Une bonne nouvelle sur le climato-réalisme en France

Les médias se sont assez largement faits l’écho d’une enquête de l’IFOP commandée par la Fondation Jean Jaurès sur le conspirationnisme dans l’opinion publique française. La partie concernant le climato-réalisme m’apparaît comme très encourageante, à condition de lire l’étude elle-même plutôt que de s’arrêter à ce qui en a été rapporté ici ou là.

Cette enquête ne s’intéresse au climato-réalisme que de manière incidente, l’essentiel de son contenu et des commentaires qui l’ont accompagnée se focalisant plutôt sur la diffusion des théories du complot telles que celles sur les attentats du 11-septembre 2001,  sur l’immigration et sur les médias.

En découvrant que le climato-réalisme était associé à une théorie du complot, mon premier réflexe a été de m’énerver. Il devrait être évident pour tout le monde que ne pas adhérer à une opinion scientifique dominante n’est pas la même chose que de supposer l’existence d’un complot ! Il y a quand même une différence facile à voir entre le climato-réalisme et le fait de nier la réalité des missions Apollo, par exemple, qui ne peut se faire qu’en supposant une conspiration de la NASA. De même, le créationnisme ou la théorie de la terre plate, si fausses que soient ces idées, ne relèvent pas du complotisme. La Fondation Jean Jaurès a donc rangé sous le vocable fourre-tout de « complotisme » toute contestation d’une pensée dominante, c’est là une erreur méthodologique coupable.

À la lecture aussi bien de l’analyse des résultats que des données elles-mêmes obtenues par l’IFOP, il apparaît toutefois que, bien que l’on ne puisse se défaire de ce sentiment que l’objectif était surtout de défendre l’opinion conforme contre les vilains alter-pensants, l’étude produite est riche d’enseignements. Cerise sur le gâteau, ceux-ci sont tout à fait à l’avantage des climato-réalistes.

S’agissant du climat, la question posée était : « À propos du réchauffement climatique, avec laquelle des opinions suivantes êtes-vous le plus d’accord ? » Les réponses possibles étaient les suivantes :

  • Il est certain que c’est un problème causé principalement par l’activité humaine.
  • On ne sait pas encore clairement si le réchauffement climatique provient de l’activité humaine ou des rayonnements solaires.
  • On n’est même pas encore sûr que le climat se réchauffe.
  • Le réchauffement climatique n’existe pas, c’est une thèse avant tout défendue par des politiques et des scientifiques pour faire avancer leurs intérêts.

Évidemment, la pertinence de ces propositions de réponses est pour le moins contestable :

  • La mention d’un « problème » dans la première réponse n’a pas lieu d’être.
  • La deuxième réponse suppose que seuls les « rayonnements solaires » peuvent servir d’explication alternative. (Il convient par ailleurs de supposer que les sondeurs ont ici fait une improbable « synthèse » entre l’activité solaire et les rayonnements cosmiques…)
  • La troisième réponse fait l’impasse sur les échelles de temps : sur un siècle il y a réchauffement, sur quinze ans il n’y en a pas – ou peu -, et sur deux ans il y en a eu un (à cause d’El Niño).
  • La quatrième réponse ignore qu’on pourrait imaginer un complot qui se grefferait sur un réchauffement réel et accepté. Surtout, elle met en réalité en scène un opportunisme et une convergence objective d’intérêts, qui n’implique nulle conspiration des acteurs. L’analyste de la Fondation Jean Jaurès parle pourtant, au sujet de cette réponse, de « théorie du complot au sens fort du terme« , ce qui est manifestement abusif. On peut penser que si la formulation avait explicitement mentionné une « conspiration des politiques et des scientifiques », le score de cette réponse aurait été inférieur.

Passons.

Il est raisonnable d’estimer que la position carbocentriste correspond à la première réponse, la position climato-réaliste aux deuxième et troisième réponses, et la position complotiste à la quatrième réponse (plus exactement, donc : les complotistes ont sans doute choisi cette réponse, sans que tous ceux qui ont choisi cette réponse soient des complotistes ; vu le score de la réponse, on pourra heureusement ignorer ce problème dans la suite). Sur l’ensemble des Français, le carbocentrisme obtient alors le score de 65%, ses opposants climato-réalistes 31% (=25%+6%), et les complotistes 4%.

