Vertiges

par Philippe Catier.

Le site Contrepoints du 20 mars nous offre l’occasion de nous poser les bonnes questions sur l’état des lieux de nos sociétés. La juxtaposition de deux articles dans la même livraison peut provoquer un certain émoi : Nous avons d’abord par Michel Gay l’analyse de ce que peut apporter (ou plutôt détruire) la mise en place de la politique de transition énergétique et des attitudes décroissantes qui la motive comme nous l’a expliqué de son côté Remy Prud’homme, et plus loin un article (I.A) sur les perspectives révolutionnaires du développement de l’intelligence artificielle et de ses conséquences sur la civilisation. Ces deux sujets sont à l’origine de peurs et de réactions dont la divergence fondamentale de perspective amène le vertige. 

Le premier que nous connaissons bien nous ramène au temps des moulins à vent et de l’agriculture vivrière à la charrue, l’autre que nous imaginons s’intéresse à notre futur à tous et prend le masque de la science-fiction. Ce sont deux visions, deux imaginaires sont-ils exclusifs l’un de l’autre ?

La balle dans le pied

Nous allons tout doucement, à grand coups d’idéologie, de catastrophisme, de déclinisme et de manifestations soi-disant vertueuses ou de jugements malvenus, rendre l’économie du pays de plus en plus indigente. 

Pour exemple, l’industrie automobile qui est en première ligne de la sacro-sainte transition: L’interview récente de Carlos Tavares dans le Figaro était pleine de fatalisme face aux injonctions de la société condamnant le diesel. Malgré des progrès importants dans le domaine des filtres à particules rendant les moteurs diesel, déjà plus performants en terme de rejet de dioxyde de carbone, aussi propres que les moteurs à essence, rien n’y fait. La condamnation du diesel relayée dans l’opinion par les ONG, les médias et donc les politiques est sans appel. Il conclue, résigné devant cet état de fait :« passons à autre chose ». 

Donc va pour la voiture électrique car il faut bien faire tourner les chaines de fabrication. La société, l’opinion, y est prête puisqu’on lui a vendu son caractère propre et « moderne ». Un peu de réflexion aurait permis de se rendre compte que l’électricité n’est qu’un vecteur dépendant de l’origine de l’énergie qui peut être, elle, très polluante, que sa fabrication et son recyclage la rendent aussi détestable que les autres, que son prix de vente est rédhibitoire, que son coût d’usage est 30% plus cher en recharge rapide… allons y puisqu’il faut donner l’exemple…

Mais le marché est-il prêt ? C’est peut -être l’avenir, mais ce sera à long terme. En attendant on met en péril une filière industrielle performante et on multipliera subventions et taxes.

Les éoliennes et panneaux solaires sont censés pouvoir fournir cette électricité supplémentaire liée au véhicule électrique ce qui est impossible, leur coût d’installation et d’usage n’étant déjà pas couvert par leur production. Mais il faut donner l’exemple, la France étant prise dans le piège qu’elle s’est tendue lors de la COP21. Il faut décarboner. Donc faisons fi de la réalité économique et poursuivons dans la décarbonation de l’électricité la plus décarbonée. 

Cela coûtera une centaine de miliards qui seraient pourtant les bienvenus dans la recherche ou l’adaptation aux risques, voire la diminution de la dette de l’état. Cela coûte aussi en inconvénients environnementaux longuement expliqués (ici) mais méconnus du grand public qui pense trouver là la solution miracle puisque « le soleil et le vent sont gratuits ».

Pendant ce temps là se développe dans les esprits une espèce de renoncement au progrés un « retour à la terre » et aux techniques ancestrales dans une ambiance de collapsologie détruisant toute envie d’affronter les vrais défis qui ne peuvent être résolus que par la recherche en tous domaines, énergétiques comme informatique. 

L’hypothèse écologique de catastrophe imminente en dehors d’une diminution drastique des capacités énergétiques conduit inévitablement la France à se tirer une balle dans le pied pendant que les autres avancent. Les sommes dépensées pour la transition énergétique entre autres manqueront au soutien de cette recherche. La catastrophe annoncée ne sera-t-elle pas plutôt économique ?

Et pendant ce temps là…

Ils arrivent

Ce pourrait être le titre d’un bon thriller extra-terrestre. Mais ceux qui arrivent sont tout à fait terrestres et sont à l’honneur dans le livre de Laurent Alexandre et Jean-François Copé sur l’intelligence artificielle. Les GAFA et les dragons jaunes asiatiques construisent l’avenir sans tenir compte des injonctions de la COP21. Pour les seconds on voulait bien, du haut de notre bienveillance, leur donner quelques subsides pour qu’ils  diminuent la production de dioxyde de carbone. Ils s’en sont bien moqués, ont su ne pas tenir compte de nos promesses et de nos engagements non provisionnés, et ont continué à se doter sans réserve de sources d’énergie, carbonées ou pas, car ils savent bien que c’est là la condition de leur développement. 

