La Présidence de la Commission européenne sera climato-coercitive

par Cédric Moro.

Si vous rêviez qu’il puisse y avoir une alternative démocratique en Europe sur la politique énergétique et les taxes climatiques, de gauche ou de droite, nous allons montrer ici que les prétendants au poste de Président de la commission européenne mettent tous la sauvegarde du climat en priorité de leur agenda politique et, dans leur immense sagesse, qualité première pour occuper ce type de poste, s’extasient à l’unisson devant une lycéenne de 16 ans : Greta Thumberg.

Manfred Weber – Parti Populaire Européen

Le candidat soutenu par Angela Merkel, mais rejeté par Emmanuel Macron, a bien décidé de rompre avec le climato-scepticisme dont le PPE est parfois accusé (injustement, ils ont voté la neutralité carbone en 2050, fixant ainsi le cap). Même si les conservateurs sont arrivés en tête des dernières élections au parlement européen, ils n’ont pas la majorité pour gouverner. Dans ce but, Weber a revêtu ses plus beaux moccassins en toile de lin pour aller draguer les verts européens (qui, comme d’habitude, vendront leurs voix idéologiques au plus offrant). Ainsi, il promet de :

  • inscrire à l’agenda de l’UE la protection de l’environnement
  • faire une priorité du climat lors de son mandat
  • respecter les engagements pris par l’Europe lors des accords de Paris
  • aller plus loin que la législation actuelle de l’UE en matière de lutte contre le changement climatique
  • Réduire les émissions de GES de 40% d’ici 2030, zéro émission de GES d’ici 2050.

À propos de Greta Thumberg, il lui adresse même un 19,5/20 en matière de communication politique top-down. Ainsi déclare-t-il qu’elle « a fait un excellent travail pour réveiller la société. Une législation sur le changement climatique est nécessaire et doit être votée par le Parlement européen. »

Frans Timmermans – Parti socialiste européen

Si le Parti socialiste français a perdu l’adhésion des classes populaires pour avoir délaissé les thématiques sociales et de pouvoir d’achat au profit notamment de celles sur le climat, M. Timmermans a bien décidé lui aussi d’enfourcher le cheval de la trahison des classes populaires en mettant la coercition climatique au cœur de son programme et en faisant avancer la question des taxes régressives face aux lambeaux de pouvoir d’achat qu’il restait encore aux classes populaires européennes. Dans un élan d’orgueil très politicien, voyant d’un très mauvais œil le fait que sa donzelle écolo soit ainsi courtisée par le PPE, il a revêtu son smoking vert et montré son portefeuille rouge (réversible en fait). Ainsi, il assure que, lui Président, il ferait :

  • le climat : priorité de son mandat
  • réduction des émissions de GES de 40% d’ici 2030, zéro émission de GES d’ici 2050.
  • Taxe carbone intra-européenne avec un chèque vert redistributif (NB : En France, les classes populaires attendent le chèque vert mille fois promis depuis Sarkozy mais qui a été bien en deça des attentes(*), la fameuse carotte, malgré l’alternance de la gauche et du centre, avec Nicolas Hulot pourtant en Ministre d’Etat).

Sur les manifestations téléguidées des jeunes sur le climat, Timmermans fait preuve d’une clairvoyance sans égale au sujet de l’égérie des médias des oligarques européens et de la presse subventionnée : « Greta Thunberg est très efficace parce qu’elle a réussi à mobiliser un énorme mouvement de jeunesse et que ce mouvement a réussi à mobiliser les politiciens d’une manière que je n’aurais pas cru possible il y a trois ans.  »

Margrethe Vestager – Alliance des libéraux et démocrates européens

Comme l’offre politique en matière de climat est grosso modo la même de gauche à droite dans l’UE, c’est dans ce parfait élan démocratique que Margrethe Vestager, la libérale que l’on surnomme la « Tax lady », a décidé elle aussi de réduire la pauvreté en Europe (ben non voyons) de faire du climat sa priorité. Malgré des dissensions internes, elle a décidé que, Présidente de la commission, elle garderait le cap climatique de l’UE, fidèle à sa tradition danoise. Ainsi, elle mettrait en œuvre :

  • réduction des émissions de GES de 55% d’ici 2030 (excusez du peu), zéro émission de GES d’ici 2050.
  • 100 milliards d’euros sur 7 ans dans la recherche pour les énergies « propres »
  • Accentuer la transition énergétique vers les énergies renouvelables
  • Réforme du système d’échange de quotas d’emission de GES pour augmenter le prix du carbone

