Amsterdam, nouveau foyer climato-réaliste

par Benoît Rittaud.

Cet après-midi se tenait à Amsterdam une série d’exposés climato-réalistes donnés par plusieurs noms en vue à l’échelle mondiale, notamment Nick Lewis, Richard Tol et Benny Peiser. Vous l’avez ratée, mais rassurez-vous : j’y étais pour vous au nom des climato-réalistes français.

Avec cette après-midi de conférences intitulée Ontgroeningsdag (littéralement « jour dé-verdisé »), l’organisateur a fait revivre l’un des plus anciens mouvements climato-réalistes européens, De Groene Rekenkamer (« la cour des comptes verte »), dont les premières activités remontaient à 1993. L’événement est donc une renaissance, et vu son succès et sa qualité, il y a tout lieu de penser qu’il ne restera pas isolé.

En préambule, un hommage a été rendu à Hans Labohm, père fondateur du climato-réalisme néerlandais et taulier du blog local de référence, climategate.nl (qui ne fait pas référence à la célèbre affaire du Climategate mais signifie « la porte du climat »). Hans, qui a travaillé en France plusieurs années, restera à jamais pour les climato-réalistes le tout premier intervenant à la toute première Contre-COP, l’historique Contre-COP21 de décembre 2015. (On peut revoir son intervention en français ici.)

Combats locaux

Les exposés, qui ont rassemblé plus d’une centaine de personnes, se sont tenus en néerlandais et en anglais — et un chaleureux « bienvenue » a été lancé en introduction pour saluer la présence de l’association française (ma pomme, quoi). Les quatre premiers exposés ayant été dans la langue locale, il ne faut pas trop compter sur moi pour un résumé fidèle. (En plus, Google traduction a refusé de fonctionner correctement.) J’ai dû saisir environ 20% de ce qui s’y est dit, ce qui était suffisant pour se persuader de l’intérêt de ces présentations qui avaient en commun d’être des exposés détaillés de la situation locale. Theo Wolters, un habitué de ces réunions (présent aussi bien à Porto qu’à Londres et Washington et qui jouait cette fois à domicile), a parlé de la politique énergétique aux Pays-Bas, avant que les trois suivants détaillent de fines questions statistiques sur la fiabilité des données de températures à l’échelle des Pays-Bas : problèmes d’homogénéisation, effets considérables du déplacement d’une station de mesure de quelques dizaines de mètres… Voilà typiquement le genre de choses que nous devrions faire aussi, nous autres Frenchies, parce que critiquer les modèles de circulation générale ou proposer des corrélations entre température globale et taches solaires c’est bien joli, mais regarder en détail la manière dont sont construites les données climatiques françaises, ça serait au moins aussi utile. C’est d’ailleurs une initiative de ce genre qui avait valu ses premiers succès à l’Américain Anthony Watts, l’initiateur du légendaire projet SurfaceStations. (Beaucoup plus modestement, j’avais fait quelque chose dans cette veine au tout début de ce blog en analysant le volume 4 du rapport sur le climat en France au XXIe siècle.)

Sont ensuite venus les exposés en anglais (ouf !…), avec au menu : de l’économie, de la politique et de la science. Autant dire une bonne part de ce dont nous avons besoin pour comprendre l’alarmisme climatique et le combattre avec les bonnes armes.

L’exposé de Richard Tol

L’économie, c’est l’affaire de Richard Tol, professeur à l’université du Sussex ainsi qu’à l’université Vrijt d’Amsterdam. (Il travaille aussi pour une ou deux autres institutions que j’ai oublié de noter.) Nous avons eu droit à ce genre de présentations si limpides que non seulement on comprend tout (au point qu’on en viendrait presque à se croire intelligent), mais où on est également saisi par le pouvoir de conviction du propos. Impossible de ne pas adhérer à un discours aussi structuré et aussi précis que celui de Richard Tol, qui n’a pas besoin d’en rajouter pour convaincre.

Son premier élément a consisté en un graphique (photo ci-dessous) qui montre le coût du réchauffement en terme de PIB. Les points bleus correspondent à des études scientifiques spécifiques, la courbe rouge à l’estimation moyenne du lien entre réchauffement et coût (et les deux courbes en pointillés aux marges d’erreur, si je me souviens bien). En abscisse le nombre de degrés dont le gaz satanique réchauffe notre malheureuse planète, en ordonnée le coût subséquent en pourcentage de PIB.