Et maintenant ce n’est plus de développement dont il s’agit mais d’hégémonie. Pendant que nous « retournons à la nature » ils entendent bien se payer les étoiles et contrôler toute la filière des nouvelles technologies. Nous tremblons désormais devant les perspectives offertes par ces technologies à toute l’Asie. Nous hésitons à adopter la 5G chinoise de peur d’être sous contrôle étranger.

Ils développent aussi à plein régime (communiste mais efficace …) la recherche dans les nouvelles technologies nucléaires sachant que là est la clef pour les siècles à venir et nous, nous pensons démanteler cette industrie qui fut un fleuron économique et technique.

Les déposes de brevet sont maintenant l’apanage de l’Asie, la France étant encore en 6eme position mais pour combien de temps ? Et l’Amérique, qui s’est extraite de l’accord de Paris et s’est assurée une indépendance énergétique, présente toujours une recherche florissante et des entreprises de pointe. 

Il y a donc un fossé qui s’élargit entre les pays en pointe dans les technologies d’avenir et la recherche et ceux qui restent en retard par peur du collapsus écologique ou un rapport perturbé au travail. Nous avons eu par le passé l’anathème jeté sur le travail par les 35h, l’instauration d’un ministère du temps libre, et maintenant l’injonction de retourner au XIXe siècle pour sauver la planète. 

Où allons-nous ? A quelle catastrophe faut-il s’attendre ? Climatique ou technologique ?

……………………………………………………………………………………………

Oh pardon ! J’ai eu un vertige et perdu connaissance. J’ai dû dire n’importe quoi ! J’étais dans un mauvais rêve prémonitoire où après 350 ans d’existence avec une puce greffée dans le cerveau, mes émotions et raisonnements contrôlés à distance par des robots, ayant oublié de faire des enfants car les machines en font des copies, j’étais le dernier humain à mourir d’ennui en rêvant béatement que j’étais dans un jardin à cultiver des légumes… verts.

6 réflexions au sujet de « Vertiges »

  1. Les dirigeants et autres « élites » françaises ont commis une énorme faute, celle du péché d’orgueil : se croire supérieur aux autres.
    Cela vient du fait que si la France a pu avoir par le passé, une action majeure dans les idées (scientifiques et politiques), cette influence est considérée comme héréditaire et sans efforts…
    C’est flagrant quand on voyage à l’étranger : de retour en France, à lire et écouter les médias, on constate avec effroi ce nombrilisme égoïste. « Nous » avons raison. Point barre. Quitte à mentir sans vergogne (l’immense mensonge sur les conséquences de la privatisation du chemin de fer anglais en est un exemple flagrant, comme celui sur le glyphosate d’ailleurs).
    J’en viens à penser que cet orgueil, aussi aveugle soit-il, leur permet d’entre apercevoir que ce monde qui se créé leur échappe complètement (OGM, IA, etc…) et que le seul moyen qu’ils ont trouvé, n’est pas de se remettre en question mais de s’y opposer.
    Se remettre en question est bien plus difficile (on touche ici à l’orgueil) que de s’opposer en jouant sur le ressort facile de la peur.
    Ma conclusion est fataliste mais déjà factuelle : la France est en plein déclin. Et que personne ne soit dupe : sa « bonne forme » relative (classement internationaux sur tous les sujets) ne masque pas qu’année après année, nous nous déclassons. Et si la descente n’est pas plus rapide, c’est parce que nous vivons à crédit…….

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    • Merci le Maudit Québecois
      c’est bien vrai ça!!!Le Giec lave plus blanc et mieux que les autres!!! Il n’y a pas que la France qui est en déclin, mais bien l’Europe, le Vieux Continent. Un lavage de cerveau pour effrayer et oublier qu’on n’a plus d’imagination.Donc on mets en avant des jeunes pasteurisés pour oublier que l’Europe a vieilli. Manque d’oxygène et médiocre fonctionnement cérébral. Normal avec « l’augmentation  » du CO2!
      Et si c’était le confort économique et les acquis démocratiques du XXime s. qui stérilisaient la capacité d’entreprendre, de rebond, d’évolution sociétale de l’Europe face à une évolution mondiale sans retour, vu la natalité galopante, bactérienne. Un protectionnisme désuet. Trump commence aussi à s’y mettre en faisant le mur…..
      Oui la nature a déjà évolué avec l’homme , et elle sera obligée d’ encore évoluer pour nourrir 10 milliards d’individus. L’écologisme actuel est rétrograde. L’eau est le grand challenge des décennies à venir, pas l’augmentation du CO2 qui booste la production végétale, comme le réchauffement climatique et donc la capacité de production alimentaire. C’est dans ce domaine que la démocratie et le partage doit évoluer, à toutes les échelles. Les famines font leur grand retour, en toute discrétion…
      La mère Denis du Climat.

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