La ruée vers l’or vert : le cas des mangroves du Sénégal

A en lire la presse, une fois de plus unanime dès qu’il s’agit de climat, il faudrait planter 1000 milliards d’arbres pour « réguler le climat ». Nous revoici avec ce nombre de « 1000 milliards » si cher aux écologistes, nombre leitmotiv que l’on retrouve aussi bien dans le plan finance-climat de Jean Jouzel en 2018 que dans le rapport Brundtland de 1987 pour sauver la planète, et qui sent si bon le chiffre scientifique précis et pas du tout la formule racoleuse des médias d’un nombre pris à la louche pour servir un projet globalisant.

Car, derrière ce nombre, il n’y a aucun business vert, aucun or vert ; juste de la science, de la vraie et de la dure, nous promet-on pour sauver la planète. En effet, pour tous les carbocentristes, l’arbre présente une merveilleuse aptitude : il élimine le CO2 de l’atmosphère. La logique socio-écologique « simpliste » et faussement déterministe est donc que, plus on en plante d’arbres, plus on capte de CO2, plus on contrôle les températures globales de la planète, plus on évite de catastrophes naturelles et plus on favorise le développement (tant qu’à faire).

Parmi les arbres qui captent le plus de CO2 à l’hectare, la mangrove fait figure de champion et certaines grandes entreprises ont bien compris l’intérêt qu’elles pouvaient en tirer sur le marché des crédits carbone. C’est ainsi que Danone, en partenariat avec d’autres groupes du CAC 40 et de la Caisse des dépôts et consignations française, qui ont eux aussi flairé le filon, a décidé de créer le fond d’investissements verts nommé Livelihoods.

Danone : « La mangrove est mal gérée, sur-exploitée et laisse place au désert salé »

Le projet phare de ce fond carbone est la replantation de mangroves dans les deltas du Saloum et en Casamance au Sénégal, plus grand projet mondial dans ce domaine du reboisement en zone humide, dont nous allons en analyser la pertinence et les impacts pour comprendre comment se traduit concrètement sur le terrain cette dynamique écolo-capitalistique.

Danone veut civiliser les sauvages locaux pour éviter que la mangrove ne disparaisse

A cause de l’homme, et notamment des populations autochtones, la mangrove disparaîtrait dangereusement au Sénégal, comme nous avons pu l’entendre dans la vidéo de Danone. Grace aux investissements dans son fond carbone Livelihoods, Danone prétend restaurer les écosystèmes de mangrove du Sénégal, participer au développement local des communautés tout réduisant l’empreinte carbone de sa marque Evian pour sauver le climat de la planète.

C’est l’idée que répand notamment l’homme politique Haïdar El Ali de l’ONG Océanium, financée par Danone, pour gérer localement la replantation de la mangrove au Sénégal. Tel un Nicolas Hulot de la Téranga, il alertait à corps et à cris dans les médias nationaux et internationaux que « 40% de la mangrove du Sénégal a été détruite depuis les années 70 » par la faute des locaux. Il promettait donc, en grand protecteur de la mangrove et de la planète, de la replanter dans les zones humides d’un Sénégal soi-disant dévasté. « Aujourd’hui, nous sommes tous là pour sauver cet environnement qui meurt », déclarait-il en 2009, la larme à l’oeil, aux lecteurs midinettes du Monde en mal de contes de fées et de super héro.

Cette idée que les peuples locaux au contact de leur milieu (pourtant présents dans leur milieu depuis des millénaires) sont trop irrationnels parce qu’ils détruiraient inconsciemment leur propre environnement jusqu’à en périr et qu’ils auraient besoin, en 2010, des sauveurs occidentaux comme Danone pour se faire éduquer, nous vient de l’eugéniste Julian Huxley, fondateur de la WWF, première ONG à oeuvrer dans les pays en développement pour la création d’aires naturelles excluant les activités humaines, notamment locales (NB : Pascal Canfin ex-directeur général de la WWF est même venu au Sénégal constater pour la France cette supposée catastrophe écologique et faire sa petite morale civilisationnelle).

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Cette idée du sauvage anti-écologique a également contribué à établir la réputation internationale de René Dumont, qui cherchait à démontrer, par exemple pour la désertification du Sahel, la folie des peuples autochtones. Selon lui, ces peuples qui prélevaient trop de bois pour couvrir leurs besoins et pour le vendre sur le marché, ne comprenaient pas le milieu qu’ils habitaient et représentaient un facteur majeur de la dégradation du biotope, voir du climat dans cette région. Cette idée de l’autochtone sahélien mauvais pour la nature était tellement prégnante dans les années 80 qu’elle tendait à faire oublier le stress hydrique exceptionnel que subissait la végétation lors des grandes sécheresses des années 70 et 80 et que, depuis 8200 ans, ces peuples font face à une aridification climatique naturelle, qui a vu le Sahara, à quelques encablures à peine de ces mangroves, se transformer de l’état de forêt en celui de désert, sans pourtant qu’aucune émission industrielle de CO2 anthropique ou qu’un phénomène d’explosion démographique ne viennent perturber un quelconque équilibre naturel du climat.

Avec son projet mangrove, Danone reprend ici le flambeau idéologique de l’autochtone débile en environnement (donc à civiliser) pour montrer qu’eux, toute entreprise du CAC40 qu’ils sont, savent comment oeuvrer au bien être des populations locales et de la mangrove. Avant chaque reboisement, ils vulgarisent les bons comportements écologiques pour la mangrove afin que, les populations du berceau de l’humanité, se mettent enfin à avoir des comportements durables (NB : en les écoutant, on se demanderait même comment les Sérères du Saloum ou les Casançais ainsi que la mangrove ont pu survivre sans Danone jusqu’à maintenant). C’est à cette mission que s’employait l’ONG Océanium, sous les regards médusés des Sénégalais du terroir, venus se coltiner la leçon d’environnement prodiguée parfois par de parfaits inconnus, habitants la ville, les poches et les 4×4 débordants de mangro-euros. Les villageois acceptèrent néanmoins de récolter quelques miettes financières du projet Danone en étant, sur une base volontaire  (et non salariée), les ouvriers temporaires et mal payés de leurs plantations néocoloniales, faute de mieux à en espérer.

C’est donc dans un contexte d’investissements du CAC40 dans les systèmes de crédit carbone, associé à une destruction autochtone supposée alarmante de la mangrove que se met en place le plus grand projet de reboisement au Sénégal connu à ce jour.

