Des climatologues défendent leur non-vérité

Mardi dernier, les usual suspects de la climatologie carbocentriste française, Jean Jouzel en tête, ont eu une idée d’une folle originalité : publier une tribune dans le Journalderéférence appelant à ce qu’on lutte tousensemb’ contre ces vilains mal-pensants qui font rien qu’à les embêter. La tribune en question ne manque pas de ce comique involontaire qui a fait les riches heures du Climathon en 2015, tout en étant à certains égards franchement inquiétante.

La première phrase annonce la couleur en s’inquiétant « d’un affaiblissement du pacte entre scientifiques et décideurs politiques« . Voilà au moins qui a le mérite d’une certaine franchise, même si on aimerait en savoir un peu plus sur ce fameux « pacte« . On apprend plus loin que la COP21 en fait partie, comme témoignage de « confiance ». Tout cela est fort mignon, et on est content de savoir que les petits choux ont eu leur cadeau en décembre 2015. Le problème, c’est que les scientifiques n’ont aucun pacte à signer avec les politiques, si ce n’est celui d’avoir un peu de sous pour pouvoir travailler aussi dans des domaines qui n’ont pas de rentabilité prévisible dans un avenir proche. J’ai toujours pensé quant à moi que si la production de nouvelles connaissances joue un rôle essentiel dans le développement de nos sociétés, c’est en bonne partie grâce à la liberté de recherche et d’expression des scientifiques, et… caramba, tiens donc, c’est justement ce que dit la tribune !

Depuis des siècles, la production de nouvelles connaissances joue un rôle essentiel dans le développement de nos sociétés, grâce à la liberté de recherche et d’expression des scientifiques (…)

Et alors, mesdames et messieurs les climatologues, comment être libre si on a un « pacte » avec des politiques, dont les objectifs généraux n’ont rien à voir avec les vôtres ? Votre but ne serait-il donc que fournir des éléments de langage aux politiques pour qu’ils soient légitimes à montrer leurs frimousses lors de grands raouts internationaux, en échange de la garantie que seuls vous pourrez chercher et vous exprimer librement ? Savez-vous que faire ça, c’est privatiser le savoir (ce que vous dénoncez une ligne plus loin), y compris si vous êtes des chercheurs de la fonction publique ? Si vous en doutez, mettez-vous dans la peau d’un post-doc, ou d’un chercheur qui vise une promotion, et qui se demande si tiens, après tout, pourquoi ne pas regarder de plus près l’hypothèse de Svensmark. Pensez-vous qu’une tribune comme la vôtre, émanant du gratin climatologique, est de nature à l’encourager à exercer sa « liberté de recherche » ? N’aura-t-elle pas plutôt, à l’instar de l’odieuse pétition anti-Allègre et anti-Courtillot lancée par votre même communauté en 2010, l’effet d’inciter à un comportement moutonnier ?

Plus loin, les signataires se lâchent carrément en expliquant que « Les scientifiques et les politiques doivent travailler ensemble sans frontière et de façon ouverte. » Là, soyons clair :

NON, NON, NON !

Comment donc la fine fleur de la climatologie française, faite de gens compétents et expérimentés, peut-elle signer une phrase aussi aveugle ? Disons-le en lettres majuscules : LA POLITIQUE N’A RIEN À FAIRE DANS LA SCIENCE, crénom de nom ! À CHAQUE FOIS qu’on a mêlé les deux, À CHAQUE FOIS, les scientifiques en sont sortis affaiblis, et les conséquences ont parfois été dramatiques.

Une suggestion aux signataires pour aborder de façon moins naïve les liens entre science et politique : demander conseil à Claude Allègre. Nul autre que lui n’a eu des responsabilités aussi élevées de manière simultanée en tant que scientifique et que politique. Nul autre que lui n’est aussi bien placé pour comprendre comment articuler les deux. Je gage qu’il leur expliquerait que leur volonté affichée d’être « bien en cour » est le plus sûr moyen de perdre leur indépendance d’esprit.

Chers collègues, vous vous contredisez donc vous-même, et votre présentation de la science faisant du pied aux politiques est une erreur complète, aussi bien intellectuelle que tactique. Vous illustrez parfaitement, à vos dépens, à quel point seraient nécessaire des cours d’histoire et de philosophie des sciences dans les cursus universitaires – des cours donnés de préférence par des historiens et des philosophes (et non par d’anciens scientifiques reconvertis), c’est-à-dire des personnes pas trop dupes de la « grande marche de la science » et des scientifiques à longue barbe toujours au-dessus de la mêlée. Cela nous éviterait peut-être que des climatologues puissent, dans un grand quotidien français, lâcher un ovni comme celui-ci :

Une mobilisation de tous est nécessaire pour éviter que la « post-vérité », qui fait peu de cas des faits établis par la science, ne génère de multiples accidents scientifiques et in fine démocratiques.