Richard Tol tire plusieurs conséquences de ce graphique. La première, c’est qu’un réchauffement modéré est plutôt bénéfique (principalement parce qu’il permet d’économiser le chauffage et parce que le CO2 fertilise les plantes). Ce n’est qu’au-delà d’une certaine température que les choses se gâtent. (Il signale aussi, en réponse à une question, que la toute première étude sur le lien entre température et PIB portait sur les effets… d’un refroidissement. C’est le point bleu à -1 °C, tout à gauche, qui suggère d’ailleurs qu’un refroidissement est d’emblée négatif à l’échelle globale.)

Vu le réchauffement d’environ un degré déjà acquis depuis un siècle, il est possible que l’essentiel des bénéfices à attendre d’un réchauffement soit derrière nous. Toutefois, et c’est le point le plus important, les dégâts à redouter d’un réchauffement plus important n’ont rien à voir avec l’Apocalypse : on parle à tout casser de quelques pourcents de PIB, ce qui n’est pas la fin du monde. Mettons que la poële à frire nous réchauffe de 6 degrés (ce qui est déjà bien au-dessus de la fourchette haute) : les 5% de PIB alors perdus (allez, je vous en met 10 et n’en parlons plus) correspondent à quelques années de croissance mondiale à peine. Ce ne serait certes pas indifférent, reconnaissons même qu’on s’en passerait bien volontiers, mais tout ça resterait malgré tout à des kilomètres de l’irréparable cataclysme planétaire complaisamment dépeint par les Al Gore de tout poil, et ce malgré l’hypothèse particulièrement extrême ici posée sur le réchauffement à venir. Les années de forte récession au Japon, plus près de nous la crise grecque, ont été bien pires. De quoi ramener les inquiétudes à de plus justes proportions.

L’exposé a ensuite rappelé cette évidence : l’impact des changements climatiques dépend pour une large part des capacités adaptatives, elles-mêmes hautement dépendantes de la richesse des pays. Les pays les plus chauds étant aussi les plus pauvres, il convient de ne pas confondre entre les différentes causes de vulnérabilité à un éventuel réchauffement.

La richesse pour s’adapter

Autre élément trop peu souligné : le réchauffement climatique est supposé lié aux émissions de gaz à effet de serre, mais ces dernières sont à leur tour liées à la création de richesses. C’est ainsi qu’en même temps qu’elle cause un réchauffement de la planète l’humanité se dote des moyens matériels pour lutter contre les effets contraires de celui-ci, en une sorte d’inversion du sens à donner au sempiternel et énervant slogan des alarmistes écologistes : « là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ». Fort de cette remarque de bon sens, Richard Tol peut proposer des projections dans lesquelles l’adaptation aux changements climatiques se fait de façon non pas statique mais dynamique, c’est-à-dire en tenant compte de ces puissants leviers d’action qu’offriront progressivement l’enrichissement global (la vilaine croissance, quoi). En intégrant cet élément, l’analyse économique montre que les problèmes causés par le réchauffement giécien à venir, sans être négligeables, ne méritent clairement pas de faire la une de nos journaux. (Précision méthodologique : Richard Tol ne se préoccupe pas spécialement de porter un regard critique sur les modèles climatiques et leurs prévisions, il mène une analyse purement économiste sur les conséquences qui découlent de ces prévisions.)

Le paludisme permet d’illustrer cette dialectique entre richesse et résolution de problèmes. Hormis les régions du monde où cette maladie ne peut pas se trouver pour des raisons climatiques, le paludisme partage le monde en deux parties : celle où il se développe, et celle où il pourrait techniquement se développer mais ne le fait pas (et demeure donc heureusement absent en pratique). Il se trouve que le partage entre ces deux parties du monde est intégralement économique : c’est la richesse d’un pays qui éradique le paludisme. (L’Europe occidentale l’a éradiqué dans les années 30, les États-Unis après guerre.) L’occasion, donc, d’aborder les problèmes en termes plus stratégiques : s’il s’agit de savoir comment « lutter contre le paludisme causé par le réchauffement climatique », la bonne solution n’est pas d’interdire les voies sur berge, mais d’éradiquer la maladie à l’aide de méthodes éprouvées — en un mot : le développement.

