Le Confin’air

Par MD

1/ Introduction.

Le confinement imposé par le gouvernement pour ralentir la propagation du Coronavirus a entraîné une chute de l’activité et des déplacements, et notamment une diminution considérable de la circulation automobile. Il a pris effet le mardi 17 mars 2020. Cette expérience en vraie grandeur d’une durée de cinq semaines donne l’occasion d’examiner en détail quelles ont été les conséquences sur la qualité de l’air en Ile-de-France.

Les données utilisées dans l’article proviennent d’Airparif.

2/ Rappel succinct de la réglementation.

L’évolution des textes en la matière avait été abordée dans un article de 2018. Cette réglementation n’a guère évolué depuis lors. Elle se limite en pratique à trois produits polluants : les particules fines dites PM10, l’Ozone O3 et le dioxyde d’azote NO2 (le dioxyde de soufre SO2 et le monoxyde de carbone CO ont pratiquement disparu et ne sont presque plus mesurés).

L’information du public revêt deux aspects principaux :
Un indice journalier synthétique de qualité de l’air « Atmo », maintenant supplanté par l’indice européen « Citeair ». Le mode de calcul de cet indice est détaillé ici et ici. On notera que cet indice n’est pas une pondération entre les niveaux respectifs des trois polluants, mais qu’il ne retient que le plus défavorable des trois sous-indices.
Une procédure occasionnelle d’« information » et d’« alerte » en cas d’épisodes de pollution. L’historique montre qu’en trois ans (depuis avril 2017), il y a eu en Ile-de-France un seul épisode d’« alerte », dû à l’Ozone (24 juillet 2019). Il y a eu 24 épisodes d’« information » dus à l’Ozone, 16 dus aux PM10 et un seul dû au NO2 (26 juillet 2018). Par conséquent, dans les épisodes réputés critiques, le NO2 ne figure pratiquement plus.

3/ Séries temporelles de concentrations journalières.

Les graphiques suivants ont été établis pour la période du lundi 6 janvier au dimanche 19 avril 2020, soient 15 semaines d’observations dont 5 en période de confinement. On distingue les trois types de stations de mesure : « trafic » en bordures de voies ou d’autoroutes urbaines, « fond » au sein de l’agglomération parisienne (Paris et banlieues), « rural » en zones non urbanisées. Les concentrations journalières sont les moyennes des concentrations horaires sur les 24 heures.

Particules PM10.
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Dioxyde d’azote NO2.
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Ozone O3 (pas de station trafic).
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Stations de fond. On peut aussi superposer les courbes d’évolution des trois polluants pour les stations de fond, c’est-à-dire là où demeurent et travaillent les Franciliens.
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On constate une sorte de symétrie imparfaite entre les niveaux respectifs de NO2 et d’Ozone, explicable par le fait que le polluant primaire émis par les véhicules est surtout le monoxyde d’azote NO, rapidement oxydé par l’ozone O3 pour donner du dioxyde d’azote NO2.

4/ Série temporelle de concentrations horaires.

Comme pour le graphique précédent, on se limitera aux stations de fond, et ceci sur la période de dix semaines symétrique par rapport au début du confinement.
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5/ Indice Citeair.

Voici enfin le graphique de l’indice Citeair depuis le 6 janvier 2020. Les graduations verticales correspondent aux limites des définitions de niveaux de pollution (rappelées en légende).

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6/ Premières impressions.

Au vu de ces quelques représentations graphiques, il paraît difficile de conclure.

D’une façon générale, on peut observer la très grande variabilité des concentrations de polluants, à tous les niveaux temporels : horaire, journalier, hebdomadaire et saisonnier. Ce qui suggère que les conditions météorologiques : températures, régime des vents, précipitations et ensoleillement doivent jouer un rôle au moins aussi important que les activités quotidiennes et notamment la circulation automobile.

Les effets du confinement ne sont pas manifestes. La concentration en dioxyde d’azote NO2 a diminué, mais en contrepartie celle de l’ozone O3 a augmenté ; bien entendu, les conditions d’ensoleillement qui règnent depuis ces dernières semaines y ont contribué. La concentration en particules PM10 a plutôt augmenté, et cette fois on peut en incriminer les aérosols naturels, poussières agricoles, pollens et transports de sables du Sahara. C’est d’autant plus fâcheux que les PM10 sont considérés comme l’ennemi principal en matière de santé publique.

