Energie : « Statistical review of world energy » en images (2)

Par MD

1/ Introduction
Dans un premier article, on avait commencé à donner quelques illustrations de la base de données Statistical review of world energy publiée annuellement par BP et dont la nouvelle édition vient d’être mise en ligne. Cet article était consacré à la consommation d’énergie primaire, ainsi qu’aux émissions correspondantes de dioxyde de carbone (CO2). On s’intéresse maintenant à quelques aspects de la production d’énergie, en s’appuyant sur ce même document.
Les productions d’énergies sont exprimées, soit en unités massiques et volumiques traditionnelles, soit en exajoules (EJ ou 1018 joules), unité énergétique qui a supplanté la tonne-équivalent pétrole (tep), soit en térawatts-heures (TWh) pour la production d’électricité.

2/ Production d’énergie.
Au niveau mondial, la production annuelle d’énergie est à peu près égale à la consommation, à quelques écarts statistiques près. Il en va de même de la répartition entre les différentes sources d’énergie.image001Et en pourcentages de la production mondiale.image002On distingue classiquement les énergies dites « fossiles » (pétrole, charbon et gaz naturel) dont la combustion émet du dioxyde de carbone (CO2) et les autres énergies « non fossiles » : celles qualifiées de « renouvelables » (hydraulique, éolien, biomasse et solaire), et le nucléaire.

3/ Énergies fossiles : production.
Voici comment se répartit la production des énergies fossiles entre les sept grandes entités géographiques de la base BP (dans la terminologie BP, la C.E.I. ou « Communauté des états indépendants » correspond à peu près à l’ancienne URSS ; l’« Europe » englobe notamment la Turquie et l’Ukraine).image001

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4/ Énergies fossiles : échanges internationaux.
Le graphique suivant montre que les productions et les consommations au niveau des grandes entités géographiques sont généralement déséquilibrées.image006Il en va de même au niveau des états, sauf rares exceptions.image001

Il résulte de ces disparités que les énergies fossiles donnent lieu à des échanges internationaux considérables. Ces échanges contribuent à l’interdépendance économique entre les états et constituent des enjeux géostratégiques majeurs, voire des sources de conflits. Les tableaux suivants donnent une idée des principaux volumes échangés durant l’année 2019 (les unités utilisées par BP sont disparates, elles ont été laissées telles quelles).

Pétrole brut (exprimés en millions de tonnes ; pour les convertir en exajoules, multiplier les chiffres du tableau par 0,043).image008Les échanges internationaux totalisent 2 200 millions de tonnes sur une production mondiale de 4 500 millions de tonnes, soit 49% de la production.

Gaz naturel (exprimés en milliards de mètres cubes (Gm3) ; pour les convertir en exajoules, multiplier les chiffres du tableau par 0,036).
-Transporté par gazoduc entre des états limitrophes ou voisins :image009-Transporté par navires méthaniers pour les échanges intercontinentaux :image010Les échanges internationaux totalisent 1 260 milliards de mètres cubes (dont 800 par gazoduc et 460 par méthaniers) sur une production mondiale de 4 000 Gm3, soit 32% de la production.

Charbon (exprimés en exajoules (EJ) ; pour les convertir en millions de tonnes, diviser les chiffres du tableau par 0,021).image011Les échanges internationaux totalisent 35 exajoules (1 600 millions de tonnes), sur une production mondiale de 170 EJ (8 100 Mt), soit 20% de la production.

Tous produits fossiles additionnés, exprimés en valeur énergétique, les échanges internationaux représentent 34% de la production en 2019.

5/ Autres énergies et électricité.
Les énergies « non-fossiles » sont en quasi-totalité utilisées pour la production d’électricité. Comme celle-ci n’est ni stockable à grande échelle ni transportable à très longues distances, elle est le plus souvent consommée sur place, parfois échangée entre pays limitrophes grâce à des réseaux d’interconnexion : c’est notamment le cas en Europe. Mais il n’y a pas de marché intercontinental de l’électricité.
Sur le même modèle que précédemment, voici les graphiques d’évolution de la production électrique par types de sources, respectivement en TWh et en pourcentages de la production totale.image012image013Le phénomène marquant de cette période et surtout de la dernière décennie est évidemment le recours accru aux énergies intermittentes (éolien et solaire), qui étaient inexistantes en 1990 et représentent 8% de la production électrique en 2019. On peut comparer le « mélange électrique » de 1990, année de référence, avec celui de 2019, sachant que la production électrique a été multipliée par 2,25 dans l’intervalle. On sera peut-être surpris de constater que la part du charbon dans le mélange électrique est restée pratiquement identique. Le pétrole a été largement supplanté par le gaz naturel. En définitive, en pourcentages, les parts des énergies intermittentes et de la biomasse ont surtout été conquises au détriment du nucléaire et non à celui des énergies fossiles. image014image015

6/ Conclusions.
On reviendra dans un troisième et dernier article sur quelques autres enseignements que l’on peut tirer de ce document de référence, notamment sur la question des ressources et des prix. Cela étant, on ne saurait trop recommander de se reporter le plus souvent possible à cette base de données aisément et gratuitement accessible, sur laquelle on peut travailler sans restriction. Les séries remontent à 1965 pour la plupart et ne comportent que de rares révisions (sauf parfois marginalement pour les deux ou trois dernière années). Tous ces chiffres retracent des évolutions historiques dont la robustesse évidente devrait prémunir contre les pronostics hasardeux et les aspirations illusoires. Natura non facit saltum.

