Transition énergétique : la leçon Dupont de Ligonnès

par Bertrand Alliot (une chronique publiée dans Transitions & Énergies n°3, en kiosques).

L’un des enjeux de la transition énergétique est de trouver des solutions au renchérissement et à l’épuisement des ressources fossiles. Pour cette raison, il est raisonnable de penser que le système énergétique de demain, bien davantage qu’aujourd’hui, reposera sur des technologies bas-carbone. Puisqu’elle emprunte ce chemin déjà tout tracé, la prise en compte d’un risque climatique dans l’exercice de la planification peut donc sembler anodin. Il n’en est rien et la raison en est toute simple : elle rajoute une contrainte de temps. La transition doit se faire rapidement parce que nous serions dans le cadre d’une « urgence » et ce qui semblait réalisable sur le long terme devient un casse-tête sur le court terme. Le risque est alors que le planificateur se transforme en liquidateur, qu’il déconstruise trop rapidement un système bien rodé en étant incapable, dans le même temps, de lui substituer un système d’une efficacité équivalente. En réalité, à cause des multiples incertitudes qui entourent la question climatique, cette contrainte de temps est loin d’être justifiée.

Nous ne savons pas clairement par exemple, contrairement à ce qui est affirmé sans cesse, quelles seront les conséquences réelles des évolutions climatiques. Nous savons encore moins prédire les conséquences des politiques mises en œuvre et à quelle échéance elles produiront des effets. Le système climatique présente une certaine inertie ; il est aussi complexe et chaotique. En signant un texte intitulé « il n’y a pas d’urgence climatique, un groupe international de 700 scientifiques et professionnels est même venu récemment remettre en cause le fait que le CO2 d’origine anthropique soit responsable du réchauffement climatique ou soit un facteur de dérèglement dangereux pour l’avenir. Leur scepticisme ne porte pas sur les évolutions climatiques récentes dont ils reconnaissent la réalité, mais sur l’hypothèse « CO2 anthropique » dont ils contestent la solidité. Les modèles mathématiques, disent-ils par ailleurs, sont la plupart du temps défaillants et sont donc disqualifiés pour orienter les politiques publiques. Ils rappellent enfin, en accord avec le GIEC sur ce point, que le réchauffement constaté n’a pas produit d’augmentation de phénomènes météorologiques extrêmes… 

Que l’alarmiste climatique soit une baudruche destinée à se dégonfler est une possibilité. Nous aurons alors vécu ces longues années d’angoisse comme cette folle nuit d’octobre 2019 où Xavier Dupont de Ligonnès avait refait surface… L’emballement des médias fut spectaculaire et tint la France en haleine avant de s’éteindre brutalement. Depuis un certain temps, les médias redoutant le discrédit se vantaient pourtant de vérifier l’information. Devant l’Eternel, ils étaient même devenus des adeptes du « fast-checking ». En fait, pour saisir la genèse de ce sublime plantage, il suffit de comprendre que le désir d’audimat est venu prendre appui sur « des sources policières ». Celles-ci sont venues briser les chaînes qui retenaient l’envie irrépressible de sensationnel comme la cloche de la récréation libère l’enfant qui se morfond dans la classe. 

Il faut méditer cette histoire pour comprendre les ressorts contemporains du traitement médiatique. Dans l’affaire climatique, « de source scientifique » est équivalent au « de source policière » de l’affaire Dupont de Ligonnès. C’est le sigle « AB » sur la tranche de jambon : un ersatz de « fast-checké » venant certifié au consommateur pressé la qualité de l’information. Ce label bien commode ne fait pas dans la dentelle, il sépare le vrai du faux, le bien du mal, l’ami de l’ennemi, ce qui est bon « pour la planète » de ce qui est mauvais « pour la planète ». Il est devenu la nourriture essentielle de la paresse intellectuelle qui se répand du consommateur au citoyen, du citoyen au journaliste et du journaliste… à l’homme politique. Tous se prosternent devant « la source scientifique » comme s’il s’agissait de « la Science ». Or, discipline encore récente, la climatologie ne révèle aucune vérité, elle émet des hypothèses soumises à discussions et controverses comme le prouve l’intervention de ce groupe de scientifiques.

Les autorités en charge des politiques énergétiques devraient se méfier du chant des sirènes de l’apocalypse. Sous son influence, elles ont déjà investi massivement dans des énergies renouvelables intermittentes (éolien et solaire) pour des résultats insignifiants. Il s’agit maintenant de choisir et de le tenir le bon cap. Sur la route de la transition énergétique, qui veut aller loin ménage sa monture.