Ainsi donc, 35% des Français résistent encore et toujours au matraquage carbocentriste quotidien. C’est là un excellent score, qui confirme la capacité de réflexion autonome de nos concitoyens et montre que le climato-réalisme dispose d’un très grand potentiel dans l’opinion. Mieux : avec seulement 4%, le complotisme climatique n’est qu’anecdotique, ce qui démontre de façon éclatante que les opposants au carbocentrisme sont dans leur grande majorité des personnes raisonnables.

Il y a davantage : les chiffres de cette enquête sont extrêmement proches de ceux d’une enquête du ministère du Développement Durable publiée en août 2013, qui proposait aux sondés des réponses très voisines (la principale différence résidait dans la quatrième réponse, qui proposait « sans opinion » au lieu d’une réponse complotiste). Les résultats de cette étude étaient : 61% de carbocentristes, 35% de climato-réalistes (22% doutant de l’origine du réchauffement, 13% doutant du réchauffement lui-même), 4% de sans opinion.

Les lignes n’ont donc guère bougé : malgré la COP21, les Make our planet great again et autres One planet summit, un Français sur trois ne marche pas dans la théorie du GIEC. Les efforts de communication du carbocentrisme ne parviennent donc nullement  à accroître son niveau d’adhésion. Tout juste réussit-il à le maintenir, à un niveau certes élevé mais non hégémonique. Si les climato-réalistes désormais unis poursuivent leur travail commencé en 2015, alors le carbocentrisme semble programmé pour reculer, de manière presque mécanique.

Dans le détail, il ne semble pas y avoir de climato-réaliste type. Il y a des différences, bien sûr, mais on est loin d’un partage binaire entre catégories de populations. Les deux distinctions les plus manifestes se font par l’âge et les opinions politiques :

  • les personnes plus âgées sont davantage climato-réalistes que les plus jeunes (un retraité sur 2, un jeune sur 4). Côté pile, on doit peut-être y voir les effets du matraquage éducatif. Côté face, on peut espérer que les effets s’en dissipent avec le temps (mais ce n’est là qu’un espoir gratuit, les retraités d’aujourd’hui n’ayant pas subi l’enseignement du réchauffement climatique à l’école).
  • On est davantage climato-réaliste à droite de l’échiquier politique qu’à gauche. Notons cependant que même à Europe-Écologie-Les-Verts les climato-réalistes obtiennent 17% des suffrages, ce qui n’est pas rien !

Difficile de tracer d’autres lignes de démarcation nettes. Par exemple, si les cadres et professions intellectuelles supérieures sont davantage carbocentristes que la moyenne,  la différence n’est pas écrasante (73% contre 65%). Pour ce qui est du niveau d’étude, les étudiants se montrent les plus carbocentristes (74%) et les sans diplôme le moins (58%), mais en-dehors de ces deux extrêmes, le niveau d’éducation ne joue pour ainsi dire aucun rôle dans l’adhésion aux thèses du GIEC : du CAP au diplômé de 3e cycle universitaire, le carbocentrisme ne s’éloigne pas de sa moyenne. Cela tend à renforcer la suggestion avancée plus haut : les effets du matraquage éducatif n’ont qu’un temps.

Le climato-réalisme n’est donc nullement une pensée complotiste, et il n’est pas non plus niché dans tel ou tel segment de la population qu’il serait aisé de stigmatiser, genre : « que des vieux », « que des réacs », « que des ignares », « que des complotistes », « que des mâles dominants »… (liste de clichés non limitative). L’esprit critique n’est pas l’apanage de tel ou tel segment de la population : ce n’est pas une surprise, mais ça se confirme, et ça fait du bien.

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19 réflexions au sujet de « Une bonne nouvelle sur le climato-réalisme en France »

  1. Bonne nouvelle en effet que ce taux de résistance a l’opinion matraquée . Cela doit nous encourager à l’action vis à vis des médias qui trouveront un jour de l’interet à s’emparer de ce sujet polémique . Renforçons notre pression en cherchant le contact , enfonçons le coin en informant sur l’existence de l’association et de ses travaux , n’attendons pas qu’on vienne nous chercher . Chacun peut trouver des contacts , des connaissances à exploiter dans son voisinage pour que l’Opinion évolue . Osons la dissidence !