 

6 réflexions au sujet de « Energie : « Statistical review of world energy » en images (2) »

  1. Et comme l’assénait Corinne Lepage, il y a dèjà quelques années, « le solaire fournit plus de 10% de la production d’énergie (électrique ? pas sur dans sa tête)au niveau mondial ».
    juste un petit écart de plusieurs ordres de grandeur.
    Je ne sais plus si notre marie-Ségolène n’avait pas repris le même chiffre également ?

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  2. Tres intéressant merci. On peut profiter de cette étude pour marteler que les Etats Unis consomment plus de petrole qu’ils n’en produisent contrairement a ce que nous dit la propagande permanente des main stream. Ce mensonge est donc important pour eux. On note aussi que l’Inde était le pays dont les importations de petrole augmentaient le plus vite juste avant le confinement et on verra ce qu’il en sera après son confinement également.
    Dans ma vision du Monde, Pétrole, climat, virus et confinement sont intimement lies et cet angle de vue me permet d’expliquer un grand nombre de choses qui paraissent absurdes et déconnectés les unes des autres sans cela. J’incite les lecteurs a réfléchir dans ce sens meme si ce n’est pas du tout leur conviction. ils feront nombre de découvertes intéressantes.

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  3. « Cela étant, on ne saurait trop recommander de se reporter le plus souvent possible à cette base de données aisément et gratuitement accessible, sur laquelle on peut travailler sans restriction. »
    La phrase est amusante.
    Vous pensez que les ministres et les membres du conseil Machin Climat l’ont lu ???
    Ils s’en fichent complètement car les faits ne pénètrent pas dans un esprit habité par une croyance religieuse.

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  4. l’inertie du système est impressionnante… toutes ces COP depuis 1990 pour passer d’une part du charbon de 37,3% à 36,4 % en 2019 dans une production mondiale d’électricité plus que doublée dans l’intervalle,soit une augmentation de 120 % de la production d’origine charbonnière… à leur place j’en serais totalement déprimé… certes, l’éolien est passé de 0 à 5,3 % dans l’intervalle, mais son intermittence n’a pas été du tout résolue… et il ne s’agit que de la production d’électricité, quand on prend la consommation globale d’énergie, c’est encore plus marginal…
    quand on pense que tous nos braves écolos nous expliquent doctement que les dix ans qui viennent vont être décisifs pour sauver la planète, on rigole… quand bien même, ils imposeraient, à un prix très lourd socialement, une décarbonisation radicale de la France d’ici 2030, on voit bien, qu’avec moins de 1 % des émissions mondiales de CO2, combien cela ne pèsera rien… surtout que des pays comme la Chine ne sont pas engagés à baisser leurs émissions avant 2030…ça me laisse quelques espoirs donc de pouvoir vérifier de mon vivant si nos climatologues giecistes avaient raison et si vraiment on cuit sur la planète dans les années 2030 ou 2040 !
    la seule chose qui peut aller assez vite, c’est de débrancher des centrales nucléaires du réseau, comme on vient de le faire absurdement pour Fessenheim, sans même attendre que l’EPR de Flamanville soit connecté, et d’ici là on va brûler du gaz et du charbon pour compenser !
    la fragilité du système actuel, c’est simplement la concentration de la production de charbon, pétrole et gaz dans quelques pays… si des gouvernements écologistes arrivaient comme dans nos grandes villes de bobos au pouvoir dans les prochaines années aux USA, en Russie, en Chine, en Arabie Saoudite, en Australie, en Indonésie, et coupaient les vannes,hypothèse vous m’accorderez très vraisemblable !, on pourrait avoir de forts changements…
    l’autre chose que je mesure mal, c’est l’impact de la finance verte… les banques vont être de plus en plus harcelées quand elles contribuent à des investissements dans le fossile… ça va sûrement affecter Total ou Engie, j’ai plus de doutes sur l’impact sur les autres majors, et a fortiori sur l’exploitation du charbon en Chine ou du pétrole en Arabie Saoudite… a priori, la logique infernale du capitalisme, c’est que si certains renoncent à investir dans une branche, les investissements en deviennent d’autant plus intéressants pour les autres…

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    • Hélas, je crois que vous avez raison. Les discours officiels rappellent sans cesse l’urgence d’une pseudo transition décarbonée. Mais dans la réalité, l’immense majorité de production et d’utilisation d’énergie continue exactement sur les mêmes bases fossiles. En effet le capitalisme n’a pas vraiment d’état d’âme. Tant de pays, et les plus peuplés, dépendent du pétrole, du gaz et du charbon qu’ils continueront à les utiliser, quelles que soient les conséquences. C’est compréhensible, les besoins vitaux sont prioritaires, le reste reste pour beaucoup lointain, et même hypothétique, car il est difficile d’imaginer les conséquences à moyen et long terme. Certains décideurs se disent qu’ils ne seront plus là en 2070, et donc que jusque-là ,on peut continuer à « profiter » de la manne. Comme pour les dettes , ils donneront ça en héritage à leurs petits-enfants.

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