Contre-sommet des climato-réalistes : le discours d’ouverture

par Benoît Rittaud et Jacques Duran.

Discours d’ouverture tenu ce matin même au contre-sommet des climato-réalistes qui se tient aujourd’hui à Paris, au musée social. (Pour ceux qui veulent nous rejoindre, les détails et le programme sont ici.)

Mesdames et messieurs,

C’est une grande joie de vous retrouver tous. Réussir à organiser un tel événement pour la troisième année consécutive, c’est démontrer que nous résistons encore et toujours à la pensée unique climatique. Malgré les difficultés que nous avons à nous faire entendre, notre voix est donc toujours là. Aujourd’hui elle sera portée une fois encore par des invités prestigieux.

Je tiens tout d’abord à remercier les personnalités étrangères qui ont accepté de venir, parfois de très loin, pour nous faire une présentation. Nous aurons ainsi l’honneur d’entendre Vacláv Klaus, qui est ancien premier ministre et ancien président de la République tchèque. Je suis également très heureux de la présence de Patrick Moore, qui est le cofondateur de Greenpeace, et qui est venu tout spécialement de l’île de Vancouver pour cette journée. Nous entendrons également Sir Ian Byatt, qui est ancien régulateur de l’eau en Angleterre et au Pays de Galles. Enfin, nous aurons le plaisir d’écouter également Drieu Godefridi, que nous connaissons bien et qui nous arrive tout exprès de Belgique.

Merci aussi à ces autres personnalités étrangères qui nous font l’honneur de leur présence. Je voudrais mentionner Jean-Claude Pont, qui est membre de notre comité scientifique et qui arrive de Suisse, et Wolfgang Müller, qui représente nos amis et alliés allemands de EIKE et qui a organisé la magnifique Contre-COP23 de Düsseldorf le mois dernier.

Merci également, bien sûr, à nos autres conférenciers, qui ont accepté de mettre leur notoriété et leurs compétences au service de cette journée : Chantal Delsol, de l’Académie des sciences morales et politiques, Jean-Louis Butré, président de la Fédération Environnement Durable ; Christian Stoffaes, président de l’ICREI, et Max Falque qui en est le secrétaire général.

Nous avons ainsi donné rendez-vous au monde, et le monde est venu. Merci. Du fond du cœur, merci à tous.

Il y a malheureusement quelqu’un qui nous manque aujourd’hui. István Markó.

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István Markó (1956-2017).

István avait été l’un de nos intervenants lors du tout premier événement climato-réaliste organisé à Paris. C’était à la Contre-COP21, qui s’était tenue ici-même, au Musée social, il y a exactement deux ans. István y avait fait un exposé mémorable, pétillant d’intelligence et de drôlerie.

« Les Nostradamus du climat et leurs prophéties erronées », par István Markó

(Paris, Contre-COP21, 8 décembre 2015).

Pour nous, qui n’étions pas même encore une association, ça avait été une grande première que d’organiser un événement ici. Mais pour István, qui avait déjà tant fait contre la pensée unique climatique, c’était déjà une routine. István a créé l’Oyster Club, et il a, avec son équipe, fait de la Belgique une place forte du climato-réalisme. István nous a quitté cet été. C’est en son honneur, en souvenir de son œuvre salutaire, que nous avons réalisé cette année des T-shirts, qui portent le message du chimiste qu’il était. « I love CO2. » István n’ignorait pas tout ce que la vie sur Terre doit au gaz carbonique. Puissions-nous nous inspirer de ses efforts, de son énergie, de son humour et de sa joie communicative.

Il y a aussi d’autres absents aujourd’hui, mais pour d’autres raisons. Par exemple, il y a quelques semaines, j’ai invité quelqu’un à venir s’exprimer ici aujourd’hui et j’ai reçu cette réponse :

Cher Monsieur, un grand merci pour votre invitation (…). J’aurais aimé vous dire oui, car je me sens en sympathie avec vos efforts pour parvenir à plus de vérité sur ces sujets. Je pense que vous avez largement raison, mais (…) je n’ai aucune qualité pour parler à votre colloque, et si je le faisais, je me ferais comme d’habitude traiter d’imposteur incompétent tout juste bon à se mettre en avant (…). Je préfère donc agir à titre individuel, en me contentant de rendre compte de temps à autre des travaux de gens comme vous afin de mettre un peu d’esprit critique dans ce débat qui devient de plus en plus dogmatique.