Mme Vestager trouve dans Greta Thumberg une brillante source d’inspiration pour sa politique de Présidente de l’UE : « Je pense que Greta est une très bonne source d’inspiration. Beaucoup de choses ont déjà été faites, mais nous pouvons bien sûr continuer à faire plus. »

Michel Barnier – Parti populaire européen

Le PPE, sorti vainqueur des urnes, a un deuxième candidat, Michel Barnier, soutenu par Emmanuel Macron qui compte bien by passer la règle du Spitzenkandidat (têtes de liste des partis au sein du parlement européen), via le Conseil Européen. Mais là aussi, il ne s’agit pas de prendre en compte les aspirations populaires européennes dans leur diversité parmi celles exprimées par les conservateurs européens, notamment les plus sceptiques sur la transition énergétique en cours, mais d’aller plus bien loin que Manfred Weber dans les politiques coercitives climatiques et la régression du pouvoir d’achat des classes populaires européennes. Ainsi, notre très cocorico nouveau champion du climat décline ses mesures :

  • neutralité carbone en 2050,
  • investissements massifs dans les énergies renouvelables, les batteries à hydrogène, le transport et les économies d’énergie,
  • création d’un champion mondial de la voiture électrique,
  • limitation des émissions de CO2 des transports nationaux et internationaux,
  • taxes écologiques à l’importation dans l’UE (notamment des produits ne respectant la neutralité carbone).

Nous n’avons pas trouvé l’avis de M. Barnier sur Greta Thumberg mais on imagine sans peine qu’il ne diverge pas tellement de l’extase des autres prétendants au poste suprême de l’UE.

Du rêve démocratique européen à la tradition totalitaire

L’histoire de l’Europe est une succession de régimes autoritaires, de royaumes aux pouvoirs absolus, de dictatures fascistes ou communistes qui ont essaimé dans le monde entier, si bien que, lorsqu’on la regarde sur la longue durée, la démocratie n’y fait figure que d’exception.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, après tant de ravages nationalistes, les européens ont commencé à croire à une Europe toute entière démocratique, où l’opinion des citoyens serait réellement prise en compte, où le pouvoir d’achat s’améliorerait sensiblement. C’était la promesse de l’Europe.

Malheureusement, lorsque l’on constate que les prochains candidats à la Présidence de l’UE ont en fait tous la même politique coercitive au sujet du climat, dont ils font en plus une priorité dans leur mandat, on peut légitimement se demander où en est réellement l’avènement de cette démocratie sur le vieux continent.

L’absence d’offre politique significativement différente sur ce sujet du climat est un signe évident de la dérive dogmatique et totalitaire de l’Union européenne, jetant dangereusement les opinions populaires divergentes dans les bras des extrêmes ou de l’abstention ; classes populaires qui se battent pourtant, en toute légitimité, pour leur pouvoir d’achat et dont certaines élites européennes devraient être les dignes représentants dans une démocratie qui fonctionne.

Les élites européennes sont perdues ; la contemplation béate et soumise devant une lycéenne idéologisée leur fait atteindre les sommets du ridicule en matière de responsabilité internationale. Cette situation, il faut bien le reconnaître, ne présage rien de bon pour l’avenir de l’Europe.

(*) Selon le Ministère de la transition écologique, en 2019, pour les  » 4 millions de français les plus modestes, le montant moyen du chèque énergie va augmenter de 50 € et passera de 150 € à 200 € (+ 23 % des crédits) » Outre le fait que bien des français en situation précaire sont exclus d’un tel chèque, si on prend 5,5T de carbone en moyenne pour un Français à un peu plus de 55 € la tonne, cela fait une dépense de plus de 300 €/hab. L’Etat est donc loin du compte dans le reversement. L’argent engrangé, on le sait, est parti financer le CICE.

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9 réflexions au sujet de « La Présidence de la Commission européenne sera climato-coercitive »

  1. Ils sont tous devenus fous et abêtis devant une lycéenne endoctrinée qui n’y connaît rien en physique de l’atmosphère et en climatologie. Quand la politique devient dictatoriale et déconnectée du Réel, la démocratie meurt.