C’est quoi, un « accident scientifique » ? C’est par exemple quand il apparaît qu’un important article qui « supprimait » le plateau de températures du XXIe siècle n’a peut-être pas été écrit selon les meilleurs standards scientifiques en vigueur ? Et un « accident démocratique« , qu’est-ce donc ? Ah, ça au moins on peut facilement le savoir : c’est ce qui arrivera si les électeurs ne votent pas pour Benoît Hamon en avril prochain. Ben oui. Figurez-vous que le premier signataire, Jean Jouzel, s’est rendu à la cérémonie d’investiture dudit Hamon et y a fait un discours (c’est ici à partir de 1:15:35), deux jours à peine avant la publication de la tribune, donc : peut-être est-ce à cette occasion que Jean Jouzel a été séduit par cet élément de langage usé jusqu’à la corde de la « mobilisation de tous nécessaire », si typique du militantisme politique.

Entendons-nous bien : on  le droit d’être scientifique et militant. Ce qui ne va pas, c’est quand un scientifique s’adresse au public sans clairement marquer la séparation, mettant ainsi indûment le prestige de la scientificité au service d’une cause qui ne l’est pas. Vincent Courtillot a toujours remarquablement fait l’effort de séparer les deux, visiblement tout le monde n’a pas son honnêteté intellectuelle.

Une tribune sur le climat ne serait pas ce qu’elle est sans un ou plusieurs mensonges par omission. Voici donc :

Le record de température de la Terre de 2016, qui dépasse de presque 1 °C celle de l’ère préindustrielle, nous rappelle que sur les seize années les plus chaudes mesurées depuis 1880, quinze sont situées en ce début de siècle. Les faits sont clairs et têtus : le réchauffement du climat se poursuit.

Aucune des plumes de cette tribune ne peut ignorer que ce « record de 2016 » tient essentiellement au phénomène El Niño, parfaitement naturel (et dont les effets sont maintenant dissipés). Aucune ne peut ignorer qu’une année particulière n’est pas une tendance de long terme (la phrase qui vient juste avant dans la tribune qui en appelle au « temps long » ne manque pas de sel à cet égard). Aucune, enfin, ne peut ignorer que dire « les quinze dernières années ont été les plus chaudes » ne démontre pas que « le réchauffement du climat se poursuit ». L’un des signataires, Christophe Cassou, expliquait même fin 2014 à l’Académie des sciences que le plateau de températures n’était « absolument pas une surprise pour les climatologues »… Décidément, rien ne les étonne jamais.

Allez, une note plus rigolote. Après les annonces catastrophistes de rigueur, nos climatologues de service lancent :

Les mêmes tentations de se priver de l’éclairage scientifique apparaissent désormais aussi aux Etats-Unis et sont portées par de nombreux partis politiques en Europe et ailleurs.

Hormis le caractère tendancieux de la phrase, je suis bien d’accord pour dire que le carbocentrisme est en mauvaise posture. Ce qui est drôle, c’est qu’une autre tribune du même acabit, publiée dans Libération le 16 septembre dernier et cosignée entre autres par Jean Jouzel, prétendait exactement le contraire :

Les forces politiques, économiques et médiatiques qui nient le réchauffement climatique, ou son caractère anthropique, ont d’ailleurs récemment perdu beaucoup du terrain. Jusqu’à la déclaration de Nicolas Sarkozy, elles avaient quasiment disparu en Europe.

À l’époque, je m’en étais amusé ici. Bon, mais ne nous moquons pas trop : si déjà ils commencent à comprendre que la société ne se réduit pas à leurs tables rondes où tout le monde les écoute religieusement, c’est un début. Il leur reste en revanche à comprendre la portée de la COP21, qu’ils tiennent encore pour « un grand succès diplomatique international » – non sans un fort joli numéro de lèche-bottes à Ségolène Royal, ce qui en dit long sur leur neutralité intellectuelle.