Les digues

Un second exemple est celui de la construction de digues contre les inondations. Richard Tol se livre à une comparaison entre deux pays à qui se posent des problèmes géographiques comparables : les Pays-Bas et le Bangladesh. Pour le premier, se protéger des assauts d’une mer qui monte est un problème aujourd’hui légitimement considéré comme gérable : les compétences et les moyens sont disponibles depuis longtemps, les constructions sont sous surveillance, les risques sont donc faibles. Le Bangladesh, en revanche, est bien plus faiblement armé pour faire face au problème, qui le frappe pourtant plus ou moins de la même manière.

L’écart des richesses permet facilement de comprendre pourquoi l’un des deux pays s’en sort mieux que l’autre, mais l’analyse de Richard Tol va plus loin : si du point de vue économique le Bangladesh actuel ne peut pas être comparé aux Pays-Bas d’aujourd’hui, il se trouve en revanche dans une situation économique assez voisine de celle des Pays-Bas de l’époque où ceux-ci ont lancé leur plan pour se prémunir des assauts de la mer, c’est-à-dire au XIXe siècle. (La ressemblance entre les photos d’époque des chantiers néerlandais et celles d’aujourd’hui des chantiers bangladais est d’ailleurs tout à fait frappante.) De plus, si différence technologique il y a, elle est fortement à l’avantage du Bangladesh actuel, qui dispose malgré tout de moyens informatiques et satellitaires que les néerlandais d’il y a deux cents ans ne connaissaient pas.

Ce qui freine l’avancement des travaux nécessaires, au point de faire prendre du retard au Bangladesh même par rapport aux Pays-Bas du XIXe siècle, est donc à chercher ailleurs. En l’occurrence : un effroyable niveau de corruption, une extrême polarisation politique, une influence insuffisante des plus pauvres (aussi les plus affectés par les inondations) dans les processus de décision, mais aussi les superstitions qui voient dans les inondations une punition divine à laquelle il est sacrilège de vouloir se soustraire par la construction de dispositifs de protection.

Veut-on vraiment aider ?

Dans ce cas de la construction de digues et de polders s’applique donc la même idée que pour le paludisme, synthétisée par la conjecture de Schelling, du nom d’un prix Nobel d’économie qui a posé les questions suivantes :

  • Pourquoi se préoccupe-t-on tant des petits-enfants de gens pour qui nous ne semblons pas éprouver d’empathie ? (Richard Toll illustre ce point en comparant les discours sur « l’avenir des enfants du monde » avec ceux, bien différents, sur les migrants.)
  • Si nous sommes vraiment préoccupés par les impacts des changements climatiques sur les descendants des plus pauvres, y a-t-il de meilleurs moyens de les aider que la simple réduction des émissions de gaz à effet de serre ?

L’aide à l’adaptation est-elle un meilleur moyen de réduire les impacts des changements climatiques ? On l’aura compris, la réponse à cette question est clairement affirmative. Ne reste donc qu’à décider ce que nous voulons vraiment. S’il s’agit d’étaler des bonnes intentions, alors faisons mine d’agir sans nous préoccuper du reste. Mais s’il s’agit de traiter vraiment les problèmes, alors puisons parmi les solutions à disposition. Y compris si celles-ci, qui n’ont rien d’émotionnel, n’offrent pas d’occasion d’afficher sa vertu à la face du monde.

(Allez, au dodo, ou je vais m’effondrer sur mon clavier — en plus, c’est demain très tôt que je vais brûler éhontément quelques tonnes de kérosène en prenant l’avion… Promis, j’essaye de vous faire sans trop tarder un compte-rendu des interventions de Benny Peiser et de Nick Lewis.)

11 réflexions au sujet de « Amsterdam, nouveau foyer climato-réaliste »

  1. Voilà un très bel angle d’attaque : aujourd’hui nous sommes inaudible, et attaquer le GIEC, c’est paraître terre-platiste et de ce fait, l’immense majorité ne prend et ne prendra pas le temps de lire et étudier l’évidence. Donc démontrer que c’est l’adaptation qui est la moins coûteuse et surtout la plus réaliste (qui imagine un instant que la Chine arrête sa croissance?), sera le premier pavé de chemin qui mènera qu climato-réalisme.

