Championnats sportifs européens

Les étés sont souvent riches en événements sportifs internationaux télévisés. Tous les mois de juillet sont occupés par le Tour de France ; la Coupe du Monde de football a lieu en juin et juillet les années paires non divisibles par 4, sauf en 2002 et 2010 où elle a été remplacée par des tournois amicaux (respectivement Coupe de la Paix et Trophée Nelson Mandela Contre le Racisme). Le mois d’août obéit à une périodicité de quatre ans : les Jeux Olympiques se produisent lors des millésimes divisibles par 4 ; les championnats du monde d’athlétisme ont lieu tous les deux ans, les années impaires ; jusqu’en 2010, les championnats d’Europe d’athlétisme étaient organisés les années paires non divisibles par 4, mais depuis 2012 ils ont lieu toutes les années paires. On peut d’ailleurs douter de l’opportunité de cette réforme car les championnats d’Europe des années divisibles par 4 ont lieu quelques semaines avant les Jeux Olympiques et sont boudés par beaucoup d’athlètes.

Du nouveau en 2018

Cette année 2018 marque une nouveauté. Les Championnats d’Europe d’athlétisme ont bien eu lieu à Berlin du 6 au 12 août, mais ils ont été associés à d’autres disciplines. Ainsi, les championnats d’Europe d’aviron, cyclisme, golf, gymnastique artistique, natation, et triathlon ont tous eu lieu à Glasgow (Edimbourg pour le plongeon, composante de la natation), entre le 2 et le 12 août. L’événement sportif commun appelé « Championnats sportifs européens » a donc connu sa première édition en 2018. Cette compétition est dotée d’un logo et d’un site internet officiel. Malgré l’absence de cérémonies d’ouverture et de clôture (et ça, on ne va pas s’en plaindre) et de résidence commune des athlètes, nous avons donc eu droit à une sorte de petits Jeux Olympiques entre européens. Cette formule permet de valoriser des sports peu médiatisés (aviron, cyclisme sur piste, gymnastique, triathlon) dont il n’y a aucune chance pour que leurs championnats d’Europe soient diffusés par des chaînes gratuites à forte audience s’ils ont lieu indépendamment les uns des autres.

Il faut d’ailleurs saluer le travail de France Télévisions qui a pris soin de retransmettre toutes les compétitions en jouant de la complémentarité de France 2, France 3 et France Ô avec des sessions complètes du matin au soir.

Mais surtout, comme aux Jeux Olympiques, cette formule permet l’obtention d’un classement des médailles que le site officiel ne se prive pas de publier en bonne place. Et ça, le classement des médailles, c’est essentiel : à quoi cela sert-il de gagner des compétitions si ce n’est pour le faire remarquer aux autres ?

Un classement cohérent des médailles

Il y a deux ans, à l’occasion des Jeux Olympiques de Rio, nous avions déjà discuté ici d’une méthode d’amélioration de ce type de classement et son principe a été repris lors de ces Championnats Européens.

D’une part, pour éviter de comparer des sommes de médailles de métaux différents ou de donner l’exclusivité aux médailles d’or, nous adoptons une solution intermédiaire en attribuant 5 points par médaille d’or, 2 par médaille d’argent et 1 par médaille de bronze.

D’autre part, afin de tenir compte du prestige des différentes compétitions, un coefficient est affecté à chaque épreuve.

Par exemple, un coefficient 4 est attribué au 10 000 m en athlétisme : en emportant la médaille d’or sur cette épreuve, Morhad Amdouni a donc apporté 4*5 = 20 points à la France Éternelle.

Pour l’essentiel, les coefficients utilisés aux Jeux Olympiques de Rio ont été conservés.

En athlétisme, toutes les épreuves ont le coefficient 4, sauf trois auxquelles le coefficient 6 a été attribué : le 100 m (course emblématique) et les relais 4*100 m et 4*400m (pour leur aspect collectif caractérisant la force athlétique d’un pays). Les coefficients sont les mêmes pour les épreuves féminines et masculines, l’athlétisme ayant la dignité de ne pas organiser d’épreuves mixtes à la légitimité douteuse.

Le lamentable cas de la natation

La natation pose les mêmes problèmes qu’en 2016. En pire.

Nous avions déjà démontré ici qu’il y a beaucoup trop de médailles en natation par rapport à l’athlétisme car toutes les épreuves de natation se ressemblent et font appel aux mêmes qualités, ce sont donc toujours les mêmes qui gagnent. Tant que les championnats de ces deux disciplines se déroulent séparément, cela n’a pas de conséquence et chaque fédération internationale distribue ses récompenses comme elle l’entend. Mais quand il y a un classement des médailles commun, la discipline qui organise le plus d’épreuves se « sur-représente » dans le bilan général.

