je fais la différence entre temps de résidence et temps de retour à l’équilibre. Si les phénomènes naturels sont invariables, ce temps de retour est infini… Mais si l’on veut apprécier la vitesse de relaxation, encore faut-il identifier correctement les forces de rappel. J’ajoute que s’il y a retour à l’équilibre c’est bien parce que les puits ne sont pas constants!

    Enfin, je n’ai jamais mentionné la loi de Henry qui s’applique à des systèmes à l’équilibre. Il est vraisemblable que du fait du renouvellement des eaux de surface, l’équilibre entre eau et air n’est jamais atteint. Cependant la teneur en CO2, avec d’autres facteurs qu’on ne peut que supposer invariables, détermine la vitesse d’absorption. La vitesse de dégazage n’a pas de raison de dépendre de la teneur en CO2 de l’atmosphère.

    Mais vous m’éloignez de mon propos initial. Quid de la variabilité naturelle ? S’il est vrai la nature toute seule a augmenté ses émissions d’une quantité qui est le double des émissions humaines, on pourrait essayer de savoir pourquoi.

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    • Vous êtes de mauvaise fois; le texte du GIEC parle du CO2 de manière générique, et pas du brassage des molécules entre les réservoirs.
      Vous dites:
      vous ne voulez pas entendre parler de proportionnalité entre les flux absorbés et la teneur en CO2
      Je ne comprends pas votre remarque… c’est justement ce que je dis (4 ppm/2ppm)
      Et je me fiche des vitesses de dégazage et d’absorptions décomposées par nature des flux: on balance 4 ppm; il en reste 2 ppm. Si ce ne sont pas une partie de nos émissions, elles vont où, nos émissions? Et si on arrête d’émettre, les puits naturels refuseront obstinément d’absorber vos émissions naturelles?

      Ceci est un combat d’arrière garde qui ne sert qu’à discréditer le climatoscepticisme.

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      • Je ne vois pas en quoi pointer du doigt une incohérence dans un rapport du GIEC servirait à discréditer les climato-sceptiques.
        Vous mettez en avant le fait que l’homme envoie 4 ppm dans l’atmosphère et que le stock atmosphérique augmente seulement de 2 ppm. Je comprends que, pour faire simple, on en conclue que la ‘capacité’ des puits est de 2ppm.
        En réalité, la figure 6.1 nous apprend les flux naturels ont augmenté de 29,3 PgC/an c’est-à-dire ~14 pp/an depuis l’époque pré-industrielle. Ces 14 ppm sont nécessairement absorbés par des puits.
        Par conséquent, les puits ont capturé en 2013 (date pour laquelle la figure 6.1 est établie) : 14 + 2 = 16 ppm et ceci, bien entendu, si la figure 6.1 est exacte (on est certain que, au moins, les chiffres concernant la végétation sont corrects en ordre de grandeur).
        Les 2 ppm qui restent dans l’atmosphère ne viennent donc pas exclusivement de nos émissions.
        Je sais que vous ne voulez pas l’entendre mais je le répète: la capacité (= l’aptitude à absorber) des puits augmente avec la concentration de CO2 dans l’atmosphère et l’hypothèse la plus simple est que cette augmentation est proportionnelle.
        Si l’homme cesse de rejeter 4 ppm/an et que la nature continue de rejeter 14 ppm, la concentration de CO2 tendra vers un nouvel état stationnaire qui ne sera pas celui du XVIIIème siècle mais qui sera proche du niveau atteint aujourd’hui, (sous réserve que les émissions naturelles n’évoluent pas).

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  15. « e sais que vous ne voulez pas l’entendre mais je le répète: la capacité (= l’aptitude à absorber) des puits augmente avec la concentration de CO2 dans l’atmosphère et l’hypothèse la plus simple est que cette augmentation est proportionnelle. »

    Au contraire, je suis entièrement d’accord avec vous. C’est pour cela que la fraction de nos émissions qui sont absorbées reste approximativement la même; en ce moment, c’est à peu près 50 %; nous émettons 4 ppm, 2 ppm sont absorbées.

    « Si l’homme cesse de rejeter 4 ppm/an et que la nature continue de rejeter 14 ppm, »

    Alors l’atmosphère devrait augmenter de 18 ppm?

    Ce n’est pas l’incohérence du schéma du GIEC qui est le problème dans votre discours (à vrai dire, je n’ai pas vérifié et je m’en fiche) c’est le fait que vous doutiez que l’augmentation de CO2 dans l’atmosphère soit anthropique.

