Sur la primaire de la droite et du centre

Hier soir avait lieu le dernier des trois débats de premier tour de la primaire de la droite et du centre. Il a été un peu question de climat, voici donc quelques impressions.

La consultation des projets des candidats montre clairement que le réchauffement climatique n’est pas leur sujet principal. Le débat, qui n’a consacré que quelques minutes à la question, a reflété cette indifférence collective. Fait révélateur : le sujet a été envisagé au beau milieu d’une discussion sur l’Europe. La captation du sujet climatique par l’Union constitue en effet l’un de ses dossiers structurants — hélas. L’amalgame entre bureaucratie climatique et institutions européennes est un vrai danger, le rejet de l’une pouvant conduire mécaniquement à un rejet de l’autre, alors même que les deux devraient n’avoir que peu en commun. (Dans l’idée que je m’en fait, l’Union européenne existe d’abord pour promouvoir la paix sur le continent, ensuite pour développer des coopérations dans différents domaines : économie, culture, recherche…) Ceux qui veulent sauver l’idée européenne feraient bien de réfléchir à ce qui s’est passé au Royaume-Uni, où l’un des ressorts du Brexit a précisément été le rejet du carbocentrisme et des politiques qui en découlent.

Alain Juppé est celui qui s’est montré le plus offensivement carbocentriste des sept candidats à la primaire, évoquant la question dès le début du débat. C’est le seul à l’avoir fait. Avec lui il faut s’attendre à du business as usual climatique. Bien que l’ancien premier ministre ait évoqué le problème que pose l’élection de Donald Trump, je ne suis pas sûr qu’il ait véritablement saisi combien sa position conventionnelle, pour ne pas dire conformiste, n’est pas à la hauteur des bouleversements qui se sont produits ces derniers mois. Alain Juppé a tout simplement semblé en retard d’une guerre.

Preuve que l’âge ne fait rien à l’affaire : Nathalie Kosciusko-Morizet a endossé une position tout aussi rétrograde, y ajoutant l’un de ces éléments de langage usés jusqu’à la corde qui n’impressionnent plus personne depuis longtemps (il paraît que 36 titulaires du prix Nobel se sont mobilisés pour dire toute leur angoisse sur le futur climatique de la planète). J’avoue avoir été surpris qu’aucun des deux journalistes ne demande à Nathalie Kosciusko-Morizet si elle considérait que Nicolas Sarkozy, qui s’est déclaré climatosceptique, méritait oui ou non le qualificatif de « connard » dont elle a affublé par principe tous les déviants à la pensée conforme. Une telle clarification aurait sans doute permis de rendre un peu plus pétillante la passe d’armes brève et convenue entre les deux candidats sur le sujet. Une belle occasion manquée.

Alors qu’on pouvait attendre de lui une position iconoclaste susceptible de faire bouger les lignes, l’ancien président de la République n’a, c’est le moins qu’on puisse dire, guère fait assaut de climatoscepticisme. On appréciera sa défense des agriculteurs (ces derniers en ont un peu marre qu’on les accuse de tous les maux environnementaux), sans toutefois se faire trop d’illusion : ça se voyait comme le nez au milieu du visage que la question climatique n’était qu’un prétexte. Le climatosceptique Nicolas Sarkozy plaidant pour une taxe carbone et une réduction des émissions de gaz à effet de serre, ça faisait quand même un peu désordre.

L’ancien président a profité de l’occasion pour vanter le nucléaire (dont il est un partisan de longue date), qui fait de la France l’un des meilleurs élèves parmi les pays développés en terme d’émissions de gaz à effet de serre. C’est l’occasion de prendre un instant pour souligner un argument sous-jacent, tout à fait pertinent et qui mériterait de constituer un excellent bélier pour la campagne électorale de celui que choisiront les électeurs de la primaire de la droite et du centre : qu’on croie ou pas à un « dérèglement climatique d’origine humaine », la France émet moins de gaz à effet de serre que les autres pays développés, elle ne devrait donc pas se lancer dans des politiques coûteuses de réductions avant que les autres pays soient à son niveau.

