Témoignage d’un ancien de Hoche

par Christian Buson.

Il y a quelques jours, des enseignants du lycée Hoche de Versailles se sont opposés à la venue du professeur François Gervais, qui devait y animer une conférence-débat le 13 février. Surpris et choqué, c’est en ancien élève de ce lycée que je souhaite réagir.

Avant d’intégrer une grande école d’agronomie, j’ai été en classe de math sup et math spé bio à Hoche de 1970 à 1972. Une véritable initiation aux disciplines et aux pratiques scientifiques nous y avait été dispensée. L’esprit critique, le doute et la nécessaire vérification de chaque affirmation étaient systématiquement mis en avant, loin de toute propagande. Malgré tout, le recul permet de constater que ce qui nous était alors enseigné comme certain ne l’était pas toujours, et prenait parfois la couleur des modes intellectuelles de l’époque. Rien de plus normal, car nul ne peut s’abstraire complètement des errements de son temps. C’est ainsi que nous avions reçu un polycopié de notre professeur de physique, qui nous alertait sur la pénurie de pétrole annoncée comme quasi-certaine pour l’an 2000, ainsi que sur les incertitudes les plus fortes sur la possibilité de nourrir une population de près de 6 milliards d’humains à cette même échéance. Ce dernier point m’avait à l’époque conforté dans mon choix de m’orienter vers l’agronomie.

Toutes ces prévisions se sont heureusement avérées erronées et inutilement alarmistes, ce qui n’ôte rien à la qualité des cours dispensés par cet enseignant, M. Thouvenot, pour lequel j’ai toujours gardé estime et admiration.

En spé, M. Couderc, notre professeur de biologie, avait fait venir un entomologiste qui nous avait expliqué l’immense intérêt des produits phytosanitaires pour lutter contre ce fléau que sont les doryphores. Je me souviens encore très bien de cette intervention, qui détonnait par rapport à nos enseignements habituels et usait d’arguments et de raisonnements tout à fait pertinents. On peut se demander si, à notre époque d’écologisme militant prônant le passéisme agricole, un tel exposé serait encore possible dans nos lycées.

La question n’est pas ici de savoir qui avait tort ou raison. La question est de savoir si aux élèves l’occasion était donnée d’entendre des voix suffisamment variées pour leur permettre de se forger librement leurs convictions propres, sans que l’emportent les biais idéologiques du moment. Il me semble que, à mon époque, la réponse était oui.

En revanche, l’annulation qui frappe aujourd’hui la conférence de François Gervais est la marque d’une attitude excessivement fermée, voire sectaire, qui ternit l’image du lycée où j’ai eu le bonheur d’étudier.

Les affirmations éhontées et orchestrées sur ce thème du réchauffement/changement climatique méritent un regard distancié et plus objectif. La vérité n’est pas une affaire de consensus, ni de communication. C’est par la confrontation de points de vue divergents que l’on peut avancer, pas par l’unanimisme imposé.

L’ouvrage de François Gervais, L’Innocence du carbone, est un livre argumenté, posé, non polémique. J’ai écouté plusieurs interventions de l’auteur, notamment à l’institut de Locarn, en Bretagne. Celles-ci ne devraient pas effrayer tout auditeur disposant d’un minimum d’esprit scientifique. Avant de refuser la venue du professeur Gervais, ce qui représente une forme de censure, il eut été préférable de le laisser parler, quitte, le cas échéant, à programmer ensuite un autre intervenant pour faire contrepoint. S’agissant des changements climatiques, il y aura autant d’avis que d’experts. La science du climat est encore jeune et non aboutie ; elle réunit des spécialistes de nombreuses disciplines, qui sont loin d’être d’accord. La réflexion sur la nécessaire hiérarchie entre les faits et les données, d’une part, et les simulations à partir de modèles non validés, d’autre part, constitueraient une démarche éclairante.

J’ajoute qu’en tant qu’agronome je ne peux qu’être abattu quand j’entends que le CO2 serait un polluant, alors qu’il s’agit de l’élément fondamental du cycle de la photosynthèse. Sans CO2, pas de végétaux, pas de vie. Aucun biologiste ne devrait laisser passer une telle contre-vérité.

Puisse le lycée Hoche, et au-delà l’ensemble des établissements scolaires, trouver ou retrouver au plus vite le chemin de l’ouverture intellectuelle qui, seule, contribuera à former l’esprit critique des élèves.

7 réflexions au sujet de « Témoignage d’un ancien de Hoche »

  1. Espérons que cette attitude partisane et bornée des enseignants du lycée Hoche de Versailles ne concerne que le problème du réchauffement climatique et ne soit qu’une « mode ». Ce problème semble en effet avoir un enjeu politique.

    Mais si, par malheur, cette attitude concerne tous les enseignements scientifiques, alors je crains beaucoup pour la crédibilité des scientifiques de la part de l’opinion, et ceci pour longtemps.

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  2. « …ainsi que sur les incertitudes les plus fortes sur la possibilité de nourrir une population de près de 6 milliards d’humains à cette même échéance. Ce dernier point m’avait à l’époque conforté dans mon choix de m’orienter vers l’agronomie. »
    => L’alarmisme climatique m’a conduit avec un fort stress à m’orienter vers l’environnement comme ingénieur. Mais l’année ou mon but a été enfin atteint (but que je ressentais profondément), c’est à dire lorsque j’ai enfin eu un travail en lien avec l’environnement, je suis devenu .. sceptique !

    Aimé par 1 personne

  3. enseignant en éducation physique et sportive, (donc rien à voir avec le climat même si j’ai une petite formation scientifique) je suis atterré et même en colère vis à vis de cette attitude inqualifiable de la part d’enseignants chargés d’éduquer de futures citoyens. Mes collègues on peut être menacés de se mettre en grève pour que la direction de cet établissement accède à cette réclamation.

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