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  16. Je vous rassure : je n’ai jamais douté du fait que les activités humaines contribuent à l’augmentation de la teneur en CO2 de l’atmosphère (dire le contraire serait absurde). Je pense seulement, à l’examen des chiffres de la figure 6.1, que cette contribution doit être minoritaire. D’avant la révolution industrielle à l’année 2013 en PgC/an : Nature 169,3 + 29,3 : Humanité 0 + 8,9 .
    Faites-moi la grâce d’examiner la figure 6.1 de l’AR5. Vous y trouverez peut-être le moyen de réconcilier le schéma qu’elle propose avec l’hypothèse que l’homme est le principal responsable de l’augmentation de la teneur en CO2. Sinon vous aurez plus le choix qu’entre le doute et la crédulité.

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    • J’ai pris 5 minutes pour regarder le schéma.

      Les chiffres que vous donnez sont des flux annuels… Et si vous ne tenez compte que des flux montants, effectivement, il y a un problème… mais pas dans le schéma.
      Et encore une fois, ce schéma est juste là à titre d’illustration, l’argument simple mais qu’il est difficile de réfuter(sauf à coup d’équations compliquées et tordues, qui sont généralement tautologiques lorsqu’on les examine de près,), c’est qu’on balance 4 ppm de l’extérieur du système, dans l’atmosphère, et il en reste deux; la surface en absorbe 2 ppm; c’est donc globalement un puits. Si c’est un puits, ce n’est pas une source.
      Paul Aubrun fait remarquer à juste titre que l’analyse dans les glaces, pour la période récente, est sujette à caution. Je suis d’accord. Mais un raisonnement simple permet de supposer que le CO2 variait peu avant l’ère industrielle; depuis plusieurs milliers d’années, dans l’holocène, le climat est relativement stable à l’échelle géologique (quelques degrés). Qu’est ce qui pourrait naturellement émettre un surplus de CO2? Pas la végétation, elle a plutôt un rôle régulateur, en tant que puits. Donc ce sont les océans. Pour que l’équilibre entre air et océan se déséquilibre de 150 ppm, il faut beaucoup plus que 1 ou 2 degrés.
      Aucun autre phénomène émetteur ou absorbeur n’est suffisamment important pour perturber ce raisonnement.
      J’arrête là cet échange car ça risque de tourner en rond assez longtemps….

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  17. Merci d’avoir pris cette peine. La cohérence interne du schéma 6.1 n’est pas en cause même s‘il a fallu quelques séances de massage de données pour retomber sur le chiffre de 4 PgC/an (+2 ppm) qui est, de tous ceux qui sont fournis, le moins incertain.

    J’admets que le schéma nous est proposé à titre d’illustration mais pensez-vous que des scientifiques adoubés par le GIEC auraient par négligence laissé entendre que la nature n’est pas aussi invariable que prétendu ou sous-entendu dans les 5 rapports successifs. Il était facile de faire le même schéma en ‘gommant’ l’augmentation des flux naturels au cours de l’ère industrielle. D’ailleurs, je fais mon complotiste, peut-être l’ont-il fait ! Quoi qu’il en soit, + 17 % , c’est beaucoup par rapport à la faible variation qu‘on postule « depuis plusieurs milliers d’années, dans l’holocène ».

    Alors, imputer 2ppm d’augmentation par an aux émissions humaines pendant que la nature en émet quelque chose comme une centaine (exactement 93,5 d’après 6.1) devrait demander un minimum d’efforts de justification. Cela suppose par exemple que les plantes et les océans ont le pouvoir de prendre en compte l’origine des molécules de CO2 avant de les absorber…

    Il est clair que, sur longue période, les océans qui referment 40 fois plus que l’atmosphère fournissent le carbone pour la croissance de la végétation terrestre. Pourquoi l’océan dégage-t-il maintenant davantage de CO2? Mon petit doigt me dit de chercher du côté de la température (dont on nous assez dit qu’elle a augmenté)…

    Pour finir je voudrais proposer une explication au fait que ~50 % des émissions humaines restent dans l’atmosphère. Deux séries temporelles monotones (en l’occurrence croissantes) quelconques sont souvent corrélées sans qu’il y ait le moindre rapport entre les phénomènes qu’elles décrivent. (Ainsi du déficit/PIB de l’état français qui est remarquablement corrélé avec …l’age de la Tour Eiffel). Les valeurs successives sont, sur une période limitée, dans un rapport quasi-constant qui est tout juste celui des pentes des droites de tendance. La teneur en CO2 augmente, les émissions humaines aussi et les deux se retrouvent corrélées. Les (bons) statisticiens établissent les corrélations à partir des incréments ou procèdent après soustraction de la tendance…
    Si le sujet vous intéresse voyez cette publication de Jamal Munshi qui traite des corrélation sur des cumuls.
    https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2725743

    Je mets moi aussi un terme à cet échange, en vous remerciant: vous m’avez aidé à clarifier mes idées.

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