L’homme diminué

par Philippe Catier.

Il y peu, dans un grand élan lyrique, le cœur des entreprises numériques majeures entonnait l’hymne à l’homme augmenté, multi centenaire ayant quasiment vaincu la mort. Du moins c’était l’orientation car on n’y était pas encore. Mais, intelligence artificielle aidant, on voyait poindre le bout idyllique de notre vallée de larmes : le transhumanisme projetait de défier les lois naturelles. 

Prométhée était revenu, descendant de l’Olympe avec le feu sacré.

Et tout à coup, un petit virus nous ramène à notre fragile condition. La mort que nos sociétés « post modernes » dissimulaient soigneusement par des euphémismes ou des regards obliques rapidement oubliés, faisait à nouveau une entrée fracassante, nous obligeant à la regarder en face. L’alignement des cercueils à Bergame frappait les esprits. L’hypertechnicité était battue en brèche par l’élément cellulaire le plus petit et le plus fondamental dont nous avions quasiment méprisé l’existence jusqu’à se démunir de toute protection.

Pour certains, donc, l’homme pouvait négliger, voire vaincre, la nature.

Il pouvait même se mettre au centre du maelstrom climatique en prétendant en régler la mécanique. Insensible à la puissance de la nature, du cosmos il se présentait comme le responsable de ses variations caloriques.

Quelle prétention !

Pour d’autres, qui « croyaient que la nature est bonne » comme le signifiait Jean de Kervasdoué, tout le mal venait de l’homme lui-même, de son emprise sur la planète, de ses technologies destructrices, de sa chimie toxique, en un mot de ses progrès. Rejetant dans un même élan les vaccins et les centrales nucléaires ils ne croyaient plus en l’humanité et prévoyaient la catastrophe. La encore l’Homme se met au centre du jeu, inconscient de sa petitesse réelle dans une nature hostile, victime prétendue de ses exploits technologiques honnis.

Deux visions erronées : 

L’Homme a sa place dans la nature et il doit rester à sa place. Elle est unique parce que lui seul a conscience de sa petitesse dans l’univers et qu’il n’y a pas d’autres créatures pour pouvoir agir sur la nature avec une telle puissance, tirée elle-même de la nature. 

Mais la mort le guette inexorablement et il n’y a pas lieu, philosophiquement et sociologiquement, de soudain s’en étonner comme d’un scandale à dénoncer, même si, sur le plan personnel c’est une tragédie. Comme le dit Montaigne : « on ne meurt pas parce qu’on est malade mais on meurt parce que l’on vit ».

Brutalement l’homme est diminué, descendu de son piédestal d’où il pensait sortir de la loi naturelle. Mais il reste malgré tout, par les moyens qu’il a mis en œuvre pour espérer une vie meilleure, par les technologies tellement décriées par les défaitistes, une créature admirable d’inventivité, d’adaptabilité, de résistance, de créativité.

Le pire serait de trop le décrier comme de trop l’encenser. À présent un peu diminué, peut-être sera-t-il un peu moins arrogant.

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5 réflexions au sujet de « L’homme diminué »

  1. cet homme n’existe pas …. il n’y a que 8 milliards d’instanciations actuelles et 80-100 milliards passées. Personne ne peut se mettre à la place de cet homme qui n’existe pas. Même si certains surdoués expriment bien ce que pensent des milliers ou millions d’autres, dès qu’il parle, d’autres centaines de millions rejettent sa vision et en proposent d’autres. Personne ne peut penser et a fortiori contrôler ce que donnera l’agitation des milliards d’instanciations. Ni empêcher que tôt ou tard, ici ou là bas, un chgt de rien du tout, comme sur un virus ou nos ancêtres qui en descendent déclenchent des sauts improbables hors de ce misérable et tellement imparfait ADN humain dont nous voyons les instanciations patauger actuellement comme dans le passé sur la plupart des problèmes rencontrés.

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  2. Ceux qui idolâtrent la nature généralement la connaissent fort mal, et l’excellent film « Délivrance », dont certains à l’époque ont judicieusement observé qu’il montrait que le retour à la nature pouvait aussi être un retour à la sauvagerie, démontait bien des illusions ! Mon enfance dans des fermes sans eau courante, ni chauffage, avec des chevaux, et non des tracteurs, les vaches traites à la main, le blé passé à la batteuse avec le grain monté dans les greniers à dos d’hommes par d’étroits escaliers, jamais de vacances, on trait les vaches tous les jours, et elle mangent du matin au soir. Si mes ancêtres avaient connu tout ce que une certaine « deep écology » pourfend aujourd’hui, ils l’auraient pris ! A eux le glyphosate si vous n’êtes pas cassé par l’usure des cartilages à 50 ans, à eux le tracteur qui vous permet de mettre bas l’ouvrage à 19h00 et non à minuit, vive l’électricité nucléaire bon marché qui alimente la pompe à vide de la machine à traire, et pas l’éolienne chaotique, vive la télésurveillance des animaux qui vont mettre bas, etc. En ces temps héroïques, pas de subventions de ceci ou cela, le ventre vide et rachitisme pour les enfants, les mauvaises années…

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    • C’est un terme aussi utilisé en informatique quand dans une mémoire on « plante le décors » où va se dérouler un programme, la mise en instance, en programmation objet. C’est comme la « distanciation sociale », beaucoup plus snob que la banale « distance sanitaire ! Qui trop rime avec « dispensaire », qui fait trop Jacques Tati genre.. J’ai cru que ça découlait de la présence de sociologues, d’anthropologues (Pourquoi pas un astrologue) dans le bestiaire des scientifiques macon-compatibles, eh ben non, c’est une traduction d’un anglicisme ! On se la pète avec McRon ! Comme jadis Jean Beaufret traduisit les fortes pensées de l’opaque Heidegger en un jargon imbittable, pour embobiner le bon peuple…

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  3. « plizzzz » ???? Quoitesse ?
    Ne polluez pas notre belle langue par du franglais.
    😉
    Sinon, rappelez vous « La guerre des Mondes » de Wells, ou les vilains martiens finissent terrassés par les virus terrestres.

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