Sauf que les superficies de mangroves augmentaient au Sénégal bien avant les projets de reboisement de Danone

Aujourd’hui comme hier, il suffit de montrer aux médias un endroit précis de coupe claire villageoise de la mangrove pour que, à grands coups de plans photos apocalyptiques et de titres catastrophiques, la presse déclare que la mangrove au Sénégal disparaît dangereusement, sous entendu par la faute des sauvages autochtones.

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La réalité scientifique est pourtant fort différente de cette photo subjectivement alarmiste, qui tend à faire croire qu’il s’agit de l’état général de la mangrove dans les deltas du Sénégal et que cette situation ne peut être qu’anormale. D’ailleurs, on voit bien sur cette image qu’il s’agit d’une parcelle exploitée par l’homme. Mais dans ces terroirs d’émigration massive, la logique écologique des ONG, des Nations Unies et de Danone est à l’extension forcée de la mangrove, si bien que certains auteurs vont jusqu’à parler de logiques rizièricides.

Depuis la fin des grandes sécheresses des années 70/80, la mangrove, prise dans sa globalité, s’étend de nouveau. Plusieurs études de télédétection par images satellites le démontrent. J’ai compilé celles d’entre elles accessibles sur le web dans le tableau ci-dessous.

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Superfices de mangroves au Sénégal selon les études scientifiques. * une astérisque signifie que l’étude est citée par une autre étude sans qu’il ait été possible de lire la source. En vert, les études qui montrent une regénération de la mangrove depuis 1986. En rouge, celles qui montrent une disparition. Liens vers les articles scientifiques : 1*, 2, 3, 4*, 5, 6*, 7*, 8, 9

La classification des espaces de mangrove en télédétection n’est pas une science exacte, comme en témoigne les différences notables dans ce tableau. De plus, des biais subjectifs liés à l’idéologie politique de l’écologie sont légions, comme le note Cormier-Salem « La généralisation des conclusions pessimistes, voir alarmistes sur des zones limitées, n’est pas une méthode d’évaluation scientifiquement fondée. » allant même jusqu’à mentionner les biais de certains collègues chercheurs, comme Wentz qui écrivait en 1988 : « Malgré un débat sur la part des zones humides académiquement intéressant, celui-ci n’est pas spécialement important depuis que nous savons que ces zones humides sont en train d’être détruites à un taux qui est innacceptable. »

La grande majorité des études indépendantes sur le Sénégal rejoignent les conclusions d’El Hadji Balla Dieye et al qui notent « une période de disparition importante entre les années 1972 et 1986, qui s’inverse entre 1986 et 2010 marquée par une phase de régénération de la mangrove notamment dans les parties les plus touchées. »  Les données absolues de ces études sont néanmoins à prendre avec précaution, car les méthodes de mesure des surfaces des mangroves par images satellites sont loin d’être précises et dépendent d’une multiplicité de facteurs techniques quant à leur interprétation.

Le PNUE (dont Maurice Strong fut le premier directeur) est la seule organisation à conclure à une disparition importante de la mangrove au Sénégal de 1986 à 2010, si bien que leurs chiffres peuvent être considérés à minima comme douteux, au pire manipulatoires. Néanmoins, venant des Nations Unies, ce sont ces chiffres alarmistes qui enclenchent des effets politiques sur la gestion et l’appropriation exogène des mangroves sénégalaises dans lesquels s’insère le fond Livelihoods de Danone, qui, d’une manière non étonnante, partage le même constat que le PNUE. Donc, quand, en 2009 , Danone, et l’ONG Océanium, prétendaient venir sauver les mangroves qui mourraient, ce n’était pas la situation sur le terrain car les mangroves se régénèraiant depuis le milieu des années 80, plus ou moins assistées des dynamiques villageoises qui en assurent la gestion traditionnelle depuis des millénaires.

Pour comprendre pourquoi la mangrove a eu cette dynamique de rétractation lors des années 70-80 puis d’expansion les années qui suivirent, intéressons-nous à la semance avec laquelle la mangrove colonise son environnement : la propagule.

propagule

La propagule, le système de dissémination de la mangrove, dépend fortement des conditions hydrologiques locales pour sa dispersion spatiale. Elle flotte dans l’eau, grâce notamment à un système racinaire qu’elle peut déployer de manière horizontale pour améliorer sa flottaison. Lorsque les conditions du milieu sont réunies (salinité, niveau de submersion, texture du sol vaseuse, voir selon certains le ph…) le système racinaire de la propagule se déploie alors verticalement pour qu’elle s’ancre dans la vase et se mette à faire germer un palétuvier, arbre de la mangrove. Les propagules peuvent rester viables des mois, voir un an avant qu’elles ne trouvent un milieu propice à coloniser.

Dès lors, on comprend que lorsque les conditions du milieu connaissent des déficits de précipitations importants, ces déficits impliquent une diminution des volumes d’eau douce des fleuves ainsi qu’une diminution des surfaces et hauteurs immergées dans ces deltas et estuaires. La colonisation de la mangrove s’en trouve ainsi plus limitée. Les espaces les moins approvisionnés par l’eau douce des fleuves tendent à se stériliser du fait d’un excès de salinité causé par la surabondance d’eau de mer et des changements de texture des sols plus sableux et moins vaseux. C’est ce qu’il s’est produit lors des grandes sécheresses des années 70/80 où la mangrove a dépéri sans pouvoir se disséminer en beaucoup de zones devenues naturellement stériles, comme les tannes, terres sursalées et acidifiées.

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De plus, si, depuis les années 90, les conditions du milieu sont plus favorables à l’extension naturelle de la mangrove par un apport d’eau douce en élévation constante, ces conditions sont donc plus favorables aussi aux plantations humaines de la mangrove. Ainsi, avant l’arrivée des projets Livelihoods, les villageois locaux avaient déjà des actions de replantation et de gestion de la mangrove, bien loin de l’image du sauvage anti-écologique qui devait être civilisé par Danone. D’ailleurs il serait opportun de disposer de plus nombreuses études anthropologiques pour en savoir davantage, notamment pour cerner le rôle des cultures locales dans la préservation des zones refuges de la biodiversité de la mangrove, à l’image des espaces considérés comme hantés et interdits dans la culture locale. De plus, si ces mangroves ont des dynamiques spatiales rapides sur quelques dizaines d’années, elles sont relativement stables dans les temps longs, en témoigne notamment les amoncellements de coquilles d’huitres du fait d’une exploitation humaine datant de plusieurs milliers d’années.