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  2. « Le paludisme peut-il remonter vers le Nord ? », par le Pr Paul Reiter, de l’Institut Pasteur :
    http://www.rfi.fr/contenu/20091119-le-paludisme-peut-il-remonter-vers-le-nord
    « le paludisme touche particulièrement les pays pauvres. C’est une maladie de pauvreté. Là où les niveaux de vie sont plus élevés, il y a moins de paludisme. Ainsi, on relève que la maladie a disparu dans toute l’Europe, l’Amérique du Nord et même en Russie et en Sibérie (…) la température n’est pas le facteur déterminant (…) En Finlande et en Sibérie, le paludisme était même un problème de santé majeure mais il a été éradiqué (…) »
    Car les moustiques prolifèrent dans les zones humides et marécageuses (étymologie de mal-aria)

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  3. Jamais depuis que le monde est monde l’homme n’a pensé agir sur le climat mais s’y est adapté avec succès. La vision prométhéenne de nos marchands de peur climatique et tout bêtement délirante.On ne peut voir l’avenir que la lumière du passé.

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  4. Bonjour, je pense que le premier point est important : s’assurer des données de températures de « proximité » : dans mon village, plusieurs viticulteurs ont notés, tous les matins, pendant plus de 50 ans, la température relevé sur le même thermomètre : ce genre de carnet, parfois parfaitement conservé, est une mine d’information pour le niveau ultra-local… et parfois ce travail a été fait sur plusieurs générations : reste à les retrouver et à convaincre leur propriétaire de les communiquer.
    Alors que les données de température de l’aéroport dont les alentours se sont fortement urbanisées et les moyens de mesure normalisée plusieurs fois modifié, me semble plus difficile à interpréter : ce sont celle là qui figurent dans les documents officiels je pense.

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  5. La solution de beaucoup de problèmes est le développement économique, donc l’accès à l’énergie et au commerce. C’est justement ce que bloquent volontairement les verts par tous les moyens en augmentant le prix de l’énergie, en essayant de limiter les transports et en revenant aux techniques agricoles du moyen-âge.
    Vouloir aider les autres parait être une chose généreuse, mais les proverbes « aides toi, le ciel t’aidera » et « on ne fait pas boire une âne qui n’a pas soif » sont toujours aussi pertinents, il ne sert à rien d’aider des gens qui ne le veulent pas. Donner de l’argent aux pays pauvres n’entraîne que corruption et rancœur, la vraie richesse est la connaissance que nous ne sommes même plus capables de transmettre avec notre système scolaire à la dérive.

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  6. Bonjour, j’ai vu sur une vidéo des climatoréalistes des T-Shirts avec I love (cœur) CO2
    En voulant en acheter un, j’ai trouvé un site américain, je pense, avec I (feuille verte en forme de cœur) CO2
    Je crois que ce serait bien de pouvoir acheter/ porter ce T-shirt qui est moins provoq’ que le cœur mais fait penser à la photosynthèse.pour faire bouger les esprits…

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  7. trois choses fondamentales dans la « lutte contre le CC » :
    1/ Adaptation
    2/Adaptation
    3/… Adaptation
    (« Nyapluka » trouver les financements…verts)

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  8. Les hollandais ont intérêt à se réveiller, un sondage annonce qu’ils sont favorables à 54% à la construction d’une centrale nucléaire.

    http://www.sfen.org/rgn/pays-atout-nucleaire-revient-table

    Le seul argument valable pour faire un tel choix est bien la croyance dans l’effet néfaste du CO2.
    En l’absence de la propagande du GIEC, le nucléaire est factuellement mort, aucun réacteur nucléaire ne peut à puissance égale coûter moins cher que le gaz ou le charbon.

    La croyance dans l’effet néfaste du CO2 est une condition indispensable à la survie de la filière nucléaire et de son maquillage écologique. Sans le GIEC, le nucléaire ferme ses boutiques.

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    • Nous nous battons depuis des années pour dire que le gas carbonique n’est pas un danger pour le climat mais la société en a décidé autrement comme dirait Carlos Tavares le PDG de PSA. Donc il faut bien trouver des énergies qui n’en produisent pas… Nous avons le nucléaire qui pourra certainement progresser vers plus de sécurité et moins de déchets . Pourquoi s’en priver d’autant qu’un jour ou l’autre, et c’est la deuxième raison pour laquelle la technologie nucléaire est valide, les énergies fossiles disparaîtront.
      Je pense même que c’est la vraie raison pour laquelle nos dirigeants cherche à diversifier les sources énergétiques .Le problème c’est qu’ils ont fait le choix d’énergies intermittentes qui ne feront jamais le travail nécessaire.
      Curieusement il se trouve qu’aujourd’hui le démantèlement des centrales à charbon française est repoussé à une date incertaine… comprenne qui pourra.

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