Et à ce petit jeu de la « sur-représentation » par des épreuves identiques, la natation a encore aggravé son cas par rapport aux Jeux de Rio en 2016. Là où l’athlétisme est passé de 47 épreuves à Rio à 48 à Berlin (ajout du 50 km marche féminin, ce qui symétrise légitimement les compétitions masculines et féminines), la natation a gonflé son nombre d’épreuves de 44 en 2016 à 72 cette année. La natation sportive (les classiques courses en huit lignes dans une piscine de 50 m) est ainsi passée de 32 courses à Rio à 43 à Glasgow, dont certaines sont franchement folkloriques. Par exemple, le relais « 4*100 m quatre nages mixte » où les différentes équipes choisissent quelles nages seront effectuées par des hommes et des femmes a fait dire au commentateur de France Télévisions que « cette course a un petit côté Intervilles », remarque franchement insultante pour l’émission présentée par Guy Lux et Simone Garnier, déclarée d’utilité publique, rappelons-le. La natation en eau libre est passée de 2 épreuves en 2016 à 7 en 2018, le plongeon de 8 à 13, la natation artistique réussissant le tour de force de passer de 2 à 9.

Comme toujours en natation, ce sont les mêmes qui gagnent. On découvre ainsi sur le site officiel que 19 des 21 sportifs les plus médaillés sont des nageurs, phénomène déjà observé aux Jeux Olympiques :

  • 7 médailles : deux nageuses artistiques
  • 6 médailles : un nageur sportif
  • 5 médailles : trois nageuses artistiques, une nageuse sportive
  • 4 médailles : huit nageurs sportifs, trois nageuses artistiques, une nageuse en eau libre, une cycliste, un gymnaste

Il y a tellement de courses qui se ressemblent en natation que beaucoup de nageurs peuvent participer à de nombreuses épreuves, le critère de réussite n’est plus uniquement le talent intrinsèque mais aussi la capacité à sélectionner les épreuves où la concurrence n’est pas trop forte et à bien récupérer de la multiplication des courses (séries et finales). À part un encouragement au dopage, je ne vois pas très bien quel est le but.

Cette multiplication d’épreuves provoque même des comportements ridicules. Par exemple, une nageuse danoise avait terminé deuxième de la finale du 50 m nage libre, un centième derrière une concurrente suédoise. Trois jours plus tard, lors de la demi-finale du 100 m, la Danoise a nagé le premier 50 m le plus vite possible, en n’effectuant pas le virage classique « avec les pieds » mais en tapant le mur du bassin à la main, ce qui lui a fait perdre un temps considérable. La raison ? Elle voulait faire un temps meilleur que son adversaire suédoise lors de la finale du 50 m, tout en se qualifiant pour la finale du 100 m. Le résultat ? Moins bon temps sur le premier 50 m que la Suédoise et qualification ratée pour la finale. Comme dirait Jean-Michel Larqué, « quand on ne respecte pas le jeu, le jeu ne vous respecte pas ».

En matière de « c’est toujours les mêmes qui gagnent », c’est encore plus simple en natation artistique où le classement des épreuves est de façon presque immuable : Russie première, Ukraine deuxième, Italie troisième. On se demande pourquoi ces compétitions sont disputées puisque le résultat est connu à l’avance.

Les coefficients pour respecter la représentativité des sports

L’attribution des coefficients permet donc de tempérer cette boursouflure d’épreuves de natation et d’éviter que le classement global des nations soit trop dirigé par cette discipline.

Voici donc la somme des coefficients utilisés pour l’établissement du classement des Championnats Européens :

Athlétisme                   204

Aviron                        40

Cyclisme                     90

Golf                            2

Gymnastique              42

Piscine et assimilés     128

Triathlon                     10

Sur un diagramme en camembert troué (également appelé brioche), cela donne ceci :

Répartition points

 

Naturellement, en fonction de ses goûts sportifs, chacun pourra discuter du détail de la répartition des coefficients. Que le lecteur se rassure : cette répartition a été intégralement effectuée avant le début de la compétition et en toute subjectivité.

Voici quelques exemples de coefficients.

Comme ce sont toujours les mêmes qui gagnent les courses de natation de spécialité (brasse, dos, papillon), autant leur attribuer un faible coefficient (1) puisqu’il y a trois courses de ce type (50, 100 et 200 m) plus la multitude de relais.

La plupart des épreuves de cyclisme sur piste ont le coefficient 3, sauf les épreuves par équipes de poursuite et de vitesse, coefficientées 4 pour récompenser l’aspect collectif.