Pour la biodiversité locale, la recolonisation naturelle des espaces délaissés par la mangrove est largement préférable aux reboisements mono-spécifiques du fond carbone Livelihoods, même si cette recolonisation naturelle demande d’être patient. En effet, la biodiversité de la mangrove permet sa meilleure adaptation aux changements du milieu grâce aux phénomènes de sélection naturelle qui favoriseront les espèces de palétuviers les mieux adaptées à certains changements du milieu tout en restreignant l’aire des autres espèces. Comme le font les villageois, il est donc très important de laisser certaines zones dégradées être reconquises naturellement (même si les paysages sont moins esthétiques), plutôt que de reboiser un maximum d’espaces très rapidement à l’aide de plantations mono-spécifiques, comme le fait Danone, dans sa soif pressée d’obtenir le plus vite possible des crédits carbone.

Les sénégalais du terroir ne devraient donc pas se laisser impressionner par les mangro-euros des chefs de projet Danone mais envisager à leur tour des programmes d’éducation à leur intention afin de leur expliquer l’intérêt qu’ils trouvent parfois à laisser de vastes étendues, apparemment dénudées, être reconquises plus lentement par les dynamiques naturelles, voir socio-naturelles et surtout, les éclairer sur la nécessité vitale qu’ont certaines populations les plus démunies à couper le bois de la mangrove ou à y établir des rizières, comme elles le font depuis longtemps.

Dans ce cadre, on imagine sans peine que si la région revenait à un cycle de sécheresses comme elle en a connu dans les années 70-80, les mangroves replantées par Danone en subiraient les effets dévastateurs, d’autant plus qu’aucune étude d’impact durable n’a été entreprise, notamment par le Ministère de l’environnement sénégalais qui a validé le projet de reboisement en l’état.

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Selon les chercheurs de l’IRD, Marie-Christine Cormier-Salem, Sané Tidiane, El Hadji Balla Dieye soulignaient en 2017 que :  » Les effets en termes de diversité biologique sont incertains dans la mesure où il n’y a pas eu d’études scientifiques ante et post sur les espèces, les sites, les usages et les interactions entre services. Il n’en demeure pas moins que la monospécifité des replantations n’est pas conforme à la biodiversité : le plus souvent, une seule espèce a été replantée: Rhizophora mangle « .  D’où les résultats variables des projets de reboisement de la mangrove de Danone selon les zones, comme illustrés ci-dessous :

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Ces crédits carbone, exploités financièrement par le fond Livelihoods de Danone sont donc sujets à caution et plus que fragiles dans le temps car cette mangrove n’a pas été replantée prioritairement et dans toute sa diversité dans les zones refuges de la mangrove comme les bordures du fleuve, celles qui résistent le mieux aux conditions de sécheresse mais justement dans beaucoup de zones qui en ont souffert le plus et qui restent à la merci d’épisodes plus secs. Enfin, la pertinence de ce projet de reboisement dans son objectif d’extension de la mangrove se pose puisque, du fait de conditions plus favorables, la mangrove aurait recolonisé d’elle-même certains de ces espaces avec le temps, avec ou sans aide des villageois.

Cette absence d’étude d’impact à long terme au sujet de cette replantation des mangroves se voit jusqu’au rapport d’Ernst and Young lui-même, venant pourtant valider pour les Nations Unies l’octroi de crédits carbone via ce projet. A aucun moment, l’évolution dans le temps des facteurs socio-écologiques n’est étudiée pour valider la durabilité et donc la pertinence de ce projet de reboisement. L’étude va même jusqu’à omettre les phénomènes d’érosion, de submersion marine et d’ensablements des facteurs pouvant influer sur la mangrove alors même qu’une catastrophe majeure (au sens systémique du terme) est venue bouleverser la dynamique littorale à la sortie du Delta du Saloum par la rupture de la flèche de Sangomar suite à une tempête ayant générée des houles destructrices en février 1987.

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Enfin, il est également probable que la transition en cours d’une économie de subsistance à une économie de marché intégrée, ainsi que l’exode rurale, ont permis aux villageois d’utiliser d’avantage de charbon et de gaz pour leurs besoins de cuisson et de ciment pour leurs besoins de construction, plutôt que d’exploiter le bois de mangrove localement à leur disposition.

Ainsi, depuis la fin des années 80, les superficies de mangrove augmentent globalement dans les deltas du Saloum et en Casamance, du fait de facteurs climatiques, écologiques et socio-économiques plus favorables, avant même que Danone ne vienne y développer, en sauveur, ses propres plantations mono-spécifiques vers 2010. Le critère de la non additionnalité du projet Danone aux dynamiques de l’environnement local ne semble donc pas avoir été respecté et n’aurait donc dû probablement pas faire l’objet d’octroi de crédits carbone par les Nations-Unies.

Ainsi, les chercheurs de l’IRD, Cormier-Salem et al, notaient en 2017 que « La campagne de reboisement n’aurait ainsi qu’un rôle d’accélérateur de la reconquête à un coût (économique, social) qui reste à évaluer précisément« . Il conviendrait ici également de rajouter son coût écologique en prenant en compte l’impact de ces plantations mono-spécifiques sur la biodiversité du biotope de la mangrove et non seulement dans sa seule capacité à s’adapter aux conditions fortement variables du milieu.

Mais, outre le critère de non additionnalité, ces projets de reboisement revêtent de nombreux effets néfastes pour les populations locales, alors même que le projet d’investissement dans la mangrove est potentiellement juteux.

L’or vert de la mangrove sénégalaise ne profite pas du tout aux populations locales

Même si les villageois ont bien compris que des sommes monumentales étaient en jeu derrière ce projet, notamment en constatant le train de vie de certains promoteurs du projet lors de leur visites, je crois que peu ont cerné pourquoi l’on peut parler d’or vert pour leur mangrove. En effet, sur le terrain, la mangrove n’est pas très enrichissante pour les locaux qui en ont surtout une exploitation artisanale, traditionnelle et de subistance (cueillette d’huîtres, bois de chauffe et de construction, pêche, récoltes de sel, petites rizières) et elle ne leur procure que de maigres revenus si bien que l’exode rurale mais aussi l’émigration internationale vers l’Europe s’effectue massivement depuis ces régions de delta/estuaire. Activités liées à la mangrove d’autant moins rentables que sur les projets Danone, l’exploitation de la mangrove est formellement interdite du fait que le système d’octroi des crédits carbone obligent les villageois à la laisser en l’état sur 30 ans. Même les techniciens locaux et de terrain du projet Océanium sont peu nombreux, mal payés, sous équipés et ne peuvent suivre et corriger correctement l’évolution des surfaces reboisées. Mais, en dépit de ces apparences locales, il s’agit bien d’un or vert sur le plan international et nous allons essayer ici de le montrer.

