Histoire longue des cyclones aux Antilles

Le cyclone Irma qui a dévasté Saint-Martin et Saint-Barthélémy dans les Antilles françaises a servi de prétexte à de nombreux commentateurs et journalistes pour en remettre une couche sur les « dérèglements climatiques d’origine humaine ». Comme d’habitude, les vagues éléments de prudence rappelant qu’on ne peut tirer de conclusions d’un élément isolé ont vite été noyés par les « appels à l’action » et l’invocation de l’Accord de Paris de 2015.

Or s’agissant du climat aux Antilles l’année 2015 a été importante pour une toute autre raison que la signature de l’Accord de Paris : c’est l’année de publication d’un article de recherche tout à fait passionnant sur les ouragans dans cette région du monde.

La longue tradition d’observation scientifique de notre pays avait déjà pour emblème le fameux marégraphe de Brest, fascinante série longue de données sur l’évolution du niveau marin à nulle autre pareille. Grâce à cet article de 2015 d’Emmanuel Garnier et al., nous disposons désormais, en outre, d’une exceptionnelle série de données sur les ouragans ayant frappé les Antilles françaises depuis le XVIIe siècle. Il faut se pincer pour y croire.

Regrettable oubli de nos médias ces jours-ci : pas un journaliste n’a pensé à interroger les auteurs de cette étude qui apporte pourtant un si utile éclairage sur la catastrophe naturelle qui vient de frapper les Antilles. On n’ose imaginer, bien sûr, que cette étrange indifférence trouverait sa source dans le fait que cette étude est fort loin d’apporter de l’eau au moulin des catastrophistes du climat.

L’introduction indique que

Le GIEC souligne qu’il est « virtuellement certain » qu’il y a un accroissement de l’activité cyclonique tropicale depuis 1970 dans l’Atlantique nord. Cependant, l’absence de séries longues — c’est-à-dire la disparité des informations et des méthodes d’observation — empêche l’analyse de long terme pré-1970.

Voilà qui ressemble à une façon diplomatique d’expliquer combien il est présomptueux de tirer des conclusions à long terme sur la base de séries de données trop courtes. Quoi qu’il en soit, en l’absence de technologie satellitaire disponible avant les années 1970, comment pourrait-on remonter plus loin dans le temps et disposer ainsi d’une vraie mise en perspective ? Pour les Antilles françaises, il y a une solution : les archives écrites, qui remontent jusqu’à 1635, époque de l’installation de la puissance française aux Antilles. Selon les auteurs, ces archives offrent une documentation qui n’est rien moins qu' »exceptionnelle ». Elle fait honneur à l’administration française qui a, pendant quatre siècles, consigné les événements extrêmes « selon des procédures administratives standardisées [qui les rendent] homogènes et chronologiquement continues. »

Un véritable trésor, donc, dont on peut en passant se demander pourquoi il a attendu 2015 pour être mis au jour. La réponse tient à de bêtes questions de langue : les archives sont en français, et les principales études menées jusque là l’ont été par des chercheurs anglophones ou hispanophones. En d’autres termes, les Français ont fait des merveilles pour consigner le climat des îles pendant des siècles selon des protocoles d’une parfaite rigueur, avant de laisser moisir ces inestimables documents au fin fond des archives. Gâcher ce qu’on a de meilleur : attitude typiquement frenchie, heureusement corrigée, donc, par cette étude qui descend en droite ligne des fameux travaux qu’on ne présente plus de Le Roy-Ladurie sur l’histoire du climat.

Comme vous le voyez, nous voilà, pour notre plus grand plaisir, fort éloigné de la climatologie people contemporaine. On n’a d’ailleurs pas vraiment envie d’y revenir, fût-ce pour la critiquer. Mais bon. Tout ça pour dire que la conclusion de l’étude est à l’opposé de ce qui nous a été asséné sans nuance ces jours-ci (ma traduction, gras ajouté) :

Notre série révèle une forte variabilité de l’activité cyclonique [dans les Antilles françaises], avec un accroissement des occurrences entre 1750 et 1850 suivi d’une tendance décroissante jusqu’au XXe siècle. Pour ce dernier siècle toutefois, un tournant est visible à partir de 1956, avec un net accroissement des cyclones suivi à son tour d’un fort ralentissement après 1979. Depuis cette date, rien dans l’observation des cyclones ne soutient l’idée d’un changement climatique.

La figure suivante, tirée de l’article, l’illustre très bien :

Figure2

Il faut donc désormais, hélas, ajouter une nouvelle barre en 2017 qui monte jusqu’à la catégorie 5. Un soi-disant accroissement depuis 1970, en revanche, se fait heureusement toujours attendre.

Source : Garnier, E., Desarthe, J., and Moncoulon, D.: The historic reality of the cyclonic variability in French Antilles, 1635–2007, Clim. Past Discuss., https://doi.org/10.5194/cpd-11-1519-2015, 2015.

