Allons-nous mettre plein gaz?

par MD 

  1. Introduction.

Après le pétrole et le charbon, on s’intéresse maintenant à un combustible qui prend une importance croissante dans le mélange énergétique. En particulier la mise en exploitation massive des gaz de schiste, surtout aux Etats-Unis, a modifié significativement le marché mondial de l’énergie en une dizaine d’années.

Les chiffres qui suivent proviennent de Statistical Review of World Energy (BP, édition 2019).

  1. Utilisations du gaz.

On s’en tiendra aux utilisations énergétiques. Au niveau mondial en 2018, le gaz naturel occupe la troisième place dans l’énergie primaire, derrière le pétrole et le charbon.

image001

Et la seconde place dans la production électrique, loin derrière le charbon.

image002

  1. Production de gaz.

La présence de gaz naturel dans le sol semble avoir été connue depuis longtemps. Son utilisation en tant que source d’énergie ne remonte qu’aux années 1960, notamment en substitution des gaz manufacturés, En Europe, les gisements de Lacq et de Groningue n’ont été mis en exploitation qu’entre 1965 et 1970. Le graphique ci-dessous montre l’évolution de la production et de la consommation mondiales depuis 1960. Comme pour les autres sources d’énergies, les deux courbes sont presque confondues.

image003

La production a atteint environ 3 850 milliards de m3 en 2018. Le graphique suivant montre comment se répartit la production mondiale par grandes régions.

image004

Dix principaux pays producteurs assurent 70% de la production mondiale.

image005

Le reste de la production est assuré par des pays qui produisent chacun moins de 2% (dans l’ordre : Indonésie, Malaisie, Emirats Arabes Unis, Turkménistan, Egypte, Uzbekistan, Nigeria, Royaume-Uni, etc.). On voit que les gisements de gaz naturel sont répartis sur tous les continents. La production est en augmentation pratiquement partout dans le monde notamment grâce à l’exploitation de gaz de schiste. La seule exception est celle de l’Europe, dont la production décline en raison de l’épuisement progressif des gisements traditionnels. Quoique la production européenne soit devenue modeste, il parait intéressant de la détailler dans le graphique ci-dessous, car elle illustre dans une certaine mesure la notion de « pic gazier ». La production du Royaume-Uni est particulièrement représentative de l’allure « en cloche » avec un pic de production en 2000. Par contre, la production de la Norvège continue de progresser.

image006

  1. Consommation de gaz.

Le graphique ci-après montre la répartition des consommations entre grandes régions.

image007

La consommation de gaz est presque partout en croissance, à l’exception de celle de l’Europe (qui a d’ailleurs stabilisé sa consommation toutes énergies confondues).

Contrairement au pétrole, dont les deux tiers de la production sont l’objet d’échanges internationaux à longues distances, la grande majorité du gaz naturel est consommée dans les pays producteurs ou échangée par gazoducs avec des pays voisins ou proches. Les échanges intercontinentaux effectués par voie maritime ne représentent qu’environ 10% de la production. Les tableaux ci-après résument les principaux échanges extérieurs, respectivement par gazoduc et par navires méthaniers.

image008

image009

On voit notamment l’importance des échanges intra-européens et des importations de gaz russe. Les exportations des USA vers l’Europe, dont on parle beaucoup, restent modestes (4 milliards de m3).

  1. Production mondiale cumulée et réserves.

D’après diverses sources, on estime que la production cumulée de gaz naturel en 1960 était d’environ 4 000 milliards de m3. En partant de cette valeur, on peut tracer la courbe de production mondiale cumulée : fin 2018, environ 120 000 milliards de m3.

image010

La notion de réserves « prouvées » correspond aux réserves détectées et exploitables selon des technologies existantes ou en cours de mise au point. BP publie la série chronologique des réserves depuis 1980. En utilisant quelques valeurs complémentaires empruntées à d’autres sources et en interpolant entre ces valeurs, il est possible de reconstituer un historique des réserves prouvées en fins d’années.

image011

La répartition des réserves est figurée sur le graphique ci-dessous. Dix pays se partageraient 80% des réserves.

image012

L’addition des réserves prouvées et des volumes déjà produits donne la capacité totale ou ultime : fin 2018, on aurait ainsi 200 000 + 120 000 = 320 000 milliards de m3 de capacité totale supposée, dont le tiers aurait donc déjà été consommé.