Prenons les chiffres du fonds d’investissements Livelihoods disponibles sur son site internet. Pour le Sénégal, il s’agit de 10 000 ha de mangrove replantée en 3 ans soit 80 millions de palétuviers qui représentent 500 000 TeqCO2 séquestrées sur 20 ans pour le fond 1 dont la plantation est terminée. Nous n’avons pas les chiffres pour le fond 2, probablement plus importants (il serait bien d’enquêter sur ces chiffres d’ailleurs).

Tous pays confondus, le fond Carbone Livelihoods se décompose en deux projets d’investissements. Le fond 1, commencé en 2011, avec 10 millions de TeqCO2 compensés sur 20 ans pour 40 millions d’€ investissements et le fond 2, lancé en 2017, avec 25 millions de TeqCO2 compensés pour 100 millions d’€ d’investissements. Pour savoir combien d’argent cet investissement rapporte (tous les rapports et études n’en parlent jamais), faisons un calcul en essayant de trouver le prix de vente d’une tonne équivalent carbone compensée sur le marché volontaire. Même si, dans la communication de Danone, il s’agit plutôt de compenser les émissions carbone des grandes entreprises qui y participent, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un fond d’investissement à but lucratif et que ces crédits carbone sont cessibles sur le marché volontaire. Il serait donc utile de connaître la part de crédits carbone revendus sur le marché pour en reconnaître le gain financier réel ; outre les gains tirés de ce green-washing qui renforcent leurs marques.

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Le prix de cette TeqCO2 varie. Il ne peut pas être basé sur celui du Système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne car le reboisement en est réglementairement exclu jusqu’à présent. Il faut donc en passer par le marché parallèle d’investissements volontaires des industriels dans les crédits carbone. Ce marché volontaire des crédits carbone est issu du mécanisme pour un développement propre (MDP – « propre » venant de l’anglais « clean »), institué par l’article 12 du Protocole de Kyoto. Le MDP permet aux pays industrialisés, ou aux acteurs privés issus de ces pays, d’utiliser des crédits d’émissions issus de projets de réduction d’émission ou de séquestration de GES, générés depuis les pays en développement qui ont signé le Protocole de Kyoto, comme le Sénégal. Les crédits générés sont validés par l’organisation des Nations-Unies sur le changement climatique.

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Source : Forest Trends « Voluntary Carbon Market Insights: 2018 Outlook & First-Quarter Trends

Sur ce graphique, qui représente les volumes de transactions comparés aux prix d’un crédit carbone (ou TeqCO2), le prix moyen du crédit revendu sur ce marché volontaire est compris entre 3 et 6 $. Il est à noter qu’il y a un nombre important de places de marché volontaire du carbone dans le monde entier, pouvant expliquer les différences de valeur des crédits carbone proposés.

En 2014, Bernard Giraud, en charge du fond carbone Livelihoods pour Danone, déclarait que les crédits générés étaient de 7 ou 8 € l’unité. Entre le prix moyen du crédit carbone sur le marché et son prix proposé par le fond, nous prendrons une valeur un peu arbitraire de 6 €/crédit afin d’avoir une valeur raisonnable nous permettant d’estimer les bénéfices engendrés par le projet. Bien entendu, on est ici très loin du prix scandaleux de la TeqCO2 payé par les français à la pompe de 44,60 € en 2018 via la taxe carbone. Néanmoins, comme il s’agit d’une valeur marchande dépendant des lois du marché et non d’une taxe fixée par l’Etat, nous nous baserons sur son prix dans le marché.

A 6€ par crédit (ou TeqCO2), les 140 millions d’€ investis pour compenser 35 millions de TeqCO2 rapporteraient dans l’absolu sur le marché volontaire 175 millions d’€ étalés sur 20 ans (investissements de départ déduis). Nous sommes donc, grâce à l’idéologie écologique, sur des taux de rentabilité faramineux de l’ordre de 125%, inatteignables en Europe.

Pour les quelques groupes du CAC40 concernés, ce n’est déjà pas négligeable mais cela l’est encore moins pour des pays comme le Sénégal et notamment pour les populations pauvres concernées qui auraient dû être intéressées sur un pourcentage de revente de ces crédits carbone, dont la ressource locale est en plus immobilisée par un acteur privé sur leur territoire pour 30 ans sans aucune compensation. Les activités volontaires des communautés locales, à qui on demande en plus de préserver bénévolement cette mangrove, sont scandaleuses mais non surprenante venant d’entités qui ne recherchent que le profit. Si ces 175 millions d’€ de bénéfices ne représentent pas tant que cela pour l’économie française, il s’agit néanmoins de sommes faramineuses dans des pays où la scolarité et l’accès aux soins sont sous-financés (mais manifestement la mangrove est devenue plus précieuse aux bobos occidentaux que les projets de réduction de la pauvreté).

De plus, les baux signés par les communautés villageoises les obligent à céder à ces fonds d’investissement leurs surfaces de mangrove pour 30 ans. L’immobilisation de ces surfaces représente autant de freins au développement local : impossibilité pour les villageois d’y faire passer une route ou d’y établir un port, d’y planter des cultures lucratives, d’y développer l’immobilier, des infrastructures de tourisme, de pêche, d’y collecter du bois, d’y exploiter le sel, le riz… bref impossibilité juridique de valoriser ces espaces de mangrove d’une manière plus profitable ou même seulement traditionnelle.