L’influence de ces éléments extrinsèques ne ferait d’ailleurs que confirmer la remarque précédente sur leur importance par rapport à celle de la circulation routière.

Quant à la qualité de l’air selon la définition Citeair, elle se serait plutôt dégradée depuis le 16 mars, si l’on en juge par le dernier graphique, la cause principale étant la prépondérance du sous-indice d’ozone.

On laissera la question ouverte.

17 réflexions au sujet de « Le Confin’air »

  1. La ‘pollution de l’air’ dans les grandes villes européennes , en 2020, est principalement un mythe. Malheureusement, ce mythe est indiscutable pour la majorité des Européens.
    Les niveaux mesurés sont ridiculement bas et ne peuvent causer d’effets notables sur la santé. La ‘pollution de l’air’ des villes est désormais comparable à celle de la campagne.

    Je conseille la lecture de l’ouvrage de C. Gérondeau: « Oui vous pouvez acheter un Diesel » qui donne quelques repères chiffrés.

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    • Vous pourriez ajouter l’ouvrage : « L’air est pur à Paris… mais personne ne le sait » du même Christian Gerondeau (éditeur : « l’Artilleur » pour les deux ouvrages)

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  2. On laissera la question ouverte… La conclusion est plaisante alors que la réponse pique les yeux. Soit les mesures d’Airparif ne valent pas un kopek, soit l’activité humaine n’a aucun impact sur la dangerosité de l’air. Le « ou » n’est pas exclusif.
    Ce serait bien que des politiques mettent la question de l’utilité des ONG sur la table, ou plutôt de leur pouvoir de nuisance à la fois pour la science mais aussi pour la démocratie…

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  3. Vous voulez probablement dire que la réponse crève les yeux (c’est l’ozone qui pique les yeux à ce qu’on dit…) Vous voyez bien que j’ai eu raison de laisser la question ouverte, puisqu’elle vous permet d’entrer une réponse 🙂
    Cordialement
    Michel

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  4. Bonjour,

    Airparif ne serait pas-il pas une sorte de GIEC parisien ? Quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage.

    En tant que motard je me suis intéressé à la pollution due aux méchants deux-roues. Sur le site d’Airparif :  » Les deux-roues motorisés contribuent à hauteur de 48 % aux émissions du trafic routier, soit 7 % des émissions régionales de COVNM. » 48% !!

    Donc les capteurs détecte une pollution de moto par rapport à celle d’une voiture ? Je ne pense pas que ce soit possible. Airparif utilise certainement des données de parcs de véhicules.

    J’ai aussi pu lire (pas sur Airparif) que les hauts régimes des moteurs de moto entrainaient une pollution très supérieure à celle des autos. Or pour brûler un gramme d’essence il faut environ 14,5 grammes d’air (rapport stœchiométrique) et ce quel que soit le régime moteur. A consommation égale je ne vois donc pas comment un deux-roue polluerait plus. Par ailleurs, et c’est ce qui est essentiel, un motard moyen roule environ 3 000 km par an pour 15 000 en voiture.

    On retrouve cette ineptie dans le calcul de CO2 des véhicules thermiques. En effet la consommation de CO2 est rapporté au kilomètre donc c’est finalement la multiplication par la distance totale parcourue qui va décider du plus « polluant » ce que le CO2 n’est pas. Il y en a bien qui va inventer la clé kilométrique. Une fois le kilométrage annuel qu’on vous aura attribué, la voiture rentrera toute seule au garage ou bien vous devrez payer un supplément exorbitant.

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    • « c’est ce qui est essentiel, un motard moyen roule environ 3 000 km par an pour 15 000 en voiture. »
      C’est d’ailleurs un argument similaire qu’utilisait un vendeur de voiture de luxe: une Ferrari ne roule que 5000 kms par an, donc pollue moins qu’une Clio (diesel, soyons fou) faisant 40000 kms par an.
      J’imagine que Leonardo Di C. a du être séduit par cet argument massue.
      Salauds de prolos qui nous polluent notre planayte!