20 réflexions au sujet de « Transition énergétique : la leçon Dupont de Ligonnès »

  1. En effet, trop de business est en jeu. J’ai assisté mardi à la conférence IDDRI de retour de la COP25. La seule chose réjouissante était de voir les figures d’enterrement des gens au pupitre: Sébastien Treyer (directeur de l’IDDR), Lola Vallejo (IDDRI,quasi-bonne-soeur du climat), Pierre Cannet (« directeur du climat » au WWF -MDR-), Paul Watkinson (CNUCC, un Prix Nobel en quelque sorte). La salle était emplie de fidèles de l’église -la secte- anti-céhodeux adorateurs de Sainte Greta (des retraités et des étudiants « engagés » complètement embrigadés et surtout, très conscients de l’importance de leur engagement). Il ne manquait que l’encens bio et équitable et le tableau était complet…
    Ce qui est atterrant c’est que ce machin est payé par nos impôts pour tenir ou laisser tenir des propos tels que « il faudra modifier l’ADN des consommateurs pour qu’ils deviennent vertueux » (pas mal pour des bobos anti-OGM) sans aucune modération.
    Est-il possible de lancer une pétition pour fermer l’IDDRI et pour faire cesser les errements de Sciences-Po ?
    Ce qui serait pas mal, ce serait de trouver une tonalité pour tourner ces idiots en dérision. Le spectacle que ces gens donnent ressemble beaucoup à certaines AG ultra-gauchistes des années 70 (dont sont sans doute issus pas mal de participants).

    Anecdotiquement: Cannet du WWF regrette l’absence de politiques. Bizarre cette ONG WWF qui prétend gouverner. Il en est à sa 12ème COP aux frais de la princesse. Bravo à lui et aux miles qu’il a rassemblés pour ses vols intercontinentaux ! Il est content que l’on parle nature et biodiversité. Il se projette vers la COP 26 (sans doute pas assez loin car en Ecosse post-Brexit). Discours de curé très creux et « concerné ».

    En tous cas, courage à vous, chers amis, et surtout à ceux qui écrivent ici sous leur vrai nom car si d’aventure ces cinglés parvenaient au gouvernement, ils seraient jetés en prison.

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    • Je ne suis plus sur la liste de diffusion de l’IDDRI, sans raison apparente, et j’ai donc raté ça.
      J’avais eu le plaisir de voir leurs g*** défaites après la COPIE en Pologne, mais il n’y avait pas autant de « beau linge « , sur la scène et dans la salle.
      Cela dit, à force la plupart des conf de IDDRI ça devançait lassant et agaçant.

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      • Nous sommes tous deux « sur la liste » des contribuables qui financent cette officine et par conséquent en droit d’appeler M. Treyer à la modération, voire à demander à la tutelle (Science-Po ?) de cesser de la financer.
        Courage !

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  2. « l’envie irrépressible de sensationnel »
    À l’occasion des trente ans de la chute de Ceaucescu (le génie des Carpathes), France.inter a reparlé hier (9h40-10h) de l’emballement médiatique à propos du soit-disant « charnier de Timisoara ».
    Épisode tout sauf glorieux pour les médias…

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    • L’hystérie autour d’une annonce officielle des services de l’État comme quoi « le nuage de Tchernobyl se serait arrêté à la frontière » est du même tonneau : cette annonce officielle n’existe pas, n’a jamais existé.
      Elle est pourtant reprise à tous de bras dans toute la sphère mediaticopolitique et ce depuis des années, comme un mantra, comme une vérité intangible.

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      • Et pourtant, malgré effectivement les articles qui font mention que ceci n’a jamais existé, je reste persuadé du contraire. J’avais 16 ans à l’époque et je me rappelle parfaitement l’avoir entendu et mes parents et leurs amis en discuter ensuite.

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  3. Que les médias et leurs journalistes n’ayant pour la plupart qu’une formation politique ou économique soient à la recherche de sensationnel est vrai. Mais l’affaire de Dupont machin truc franchement tout le monde s’en moque. Qu’il y ait une exagération des risques ou des prédictions cataclysmiques pour sensibiliser le maximum de gens ,c’est probable. Mais dire que les modèles se sont plantés, ça ce n’est pas vrai ,depuis l’un des tous premiers de Hansen, les températures évoluent de manière très proche de ce qu’ils projetaient. Enfin pour ce qui est de l’urgence ou pas de decarboner notre mode de vie, je ne m’avancerais pas trop à ce sujet. Car si le big emballement se produit, il n’y aura pas de bouton OFF de sécurité !!! De plus, la limitation de GES (ou plutôt la compensation à mon humble avis) ne se fera pas en un jour, ni en une décennie. Donc y réfléchir rapidos ne me semble pas idiot.