Enfin, la propriété de ces espaces de mangrove, traditionnellement gérée de manière collective via les communautés villageoises, est maintenant assurée par l’ONG Océanium, sous la tutelle du fond Livelihoods qui en possède les baux. Il y a donc clairement dépossession de territoires villageois au profit d’acteurs privés alors que l’on est quand même sur des retombées potentielles en millions d’€ à l’échelle du pays. Pour se donner un ordre d’idée, le budget environnement du Conseil régional de Casamance s’élève à quelques centaines d’€. On assiste donc à une privatisation de la gestion de l’environnement, dans les plus pures logiques portées par le WWF depuis longtemps, alors même que les populations villageoises de la mangrove semblent accorder une meilleure confiance aux acteurs étatiques présents dans les territoires qu’aux gestionnaires externes dans la gestion de leur environnement. C’est un fait à contre-courant des idées véhiculées au Nord où les ONG ne voient dans l’administration locale que corruption et recherche effreinée du profit contre l’environnement.

Selon Cormier-Salem en 2006, « la charte signée entre les opérateurs extérieurs et les communautés rurales stipule que, durant 30 ans, la mangrove replantée est contrôlée par les bailleurs (ie Danone) et désormais interdite à tout usage. Il s’agit bien d’un processus d’enclosure et de privatisation de « communs » ou de parties du terroir traditionnellement contrôlées par les populations locales qui se trouvent dès lors exclues et désappropriées ».

Mais quand est-il de l’assentiment des populations locales au sujet de ces projets de reboisement ? Tous les employés de l’ONG Océanium appartiennent au même parti politique, la FEDES – Fédération des écologistes du Sénégal, dirigée par le Président de l’ONG Océnium, Haïdar el Ali. Ainsi, on peut estimer l’engouement de ces populations locales par la dynamique de ce parti politique dans les élections locales.

Ce parti n’a vu aucun de ses candidats à la députation élu au parlement sénégalais lors des dernières élections législatives de 2017, même dans les circonscriptions du Sine et Saloum ou de Casamance qu’ils auraient grandement aidées via leur formidables plantations de mangroves (preuve s’il en est que les habitants de ces régions attendent un autre projet politique que le projet Danone qui voudrait les enfermer dans une forme de muséification de la mangrove).

En 2013, Aubertin notait que « Au Sénégal, les campagnes de reboisement se sont déroulées avant les élections présidentielles de 2012 et on est en droit de s’interroger, au vu de l’affiche électorale du parti vert (NDLR : parti FEDES qui s’est allié au parti aujourd’hui au pouvoir), sur l’exploitation politicienne de l’opinion publique et la confusion entre campagne de reboisement et campagne électorale. ». Tout cela grâce à un fond dans lequel l’Etat français a investi via la Caisse des dépôts. Nous naviguons donc ici à la limite des eaux troubles de l’ingérence néo-coloniale de la France-Afrique dans les processus démocratiques de pays indépendants.

En route vers le néo-colonialisme écologique ?

Comme il fallait s’y attendre, elle a encore bon dos la lutte climatique des midinettes occidentales qui veulent sauver la planète en plantant mille milliards d’arbres car elle peut se traduire dans les faits, comme ici sur un projet pourtant érigé en modèle, par des mécanismes d’appropriation de terres traditionnellement collectives, dans la droite ligne des logiques néo-coloniales, faites d’idéologies colportées (civiliser le sauvage local anti-écolo), de mensonges éhontés (la mangrove disparaît dangereusement) et de spoliations des ressources locales (les espaces de mangrove des communautés villageoises) au profit de l’enrichissement des organisations du nord, Etat français compris (via les crédits carbone) qui ne profitent bien entendu jamais réellement aux populations les plus démunies  .

Comme l’écrivait Aubertin, passablement agacé : « Le marché de crédit carbone profite en premier lieu aux compagnies privées. C’est un leurre, une fausse monnaie, voire un moyen de prendre le pouvoir sur les communautés locales ! »

Pour la classe politique africaine concernée, il y a au minimum de quoi renégocier tous ces baux au profit des populations injustement spoliées afin que les collectivités locales puissent bénéficier des retombées financières de cet Or vert, vendu sur les marchés internationaux du carbone. Mais cette renégociation sera très difficile car la spoliation est délibérée, contractualisée et validée jusqu’aux Nations-Unies (PNUE, UNFCCC). De plus les ONG et la presse du Nord, qui pourraient faire pression, sont actuellement prisonnières d’une forme d’aveuglement autour de l’idéologie écologique, comme le montre la multitude d’articles favorables au projet Danone.

Enfin, il est devenu urgent de prendre conscience des mécanismes de ségrégation dont les acteurs africains font l’objet sur ce marché volontaire du carbone, où la plupart ont été obligés de vendre leurs crédits carbone à des prix dérisoires, bien loin de ceux de Danone, ruinant tous leurs investissements sur ce marché. Ainsi, si le Sénégal voulait lui-même valoriser ces propres espaces de mangrove sur le marché volontaire du carbone, il en subirait très probablement de fortes déconvenues.

A cause de ce type de projets gagnant-perdant, l’Union africaine devrait envisager de soutenir les pays africains qui décideraient de sortir des accords sur le climat avant que cette ingérence écologique et foncière malsaine ne s’amplifie dans les années à venir (1000 milliards d’arbres, montée en régime planifiée du fond carbone Livelihoods). Plus concrètement encore, cette ingérence écologique pourrait passer à l’étape supérieure via une ingérence énergétique, ciblant dans le droit international les ressources fossiles du continent comme le charbon ou le gaz ; ressources pourtant à même d’assurer l’émergence autonome du continent (à l’image de la Chine ou de l’Inde, acteurs internationaux rationnels, qui ouvrent à tour de bras des centrales à charbon tout en vendant au reste du monde leur camelote d’énergies renouvelables). En ce sens, outre l’Union africaine, les pays africains pourraient trouver un appui international de poids auprès des Etats-Unis, et des pays qui leur emboiteront le pas, pour effectuer cette sortie à l’échéance des accords de Copenhague en 2020.

Qu’on se le dise, l’Afrique n’a aucunement besoin de partenaires privés qui dépossèdent de leurs terres ses communautés rurales sans contreparties solides, alors même qu’ils en exploitent l’or vert sur le marché du carbone ; de surcroit en diffusant une idéologie écologique du développement enfermant ces communautés dans des logiques de subsistance. Le continent demeure pourtant plus que jamais ouvert à tous les partenaires privés souhaitant rejoindre les acteurs du continent qui mettent en place les conditions modernes de son émergence économique.