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  5. L’ozone pique les yeux, je confirme: quand j’ai vu les prix du Château Ausone (St Emilion), j’ai eu les yeux qui piquent; y manquent pas d’air…
    P.S. en ces temps troublés, il faut bien se détendre et cette détente, entre gens chaleureux qui échangent, n’est pas adiabatique (pour en revenir au climat)

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  6. Merci pour ces données.
    Je sais que ce n’est pas directement en lien avec le sujet, mais avez vous vu l’article des échos d’hier sur la sortie du HCC?
    La présidente annonce une réduction en France de 30% des émissions de CO2 depuis le début du confinement et ajoute: « Ce n’est pas suffisant pour tenir les engagements de la neutralité carbone d’ici 2050 » !!!!!
    A quel point faut il être idéologiquement endoctriné pour pouvoir sortir des phrases pareilles??? La personne est tellement étanche au réel qu’elle ne voit pas que l’objectif est factuellement inatteignable, non, elle veut qu’on en fasse plus.
    Mais au fait qu’est ce qu’on peut faire de plus qu’arrêter quasi totalement un pays? Étrangement elle ne le dit pas.

    Je suis ulcéré par le fait que ces gens qui sont des scientifiques soient devenus à ce point aveuglé par leurs idéologie qu’ils en viennent à ne plus être en mesure de questionner les objectifs à l’aune des faits.

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  7. On parle de 0,0001 gramme par m3 d’air aux maximums enregistrés!!!! How dare they…
    Il faudrait que ceux qui boivent de l’alcool et fument évitent d’utiliser ces courbes dans leur propagande: pour l’alcool, on arrive vite à 1 gramme par litre et pour les cigarettes, les quantités de substances nocives qu’elles relarguent doivent largement dépasser cette valeur. Pour ces deux catégories réunies, on compte plus de 100000 morts en France par an, valeur qui ne relève pas de modèles mathématiques fantaisistes.

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  8. Très intéressant, il faut montrer cela à Mme Hidalgo pour qui le confinement est une aubaine tombée du ciel à laquelle elle n’aurait jamais oser rêver, à part peut-être dans ses rêves les plus fous, et qu’elle compte évidemment mettre à profit pour imposer beaucoup plus vite qu’elle ne le pensait sa dictature verte anti-voitures.
    Cf. un extrait de ses propos dans le JDD du 19 avril dernier:

    Votre premier adjoint a laissé entendre que des artères parisiennes pourraient être transformées en pistes cyclables provisoires
    Des études ont montré que la pollution atmosphérique peut avoir un effet aggravant sur l’épidémie. Si, par crainte de la propagation du virus dans le métro, on repart sur une augmentation du trafic de voitures individuelles, on risque d’aggraver le mal ! C’est pourquoi j’envisage d’aménager provisoirement des axes au-dessus des lignes de métro les plus empruntées, pour que les gens qui se sentent davantage en sécurité à vélo puissent facilement circuler. Concrètement, nous voulons doubler les lignes 1, 4 et 13 par des réseaux vélo en surface, sur les mêmes trajets.

    Donc des rues réservées à la circulation des vélos ?
    Oui, temporairement. C’est de l’urbanisme tactique: il s’agit d’offrir une alternative aux usagers du métro qui ne soit pas la voiture, pour ne pas se retrouver avec plus de pollution. Ce serait catastrophique. Cela facilitera le retour des parisiens, mais aussi des habitants de banlieue, à leurs activités professionnelles.

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    •  » Des études ont montré que la pollution atmosphérique peut avoir un effet aggravant sur l’épidémie  »
      Réflexion venant de (Ane) Hidalgo, je me pose la question : est-ce vrai ?
      Sinon, effectivement, il vaut mieux propager le virus dans le Métro, que de rouler — en sécurité par rapport au virus — dans la voiture qui, elle, va polluer et aggraver l’effet sur l’épidémie !
      Ceci dit, la voiture augmente aussi les rejets de CO2, donc aggrave le climat ; et le fait de circuler en Métro, nous met à l’abri des désastres climatiques ! …… En attendant, le Métro propage le virus !
      Entre la peste et le choléra ……. !
      Climatiquement vôtre. JEAN

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  9. Je crois que la vrai conclusion à tirer, ce n’est pas que la pollution n’est due aux voitures, mais plus simplement que les outils déployés par airparif ne sont pas pertinents ni représentatifs…

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  10. Les particules fines à Paris ne viendraient-elles pas simplement des toits, des bâtiments en pierre, des chaussées, des trottoirs, surtout en cette période de soleil ? De plus, il n’y a plus de véhicules pour les disperser un peu.

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