Je ne dirai pas ici qui m’a écrit ce courrier. Qu’il me suffise de vous assurer que vous connaissez tous son nom. Et qu’il est loin d’être le seul à m’avoir répondu de cette manière.

Il a souvent été dit que l’affaire du climat ressemble à la fable d’Andersen, « Les habits neufs de l’empereur ». Il va falloir qu’une masse critique de personnalités accepte enfin de prendre la parole tout haut. Tant que nous n’aurons que des soutiens confidentiels, notre voix ne pourra pas porter. Nous devons faire boule de neige. Nous devons créer un élan. Parce que pour l’instant, nous restons les méchants, ceux dont on ne connaît les idées que par les caricatures qu’en font nos adversaires.

Pour l’instant, nos adversaires sont encore tellement puissants qu’ils ne sont jamais comptables des bêtises qu’ils racontent. Et ils en racontent. À ce sujet, j’ai le plaisir d’indiquer à ceux qui l’ignorent que le Climathon est de retour. Chaque mois depuis la rentrée, le Climathon distingue la plus belle pièce de propagande climatique du mois écoulé. En septembre, le lauréat a été Stéphane Foucart, journaliste au journal Le Monde, pour avoir expliqué la différence entre preuve médiatique et preuve scientifique du réchauffement climatique d’origine humaine. Je cite :

C’est une question que l’on peut poser à deux niveaux, au niveau scientifique, et là à l’évidence c’est très très difficile de démontrer une causalité, et d’un point de vue disons médiatique, évidemment c’est lié. (…) Ceci veut dire simplement que pour vous et moi, la notion de preuve, elle ne recouvre pas du tout la même chose que pour un scientifique.

En octobre, le jury du Climathon a primé Bruno Latour, sociologue des sciences bien connu pour sa manière bien particulière de politiser la réflexion intellectuelle, et qui a déclaré, je cite à nouveau :

En gros, l’explosion des inégalités et le déni climatique, c’est le même phénomène. […] Déni dans lequel on est toujours, hein, y a toujours des millions qui sont investis chaque jour, chaque année, des milliards chaque année, à la question du déni de la question climatique y compris en France. […] Je n’ai évidemment pas les moyens de faire une preuve sur une hypothèse aussi abracadabrante et vaste, mais elle a l’avantage de remettre en place cette question essentielle pour la gauche qui est le lien entre la question écologique et la question sociale.

Enfin, en novembre, le Climathon a distingué nul autre que Jean Jouzel. Notre climatologue assermenté, phare de la pensée carbocentriste. Dans un livre qui vient de paraître, Jean Jouzel a ressuscité la fameuse courbe en crosse de hockey, une reconstitution fautive de l’évolution de la température du dernier millénaire que personne, je dit bien : personne, n’osait plus montrer depuis le troisième rapport du GIEC de 2001.

CrosseJouzel

C’est aujourd’hui qu’a lieu l’élection du « champion d’automne » du Climathon. Vous pouvez voter en ligne en allant sur cette page.

Climathon

 

Il y a déjà pas mal de monde qui a voté. Si vous préférez, vous pouvez aussi cocher le nom que vous voulez voir gagner sur la feuille qui se trouve à l’entrée de la salle. Si le temps le permet, le nom du champion sera désigné à la fin de la journée, ça nous fera un petit moment de détente.

Mais revenons-en à la science. Il se trouve que cela fait maintenant dix ans, presque jour pour jour, que j’ai commencé à explorer la question du climat. Mon parcours intellectuel est le même que celui de tous les scientifiques climato-réalistes que je connais. Tous ractonent la même histoire : « Avant, comme tout le monde, j’adhérais aux théories du GIEC sans me poser de question. Je n’avais aucune raison de questionner ce qui semblait une vérité établie. Et puis, j’ai voulu aller voir… »

On ne peut pas s’intéresser à tout. Sur la plupart des sujets, il faut faire confiance, et de préférence à ceux qui semblent les plus raisonnables. Il faut une raison contingente pour briser cette confiance de principe et se faire un avis propre, qui ne soit pas la simple répétition de ce qu’on a entendu ailleurs. Le déclencheur est souvent anecdotique. Mais une fois le pas franchi, on ne peut plus voir le monde comme avant. À moins d’être naturellement porté au complotisme ou à la contestation systématique, le cheminement intérieur qui mène au climato-réalisme n’a rien d’évident. Pour ma part, il y a une personne à qui je dois de m’avoir aidé à avancer, tout comme elle a aidé bien d’autres climato-réalistes à franchir le pas.

