La carpe et le lapin

par Philippe Catier.

L’association des contraires est en général vouée à l’échec. Mais, comme en toutes circonstances il y a parfois des exceptions, soit par complémentarité bien acceptée en connaissance de cause, soit par dissimulation constante des problèmes ou naïveté d’un camp face aux intentions adverses.

La cohabitation, au sein de la nébuleuse climato intégriste, des Verts et du grand Capital est un exemple édifiant de ce phénomène que l’on rangera dans un premier temps dans les exceptions en attendant la chute vers la première et habituelle conclusion. Cette collusion étonnante dans un dessein contraire tient du mariage de la carpe et du lapin. Derrière l’apparente convergence de la lutte pour un monde meilleur se cachent des objectifs radicalement opposés.

Pour ce qui est des Verts il s’agit avant tout de déconstruire le système énergétique et consumériste qui soutend notre société occidentale. Le CO2 en est le cheval de Troie. Il sert de faire valoir à toute les revendications décroissantistes qui entendent ramener l’homme au contact fantasmé de la nature originelle, celle-ci étant considérée comme le paradis. Tout cela nous est martelé façon bourrage de crâne avec force appel à l’action pour ne pas subir les foudres de Greta Thunberg. C’est l’agitation du lapin, énervé par une idéologie qui peine à se concrétiser.

Mais alors quel rapport avec le Capital honni censé détruire la planète en puisant ses ressources naturelles et en augmentant sans vergogne le taux de CO2 réchauffeur. Nous sommes là en pleine contradiction apparente. Sans en avoir l’air, muette comme la carpe, l’industrie s’adapte à la situation en saisissant cette opportunité pour se développer. Ici, pas d’idéologie, mais la simple logique du marché sur le dos du consommateur. Ce marché sera bien sur entretenu par la diffusion de la peur sous toutes ses formes liées au climat (Risky Business Project)

Car il s’agit bien de nouveaux marchés dont on peut soupçonner la création un peu artificielle pour alimenter les investissements rentables. Ainsi, surfant sur le rejet du CO2 et sur la production de normes environnementales toujours plus exigeantes qu’elle ne néglige pas de soutenir, l’industrie assume les besoins créés pour la circonstance et développe son rendement. L’écologie devient alors le nouveau tremplin de ce que l’on appelle le « Capitalisme » qui n’est autre que l’assouvissement des besoins, naturels ou provoqués. Le désir mimétique cher à René Girard fait alors les reste en amplifiant ces besoins par un phénomène de mode.

Dès la nomination de Donald Trump qui avait d’emblée affiché son refus de se soumettre au protocole de Paris COP 21, 600 industriels américains avaient sorti une pétition en soutien avec ce protocole. Le ton était donné.

Les exemples de ce mariage de la carpe et du lapin ne manquent pas :

Nos deux compères s’accordent pour diminuer la consommation d’énergie dans le secteur immobilier. Le principe d’isolation satisfait la mouvance verte qui insiste pour transformer les constructions par la norme HQE. Belle aubaine pour les industriels tels Saint-Gobain et tous ceux qui font partie du « World Green Building Council » qui produisent les matériaux nécessaires ou les commercialisent. Tout à leur satisfaction légitime car ils pensent soutenir l’emploi, les Verts se rendent-ils compte qu’ils donnent du grain à moudre à leur pire ennemi capitaliste ?

Que dire de la voiture électrique prônée au nom de la lutte anti-pollution et éviter la taxe carbone. Qu’importe si l’analyse du bilan carbone n’est pas plus favorable que les autres véhicules si l’on tient compte du cycle de vie total, qu’importe si l’électricité a pour source le charbon, ce nouveau marché a tout pour plaire à l’industrie qui voit là une source d’activité destinée à renouveler le parc automobile en soumettant le consommateur au complexe du pollueur cher à l’écologisme. On attend, sans l’espérer, l’échec industriel et économique qui sera peut-être sauvé par de nouvelles taxes que l’installation de compteurs électriques intelligents pourra déterminer, car il faudra bien remplacer la taxe carbone.

Ah les éoliennes ! quel beau marché toujours produit par le vilain CO2 bien que parfaitement inutile en France. Les Verts en ont fait un cheval de bataille sans se rendre compte que, non seulement il faut importer ces matériaux polluants en extraction, fabrication, et recyclage, mais que leur bilan écologique est pour le coup effroyable : destruction des paysages, enfouissement de milliers de tonnes de béton, atteinte à la biodiversité aviaire, mortalité animale, gêne auditive et visuelle. Mais les sociétés installatrices se frottent les mains pendant que le consommateur trinque par le biais des taxes (CSPE) pour subventionner cette production intermittente donc polluante.