Pour finir, qu’on se rassure : nos climatologues n’ont pas non plus perdu le nord :

Tissant toujours plus avant notre lien avec la société, nous développons aujourd’hui des « services climatiques » pour permettre la diffusion d’une expertise tant au niveau national qu’européen, comme cela existe dans le domaine de la santé, de la sécurité sanitaire ou pour d’autres enjeux environnementaux.

Sauf erreur ça ressemble fort à un prospectus publicitaire pour une boîte de consulting, ça, non ?

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12 réflexions au sujet de « Des climatologues défendent leur non-vérité »

  1. Et que penser , lors des voeux de F. Hollande du morceau de phrase « le réchauffement climatique, dont les derniers pics de pollution sont la preuve… » ! LA PREUVE !!!

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    • Cette « preuve » avancée par François Hollande ne devrait surprendre absolument personne, puisque ce génie des Carpates a déclaré publiquement à la tribune de l’ONU à New York que le réchauffement climatique causait des tsunamis !!! 🙂 🙂 🙂

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  2. Il y a presque 10 ans, je remarquais que la science serait probablement la première victime : c’est maintenant une certitude.
    La captation de milliards d’euros en débilités de transition énergétiques et autres projets écolo-punitifs est et sera la cause d’une grande misère : le sophisme de la vitre brisée de Bastiat éclaire les résultats certains de ces politiques vertes.
    J’ai remarqué depuis quelques temps qu’un certain nombre de missions de service public étaient fortement étalées ou rabotés, sous prétexte de respect de la nature.
    On parle en plus d’économie d’énergie, de cycles courts (comme le troc).
    Tout cela ressemble furieusement à un début d’économie de guerre.
    A quand les tickets de rationnement?…..

    Autre sujet alarmant et qui va échapper à leur promoteurs : les théories du complot.
    Les verts et autres extrémistes de gauche, à force de « dénoncer » les lobbies » des grandes méchantes entreprises -et en ce qui concerne le climat, on se demande encore comment il se fait que nous les climato-réalistes, n’ayons pas encore pu organiser aux Seychelles dans un hôtel resort 5 étoiles des conventions dignes des milliards qui nous seraient alloués- créent une montée du complotisme. J’ai pu le vérifier auprès de plusieurs ados et jeunes adultes.
    Sauf que ce complotisme se défie en fait de toute « autorité morale »…. c’est le retour du boomerang! Avec comme conséquence un ras le bol et un discrédit qui pourraient avoir des conséquences électorales.
    Bref, rien de joyeux quoi…..

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  3. <>
    Post-Vérité ! càd la vérité d’après la vérité ? mais laquelle est fausse ? ou la seconde serait-elle ‘contre’ ?
    …tout en ne faisant que peu de cas des faits établis par la science ! Tiens, je croyais que la science recherchait les explications ou les causes qui permettent de comprendre comment les faits se sont ainsi établis (par eux-même) ?
    Mais non ! les carbotrucs-machins, enfin ceux qui prétendent que tout est su, que tout est compris, et que le débat est clos, ceux-là ne cherchent pas à expliquer les faits, ils les façonnent selon leur désirs… C’est tout de même bien plus simple ! non ?

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  4. Pacte politique-science :
    Rappelons que le GIEC a été créé en 1988 sous mandat de l’ONU (Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et Organisation Météorologique Mondiale (OMM) : “…to understanding the scientific basis of risk of human-induced climate change”.
    Donc pas besoin de chercher ailleurs que chez les vilains climatophiles que nous sommes tous.

    Puis à la conférence de Rio en 1992 la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a été convenue qui chapeaute les travaux du GIEC.Le coupable y est d’ores et déjà désigné: « par « changements climatiques » des changements de climat qui sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s’ajouter à la variabilité naturelle du climat observée au cours de périodes comparables.” Son objectif “est de stabiliser, …, les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse.
    Donc la science était déjà dite avant que les experts ne s’expriment, ce qu’ils font très loyalement depuis.

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  5. Mr Rittaud, ne serait-il pas souhaitable –voire indispensable –, que vous rééditiez le Climathon !
    Avec toutes les Ségolèneries dont on nous abreuve par l’intermédiaire des médias et des politiques, celà représente une manne inépuisable pour enrichir la 2°saison du Climathon.
    En fin d’année, la publication d’un recueil –ou plutôt une encyclopédie — intitulé :  » les Ségolèneries climatiques », édité par…… »le petit Robert », parachèverait en beauté cet honorable concours !
    Climatiquement vôtre. JEAN

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  6. Ping : L’idéologisation d’une société savante | Mythes, Mancies & Mathématiques

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