Dans cet article, par manque de temps, je n’ai pas mis toutes les références bibliographiques sur lesquelles je m’appuie. Je suis disposé à les compléter sur demande dans les commentaires de ce blog si certains points évoqués devaient être détaillés.

 

35 réflexions au sujet de « La ruée vers l’or vert : le cas des mangroves du Sénégal »

    • Merci Dov.
      « le transmettre à l’Élu », de manière éclairée, par exemple via le Haut conseil pour le climat dans lequel ont siégé MM Canfin et Larrouturou, ici épinglés ?
      Peu probable, il y manque trop d’humanistes et de climato-réalistes.

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      • Peut être aller du côté de la FAO qui n’est pas précisément dans les baskets du GIEC et soutient depuis très longtemps le développement local.

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    • C’est pareil dans les mangroves du Sénégal comme ici dans le Saloum où on trouve des exploitations de sel un peu partout, sauf qu’ici, elles ne sont pas urbanisées : https://goo.gl/maps/F4nmUxbpxPgRxDKS9
      Mais c’est intéressant d’étudier les dynamiques de mangrove en milieu urbain comme votre amie Maria semble le faire, notamment pour le Sénégal qui fera lui aussi face à une poussée de l’urbanisation jusqu’aux mangroves, par exemple comme cela est actuellement le cas sur la petite côté de Joal à la Somone. Néanmoins, au Sénégal, ils mettent des réserves un peu partout pour les protéger, mais, par exemple à la Somone, l’urbanisation grignote progressivement ces réserves naturelles. Après, je ne suis pas là pour faire la leçon sur ce que doivent devenir ces espaces, c’est aux autorités locales et aux communautés locales d’en juger, selon leurs besoins et leurs priorités.

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  1. C’est tellement bieau de faire le bonheur des gens malgré eux ! Surtout quand ils ont rien demandé…
    On retrouve quasiment le même schéma avec le « commerce équitable » qui n’a d’équitable que le nom, et qui est en fait, un maintien forcé en esclavage !

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    • Oui … et non aussi.
      Les habitants dans ces zone de mangroves ont (c’est le moins qu’on puisse dire) une conscience aigüe du dénuement dans lequel ils vivent. Ils aspirent au développement matériel et ils sont donc très ouverts à l’aide extérieure. Et c’est justement cette situation de vulnérabilité, causé par leur volonté de sortir de la misère matérielle, qui fait que certains profitent de leur domination pour leur laisser des miettes alors qu’ils ont pris la grosse part du gâteau. Mais oui, ce n’est pas équitable.

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  2. Pour rester positif, serions-nous d’accord pour dire que, d’une manière générale, le maintien/replantation/entretien de la mangrove est un sujet d’importance pour l’environnement et les populations, avec les réserves opératoires exprimées dans l’article ?
    Concernant Danone, le vrai coupable est le « machin », au sens Gaullien, qui s’appelle « crédits carbone », et donc toutes les officines onusiennes autour de l’environnement, du climat etc, et donc les politiques bien (in) formés (atés) par quelques ONG « plus vertes que vertes »;

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    • Selon moi, la mangrove est un objet social avant d’être un objet écologique. Cet objet social est avant tout celui des habitants de ces terroirs et non celui d’organisations extérieures sinon, c’est la porte ouverte à toutes les ingérences, pas forcément bénéfiques, même pour la mangrove, comme on le voit ici.

      Bien entendu, les logiques locales de gestion de la mangrove seront différentes de celles des acteurs extérieurs. Néanmoins, on voit bien que la préservation de la biodiversité des mangroves et de ses zones refuges est intégrée dans la culture locale depuis bien longtemps (zones hantés et interdites). Il y a donc un terrain d’entente possible sur sa conservation minimale. D’autant plus que cette mangrove présente bien des avantages, notamment au niveau touristique, dans certaines zones.

      Mais entre une course effreinée à une augmentation des surfaces de mangroves, impulsée depuis l’extérieur, et la gestion de ces différents usages par les communautés locales, il y a forcément une différence de point de vue dont le dernier mot doit revenir aux communautés locales et aux acteurs étatiques dans les territoires.

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  3. Bonjour
    J’ai été très très impressionné par la pertinence de votre propos. Cependant il ne faut pas généraliser, d’une part sur l’intervention des méchantes ONG et d’autre part sur l’absence d’impact des populations locales. L’écologie ne doit en aucun cas devenir un business ni un levier politique . C’est beaucoup trop vital pour cela. Nous avons côtoyé dans le Saloum et en Casamance des villageois qui sont demandeurs d’aide et de conseils pour améliorer leur gestion du milieu. Mais ceci doit être effectué par de petites structures et les habitants doivent en avoir la gestion . Nous avons constaté l’abandon par le pouvoir local de certains villages en Casamance et qui n’ont que les ONG pour pouvoir espérer l’eau, l’électricité, la route. Je ne suis affilié à aucune ONG je suis juste un voyageur avec mon petit bateau qui est tombé Amoureux de ce pays et de ses habitants
    Bravo encore pour votre éclairage de la situation
    Cordialement
    Miguel Rovira

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    • Merci pour votre retour. Vous exagérez ce que j’ai pu dire sur les ONG.
      Quand je dis que les ONG ne s’opposent pas aux logiques écologiques du développement, dont j’en dénonce ici les effets pervers, et qui font tendre ces populations dans la subsistance (comme si les locaux devaient irrémédiablement être déterminés par leur milieu de mangrove), c’est un fait. J’attends de voir une majorité des ONG sur le terrain se battre pour l’extension des rizières (ou de tout projet agricole moderne de développement) au détriment du reboisement de mangroves même si on peut en trouver ci et là. Les espaces de conflit entre rizières et mangroves, sont justement ceux qui sont en train de faire l’objet de reboisement, ceux un peu plus en retrait des berges des fleuves, où s’établissent les rizières. Mais les agronomes sont les premiers à basculer dans l’idélogie écologique du développement, mettant à bas la révolution verte productiviste, qui a pourtant aidé de nombreuses populations de part le monde à sortir de la subsistance. En témoigne le nombre d’agronomes français se revendiquant maintenant de René Dumont. Tous les espaces de mangrove ne sont pas des espaces sacro-saints car ils auraient tous des vertus écologiques devant lesquelles le développement économique des populations devrait s’incliner.