On pourrait continuer ainsi à loisir l’illustration de cette liaison dangereuse. 

En définitive, en fait de mariage il y en a un qui en a donné la bénédiction et qui tient la chandelle : c’est l’état. Tout produit nouveau est bon pour lui, toujours prêt à baptiser le rejeton en faisant couler les taxes. Pour ce faire, la production de normes est un moyen imparable comme l’ont toujours assuré les banquiers en conseillant leurs investisseurs. Tout norme ouvre un marché, et l’imagination verte n’en est pas avare.

Moyennant quoi le lapin s’agite et la carpe s’engraisse.

20 réflexions au sujet de « La carpe et le lapin »

  1. Pour ce qui est de la voiture électrique, on ne peut pas dire que nos constructeurs s’y soient mis de gaieté de cœur. Ils s’y mettent surtout car ils y sont contraints et forcés. Et vu que les batteries sont à 90% fabriquées en Asie, ils vont perdre une grosse part de leur valeur ajoutée qu’ils détiennent aujourd’hui sur le moteur à explosion. L’europe est train de trucider son industrie.

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  2. Quand la ville de Paris s’est mise dans l’idée de ressusciter les antiques tramways, un facétieux ingénieur des ponts et chaussées publia (Pour se moquer) dans Libération une estimation du coût énergétique, et d’émissions de CO2, de la seule métallurgie mise en oeuvre pour fondre les rails supportant ces engins. En gros, cela équivalait à 7 ans de consommation de pétrole qu’auraient émis des bus rendant le même service. On trouve sur Internet quelques reliefs de la fiesta qu’organisa la ville de Versailles, en 1957, pour fêter… La fin du tramway ! Le bus à pétrole étant vu à l’époque comme l’irruption de la modernité, Maurice Chevalier vînt, en cette honneur, pousser la chansonnette avenue de Paris ! Et pendant des années, faisant du deux roues dans la ville du roi Soleil, le jeu était de ne pas se casser la gueule sur les rails abandonnés, sortes de cicatrices ineffaçables. J’ai aussi connu le trolley à Brest, supprimé (Ah, les arcs électriques de bouclage des caténaires quand on levait le pont de Recouvrance !), puis est revenu le tramway, limace insupportable faisant de la circulation dans Brest un cauchemar: C’est fait exprès ! Le but n’est pas de transporter des « gens » mais de figer un foncier de dimension « stadesque » au détriment des voitures à pétrole ! Et surtout en limitant à 30 à l’heure la vitesse des autos, pour permettre aux poussifs tramways de les dépasser. Il s’est dit que la célèbre rue de Siam a vu son immobilier perdre de ses couleurs depuis qu’elle est piétonnière et « tramway-ïsée ». Les vastes appartements jadis prisés des grandes familles de militaires vibrent, désormais… J’ai le jadis souvenir d’une nuit infernale dans un hôtel de Prague, emmerdé toute la nuit par le passage de trams, bruit de fureur et gros flashes des pantographes dont l’éclat transformait la piaule en wagon de train fantôme !

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  3. Ce qui est marrant, c’est que les excellences s’imaginent que savoir faire des voitures « électriques » est flatteur et dénote de la haute qualité du savoir faire des ouvriers. Je possède une 308 Peugeot qui a été fabriquée en France, et un moteur à 3 cylindres sous le capot délivre 132 ch pour une modeste cylindrée de 1,1 litre. L’année passée on apprenait que cette production allait partir en Pologne, et que des voitures électriques seraient désormais assemblées dans cette usine. Cela peut passer, pour les novices, pour une « avancée » moderniste, mais cela reflète plutôt d’une perte de compétitivité des ouvriers français ! Monter et régler un moteur doté d’un turbo-compresseur qui tourne à 240 000 tr/Mn, ça demande un savoir autrement plus pointu (Les allemands en ont fait leur spécialité) que de brancher des connecteurs appairés, sans trop piger à quoi ça correspond; dans un moteur électrique, toute la sophistication est dans l’électronique de pilotage, qui sera fabriquée ailleurs, pensée ailleurs… Notre industrie « s’algérianise », et je me rappelle d’un prof d’électrotechnique, il y a quarante ans, qui notait que fondamentalement, sa discipline n’avait connu aucune découverte fulgurante depuis autant de temps, seule l’introduction de l’électronique de puissance avait amélioré le rendement des systèmes… De Ampère à Boucherot de grand noms français ont agrémenté l’histoire de l’électricité, imprègnent encore ce savoir, je crains que tout désormais se passe ailleurs.

