Benefice risque

Pour terminer ce petit tour d’horizon confiné en quatre thèmes, attaquons nous à une racine du mal. Joyeuses fêtes !

Il est courant, face à une décision difficile à prendre, d’analyser les avantages que l’on peut retirer d’une action prévue, en comparaison des risques encourus. Si ceux-ci sont trop importants, l’action est remise en cause.

Cette attitude semble accréditer l’idée que le risque s’oppose au bénéfice, en étant en quelque sorte le modèle de ce qu’il faut éviter à tout prix pour obtenir un résultat.

On voit bien dans la crise sanitaire que nous vivons un exemple très parlant de cette attitude que l’on pourrait qualifier de frileuse : le confinement en est l’archétype. Surtout pas de risque, car le virus est mortel (O,5% !) et il convient donc de l’éviter de manière drastique.

C’est la philosophie du principe de précaution, poussant le rapport bénéfice-risque jusqu’à l’absurde.

D’un confinement à l’autre on s’aperçoit que cela n’est pas si simple et que les conséquences néfastes de la précaution par enfermement de la population deviennent de plus en plus mal tolérées et obligent à moduler les restrictions. L’attitude excessive dans la précaution quasi terroriste du premier confinement a du être amendée pour la saison 2 afin d’éviter la catastrophe économique. 

C’est en ce sens que le principe de précaution est nuisible car il permet d’accuser quiconque aurait pris un risque ayant conduit à des conséquences dommageables. Il invite à considérer que, le risque zéro n’existant pas, mieux vaut s’abstenir pour ne pas subir les foudres de la justice. Les responsables politiques et médicaux ont parfaitement intégré cette donnée. Cependant ils l’ont intégré pour eux-mêmes, candidats aux procès, et pas forcément pour les administrés qui doivent se soumettre à leurs directives quoi qu’il leur en coûte et pour lesquels l’analyse bénéfice-risque ne penche pas du obligatoirement même coté.

D’autres pays, pas embarrassés par cette contrainte, ont pu gérer différemment le problème avec des résultats qui nous font rougir.

Principe de précaution judiciarisé pour les uns, risque économique vital pour les autres, risque de faillite des finances publiques pour tous. L’analyse bénéfice-risque dépend donc du point de vue, d’autant que les uns ordonnent et les autres subissent sans pouvoir en avoir la maitrise.

On voit donc qu’il faut se diriger vers un principe qui puisse gérer ces deux points de vue : ce sera le principe de responsabilité qui permet à chacun de s’orienter dans cette contradiction. Cette responsabilité ne peut cependant être effective qu’à la condition de révoquer le principe de précaution, outil de condamnation systématique empêchant toute prise de risque. La justice se trouve pieds et poings liés par ce principe retors qui oblige à condamner. C’est ainsi que les juges de Lyon ont pu condamner le Glyphosate, non pas au nom de la science (je dirais même au mépris de la science), mais au nom du principe de précaution. Ils y étaient contraints. Le conseil d’état n’a pas fait autre chose en condamnant la France pour manquement aux obligations « climatiques ».

Aujourd’hui nos politiques et scientifiques se sont mis à l’abri de toute attaque judiciaire en s’appuyant sur ce principe au maximum, « quoiqu’il en coûte ». Il empêche toute analyse fine du bénéfice-risque et toute prise de responsabilité en connaissance de cause. Il provoque l’irresponsabiblité par l’inaction.

Il n’est cependant pas question de supprimer toute prudence dans la prise de risque. Mais autant le principe de précaution condamne systématiquement, même face à un risque non maîtrisable, autant, notion différente, la prudence s’exerce avec responsabilité face à un risque connu et évalué. Un risque raisonnable peut alors être pris et être appliqué avec finesse et discernement, ce qui dans l’exemple qui nous occupe aurait pu permettre de limiter la casse. Au lieu de cela les situations absurdes et autoritaires se sont multipliées.

Les responsables, pris dans cet étau, ont donc préféré se rendre inattaquables !

Car on peut même pousser le raisonnement plus loin en considérant que le bénéfice peut aussi se trouver dans le risque lui-même. Quel est l’investisseur qui n’intègre pas dans sa recherche de bénéfice le risque lui-même en sachant bien que plus le risque pris est grand, plus le bénéfice produit peut être augmenté ? 

Dès lors le risque et le bénéfice ne s’opposent plus, bien au contraire, ils se combinent dans une évaluation sérieuse… mais le principe constitutionnel de précaution s’oppose aux deux, tant au risque qu’au bénéfice ! La précaution en arrive à être dangereuse et, inversement la balance raisonnable bénéfice-risque sera toujours utile, le risque étant alors envisagé comme porteur de bénéfice.

Il serait sage de modifier la constitution en supprimant ce principe nocif, prétexte à tous les renoncements.