Cette personne, vous la connaissez tous. Il s’agit de quelqu’un qui aurait voulu être parmi nous aujourd’hui, mais qui n’a pas pu faire le déplacement, et même l’enregistrement d’une vidéo n’a pas été possible. Il s’agit de notre président d’honneur, Jacques Duran.

JacquesDuran

Pendant des années, comme tout le monde, je n’ai connu Jacques que par son nom d’emprunt, Jean Martin. C’est le nom qu’il s’était donné sur son site, pensee-unique, à qui le titre de notre journée d’aujourd’hui est un clin d’œil. Jacques aussi avait choisi un pseudonyme pour éviter les risques que ses opinions pouvaient lui faire courir, ainsi qu’à son laboratoire. Comme beaucoup d’autres, il a prudemment attendu d’être à la retraite avant de s’exprimer à visage découvert.

Ceux qui connaissent pensee-unique savent combien le travail de Jacques nous est précieux à tous. En présentant la science, rien que la science, en alliant la rigueur, la pédagogie et l’humour, Jacques Duran a allumé une lueur pour le climato-réalisme francophone, qui n’existait pratiquement pas avant lui. Son site a longtemps été l’un des rares lieux de rendez-vous pour tous ceux qui voulaient aller au-delà des apparences.

PenseeUnique

Mais quand même : quel bazar, son site ! Combien de fois je m’y suis énervé en cherchant une info sans parvenir à la trouver. Au moins, on ne peut pas dire que Jacques se soit donné les moyens de Greenpeace pour faire un site bien flashy, avec des belles images et des titres-chocs ! C’est sans doute parce que Jacques est d’abord un authentique scientifique, un physicien, directeur honoraire des études à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, où il a été un collaborateur de Pierre-Gilles de Gennes. Jacques sait que la vérité n’a pas besoin d’étiquette, qu’elle se laisse aisément reconnaître par ceux qui la cherchent tout simplement, et non par ceux qui ne cherchent qu’à conforter leurs préjugés. « La science, a écrit John Brignell, ne cherche pas à convertir, elle n’en a pas besoin. Elle s’enseigne à ceux qui désirent apprendre, mais ne s’impose pas à ceux qui lui sont indifférents. »

Voilà pourquoi la page d’accueil du site pensee-unique provoque toujours chez moi une sorte de frisson. Parce qu’elle est en quelque sorte l’image de la science.

Jacques n’est pas physiquement parmi nous, mais il est avec nous en pensée. Il a eu l’extrême gentillesse d’écrire un discours à notre intention. C’est ma voix qui va s’en faire le véhicule, mais c’est bien lui que vous allez entendre, et c’est avec joie et respect que je lui cède la parole.

Benoît Rittaud.

o o o o o

JacquesDuran

Mes cher(e)s ami(e)s,

Croyez bien que je suis désolé de ne pouvoir être aujourd’hui parmi vous, pour cette réunion des climato-réalistes contre la pensée unique.

Alors, c’est en mode virtuel que je vous adresse ces quelques mots destinés à vous assurer que je suis de tout cœur avec vous.

Tout a commencé pour moi il y a près de 20 ans, en 1998, lorsque j’ai été averti des conclusions insolites de l’article sur la fameuse crosse de hockey de Michael Mann qui effaçait l’Optimum Médiéval de la mémoire des hommes. Depuis lors, et tout en poursuivant mes propres travaux de recherche, je n’ai jamais cessé d’être attentif aux articles scientifiques qui paraissaient, et paraissent encore à un rythme accéléré, sur ces sujets complexes des climats ainsi qu’aux obsédantes dérives et exagérations alarmistes médiatico-politiques qui n’ont cessé de s’amplifier depuis cette époque.

Comme d’autres scientifiques qui ont suivi la même trajectoire, j’ai rapidement réalisé que la « science » que promouvaient les adeptes du GIEC reposait, en réalité, sur des bases bien fragiles, parfois plausibles mais non avérées. La présentation qui en était faite au grand public – politiques compris – dissimulait totalement les interrogations qui perduraient dans le petit monde scientifique. Cette présentation (ou désinformation) imposait ainsi peu à peu l’idée que les problèmes étaient résolus et que, selon ce qu’ils affirmaient, « the science is settled ».

Nous entrions alors dans le règne de la pensée unique, ce qui me paraissait être un comble s’agissant de questions aussi complexes et multi facettes que les climats. Comment les scientifiques du monde entier pourraient ils être d’accord sur une science aussi balbutiante, versatile et retorse que la climatologie ? Au vu de l’histoire des sciences, c’est impossible.