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    • « toute la sophistication est dans l’électronique de pilotage,  »

      Oui et aussi (voire surtout) dans le logiciel. Pour certains analystes, toute la valeur de Tesla est dans ses logiciels…

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      • Ce qui est rigolo avec la Tesla, c’est que c’est une voiture de milliardaire qui fait redécouvrir la joie… De la panne ! 80 000 € pour rouler avec un œil sur les jauges énergétiques, avec un « réservoir » qui se rétrécit dès qu’il fait froid ! Une fois, j’en doublais une sur l’A86, entre la Croix de Berny et le Petit Clamart, ça monte un peu. Elle roulait à 85 km/h, c’est limité à 90, le conducteur prenait son temps. Empruntant la N118, j’arrive vers Meudon, en entame la descente vers le pont de Sèvres, une pente raide limitée à 70. A mi-pente, sur le viaduc de Brimborion, un avion me dépasse ! Ma Tesla à plein ballon qui attaque les virages de la descente à toute blinde ! Et je comprends: Voulant « recharger » ses batteries avant d’arriver sur le pont de Sèvres par freinage de récupération, il « emballe » la mécanique pour convertir l’énergie cinétique de son bolide ! Si faut faire ça avec une voiture aussi chère, merci bien… C’est du « pilotage » certes, mais bon.

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  4. Il est certain que parmi les industriels comme partout, il y a ceux qui imaginent, inventent, anticipent quitte à passer pour des loufoques sans aucune compétence en matière de rentabilité de production série, ni sagesse financière. Puis il y a ceux qui font le contraire, qui composent la grande majorité. Ceux-là n’inventent rien, ils produisent dans trop se soucier des signes avant avant-coureur, se moquant des loufoques et leur prévoyant des lendemains qui déchantent. Au mieux, on attendra qu’ils se plantent, au pire on sera toujours à temps de changer de cap, sans vergogne , si jamais on se trompe. On a quelques exemples dans l’automobile. Le vent tourne , et ce qui a été dit ou fait s’oublie vite quand on est obligé d’admettre et de suivre la tendance. Les jeux ne sont pas encore faits. Mais beaucoup ont compris ce qui est en train de se passer, et tentent de raccrocher les wagons. Mais les écolos n’ont pas grand chose à voir avec tout ça, eux aussi prennent le train en route.
    Bonne soirée

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  5. Il y a une autre association de la carpe et du lapin: celle des écolos avec la gauche, voir l’extrême gauche. En effet, l’histoire montre que l’environnement est ou a été massacré dans les pays communistes. C’est la richesse créée par l’activité économique qui permet de se donner les moyens de protéger l’environnement.

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  6. J’aime cette analyse et son expression. Fluide, sa lecture ne fait pas mal à la tête. L’auteur a su éviter le référence aux chiffres quand chacun les étale sans trop comprendre. Je rajouterai que pendant l’agitation du lapin et l’engraissement de la carpe, pendant que Verts et Capital nous taxent à nous saigner, les vrais moyens de production nucléaire de demain pour les besoins grandissant en électricité sont développés et construits par d’autres nations moins imbéciles que la notre. Et dire que nous avons tellement de compétence scientifiques en CO2 (qui savent de quoi ils parlent…c’est assez rare pour le souligner) tellement ignorées, méprisées par d’arrogants dirigeants, élus incultes et autres personnages trônant dans des postes à aucune valeur ajoutée, c’est à en pleurer au sens propre du terme. Avec les générations gavées à l’imbécillité climatique qui arrivent et qui vont gouverner, on peut dire sans trop se tromper que notre pays est foutu. L’engraissement de la carpe n’a pas d’inquiétudes à avoir.

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  7. Ping : La carpe et le lapin – Le blog A Lupus un regard hagard sur Lécocomics et ses finances

  8. Pour illustrer l’analyse de Philippe Catier :

    « Extinction Rebellion (XR) a été officiellement lancée le 31 octobre 2018. Le 2 novembre 2018, une vidéo a été téléchargée sur le compte YouTube d’Extinction Rebellion. La vidéo documente une session de formation organisée par Roger Hallam, cofondateur de XR : « Cela a été filmé lors de la formation des coordinateurs locaux d’Extinction Rebellion à Bristol. Roger Hallam explique la dynamique-clé de la construction d’un mouvement de masse, à partir d’un niveau de résilience personnelle jusqu’à la création d’un changement de système. » »

    Manipulation « clef en main », avec effet sur les élections canadiennes et européennes. D’autres choses ont depuis été écrits sur ces mouvements « spontanés » ici et là, XR ou d’autres.
    Et ce n’est pas un coup des russes ! A qui cela profite-t-il donc ?

    http://www.entelekheia.fr/2019/10/11/extinction-rebellion-dispense-une-formation-concue-pour-contourner-les-obstructionnistes-de-gauche/

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