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    • Ah oui, les commentaires montrent qu’un certain nombre de lecteurs sont acquis à l’effondrement. Édito courageux donc. A travers les âges, la collapsologie a toujours créé des maux dans l’humanité, surtout aux époques des messagers de l’apocalypse. L’église l’a toujours combattue car elle dérivait souvent en formes sectaires. Elle sous-entend en plus que le pouvoir ne pourrait pas éviter les désastres qui touchent la société. Mais certains roi, comme Philippe Auguste, ont su l’utiliser pour mobiliser le peuple dans ses guerres. On le nommait le roi de l’apocalypse . Il me semble que la population n’était pas dupe et les messagers de l’apocalypse passaient souvent pour des charlatans. Certains auteurs analysent même les mouvements collapsologues du Moyen-Age comme proto-révolutionnaires. J’aurais beaucoup de choses à dire à ce sujet mais je m’arrête là.

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  4. Pour ce qui est du business vert, vous avez sans doute raison, mais tout est business de nos jours. Sans les capitaux et donc le gain potentiel il n’y a aucune avancée notable sur le terrain. Oui aussi pour la spoliation de leurs biens « verts » mangroves ou terres agricoles aux autochtones en Afrique (comme ailleurs dans le monde). Mais que dire alors des ressources en matières premières, métaux, et surtout surtout pétrole depuis des décennies !! Sans souligner les pollutions que l’on a créées sur place pour notre confort occidental. Et comble du toupet, on vient maintenant utiliser leurs mangroves pour tenter de rattraper les dégâts générés par les ressources fossiles déjà « dérobées » aux mêmes autochtones !! Tout en leur recommandant de ne pas faire les mêmes bêtises que nous et de ne pas émettre de CO2 en se privant de ce confort de vie. Ils doivent apprécier c’est sûr. Quand à la lutte contre le RCA, planter des arbres n’est pas idiot. Les chinois font ça depuis des années pour stopper l’avancée du désert de Gobi, et en même temps ils compensent un (petit) peu le carbone émis. Mais il en faudra beaucoup ! Vraiment beaucoup. Le calcul très approximatif de 1000 milliards (en évitant de deforester en parallèle !!!!), n’est pas stupide c’est un ordre de grandeur. Sachant aussi que les arbres rafraîchissent aussi un lieu en plus d’absorber le CO2 et stocker le carbone. L’idéal étant au final de couper ces arbres arrivés à maturité et les utiliser en matériaux de construction et replanter. Bref travailler en bon accord avec la nature. Sachant que ceux qui annoncent une baisse drastique et rapide des émissions de GeS sont un peu niais, celles ci vont de toute évidence continuer. …d’augmenter. Et vous verrez que devant ce constat d’impuissance, (Cop après Cop) les scientifiques vont de plus en plus nous parler de geo ingénierie, genre captation, stockage, compensation , mais aussi action type émissions d’éléments chimiques type sulfites ou autres pour limiter l’effet de serre. Et allez donc, jouons aux apprentis sorciers ! Bof, au point où nous en serons, quel sera le pire ou le moins pire ?
    En attendant, restez à l’ombre.
    Bonne journée.

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    • Vous êtes bien pessimiste Zimba et votre scénario futuriste est un scénario parmi beaucoup d’autres. Je vous en donne d’autres.
      S1 : la théorie des GES s’écroule à cause des faits, de la prise de conscience de la dérive idéologique actuelle ou de la survenue d’autres découvertes scientifiques minorant son effet. L’homme continue comme avant et ne rêve plus de controler le climat fautes de preuves scientifiques solides.
      S2 : On découvre une énergie vraiment abondante et assez sûre pour être diffusée à grande échelle permettant une transition énergétique sans récession comme lorsqu’on est passé du charbon au pétrole.
      S3 : Les progrés de l’humanité l’amène à savoir minorer considérablement les effets de la météo sur ses conditions de vie et celles de la biosphère si bien qu’elle s’adapte facilement à ses changements.
      S4 : Le monde virtuel fait un bon technologique et devient bien plus sensible et intelligible que le monde réel si bien que les humains se désintéressent globalement du monde réel tant qu’il ne met pas en péril la continuité du monde virtuel. L’humanité se réfugie dans les lieux les plus sûrs et ce qui se passe dans le réel n’a presque plus d’importance pour elle.
      S5, S6, S7…
      Je ne veux pas faire non plus une liste de scénarii optimistes et béats mais le champ des possibles est immense. Par contre, nous devons nous battre pour que le court terme soit le plus agréable à vivre possible pour tous et il est insensé de sacrifier la qualité du court terme sur des hypothèses de futur catastrophiques aussi fragiles que celles qui nous concernent sur le climat.

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      • «Par contre, nous devons nous battre pour que le court terme soit le plus agréable à vivre possible pour tous et il est insensé de sacrifier la qualité du court terme sur des hypothèses de futur catastrophiques aussi fragiles que celles qui nous concernent sur le climat.».
        Tout à fait.

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  5. Oui Cedric je suis pessimiste. Mais ce que vous appelez dérive idéologique actuelle est plutôt une remise en question progressive du modèle de développement qui nous a certes permis de faire d’immenses progrès à tous niveaux pendant des siècles, surtout les derniers, mais qui ne peut plus continuer sur cette même trajectoire sans casser. Un peu comme une voiture qui accélère sans cesse, et dont le moteur est monté dans les tours . C’est agréable on va très vite et on est grisé par cette sensation. Oui mais l’indicateur de température d’eau du moteur est déjà dans l’orange, et quelques bruits suspects apparaissent. Vos scénario 1 à 3 sont bien beaux mais pour l’instant, le constat de la montée en température de l’eau du moteur est que la voiture va trop vite et qu’il faut ralentir sinon il ne tiendra pas. Vous dites qu’on n’a pas la preuve formelle que c’est la faute à la vitesse, que la voiture en a vu d’autres et qu’on n’aura pas d’accident. C’est vous qui voyez…Ceci est un peu simpliste de ma part bien sûr. Mais pour rester un peu optimiste, moi je ralentirais pour réfléchir. Ne peut on pas trouver une autre solution pour faire ce déplacement ? Est ce bien raisonnable d’aller si vite (et si loin ?). Et quand bien même, ne vaut il pas mieux prendre le TGV ? Bon j’arrête là ce parallèle un peu enfantin.
    – la théorie des GES et du RCA fausse ? Plus grand monde n’y croit.
    – Une source d’énergie nouvelle et magique sans GES ? Fusion nucléaire ? Oui dans un siècle ? Pour l’instant on n’a que le soleil qui marche à la fusion nucléaire.
    – quand au scénario 4 du monde virtuel, il est plus flippant que les miens dans le réel (une simulation de vie ?). Bouh !
    Pour finir ce n’est pas « sacrifier la qualité du court terme », c’est imaginer des solutions de remplacement pour pérenniser cette qualité , quitte à « se priver » un peu en attendant d’avoir trouvé. C’est ce que font des parents responsables pour assurer l’avenir de leurs enfants. De mon point de vue.
    Sinon ils peuvent les laisser en garderie et partir en couple en vacances aux caraïbes, dépenser sans réfléchir profiter et …accélérer !!!
    Bonne journée.