Les épreuves individuelles d’agrès en gymnastique ont le coefficient 3, les deux épreuves par équipes (féminine et masculine), très complètes et très exigeantes, ont le coefficient 6. Une médaille de bronze à cette épreuve (félicitations aux Français qui ont obtenu cette récompense) vaut donc plus (6*1) qu’une médaille d’or sur le 200 mètres papillon en natation (1*5) : c’est la moindre des choses.

Le vrai classement des pays

Voici le tableau des médailles « traditionnel » à l’issue de ces championnats.

Rang

Pays Or Argent Bronze Total

1

Russie 31 19 16 66

2

Royaume-Uni 26 26 22 74

3

Italie 15 17 28 60

4

Pays-Bas 15 15 13 43

5

Allemagne 13 17 23 53
6 France 13 14 15

42

7 Pologne 9 6 6

21

8 Ukraine 8 13 5

26

9 Suisse 8 4 7

19

10 Hongrie 7 4 4

15

11 Belgique 6 5 8

19

Le premier critère de ce classement est le nombre de médailles d’or, puis le second critère, en cas d’égalité sur l’or, est le nombre de médailles d’argent, puis éventuellement le nombre de médailles de bronze si l’égalité se prolonge. Il survalorise évidemment les médailles d’or. On constate que le classement en fonction du nombre total de médailles conduit de nombreuses inversions, notamment celle entre la première et la deuxième place, mais ce dernier classement ne récompense pas assez les médailles d’or : « seule la victoire est belle », comme chacun sait, surtout si c’est contre un pays ennemi héréditaire sportivement (c’est-à-dire à peu près tous). Et surtout, sixième n’est pas un classement acceptable pour le Pays des Lumières.

Voici donc enfin le vrai classement établi par la méthode présentée précédemment :

  1. Royaume-Uni 564
  2. Russie 500
  3. Allemagne 381
  4. France 327
  5. Pays-Bas 325
  6. Italie 305
  7. Pologne 231
  8. Ukraine 184
  9. Suisse 172
  10. Belgique 169

Pour le classement de la France Éternelle, c’est nettement mieux, ce mode de classement est donc validé. L’Allemagne gagne aussi deux places et les deux premiers intervertissent leurs positions. Les perdants sont l’Italie (qui descend de trois places) et la Russie (qui perd la première place), pour les mêmes raisons : ces deux pays ont obtenu beaucoup de médailles redondantes en natation et le mode de calcul utilisé ici, qui diminue le poids de ce sport pour retrouver des « rapports de force » plus raisonnables, leur est défavorable.

Analysons l’origine des points par discipline pour quelques pays.

FRA-GBR

La France et le Royaume-Uni ont des répartitions de leurs points très proches de la répartition globale des disciplines. Ces deux pays inscrivent des points à peu près partout et ne dépendent pas trop de certains sports. Par exemple, la lose française en athlétisme lors des premiers jours de compétition (le zéro de « Kéké la braise » à la longueur du décathlon et la blessure de Jimmy Vicaut avant la finale du 100 mètres) n’a pas de conséquences trop graves car les autres sports ont compensé.

BEL-POL

Inversement, les Nosamisbelges et surtout les Polonais (avec leurs performances sur les épreuves de lancers, notamment) sont extrêmement dépendants de l’athlétisme.

ITA-RUS

Inversement, les Italiens ne semblent pas très concernés par l’athlétisme mais dépendent fortement de la natation et du cyclisme. Les Russes sont aussi très fortement dépendants de la natation, mais un peu à leur corps défendant : leur faible nombre de points en athlétisme provient de leur suspension par la fédération internationale pour cause de dopage institutionnalisé. Seuls quelques athlètes russes ont été autorisés à concourir, et sous drapeau neutre. Nous leur avons « rendu » leur nationalité dans ce classement, et de toutes façons, même sans ses 52 points obtenus en athlétisme, la Russie reste deuxième.

On peut aussi s’intéresser à l’évolution du classement au fur et à mesure que la compétition se déroulait :

Évol classt

Ce graphe présente l’évolution du nombre de points des dix premiers au fur et à mesure des Championnats Européens au cours des dix jours de compétition, du 3 au 12 août. À l’exception de la crosse de hockey britannique au cinquième jour (13 médailles dont 7 d’or ce 7 août !), les évolutions sont assez régulières. On constate néanmoins le léger fléchissement russe (pour cause d’éviction de l’athlétisme) à partir du sixième jour, qui permet aux Britanniques de prendre la tête sur la fin. On observe également le bon départ des Italiens et des Néerlandais, lié à leurs bonnes performances en aviron, cyclisme sur piste et natation, disciplines du début de la compétition.