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  2. Allons, un petit espoir (?)
    J’ai lu qu’il y avait un monsieur (en l’occurrence) « High risks resilient manager », ou quelque chose d’approchant à la mairie de Paris, notez l’emploi du français dans le titre, mais passons, soyons « européen », c’est à dire utilisons l’anglais à la veille d’un Brexit.
    Or, le « programme » correspondant, sachant que le « high risks » était à 352% celui du bien connu dérèglement climatique, est un programme de, presque, bon sens d’ADAPTATION aux changements climatiques, tous plus zorribles les uns que les autres, comme limiter l’effet d’îlot de chaleur urbaine (une découverte récente ?), planter/aménager/entretenir des espaces verts et des zones « humides », bref, ce qui se pratique depuis des lustres, voire des siècles à Séville, ville la plus chaude d’Europe, sans que la mortalité « calorifique » de ses habitants dépasse celle de villes plus « fraiches ».
    En revanche concernant l’Europe, je rejoins Cédric sur la mise en deuxième (ou plus ?) plan de la lutte contre… la pauvreté, qui me semble la priorité, pour ne pas dire l’urgence, avec la possibilité de vivre dans une société où règnent la paix et la justice (on peut, encore, rêver).

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  3. Les plus jeunes ont plus que d’habitude voté. Jusque là, c’est une bonne chose.
    Mais ce sont eux qui ont massivement voté écolo ; là, c’est plus inqiétant !
    Formatés comme ils l’ont été par la propagande climatique, ils ne se rendent même pas compte des conséquences de cette idéologie.
    Outre le fait qu’ils sont persuadés que la science du climat est une science finie, irréfutable, ils trouvent normal que les « climato-sceptiques », soient rejetés, vilipendés, interdits de parole.
    Ils n’écoutent que ce que leur disent les médias et politiques, et surtout pas les scientifiques–honnêtes–.
    Quant aux conséquences de la transition énergétique susceptible de nous sauver de la catastrophe climatique, ils ne se rendent même pas compte que cette transition est inutile, financièrement désastreuse, écologiquement négative, et pour les énergies dites renouvelables, technologiquement inopérante (ils ne savent pas qu’il est impossible de stocker l’électricité intermittente sortie des éoliennes et panneaux solaires, comme on le fait pour le pétrole –ou, en tout cas, dans des proportions infinment moindres que nos besoins, et à des coûts stratosphériques !–).
    Quant aux conséquences de la transition sur notre niveau de vie et sur la pauvreté, ils sont suffisamment déconnectés de la réalité pour ne pas se rendre compte que ça ne va pas s’arranger.
    Les lycéens ont raison de s’inquiéter de leur avenir en défilant dans les rues. ……Sauf qu’ils se trompent de combat.: ce n’est pas le climat, soi-disant épouvantable, qui leur posera problême,
    mais les mesures absurdes prises par les gouvernants pour « lutter » contre celui-ci !
    ….. Et dire qu’on compte sur eux pour assurer l’ « avenir de l’humanité ».!
    C’est pas gagné.
    Climatiquement vôtre. JEAN

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  4. L’un va réduire les émissions de G.E.S. de 40% d’ici à 2030, l’autre de 55 %. Ils pourraient commencer par se mettre d’accord sur les chiffres, ça ferait plus sérieux. Ou alors la bagarre fait rage ? Dans ce cas pourquoi pas 75%, ça vous aurait plus de chien quand même ! Et puis d’où les sortent t’ils ces chiffres, ils les inventent à mesure ? Sûrement pas, ce serait la preuve que tout cela n’est pas sérieux. Je n’ose même pas y penser. Enfin un peu quand même…..

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  5. Oui tout ça semble bien dérisoire , ils annoncent des chiffres toujours plus volontaristes, alors que dans les faits, depuis le temps que des mesures sont prises, les GES augmentent d’année en année. Les pays en développement surtout ont d’autres préoccupations bien plus pressantes comme se nourrir, produire les produits de base, se loger et avoir un minimum de confort comparé à notre mode de vie. Quant à nous, qui est d’accord pour se passer de vacances, de ski, de plage ou même de sa voiture pour aller travailler ? Les chefs d’état vont les vrp pour vendre des airbus au monde entier.

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  6. C’est une question de survie …politique.
    Peut imaginer un politicien d’aujourd’hui ne pas faire de telles promesses?
    En 2035 ou 2050 leurs successeurs en feront des similaires, c’est abyssal.
    Promesses qui n’engagent que ceux qui les croient.
    Remplacer 87% de l’approvisionnement énergétique du monde ne se fait pas par décret ni par des mesures fiscales.

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