On utilise souvent le ratio R/P, rapport entre réserves estimées en fin d’année et production de la même année. R/P représente donc la durée qui resterait à courir jusqu’à épuisement des réserves dans le cas – tout théorique évidemment – où la production se stabiliserait au niveau actuel. Voici la courbe des rapports R/P depuis 1960.

image013

Quoique les chiffres soient incertains, on peut considérer que le rapport R/P s’est établi à environ 55 ans depuis les années 1990 (la petite chute de 2018 s’explique par la forte augmentation de production cette année-là)

  1. Conclusions.

La production de gaz naturel a commencé de façon intensive il y a une cinquantaine d’années. Depuis lors, elle n’a cessé de progresser de façon régulière. Les réserves « prouvées » augmentent au fur et à mesure de la découverte de nouveaux champs et de la mise au point de nouvelles techniques d’extraction. Le rapport entre les réserves prouvées et les productions annuelles, exprimé en nombre d’années de « survie », oscille entre 50 et 60 ans depuis trente ans.

Le gaz naturel jouit de la faveur publique, pour différentes raisons dont sa commodité d’utilisation, son pouvoir calorifique élevé et ses faibles rejets de produits indésirables (inférieurs à ceux des autres énergies fossiles). Cette circonstance se traduit par une demande accrue et constitue une incitation puissante à la poursuite de la production et à la recherche de nouveaux gisements.

Il existe certes des régions privilégiées, mais les gisements gaziers sont relativement bien répartis sur toute la planète, et notamment dans des pays encore défavorisés qui ont besoin d’une énergie proche et abondante. Des zones entières restent encore à explorer. De nouvelles découvertes sont régulièrement annoncées, que ce soit au large des côtes ou au sein des massifs sédimentaires, même si dans ce domaine l’exagération initiale et les déceptions ne sont pas rares. Bref, la fin du gaz ne semble pas constituer une hypothèse de travail vraisemblable ni utile dans l’immédiat.

16 réflexions au sujet de « Allons-nous mettre plein gaz? »

  1. Quand vous achetez du gaz, votre compteur indique un volume, celui-ci est converti en kWh. A peu près 11 kWh pour un mètre cube. Une instance de ex Gaz de France dispose de « tours de contrôle » qui s’assurent que le mélange de différentes provenances conserve cette valeur énergétique. On vous facture une énergie, et non un volume (Titulaire d’un compteur télé-relevable, je m’amuse a regarder de temps à autres ma consommation anémique de 120 à 200 litres par jour…).

    Mais désormais on pousse dans les campagnes à la méthanisation des déjections fermières, dont le gaz peut produire de l’électricité, mais aussi être injecté sur le réseau gazier pour être mélangé au gaz naturel, et consommé comme tel. Je me pose la question de savoir à quel niveau sera vérifié cette génération décentrée, multiple quant à son pouvoir calorifique ! J’imagine un monde paysan matois connaissant la vieille technique du « mouillage du lait » ! La technique est déjà au point avec les bio-carburants, qui avec l’obligation que vous en achetez, vous vend du SP 5 ou SP10, de l’essence mélangé à une substance à moindre pouvoir énergétique, que vous achetez plus ou moins cher, mais avec le sentiment qu’on vous truande…

    Par ailleurs, jamais on ne totalise les victimes du gaz, les 4 ou 5 000 hospitalisations à l’année, les morts, les grands brûlés, les blastés, alors que les « morts ordinateurs », sur modèles informatiques, des « catastrophes nucléaires » nous sont survendus, Les noyés-broyés, par la gentille Gaya, et son ras de marée, étant assimilés, par osmose, dans un raccourci commode à des irradiés victimes de la folie des hommes… Il y a peu, dans le « Point », Jean de Kervasdoué relevait le grand nombre de « victimes » de Fukushima devaient leur sort funeste à avoir été chamboulés, par prudence, évacués dans la panique, d’où des traitement médicaux suspendus, du stress, fatals aux plus fragiles…

    Aimé par 1 personne

  2. 18/02/2020
    Ce mardi matin, une explosion s’est produite dans une maison à Arthès, à moins de 10 km d’Albi. C’est une bouteille de gaz qui a explosé. Le propriétaire est décédé.

