Quatre mesures pour en sortir

par Rémy Prud’homme.

Le discours du 11 décembre n’a pas suffi à apaiser la colère des gilets jaunes. Cela tient au ton : le président a délibérément omis le vocable « gilets jaunes » de son discours, comme pour les nier, les effacer. Et au contenu : les mesures ne corrigent même pas les pertes de pouvoir d’achat de 2018 (par rapport à 2017 ou 2016); elles se contentent d’annuler, partiellement, des pertes de pouvoir d’achat prévues pour 2019 ; appeler cela un « cadeau », comme le fait la rhétorique officielle, ajoute de la colère à la colère. Il faut des mesures plus fortes. En voici quatre – parmi d’autres – qui pourraient contribuer à calmer le jeu.

     Une mesure financière, d’abord : la baisse de la taxe carbone. La hausse de cette taxe a été le détonateur de l’explosion de la colère. Supprimer son augmentation prévue (pour combien de temps ?) ne suffit pas. Ce que veulent les Français, c’est sa suppression. Mais soyons raisonnables : demandons seulement sa baisse au niveau qui prévalait en 2016. La fin de la présidence Hollande, lorsqu’un certain Macron était ministre des Finances, n’était tout de même pas un désert fiscal.

     Une mesure écologique ensuite : l’arrêt de l’implantation des éoliennes. Les décideurs parisiens imaginent mal le désarroi, voire la haine, que suscite l’implantation de ces monstres métalliques de 150 à 200 mètres de hauteur (Notre-Dame de Paris culmine à 96 mètres). Elles sont d’abord un désastre écologique. Elles massacrent les paysages (y compris des sites classés au Patrimoine mondial de l’humanité). Elles massacrent les sols : pour chaque éolienne, un socle de 1500 tonnes de béton. Elles massacrent les chauves-souris par milliers. Elles ne diminuent en rien les rejets de CO2 puisqu’elles remplacent des centrales nucléaires qui n’en émettent pas ; en fait, elles les augmentent puisque leur intermittence rend nécessaire la construction de centrales au gaz. Elles ont besoin de subventions. Elles augmentent le prix de l’électricité. Elles font baisser la valeur des habitations proches. Ces calamités ne touchent pas les Parisiens. Il n’y a pas d’éoliennes à l’Ile de Ré ou dans le Lubéron. Les éoliennes sont principalement implantées dans les zones les plus pauvres du pays. Le gouvernement veut multiplier par trois le nombre de ces monstres. Mettre un terme à cette folie, comme le font maintenant les pays (Allemagne, Espagne) qui ont beaucoup investi dans ce domaine, ne lui coûterait pas un sou, au contraire, mais soulagerait les millions de Français qui luttent contre ce fléau.

     Une mesure décentralisatrice : laisser les départements libres de fixer la vitesse limite autorisée sur les routes départementales. Les Parisiens, qui roulent à moins de 50 km/h dans l’agglomération, et à 130 km/h sur les autoroutes, ont peine à imaginer la colère que suscite chez les habitants des régions pauvres, qui ne roulent que sur les routes soumises à l’abaissement de la vitesse maximale de 90 à 80 km/h, assaisonnée d’une multiplication des radars et des amendes. La mesure leur fait perdre 300 millions d’heures : l’équivalent de 180000 emplois. Laissons les élus locaux apprécier, dans leur sagesse, ce qui peut être fait, km par km, pour réduire la mortalité sur « leurs » routes.

     Une mesure politique : fixer le salaire des élus au niveau de revenu déclaré avant d’entrer en politique. Les gilets jaunes, et beaucoup de Français avec eux, voient dans les 300 députés de LREM des gens comme eux (on le leur a assez dit) qui ont triplé leur salaire en échange d’une soumission absolue au pouvoir en place ; et ils les détestent. On peut appeler cela jalousie, ou crise de la représentativité, mais pas l’ignorer. Fixer un très bas salaire des élus, qui a été demandé, n’est pas une bonne réponse : cela écarterait trop de gens de qualité de la vie politique. Mais la mesure ici proposée a l’avantage d’éliminer le fort soupçon de vénalité qui prévaut, sans l’inconvénient de décourager des fonctions électives. L’argument : à travail égal salaire égal, ne tient pas ici. Un mandat électoral n’est pas un travail, mais une fonction. Les présidents des universités françaises, qui sont élus, sont tantôt des professeurs, tantôt des maîtres de conférences. Ils gardent leur salaire de professeur ou de maître de conférences, qui sont très différents, plus une modeste prime. A fonction égale, salaire inégal. Cependant, tous ces présidents assument leurs lourdes responsabilités avec le même cœur et la même énergie. 

     Mieux vaut prendre des mesures comme celles-ci, plutôt qu’envoyer des tanks contre ceux qui les réclament.

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9 réflexions au sujet de « Quatre mesures pour en sortir »

  1. Le bon sens serait il la chose la moins bien partagée chez nos politiques ?? Voilà pourtant des conseils avisés dont il pourraient profiter s’il n’etaient pas pris en otages par l’ideologie verte .

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  2. Et que dire du « train de vie » des parlementaires, hors rémunération « directe », mais aussi parfois d’élus locaux, dans les régions ou les départements ?
    Qu’on leur donne les moyens de « bien travailler », d’accord, mais il y a t il des contrôles sur (d’hypothétiques, bien entendu) abus ?
    N’y aurait il pas un excès, en nombre et en frais de fonctionnement, de « hautes autorités » et de comités « Théodule », même si certains ont leur utilité (je pense au défenseur des Droits) ?
    Était-ce bien nécessaire et utile (pour la Planète…) d’envoyer (au charbon 🙂 )tant de monde à la brillante COP24 ?
    J’arrête là de peur de me faire taxer d’antiparlementarisme ou anti étatisme primaire, ce qui n’est pas mon propos, bien au contraire oserai-je même dire !

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    • D’autant que certains ne croient autorisés à investir l’indemnité de frais de mandat dans un local politique pour assurer la permanence, et que cet « investissement » est récupéré à la fin du mandat dans le patrimoine de l’élu.

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      • J’ai même cru comprendre qu’une parlementaire s’était vue octroyer un prêt par l’Assemblée Nationale ou le Sénat (je ne sais plus…), pour la construction d’un bien immobilier personnel, prêt qui fut remboursé à l’aide des indemnités de frais de mandat… 🙄

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  3. Un grand débat National doit avoir lieu ces prochains mois .Quels sont les moyens d’action à envisager pour développer une position réaliste concernant la fiscalité écologique liée au développement des énergies renouvelables ?

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  4. On pourrait aussi arrêter de subventionner le solaire (surtout le solaire au sol sur des surfaces végétalisées où il vaudrait mieux cultiver de quoi produire des agrocarburants).
    Et pour l’assemblée nationale, au-delà du salaire des députés, il y a celui des fonctionnaires de l’assemblée qui bénéficient de salaires mirobolants (8000€/mois en moyenne !!!).

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