Les performances nationales par discipline

Voici le diagramme de répartition globale de tous les points (les « 0 % » ne signifient pas 0 point, mais moins de 0,5 %, les pays n’ayant récolté aucun point lors des Championnats Européens ne figurent pas sur le diagramme) :

Total

La répartition semble relativement équitable : le Royaume-Uni, premier, ne prend « que » 14 % des points. Cependant, les six premiers en concentrent 58 % et les dix premiers 77 %, il ne reste donc plus grand-chose aux suivants.

Discipline par discipline, cela donne ceci :

Athlétisme

Plus gros pourvoyeur de points, l’athlétisme mérite sa réputation de sport universel puisque c’est cette discipline qui distribue des points au plus de pays. La faiblesse russe s’explique par sa suspension pour ces championnats.

Aviron

De façon étonnante, l’aviron couronne un pays qui n’est pas dans le top 10 global : la Roumanie est première nation dans ce sport, et y inscrit 83 % de tous ses points dans ces championnats européens !

Cyclisme

On aura vu beaucoup de succès néerlandais au vélodrome Sir Chris Hoy de Glasgow, la victoire en cyclisme revient donc aux Pays-Bas. Ces Championnats Européens confirment qu’en cyclisme sur piste, les Britanniques se montrent surtout aux Jeux Olympiques, mais pas ailleurs.

On ne va pas parler de golf parce qu’on s’en fout.

Gymnastique

Fidèle à sa forte tradition dans cette discipline, la Russie gagne largement les épreuves de gymnastique, où la France Éternelle obtient une honorable deuxième place.

Piscine

La Russie gagne aussi la natation, s’appuyant notamment sur une écrasante domination en natation artistique. L’Italie résiste bien dans une discipline qui reste son point fort. Après avoir dominé ce sport au début des années 2010 puis s’être effondrée à Rio, la France Éternelle remonte un peu la pente, essentiellement grâce à sa leader Charlotte Bonnet.

Triathlon

Discipline associant les principaux sports de ces championnats (natation, cyclisme, athlétisme), le triathlon exige un condensé de talents. Et là, sans surprise dès qu’on parle de talent, la France Éternelle exerce une domination écrasante sur le reste du monde.

Rendez-vous en 2020 aux Jeux Olympiques de Tokyo pour le prochain classement des médailles et en 2022 dans un lieu encore indéterminé pour les prochains Championnats Européens !

6 réflexions au sujet de « Championnats sportifs européens »

  1. Excellent article, gâché cependant par une « réflexion » bien triste sur le golf … Grâce aux nombreux golfs publics, en nombre de licenciés, c’est la huitième activité sportive en France qui se classe au 7ème rang mondial, toujours en nombre de pratiquants… Et de plus, un sport qui se pratique en famille, de 7 à 77 ans…

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    • Ma « réflexion » sur le golf traduit la subjectivité dont je parle dans l’article.
      Je restais agacé par le traitement de ce sport pendant les Jeux Olympiques de Rio, où des squatteurs d’antenne professionnels nous avaient infligé de longues séquences ennuyeuses de début de compétition et même de simples présentation des joueurs.
      Je craignais de revoir ça pendant ces championnats européens mais il n’en fut rien puisque nous n’avons eu droit à du golf qu’à l’occasion de la fin de la finale féminine le 12 août vers 19h.
      Par ailleurs, j’avais toujours cru que le golf était un sport individuel et j’étais donc un peu surpris par la forme de la compétition adoptée ici (tournoi par paires), totalement différente de celle des Jeux Olympiques (parcours individuel), me demandant s’il s’agissait d’une pratique marginale créée ad hoc pour des championnats internationaux.

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      • Contrairement aux idées reçues, le golf est aussi un excellent sport d’équipe, et notamment inter-sexes et inter-générations, avec une petite dizaine de formules différentes. Et pas seulement le dimanche en famille, en catégorie « amateurs » : au niveau professionnel, l’extraordinaire engouement de la Ryder Cup, entre autres compétitions, le démontre tous les deux ans, épreuve dans laquelle ces monstres parfois d’égoïsme que peuvent être les golfeurs professionnels doivent soudain se fondre dans une œuvre collective : TOUT POUR LE GROUPE !

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    • En effet, c’est une possibilité. En points par million d’habitants, cela donne :
      1. Suisse 21
      2. Pays-Bas 19,4
      3. Norvège 19,0
      4. Belgique 15
      Royaume-Uni 7e, France 16e avec 5,0, devant la Russie 20e avec 3,5…

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  2. « Trophée Nelson Mandela contre le racisme »
    il y des comiques quand même pour nommer un événement anti-racisme avec le nom d’un type qui est un des pires raciste possible…

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