    Publié le dimanche 16 février 2020 à 15h30 – Mis à jour le lundi 17 février 2020 à 09h16
    L’explosion a eu lieu alors que l’homme du couple cuisait des frites avec une cuisinière à gaz.
    Une explosion de gaz a eu lieu ce dimanche en début d’après-midi dans une habitation de la rue des Champs Stoné à Fosses-la-Ville.

    DRAGUIGNAN, VAR 10/02/2020 : Un appartement a été soufflé par une explosion, dimanche, avenue St-Hermentaire. La déflagration a été causée par une fuite de gaz. L’occupant des lieux a été évacué en direction de l’hôpital. Un sexagénaire a été blessé, dimanche aux environs de 10 heures, dans l’explosion de son appartement – sis résidence des Floralies 1 – consécutive à une fuite de gaz.

    BAKOU, 7 février (Xinhua) — Sept personnes ont été blessées vendredi lors de l’explosion d’un appartement au centre de Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, selon le service des situations d’urgence du pays.

    Five injured in Quetta gas blast
    SAMAA | Muhammad Atif Ali – Posted: Feb 2, 2020 | Last Updated: 2 weeks ago
    Five people were injured Sunday morning in a gas blast in Quetta.
    The blast occurred due to a gas leak in Moosa Colony, according to the police.
    The police say gas leaked into the house overnight and the explosion occurred early Sunday morning.

    Five killed in gas blast in Russian factory
    Source: Xinhua| 2020-01-31 19:37:33|Editor: xuxin
    MOSCOW, Jan. 31 (Xinhua) — Five people were killed and three others injured on Friday as a gas-air mixture went off in a factory in eastern Russia, the country’s Ministry of Emergency Situations said.

    Pérou, 24/01/2020 : quatre morts dans l’impressionnante explosion d’un camion transportant du gaz . La fuite de gaz s’est déclenchée après le passage d’un dos-d’âne sur un carrefour. Quatre personnes ont été tuées et des dizaines de blessés sont à déplorer.

    Seulement sur un mois, non exhaustif.
    Personne ne propose un moratoire sur l’exploitation du gaz ?
    C’est drôlement dangereux.

    J'aime

    • Evidemment.
      Mais regardez le nucléaire et… la biomasse.
      Mais ce n’est pas les mêmes morts.
      Le nucléaire a des coûts cachés et des « morts cachés latents prématurés ».

      J'aime

      • En Inde, au Kerala, en Iran, du côté de la mer Caspienne, au Brésil, sur certaines plages, règne une radioactivité naturelle infernale qui surpasse tout ce que les standards sécuritaires prescrivent d’éviter, et pourtant, des gens y vivent sans que l’on note une surmortalité radio-induite. Ce qui peut être expliqué par un phénomène appelé « hormesis » où une certaine accoutumance à la radioactivité finit par « blinder » les organismes. A Tchernobyl, les rongeurs prospèrent au sol dans les cendres radioactives accumulées, les oiseaux dans les arbres meurent, parfois. Mais il s’agit d’oiseaux migrateurs qui ne sont là que de passage, aussi ils prennent de plein fouet une radioactivité inaccoutumée et inconnue de leurs gènes. La Creuse est plus radioactive que la Bretagne, où pourtant les cancers pulmonaires y sont plus fréquents. Alors que le radon aurait sa large part dans cette pathologie.

        J'aime

      • à Christian Palud
        La radioactivité du Kerala ne mérite pas le qualificatif d’infernal. En fait la radioactivité n’est incontestablement dangereuse que lors d’un flash violent. Lorsqu’elle est délivrée en continu et avec un débit raisonnable (y compris ce que l’on trouve au Kerala) les dégâts qu’elle induit sont réparés au fur et à mesure tout comme les dégâts provoqués par un oxydant cellulaire ou une autre source de stress cellulaire. Cela explique que malgré les efforts faits par les épidémiologistes depuis près de 70 ans, on n’a rien trouvé de probant sur des irradiations autres que par flash (comme l’était Hiroshima) ou par une contamination interne très violente (les iodes radioactif pendant quelques jours autour de Tchernobyl ou encore les rejets directs en rivière/lac de déchets comme cela a été pratiqué en URSS).
        On oublie toujours que les organismes vivants se réparent en permanence. Cela explique notre longue durée de vie alors qu’un morceau de viande morte se dégrade très vite !
        Il est inutile de faire appel à un phénomène aussi contesté que l’hormesis.
        Quand au radon, je n’ai pas les dernier résultats mais il y a une dizaine d’année je ne suis plus le sujet depuis) on voyait tout au plus un léger effet combiné radon+tabac mais non radon seul. Ce qui pourrait s’expliquer par le fait que les radiations de contact (alpha et beta) ne peuvent pas traverser le mucus qui tapisse les bronches sauf si celles-ci sont déjà endommagées !
        Le risque de la radioactivité ne m’empêche donc pas de dormir (et j’ai d’ailleurs arpenté les terrains près de Tchernobyl et d’autres sites russes sans en avoir souffert !).