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  2. « L’esprit critique n’est pas l’apanage de tel ou tel segment de la population : ce n’est pas une surprise, mais ça se confirme, » …
    Merci de nous en apporter ce nouvel éclairage sur ce qu’est la réalité.
    … « et ça fait du bien. »
    En effet !

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  3. Il y a aussi un biais dont on ne parle jamais dans ce genre d’étude au niveau des réponses faites : c’est le biais que j’appelle « le biais de la bonne réponse ».
    En effet, j’imagine que parmi les individus testés, certains répondent selon ce qu’ils pensent de la question et donnent donc leur propre avis, mais une part des testés ont aussi tendance à chercher la « bonne réponse » à la question posée parmi les 4 propositions faites, un peu comme dans un jeu même si la question demande un avis personnel.
    Ainsi à la question  » « À propos du réchauffement climatique, avec laquelle des opinions suivantes êtes-vous le plus d’accord ? », certaines personnes qui n’ont pas vraiment réfléchi au problème vont répondre en cherchant dans leurs esprit la connaissance acquise, lue ou entendue qqpart, qui pourrait être une bonne réponse à la question posée.
    Ainsi avec le matraquage médiatique sur le sujet, j’imagine donc que celui qui a peu d’intérêt sur la question va répondre en donnant « l’apparente » bonne réponse.

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  4. Je suis peut-être un peu rabat-joie, mais en 2015 j’espérais que la propagande inouïe que nous avons subie pendant toute l’année avant la COP21 allait s’avérer contre-productive tellement elle se voyait comme le nez de Cyrano sur la figure de Bergerac et que ça finirait par agacer un grand nombre de nos compatriotes. Mais visiblement ça n’a pas été le cas puisque les chiffres des deux sondages sont très proches. Notre meilleur allié pour les années à venir sera la météo, si elle le veut bien: plus que des hivers rudes et ou neigeux, des étés moins chauds que ces dernières années seraient une bonne chose.

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    • Pas sûr que la météo soit notre meilleur allié ; il a déjà été dit que la vague de froid de cet hiver été causée par la météo, le climat n’avait rien à voir là dedans !
      Bien entendu, il n’a jamais été question que le coup de chaud de cet été, avait été dû à la météo : c’était bel et bien le climat qui était en cause !
      Si on veut maintenir une idéologie, il ne faut pas hésiter à se contredire !
      Ca n’est quand même pas la Science qui va dicter l’évolution du climat !
      Climatiquement vôtre JEAN

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    • Je suis bien d’accord avec vous, c’est la météo qui fixera peu à peu les idées des gens. Car s’il n’y a pas d’influences humaines dans le climat, alors il devrait y avoir des changements naturels comme il y en a toujours eu. Et donc on devrait voir les températures moyennes enfin baisser. Certains pensent même que ça a déjà commencé. Allez espérons que 2018 « année du climat » , amorcera ce cycle nouveau. Les gens attendent ça pour se faire une idée précise de la climato-reality !

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  5. COMPLOT, subst. masc.

    A.− Dessein secret, concerté entre plusieurs personnes, avec l’intention de nuire à l’autorité d’un personnage public ou d’une institution, éventuellement d’attenter à sa vie ou à sa sûreté.

    —–

    La volonté est clairement affichée d’assimiler les climato-réalistes à des kévin à casquette en alu ou à des idiots qui ne croient plus à rien, à force de s’être fait berner. C’est mettre une majorité de la population dans un sac, un sac d’ignoramus immatures incapables de penser par eux-mêmes et de faire preuve d’intelligence (entendez devenir séminariste de la grand Église du Saint Carbone).

    Mais c’est vrai que si l’on regarde les chiffres, ils sont loin d’avoir gagnay ! 🙂

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  6. Bien vu, je m’étais fait les mêmes réflexions en constatant la grande hétérogénéité des items: réels complotismes (11 septembre, assassinat de JFK, l’homme sur la lune,…), négation des faits(shoa, terre plate,…), croyances (créationnisme, ondes électromagnétiques, vaccins,…), et légitime contestation de théories éventuellement scientifiques, à la « Popper » (RCA,…) Les résultats, au regard des ces précisions, sont assez rassurants.
    Il reste que cette contestation doit prendre plusieurs voies: la voie scientifique, en ramenant la pseudo-théorie du RCA au rang d’hypothèse à vérifier, et la voie politico-médiatique, telle que vous le faîtes avec brio quand vous êtes invité sur les média.
    Mais un piège redoutable nous guette, celui de faire feu de tout bois et de se compromettre avec des médias réellement complotistes; je veux faire référence ici à un site que je suivais avec intérêt, Skyfall pour ne pas le nommer, dont certains intervenants n’hésitent pas à lier des articles (par ailleurs de qualité) issus de chez Soral, « égalité et réconciliation ». Les dégâts potentiels sont énormes si cela vient à se savoir.
    Je me permet de vous suggérer de leur en parler et d’user de votre influence car, je crois, vous les connaissez bien.