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    • J’aime bien l’analogie de la voiture… mais comparaison n’est pas raison.

      La remarque de Cédric est pleine de bon sens: on nous demande de prendre des mesures radicales qui auront (et c’est une certitude) des conséquences désagréables immédiatement pour la population. En échange on nous promet une situation d’éviter des désagréments (qui ne sont pas certains) dans un futur plus ou moins lointain. L’analyse coût-bénéfice ne tient pas la route.

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    • Zimba dit:«Oui mais l’indicateur de température d’eau du moteur est déjà dans l’orange».
      C’est tout au moins ce que l’on cherche à instiller dans la population à chaque fluctuation météo qui sort un peut de la sacro-sainte « normale de saison ».
      En attendant, les estimations de la « sensibilité climatique » sont à la baisse depuis de nombreuses années. Les périls annoncés s’éloignent, et parfois c’est exactement le contraire, une nette amélioration, qui se produit, comme dans le cas de la progression de la végétation.
      Donc, non, l’indicateur d’eau du moteur n’est pas dans l’orange.

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      • Oui et on voit que les biais alarmistes sont légions dès qu’on touche à l’environnement, comme ici sur la disparition supposée des mangroves alors que c’est le phénomène contraire qui se produit. Tout se passe comme s’il devait y avoir un réchauffement climatique global qui détruirait les écosystèmes de la planète et que l’on ne mettrait en valeur que les études qui vont dans ce sens. Je pense avoir correctement montré cette dérive idéologique pour les mangroves du Sénégal.

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      • Des questions me viennent parfois quand je lis ou entend des propos comme « Les périls annoncés s’éloignent, et parfois c’est exactement le contraire, une nette amélioration, qui se produit ». Mais est ce une méthode de type Coué ou autre pour s’ auto persuader ? Je ne sais pas si vous suivez les articles des revues scientifiques sur les études menées qui montrent des résultats tous dans le même sens. Les prévisions du GIEC sont remises en question, c’est vrai mais pour des tendances supérieures à celles prévues. (Le dernier exemple est la fonte du pergisol en arctique canadien qui va 10 fois plus vite que prévu, ou celle des glaces de l’Antarctique depuis 2014). Et bien sûr les années qui se suivent et se ressemblent pour battre des records de chaleur, sécheresse, et tous les indicateurs qui en decoulent. Enfin bon, je dois être mal informé.
        Mais sans doute me donnerez vous des liens vers des études montrant le contraire.

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      • Zimba a dit : «Les prévisions du GIEC sont remises en question, c’est vrai mais pour des tendances supérieures à celles prévues.»

        Et bien non. La tendance d’évolution des températures globales est entre la moitié et le tiers de ce qu’avait prédit le GIEC (selon son hypothèse que le réchauffement résulte à 100% du CO2 d’origine humaine). La végétation progresse presque partout. Les événements extrêmes ne montrent pas de tendance. Les ours blancs prospèrent au point que les Inuits doivent se défendre…
        Il n’y a pas d’urgence climatique.

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    • Merci pour ce retour. Voyez-vous, j’ai bien creusé ce sujet et cela m’a pris pas mal de temps, tout cela pour partager ces résultats avec la communauté éclairée des lecteurs du blog MM&M de Benoît. Alors, si cet article plait, je me dis que cela valait le coup et je ne regrette pas le temps passé. Après, j’espère que cet éclairage des enjeux autour de la mangrove et plus largement des modalités du reboisement climatique profitera ailleurs, notamment au Sénégal.

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  6. Pour compléter, le projet a été évalué en 2009 lors du stage dernière année à l’ISTOM.
    On trouve le rapport sur Internet. Prémonitoire ?
    😎
    Etude du projet de reboisement de palétuviers rhizophora en basse-casamance (sénégal) par l’ONG océanium.
    par Nicolas FAUGERE
    ISTOM – Ingénieur en Agro-Développement International 2009

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    • Je l’avais lu 🙂 . D’ailleurs, il note « La quasi-totalité des 21 responsables de zone32 se revendiquent du parti politique écologiste FEDES à la tête duquel se trouve Haïdar EL ALI. La coordinatrice (Élise KABO) est membre du FEDES et les responsables sous-régionaux des autres projets d’Océanium (à savoir Fatou DOUCOURE, Malick DJIBA et Julien BADJI) sont aussi délégués régionaux pour le FEDES. L’amalgame entre « responsable de zone pour l’ONG » et « responsable de zone pour le parti » est souvent fait. Certains responsables n’hésitent pas à dire qu’ils font le reboisement au nom du parti des écologistes. » Je n’invente donc rien dans cet article, je l’aurais mis en source mais j’ai tellement épluché de rapports ou mémoires… En plus, les mangroves du Sénégal, je les vois de près tout au long de l’année mais bon…

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  7. Ça n’a rien à voir, mais j’entends peu parlé des premiers résultats de CMIP6.

    Peut-être que Jean J, VMD et Greta savent quelque chose que nous ne savons pas?

    😎

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  8. A Paul Aubrin :
    « Patrick Brown et Ken Caldeira, climatologues à l’Institut Carnegie de l’université de Stanford, en Californie (États-Unis), estiment, dans une étude publiée dans la revue Nature« le réchauffement climatique sera probablement plus important » que les pires modèles du Giec. Pointant du doigt le degré d’incertitude des scénarios climatiques, ils notent que les modèles les plus pessimistes, qui supposent une augmentation des émissions de gaz à effet de serre tout au long du siècle, prévoient une augmentation des températures entre 3,2 et 5,9 °C d’ici 2100 par rapport à la période préindustrielle »
    Restez à l’ombre
    Bonne soirée

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