 

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14 réflexions au sujet de « Histoire longue des cyclones aux Antilles »

  1. Beau travail,

    En effet, pas moins de 6 ouragans de catégorie 5 entre 1630 et 2004, ce qui relativise notablement le dernier ouragan Irma, présenté comme sans précédent, et, disent-ils, lié au réchauffement climatique d’origine humaine (alors que les autres avant lui ne le seraient pas).

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  2. quel que soit sa position, la situation d’alarmisme actuelle est tragique.

    les croyants vont continuer à croire et même à panique, à demander la fin de la démocratie, de la démagogie Trumpienne, l’instauration d’un gouverneent des savants et d’un leader pour sauver la planète.

    quand aux incroyants ils vont être conforté dans le sentiment d’une fraude planétaire promue par une élite d’escroc qui se gavent d’argent public sur les dos des honnêtes travailleurs capitalistes.

    je me suis demandé comment on pouvait être sceptique, et comme sur d’autres sujet, je crois que le vrai paramètre clé ce n’est pas la science, en laquelel les gens ont souvent confiance, et même exploitent dans leur sens.
    ce qui explique le climato-scepticisme c’est l’évidence de comportement non-éthique, non scientifiques, de lobbies puissants, d’argent public massif, de mensonges éhontés, de raisonnement fallacieux …
    si peu de gens peuvent comprendre la complexité des systèmes chaotiques non linéaire couplés, la question des oscillations océanique multi décennales, des rétroactions, on analyse très bien quand un groupe essaye de nous enfumer avec des raisonnement fallacieux, en oubliant d’évoquer des faits simples et compréhensible.

    J’envisage même qu’il y ait une réalité, moins alarmante, ou alarmante de façon plus subtiles, que ce qui se dit sur les plateaux TV.

    Parmi les trucs qui choquent, il y a l’amnésie du « on a jamais vu ca » qui fait rire les vieux, ou ceux qui ont écouté leurs grands parents…je me souvient des bilans monstrueux des ouragans quan t’étais gamin… dont on avait rien a faire car on avait nos pb, et moins de TV de catastrophe.

    Un autre point apparaît quand on analyse ce qui rapporte vraiment le GIEC.
    le RCA ne peut explique que le réchauffement après 1950, ou les courbe sont similaires depuis 150 ans.

    quand on creuse encore, on voit bien que le GIEC lui même rapporte que les modèles ne marchent pas, et qu’ols ne prédisent rien, surtout pas les oscillations océanique, et qu’ils sous estiment des facteurs important comme le soleil.
    cela se voit, non pas par une analyse que l’on fait, mais par les revirement du GIEC lui même qui au final admet après l’avoir nié, et afoir affirmé une totale confiance, l’importance de facteurs comme le soleil, l’ilopt de chaleur urbain…

    évidemment le chat retombe toujours sur ses patte, mais quand on vous assure que tout est établis, et qu’on change de théorie tout les 4 ans, avec toujours les même résultat mais jamais la même explication, ca fait douter.

    au final, je ne serait pas surpris que le RCA soit réel, ou qu’il ne le soit pas.

    les sceptiques sont sous financés et comme toute minorité opprimé, ils se radicalisent, et tolèrent en leur sein des escrocs…
    mais il reste, comme judith curry, Roger pielke Jr, et au niveau sociétal Bjorn Lomborg, des vrais climatologues (ou analystes pour BL) qui savent rapporter les faits, et proposer des théories intégrant les connaissance actuelles.

    c’est assez grave au final, et je vois que cette perte de confiance dans la science, fruit d’une chasse au budget étatique de gros chercheurs et labos et d’un militantisme individuels de pas mal de petits scientifiques spécialisés et prolétarisés (massification du métier de chercheur?), fait perdre confiance dans l’avis scientifique.

    La crise de la vaccination, des OGM, du glyphosate, les délires sur Fukushima, les anti antennes, sont de structure similaire, avec une pseudo science qui a pignon sur rue, et de vieux scientifiques avec des données massives , qui sont ignorés.

    La climatologie a quand même de special qu’elle a capturé un domaine entier de la science, domaine vierge il est vrai, ou plutôt domaine dont des activistes ont viré toutes les compétences anciennes (géophysique, océanologie, météorologie) pour s’installer en temple sans fondations.

    d’un autre coté je retrouve un mécanisme similaire d’une science non popperienne, dans la recherche de la matière noire, ce facteur de correction qui me rapelle temps les ajustement du GIEC pour les modèles qui ne marchen pas…
    http://physicsfromtheedge.blogspot.fr/2016/08/dragonfly-44-fudge-too-far.html

    dans le même genre, la recherche sur la fusion chaude, qui claque des milliards avec un espoir nul à moyen terme d’une application, mais qui propose une longue carrière à plein de scientifiques sinon au chômage.

    et si la science était partie en roue libre, comme une église qui ne cherche qu’a donner du travail à ses prêtres.