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  7. Bonjour

    Je peux confirmer que l’on trouve peu de climato-réaliste à gauche de l’échiquier politique. Je suis (enfin, j’étais, je ne sais pas si je vais le rester) membre du Parti socialiste, j’ai même eu des responsabilités locales, et je peux vous affirmer que je me sens parfois bien seul…
    Je voudrais aussi souligner la désastreuse influence qu’a eu l’élection de Donald Trump sur le climato-réalisme dans les milieux de gauche. J’ai dans mon entourage beaucoup de gens classés à gauche qui sans être vraiment climato-sceptiques ou climato-réalistes, étaient pour le moins dubitatifs, et commençaient à en avoir marre du matraquage propagandiste.
    Depuis l’élection de Trump, par anti-Trumpisme primaire, ils sont devenus plus réceptifs aux arguments favorables à la thèse du RCA.
    Avec un allié comme ça, pas besoin d’avoir d’adversaires

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    • Je suis assez en phase avec votre réflexion..
      Il y a encore peu de temps, quand on était CS ou même CR on s’entendait dire « alors, vous êtes pour Allègre », ce qui, somme toute, était presque gentil.
      Maintenant on risque de se voir affubler du « alors, vous êtes d’accord avec Trump », ce qui n’est, quand même pas très valorisant en tout cas dans la bouche du français moyen surtout « de gauche » !
      Cela dit en comparaison des réflexions de mon frère, grand ponte des sciences inexactes, pardon, humaines quand il veut « clore le débat » (pour un anthropologue, de gauche, c’est un comble), il m’assène que « tous les scientifiques qu’il côtoie lui disent que »…. pas tout à fait les 97%, mais vraiment pas mieux comme argument.

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    • Trump a quand même un avantage : il a du pouvoir. Que l’action du plus puissant pays du monde soit un peu moins bête sur le sujet climatique me semble plus important que ce qui peut se dire dans les dîners chez nous. On préfèrerait tous avoir un allié moins gênant à la Maison Blanche, mais ne crachons pas trop dans la soupe : derrière les indignations convenues, le soutien important des responsables politiques américains à la politique climatique de Trump ne peut que contribuer à plus de réflexion de la part de nos décideurs. Macron a certes choisi le rôle de 1er opposant, mais que doit-on préférer pour le succès de nos idées : la Maison-Blanche climato-réaliste et l’Élysée carbocentriste, ou le contraire ? 🤔

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      • Nos idées, Trump s’en contrefiche. Le climat, et surtout l’aspect scientifique, il n’en n’a rien à faire.Il peut d’ailleurs changer d’avis en fonction des rapports de force de ses appuis. Et le banques sont toutes des fervents supporters du GIEC.
        Si un jour Trump comprend qu’il y a du fric à se faire avec ça, il changera sa position.

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      • Effectivement, je n’étais pas dans le milieu universitaire « dans ces temps-là »… mais j’avais des proches et amis enseignants, du temps ou Allègre était ministre du Mammouth, et avait déjà des positions que l’on qualifierait maintenant de « mild CR » !

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  8. Bonne nouvelle : je viens d’écouter sur Arte dans l’émission 28 minutes le journaliste Guillaume Pitron. Il propose un livre sur la guerre des terres rares et la mystification qui consiste à penser que l’énergie verte est vraiment verte. Je vous recommande le podcast et je pense qu’il faudra acheter le bouquin.

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    • Chouette, maintenant que c’est passé dans les médias (quoique moins grand public), je vais pouvoir sortir cet argument (pollution des raffineries de terres rares, elles mêmes nécessaires pour les « machins » des ENR1) sans me faire remettre à ma place, ou au mieux, sans qu’on me regarde avec des yeux tout ronds, marqués d’un  » ? « 

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