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    • Parce que vous croyez que personne ne bosse réellement sur les questions d’énergie ? Belle intoxication réussie par le monde médiatique.
      Ce qui est contestable, c’est la panique entretenue qui amène à faire n’importe quoi, confondant agitation ‘(bilans carbone, plans régionaux, consultants hors de prix sur l’empreinte carbone et j’en passe) avec l’action, certes moins spectaculaire mais bigrement plus efficace (mon secteur industriel a baissé ses émissions de moitié pour la même production depuis 1990 et on lui demande d’être à zéro demain matin. Il le sera mais en fermant tous les sites de production en France).

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  4. Répondant à Murps (# 14:51) à l’aide du bouton « Répondre (avec flèche vers le bas) », par deux fois, mes envois (une quinzaine de lignes et un lien à propos du Pr Pierre Pellerin) ne se sont pas affichés… Ont-ils été « modérés » ?

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    • [Je tente à nouveau… sans le lien]
      « Si certains le citèrent comme l’auteur de « le nuage s’est arrêté à la frontière française », le Pr Pellerin a systématiquement porté plainte pour diffamation et a gagné tous ces procès.


      Une plainte contre X déposée en 2001 par l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) et la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRad) entraîne une enquête qui met seul le Pr Pellerin mis en examen pour « tromperie aggravée ».
      
Après 10 ans de procédure et d’enquête, un non-lieu est prononcé par la cour d’appel de Paris qui dispose que la catastrophe nucléaire de 1986 n’a pas eu de conséquence sanitaire mesurable en France.

      Le 21 novembre dernier [2012], la Cour de cassation confirmait le non-lieu mettant définitivement hors de cause, l’ancien patron du SCPRI.
 »

      Décédé le 3 mars 2013, le Pr Pellerin aura donc été, de son vivant, totalement réhabilité dans son honneur.

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      • Après plusieurs essais infructueux, impossible de poster le lien. 😦
        [Mes excuses pour ces déconvenues et les tâtonnements à l’origine de mes envois successifs.]

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  5. Vous pouvez chercher, il n’y a pas d’annonce officielle du gouvernement autour de cette histoire de nuage bloqué à la douane. La seule chose que vous trouverez, c’est un communiqué – parmi des dizaines – du ministère de l’agriculture rédigé maladroitement un week-end prolongé du mois de mai 1986. C’est à partir de ce document que Noël Mamère a lancé ses attaques contre le Pr. Pellerin qui était un scientifique remarquable, d’une grande rigueur intellectuelle et dont l’honnêteté ne peut être mise en doute.

    – Il n’y a jamais eu de danger sanitaire en france à cause de Tchernobyl. (pas d’augmentation des cancers de la thyroïde…)
    – Il n’y a jamais eu de mensonge des différents services de l’état dont un grand nombre étaient concernés (IPSN, ministère de l’industrie et recherche, ministère de la santé, de l’agriculture, de la défense, de l’éducation et la recherche…) et avaient leur propre chaînes de mesure et leurs expertises. Tous ont communiqué largement, les données sont en accès libre. Personne n’a triché ou masqué quoi que ce soit : c’était inutile compte tenu de la grande distance de l’accident. Vous ne trouverez pas de témoignages de personnels à qui on aurait demandé de cacher ou modifier des résultats de mesure.

    Mamère et ses amis ont perdu sur le plan scientifique, sur le plan moral, sur le plan juridique.

    En revanche ils ont brillamment tout raflé sur le plan de la propagande et de la manipulation : même des ministres rappellent cette histoire de nuage comme un échec et un mensonge de la République.

    Tout cela est profondément injuste, et pour tout dire franchement dégueulasse.

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    • Noël Mamère est une ordure, c’est sûr.
      Faut pas oublier que la droite venait juste de remporter les législatives et que la 1ère cohabitation venait de commencer alors que ça ne faisait que 5 ans que la gauche avait enfin atteint le graal après plus de 20 ans de droite.
      Les journalistes de gauche et anti-nuke (pléonasme) ne l’avaient sûrement pas encore digéré et passée la période de surprise et d’incertitude sur cet accident nucléaire, ils se rendent compte que le calamiteux communiqué du ministère de l’agriculture (il réussit l’exploit de se contredire malgré sa brièveté !), le fameux « anticyclone protecteur » du bulletin météo d’Antenne2 et la communication minimaliste et manquant d’aisance du Pr. Pellerin offrent une opportunité extraordinaire de rentrer simultanément dans le lard de la droite et du nucléaire civil.
      Le mythe du nuage bloqué à la frontière est né. D’autant plus facilement qu’une bonne boutade se répand rapidement (le bon vieux bouche à oreille n’était pas aussi rapide que twitter mais il était quand même efficace).

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    • « Mamère et ses amis ont perdu sur le plan scientifique, sur le plan moral, sur le plan juridique. »
      Entre autres… Michèle Rivasi, pour avoir affirmé que Tchernobyl aurait été « le premier gros mensonge d’État. »

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