    Et on comprend mieux que cette église aujourd’hui cherche plus à créer des peurs et des espoirs sans horizon de vérification possible, afin d’éviter de se taper sur le mur d’une réalité trop incertaine, celle de faire marcher un truc qui est utile ou en panne, ou de prévoir un truc qu’on peut vérifier le lendemain en regardant dehors.

    La science n’est plus scientifique, c’est une religion qui cherche à échapper à la réfutabilité pour maintenir ses emplois.

    Quand aux ONG, elles vivent du problème et pas de le résoudre, et donc inventent des faux problèmes qu’on ne pourra pas résoudre vu qu’il n’y en a pas.

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    • Bravo, pour cet angle de vue à 180° (au moins).

      je paraphraserais bien votre avant dernière phrase pour la renforcer :

      « Les scientifiques ne font plus de la science, ce sont des prosélytes qui cherchent à soustraire leurs thèses à la réfutabilité pour maintenir leurs emplois. »

      Sous une forme ou une autre, votre idée pose finalement la question de l’emploi des chercheurs…

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  3. Bonjour,

    Il manque, pour que ce soit parfait, un article sur l’évolution de la durée des cyclones (éventuellement selon les catégories). En effet, on m’a objecté que la durée de Irma en catégorie 5 avait été exceptionnelle. Si vous avez cela sous la main, ce serait pas mal.
    Merci

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    • A cette époque, pas d’avions chasseurs de cyclones tropicaux, de satellites ou de bouées permettant de mesurer ou d’estimer les paramètres physiques d’un cyclone comme les durées des plus forts vents soutenus. La méthodologie pour classer les cyclones de l’époque moderne (et non contemporaine) est de se baser sur les témoignages consignant les destructions pour en déduire sa catégorie et de là, obtenir une fourchette de vents dans laquelle il a évolué, en se reportant à l’échelle de Saffir-Simpson. Cette méthodologie rend donc difficile une estimation des vents soutenus les plus forts sur la durée, notamment au survol de zones non habitées ou sans archives comme les océans, d’autant plus avec une telle précision (185mp/h pour Irma).
      Mais la prudence scientifique voudrait qu’avec 6 ouragans ayant déjà frappé les Antilles françaises en catégorie 5, on relativise le record trouvé à Irma, qui est un record de mesure très lié à l’évolution technologique et dont la comparaison ne peut être faite qu’avec les ouragans les plus récents.
      J’y reviendrai plus en détail dans un article que je publierai ici la semaine prochaine.

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      • A rajouter qu’Irma, sur la période contemporaine, n’a pas eu la plus longue durée en catégorie 5 dans l’Atlantique, c’est l’ouragan Cuba (3j et 6h en 1932). Il n’a pas non plus la plus longue durée en catégorie cyclone (tropical), c’est l’ouragan San Ciriaco de 1899 (27 j et 18h alors qu’Irma l’a été pendant 11,25 j). Son seul record notable est celui d’un paramètre peu utilisé jusqu’à présent, celui de la durée des plus forts vents soutenus à 185 mp/h, paramètre très peu utilisé pour classer les records d’intensité des vents des cyclones tropicaux jusqu’à ces dernières années, car très lié aux technologies d’observation les plus récentes.

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  5. On oublie trop souvent les données géologiques dans ce foutoir climatique. Au cours des périodes chaudes de la Terre comme le Crétacé la forêt était aux pôles et ce n’était pas une catastrophe pour la faune. Le gradient thermique Equateur-pôles devait être moindre et s’accompagner d’une circulation atmosphérique sans doute bien différente de ce qu’elle est actuellement avec ses trois cellules Polaire, Ferrel, Hadley. Comme elle devait aussi l’être mais en sens inverse lors des épisodes glaciaires où le gradient était considérablement augmenté. Je ne sais pas si ce Point est pris en compte dans les modèles climatiques manifestement foireux qui sont choisis et relayés par les média que le catastrophisme fait vendre. Mais heureusement le pendule est en train de basculer doucement dans l’autre sens sur la perception générale du changement climatique. Une fraction du monde scientifique, c’est vrai, a un comportement de survie (protection des jobs) face à la menace d’un retournement des paradigmes mais le principe de fonctionnement de la Science, la réfutabilité en fonction des nouvelles observations, aura forcément raison des égarés que sont les climato-convaincus. Cela prendra quelque temps mais arrivera.

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  6. Merci pour votre billet.
    Vous auriez pu mentionner que l’article des chercheurs français n’a finalement pas été accepté par le journal Climate of the past, compte tenu de doutes sur la méthodologie utilisée exprimés lors de la peer review. Savez-vous si ces chercheurs ont présenté leurs thèses dans d’autres instances depuis 2015, et si la discussion de leurs thèses a progressé?

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