        J'aime

      • Certes mais les exemples qui pourraient calmer un peu les « gens » ne sont jamais évoqués, comme si pondérer le sentiment de trouille obligatoire tenaient du blasphème.

        Je me souviens aussi de ces cambrioleurs turcs qui ayant emporté un coffre-fort pour tenter de l’ouvrir ailleurs, s’acharnèrent des heures durant, et qui il s’ouvrit, furent bombardés des rayons émis par le contenu hautement radioactif de ce coffre volé dans un hôpital. Assommés par ce rayonnement, les secours les récupérèrent mal en point, et compte tenu des doses absorbées, on ne donnait pas cher de leur peau. Or, ils survécurent. Et on supposa que le temps passé à ouvrir le coffre, à rayonnement modéré du fait de sa fermeture, aurait préparé leur organisme pour le coup de bambou qui s’ensuivit à son ouverture. Les organises ne sont pas inertes.

        Aussi cette découverte en Corée du Sud d’un immeuble où l’on découvrit par hasard une radioactivité intense, on finit par constater que le ferraillage du béton armé rayonnait au-delà de toute limite. On en déduit un accident sidérurgique au moment de la fonte de l’acier, où des matières radioactives auraient été fondues avec. On se lança dans une étude épidémiologique pour voir si les habitants, depuis des années, n’avaient pas développé des pathologies en comparant avec d’autres immeubles semblables, mais radiologiquement neutres dans les parages, on constata que les « irradiés » étaient plutôt en meilleure forme ! De quoi relancer les cures irradiantes de Joachimsthal , en Tchéquie, comme du temps où madame Curie avait été propulsée comme l’inventrice d’une fontaine de jouvence, à son corps défendant…

        J'aime

  3. A Tchernobyl, les rongeurs prospèrent au sol dans les cendres radioactives accumulées, les oiseaux dans les arbres meurent, parfois

    Vous avez des infos à ce sujet ??
    Jamais entendu parler de piafs qui tombent tous rôtis des branches à Pripiat.
    Ca me surprendrait d’autant plus que la radioactivité s’accumule en « tâches de léopard », mais plutôt dans les points bas ou l’humidité s’accumule, pas dans les arbres…

    J'aime

    • Un documentaire, assez long, a été diffusé sur Arte il y a quelques années qui transgressait le catastrophisme irrémédiable généralement servi pour faire peur: Je crois bien que Télérama évita soigneusement d’en parler à ses lecteurs. Un biologiste américain qui avait dans une revue prestigieuse, à chaud, découvert à Tchernobyl une (Prévisible..) « mutation génétique » sur place revenait sur sa trouvaille: Un séquençage manuel opéré à l’époque l’avait induit en erreur, c’était artisanal. Revenu après avec des machines automatisées, il n’avait rien trouvé. Mais sa réfutation avait eu bien moins d’échos… Par ailleurs on montrait comment la répartition spatiale des gènes, et leur densité, par leurs différences selon les type d’arbres donnait des arbres ou bien « normaux », ou bien exubérants, hirsutes, au feuillage perturbé, bref monstrueux.

      J'aime

  4. Ping : Allons-nous mettre plein gaz? – Le blog A Lupus un regard hagard sur Lécocomics et ses finances

  5. Bonjour à tous,
    Par suite d’une erreur malencontreuse, mon premier camembert (mélange énergétique primaire) était faux : les parts respectives du charbon et du gaz étaient interverties. Dans le mix, le gaz occupe donc la troisième place et non la seconde.
    Le reste est bon.
    Moralité : même en mettant plein gaz, nous n’avons pas fini d’aller au charbon.
    Avec mes excuses
    Michel

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s