Jean-François Copé s’est contenté de proposer une taxe carbone pour les importations en provenance de pays aux normes environnementales moins exigeantes que les nôtres, avant de changer de sujet aussi vite que possible. Il y avait, dans sa courte intervention, un côté « bonne excuse à un protectionnisme déguisé » pas franchement subtil. (Quelques minutes plus tard, le même Copé a rêvé d’« une France sans pétrole ». Trop fort. Personne, hélas, n’a relevé ce gag sans doute involontaire.)

François Fillon m’a semblé, sur ce thème du climat, le plus solide et le plus convaincant des sept. En indiquant à plusieurs reprises au journaliste qui le lançait sur la question qu’il y avait un autre sujet dont il voulait absolument parler (l’Europe, je crois), il a signifié aussi clairement qu’habilement que, pour lui, le climat n’est pas vraiment un sujet. L’ancien premier ministre n’est hélas pas (ou pas encore ?) climato-réaliste, il s’est toutefois abstenu d’évoquer une taxe carbone ou toute autre usine à gaz climatique, expliquant sobrement que ce qu’une France carbocentriste a de plus logique à faire consiste d’abord à miser sur l’énergie nucléaire, faiblement émettrice de CO2. Une position à la fois réfléchie, cohérente et mesurée sur la question climatique : on n’y croyait plus.

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7 réflexions au sujet de « Sur la primaire de la droite et du centre »

  1. Ìl y avait un bon article de Dupont d’Aignan
    http://www.marianne.net/agora-face-bruxelles-protegeons-nos-barrages-bleu-france-100247888.html
    qui défend les barrages de l’ÉDF: “…la meilleure source d’électricité renouvelable disponible, dont le coût et la production sont maîtrisés. Contrairement aux éoliennes et au solaire, la production hydro-électrique module son rendement selon les besoins réels du réseau national.”

    Volià un politicien qui semble comprendre le BA Ba de la production de l’energie.

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  2. Coucou,

    Après l’eloge de trump, un « bon article de dupont-aignan ».

    Tous les sites ouverts au public glissent toujours vers les extremes. ; c’est vraiment dommage.

    Je ne parle pas de vos commetaires, mr rittaud, qui sont toujours équilibrés. On devine juste votre point de vue, enfin de crois, en lisant les propos de vos amis.

    Bonne journée

    Stéphane

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    • Contrairement aux Etats-Unis où Al Gore a ancré le réchauffisme chez au parti Démocrate, les orientations sur la question du réchauffement global sont aussi variées à droite qu’à gauche de l’échiquier politique. Elles dépendent principalement des espoirs de capter le vote écologiste.

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      • Le « vote écologiste » est un vote de lutte des classes (*) très proche des marxistes léninistes, donc la droite ne peut jamais espérer capter cet électorat. C’est une communauté fortement idéologisée, anti-capitaliste, anti-libérale, qui croit que l’Etat planificateur va résoudre les problèmes écologiques (comme en URSS, donc)…

        (*) mais peut être des « classes » structurées différemment, entre les exploiteurs du peuples et ceux de la nature

        Bien sûr il y a un vote qui peut être conservationniste, qui pense qu’il ne faut pas tout bétonner, que les zones naturelles sont un héritage à préserver; mais il est souvent conservateur (on peut être conservateur et de gauche) et patriote (ce qui est tout aussi compatible avec le fait d’être de gauche ou de voter socialiste, enfin jusqu’à un certain point), et n’a rien à voir avec un parti anti-défilé du 14 juillet (parce que ça pollue, contrairement au réunions climatiques), anti-dissuasion nucléaire, pro-immigration illimitée (idéologiquement des « citoyens du monde » ou même « no border »), etc.

        Donc le vote « écolo » reste de gauche.

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    • Je ne résiste pas…

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