14 réflexions au sujet de « Benefice risque »

  1. Syndrome du ‘sang contaminé’, + principe de précaution.
    Pour ce dernier, je fais le parallèle avec la difference entre pudeur et pudibonderie..
    Le PP est indéniablement dans la catégorie ‘pudibonderie’, ou ‘cachez ce sein que je ne saurai voir’.

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  2. J’admire votre calme et votre pondération dans les termes de votre article et votre analyse du principe de précaution !
    Personnellement, je n’arrive plus à me contenir devant les circonvolutions gouvernementales, scientifiques et médicales françaises et je pète les plombs…

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  3. La sottise, ou le principe de précaution, tue:

    La France fait seulement comme la moitié irrationnelle de l’Europe (environ 250 millions d’habitants): entre 600 et 900 décès par millions d’habitants
    L’autre moitié de l’Europe (environ 250 millions d’habitants) grâce à son comportement moins irrationnel, reste proche de la moyenne mondiale : 200 décès par millions d’habitants soit 3 fois moins.

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  4. Ne jamais oublier que si une action présente des risques, la non action en présente aussi et ils peuvent être bien plus importants. En particulier refuser de s’exposer à tout risque de contagion revient à s’enfermer dans une cave stérile et à mourir de faim quand les provisions sont épuisées.

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  5. J essaye toujours d expliquer que la prise en compte du risque doit faire état de son impact et de sa probabilité. Pour la plupart des journalistes et politiques incultes, le risque doit etre éliminé. ce n est pas le cas dans la vraie vie, notamment des entreprises, ou un risque doit etre traité par attenuation, elimination, acceptance etc selon des critéres de prioritisation et en consequence de l impact et de la probabilité.

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  6. Encore bravo pour cette analyse pleine de recul et de sagesse.
    Je trouve par contre assez naïve, pardonnez moi cette méchanceté, votre proposition de retirer le principe de précaution de la constitution où il n’a effectivement rien à y faire.
    Dynamiter le principe de précaution de là où il s’est enkysté ? mais vous n’y pensez pas ! les députés favorables à sa disparition s’y cassent déjà les dents.
    Le regretté Guy Carcassone s’était déjà alarmé de cette modification dangereuse de notre texte fondateur de la Ve République.

    Ce qui nous pend au nez, c’est bien au contraire l’ajout à la constitution d’éléments supplémentaires de politique de défense du climat.
    C’est une marche supplémentaire vers une dictature verte que l’on nous propose.

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    • @Murps , on se connait et on est sur la même longueur d’onde , mais là votre message me semble être brouillé par des problèmes de transmissions , d’ondes de fibre ….??
      Affirmer dans la même phrase «  » » » Je trouve par contre assez naïve, pardonnez moi cette méchanceté, votre proposition de retirer le principe de précaution de la constitution où il n’a effectivement rien à y faire. » » » » »je ne comprends pas bien
      De même pour la suite de votre message , sachant que vous êtes un climato sceptique convaincu , je ne vois pas ce que le principe de précaution et le fait de supprimer le nucléaire et les fossiles et les remplacer par des éoliennes , permettrait de sauver le climat
      Juste pour vous titiller un peu
      Fritz

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      • Saperlipopette, vous me faites marcher ?
        Vous savez bien que les « variations climatiques » sont le cadet de mes soucis.
        A moins que je ne me soit mal exprimé.

        Je raillais la candeur de M. Catier qui suggère de retirer le principe de précaution de la constitution, comme si c’était facile et dans l’air du temps.

        Je pense que justement c’est le contraire qui risque d’arriver : certains parlent d’ajouter la lutte contre les moulins à v contre le changement climatique dans ladite constitution, alors dégager le principe de précaution, vous pensez !

        Par contre, concernant le nucléaire et tout ça, je ne me rappelle pas avoir dit quoi que ce soit à ce sujet dans le post précédent… Vous êtes sûr que c’est moi ou d’être sur le bon forum ?? 😉

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  7. Comme on ne peut pas discuter sur le site ci-dessous
    https://www.climato-realistes.fr/la-reduction-des-emissions-due-au-confinement-naura-aucun-effet-significatif-sur-la-concentration-de-co2-dans-latmosphere/
    je mets mon commentaire ici :
    Je suis profondément déçu par l’article de l’Association des Climato- Réalistes
    La réduction des émissions due au confinement n’aura aucun effet significatif sur la concentration de CO2 dans l’atmosphère
    qui affirme que « « « Si même les réductions drastiques des activités humaines occasionnées par la pandémie n’ont servi à rien, quel monde de misère et de privation faudrait-il mettre en place pour satisfaire les alarmistes du climat ? » » » » citation reprise d’un communiqué de l’OMM
    alors que la réponse est donnée dans la phrase précédente « « « le ralentissement occasionné de la hausse du CO2 restera, selon les propres termes du communiqué, « largement inférieur à la variabilité naturelle inter-annuelle » » » »
    Eh oui , les années passent et ne se ressemblent pas ; on a émis moins de CO2 cette année , mais vu la variabilité naturelle inter-annuelle , cette année la végétation et les sols ont fixé moins de CO2 : conclusion , on continue comme avant
    Est-ce que les climato réalistes pourraient nous expliquer quel est le réservoir de Carbone qui a fait doubler la teneur atmosphérique en CO2 depuis le début de l’ère industrielle ?