C’est dans cet état d’esprit qu’en 2006 j’ai entrepris la rédaction du site connu sous le nom de « pensee-unique.fr ». Il s’agissait pour moi, avec les faibles moyens dont je disposais, de tenter d’informer le public que la messe n’était pas dite, que les débats scientifiques faisaient toujours rage dans le petit monde scientifique, malgré la disproportion des moyens en faveur des pro-GIEC. De fait, malgré une opposition forcenée, il paraissait, chaque mois, dans les meilleures revues et sous la plume de chercheurs compétents, de nombreux articles qui questionnaient la doxa. C’est ainsi que je me suis efforcé, mois après mois, pratiquement sans discontinuer pendant près de dix ans, d’expliciter au public francophone les contenus d’un grand nombre d’articles publiés dans les revues scientifiques peer-reviewed ainsi que les déclarations des chercheurs renommés dans ce domaine qui contestaient la pensée unique officielle qui, seule, bénéficiait de l’écoute et de la chambre d’échos des médias. Cela a été un gros travail, qui a pris beaucoup de temps.

Ma récompense a été une croissance continue du lectorat de pensee-unique.fr. Selon nombre de lecteurs, le site a été à l’origine de leur questionnement sur ces affaires de climat.

Voilà donc quelle a été ma modeste contribution à un débat qui s’est beaucoup enrichi jusqu’à présent. Je ne suis pas certain que ceci me vaille le titre de « Président d’honneur » des climato-réalistes même si j’en ai été l’un des pionniers, mais j’ai été touché par son attribution et je vous en remercie de tout cœur.

De nos jours, je constate que la problématique des climats a pratiquement échappé aux scientifiques. Désormais, le GIEC fait mine de ne pas voir que des corrélations imaginaires ad hoc ont été forgées par les politiques, par les environnementalistes, par les médias ainsi que par quelques scientifiques de sciences plus ou moins connexes à la climatologie qui tiennent la science pour établie — ce qui n’est pas le cas — et qui essaient d’en tirer parti pour promouvoir leurs propres objectifs.

Par exemple, les médias et les politiques profèrent fréquemment une multitude de contre-vérités et d’affirmations infondées sur les ouragans et autres typhons, sur les feux de forêts et les sécheresses, sur les inondations et la désertification en oubliant le reverdissement manifeste de la planète. Ces médias et ces politiques n’hésitent pas non plus, sans doute pour faire bonne mesure, à suggérer que le climat causerait éruptions volcaniques et tsunamis. Tous ces promoteurs d’apocalypse, qui semblent d’autant plus véhéments et sûrs d’eux-mêmes qu’ils sont incompétents et haut placés, ignorent visiblement les données objectives. Ils ignorent aussi comment fonctionne la science, que celle-ci ne progresse que par une suite d’erreurs et de corrections et que rien, ou presque rien, n’est certain dans les questions de systèmes aussi complexes que les climats.

Pour leur part, trop de scientifiques, adeptes des feux de la rampe médiatique, semblent avoir définitivement oublié qu’autrefois, l’humilité et la prudence s’imposaient devant les micros et les caméras, et qu’il était parfaitement honorable, lorsque c’était le cas, de répondre à certaines questions posées par les médias, tout simplement, par « nous ne savons pas ».

À mes yeux, nous traversons une période délicate dans laquelle il devient difficile de discuter encore des fondements scientifiques peu scrupuleux sur lesquels reposent toute cette histoire. En revanche, il me semble utile de rappeler constamment au public les divergences persistantes entre les modèles et les observations et de pointer systématiquement les erreurs souvent grotesques, accumulées par nos médias, par nos décideurs et par nos promoteurs de l’environnement.

Car, face à la désinformation, c’est la science et l’observation qui triompheront comme elles l’ont toujours fait, parfois très longtemps après le début de la bataille. Espérons que ce sera moins long que pour la dérive des continents de Wegener…

J’adresse ici un grand merci et mes amitiés aux membres du bureau de l’association des climato-réalistes. Merci et amitiés aussi à tous ceux et celles qui ont maintenu en vie et qui contribuent, envers et contre tout, à ce grand mouvement d’intelligence et de résistance à l’obscurantisme en y incluant nos éminents amis de Tchéquie, du Canada, du Royaume-Uni et de Belgique qui, par leur participation, sont venus enrichir cette réunion.

Amitiés et bonne journée à vous toutes et tous.

Jacques Duran.

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Une réflexion au sujet de « Contre-sommet des climato-réalistes : le discours d’ouverture »

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