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  8. Bonjour, Philippe nous gratifie encore d’un superbe billet. Tout est dit, nous vivons dans un monde aseptisé et qui le sera encore plus à cause des communistes travestis en dictateurs verts. Tout ça est le signe de la fin de notre civilisation. Souvenons-nous de la citation de Benjamin Franklin: « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté, pour un peu de sécurité, ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux. » D’où le 2 ème amendement en autres. Toutes le civilisations se créent avec et par des pionniers, puis il faut créer des règles, de plus en plus de règle, puis administrer, administrer de plus en plus, puis interdire, interdire de plus en plus, puis faire attention, faire de plus en plus attention, avoir peur, avoir de plus en plus peur et enfin vain la chute inéluctable. Ce n’est pas forcement le genre le plus perfectionné qui survit, mais celui qui s’adapte et qui est parfois plus rustre. C’est le sens de l’histoire et ce, depuis la création de l’humanité. Question: Pourquoi ne fait-on pas des ministres comme Philippe ? Merci. Bien à vous. JR

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  9. Je note cette affirmation de notre Macron national => « je le dis clairement, le vaccin covid ne sera pas obligatoire ! »
    Alors voilà exactement le truc auquel je ne crois plus !
    Et je pense même qu’il l’annonce sciemment, justement pour le rendre obligatoire à terme….
    Verra bien qui verra ?!?

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    • Bonjour Jopechacabri, probable, tout ce qui sort de la bouche de ce jeune individu diabolique sonne tellement faux, que cela en devient indécent vis-à-vis du respect de la fonction présidentielle, pour les Français et pour la France qu’il hypothèque sur l’autel des mondialistes-réchauffistes-carbonistes. Merci. Bien à vous. JR

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  10. Merci Philippe pour ce billet. Le principe de précaution est effectivement pour beaucoup dans la surréaction gouvernementale.Mais il ne suffit pas à expliquer pourquoi l’opinion suit aussi largement, redemande majoritairement des mesures coercitives, s’inquiète d’un déconfinement trop rapide, etc. Il y va de quelque chose de plus profond, qui est notre relation à la mort. Et on voit que ça transcende tous les clivages politiques et sociaux. Aujourd’hui, si vous ne mourrez pas à 100 ans comme Daniel Cordier, votre décès est prématuré… Laisser courir un virus susceptible de tuer en gros un millième de la population, en grande partie parmi ceux en fin de vie, n’est pas considéré comme acceptable. On préfère empêcher les 999 autres millièmes de vivre normalement…
    On pourrait bien sûr envisager une autre application du principe de précaution, qui serait de prendre en compte les dégâts sociaux et même sanitaires du confinement, qui eux pour le coup sont certains, alors que ses effets positifs ne le sont pas. Après tout, nos gouvernants pourraient aussi être poursuivis pour cela, par ceux qui vont tomber dans la misère, la dépression, les proches de ceux qui vont se suicider, etc.
    Le plus inquiétant, c’est le précédent que cela crée pour la question climatique. Jusqu’à maintenant,, je me disais, les gouvernants fonts de beaux discours, ratifient des accords COP qui n’engagent que ceux qui y croient, etc., mais ils n’oseront pas saccager nos économies pour les respecter. Quand on voit ce qu’ils sont en train de faire au nom de projections délirantes sur la mortalité de ce virus (comment est-il possible que Macron puisse intervenir hier soir sans avoir à s’expliquer sur les 400 000 morts qu’il avait annoncés lors de sa précédente intervention si l’on ne prenait pas de mesure, alors que la vague était déjà en train de commencer à refluer), on peut s’inquiéter de la manière dont ils vont prendre en compte les projections climatiques… Maintenant en plus que la justice administrative les prend au mot… on peut avoir une lecture optimiste de la décision du Conseil d’Etat et se dire que dorénavant les gouvernants y réfléchiront à deux fois avant de prendre de engagements intenables, mais on peut aussi craindre que, avec la passivité des opinions publiques face à la destruction de nos économies avec le Covid, ils puissent se permettre de continuer sur leur lancée… Vous avez aimé la décroissance covidienne, vous aimerez la décroissance climatique !

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