Climat : Nicolas Sarkozy persiste et signe

Ce soir, Nicolas Sarkozy était interviewé sur France 2 par David Pujadas et Léa Salamé. C’était l’occasion d’en savoir plus sur ses prises de position d’hier sur le climat. Compte-rendu en forme de journal de bord d’un télespectateur climato-réaliste.

20h15 : Au JT de France 2 avant l’émission, les fauves sont lâchés. Les politiques, bien sûr, notamment les candidats à la primaire de la droite et du centre qui profitent de l’occasion pour se démarquer d’un concurrent sérieux, mais aussi l’inoxydable Jean Jouzel. La voix de la science officielle ne manque pas de dénoncer l’infâme climatosceptique nouvellement déclaré.

20h40 : Sarko mon Sarko, j’espère vraiment que tu vas être bon sur le climat. J’espère que t’as bossé tes fiches et que tu ne raconteras pas n’importe quoi sur le sujet comme il y a quelques années. Tant qu’on y est : tes âneries sur la surpopulation, si tu pouvais éviter, j’aimerais autant.

20h55 : La météo annonce du frais. Un signe ?

21h03 : Ça commence moyen : « en vertu du principe de précaution », Nicolas Sarkozy veut mettre en rétention les fichés S. Sauf que le programme des Républicains évoque explicitement la suppression dudit principe de précaution. D’ailleurs, plus tard, à 22h50, il en parlera lui-même.

21h08 : Encore le « principe de précaution » à appliquer contre les terroristes.

C’est quand même un drôle de tic verbal que de vouloir en permanence « appliquer le principe de précaution ». Je propose un moratoire : désormais on pourrait se contenter de « faire attention », d’« être prudent »…

21h36 : Première mention du « choc démographique », qui vient en réponse à une question sur les migrants. Sans commentaire.

21h47 : Je diagnostique une poluplasiasmophobie démographique avancée. En langage vernaculaire : la peur exponentielle de la population, aussi connu sous le nom de néomalthusianisme. Mais quelle mouche l’a donc piquée ?

21h57 : « On vous découvre climatosceptique », glisse Léa Salamé. Va-t-on y venir enfin, après tous ces articles parus aujourd’hui même dans la presse sur le sujet ? Que nenni. Il semble que tout le monde s’en fiche, en vrai. C’est une bonne nouvelle : le signe d’une résistance passive collective à la pensée unique sur le climat. Je soupçonne fort les responsables de l’émission de s’être dit que ce n’était pas la peine de trop parler de climat parce que ça n’intéresserait pas les télespectateurs. Encore une heure à attendre, donc. Une satisfaction quand même, en passant : Nicolas Sarkozy n’est pas monté sur ses grands chevaux lorsqu’il a été qualifié de climatosceptique. En la matière, j’ai tendance à penser que qui ne dit mot consent.

22h50 : Et donc, Nicolas Sarkozy veut supprimer le principe de précaution. Cf. 21h03…

22h51 : « …les questions internationales et climatiques » lance David Pujadas ça y est c’est parti enfin cette fois on y va Sarko mon Sarko c’est le moment d’être bon !

« C’est le premier défi pour le monde : le changement climatique », lance gravement le journaliste. On n’aura pas l’outrecuidance de demander pourquoi, dans ce cas, la question a mis si longtemps avant d’être abordée, car la réponse est connue : cette rhétorique étant usée jusqu’à la corde, elle n’est sans doute répétée que par habitude. Nicolas Sarkozy répond en invoquant le Petit Âge glaciaire. Il s’emmêle un peu les crayons dans la dénomination, mais le fond reste raisonnable. Il évoque aussi les changements climatiques causés par le mouvement de la Terre autour de son axe. Ce n’est pas très précis (il aurait tort de l’être, il n’est pas là pour donner un cours), mais on sent quand même qu’il a un peu bossé. Le temps semble révolu où il confondait climat et trou dans la couche d’ozone.

« Non, l’homme n’est pas le seul responsable des dérèglements climatiques », assène-t-il. Très curieusement, ni David Pujadas ni Léa Salamé ne déploient l’arsenal habituel du « consensus scientifique », des « catastrophes naturelles que tout le monde voit se multiplier », ou encore des « records de températures en 2014, puis 2015 et encore 2016 ». Aucune pugnacité. Soit les journalistes sont des crypto-climatosceptiques, soit ils n’ont pas vraiment préparé le sujet, soit encore ils se fichent royalement, au fond, du soi-disant « premier défi pour le monde ». (NB : panachages possibles.)

Au fil de la discussion, Nicolas Sarkozy a cette habile réplique : « Il faut lutter contre le changement climatique, mais la première cause de la dégradation de l’environnement, c’est la démographie ». Habile, car cela lui permet de glisser sur un autre sujet et d’exhiber lui aussi une peur environnementale. Il ne veut même parler que de ça, c’est visiblement sa nouvelle marotte. Il tient son nouvel avatar de peur exponentielle, il ne le lâchera pas.

22h56 : Voilà, c’est déjà la fin de la discussion sur le climat. Cela n’aura pas duré longtemps, d’autant moins que la séquence a été largement polluée par la peur malthusienne de la démographie.

Bilan : cette fois, donc, c’est bel et bien plié. En invoquant le Petit Âge glaciaire ainsi que les cycles astronomiques, Nicolas Sarkozy a déployé la panoplie du parfait petit climato-réaliste. Il a assumé ses prises de positions d’hier, sans trop chercher à se raccrocher aux branches et sans s’indigner qu’on parle de lui comme d’un climatosceptique.

Avec l’ancien président de la République, nous venons donc de gagner un soutien de poids, mais aussi, hélas, un néo-Malthusien dont on se serait bien passé. J’avais pensé que l’affichage de la peur démographique (qui s’apparente visiblement pour lui à la peur migratoire, dans un amalgame disons… pas très joli) n’avait été qu’une diversion incidente. J’en suis moins sûr à présent. Espérons que cette curieuse lubie lui passera (ne serait-ce que parce que son projet de conférence internationale sur la population a des chances non négligeables de faire un bon gros bide), car il n’est pas sûr que nous gagnerions grand chose à tomber du Charybde climatique au Scylla démographique.

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16 réflexions au sujet de « Climat : Nicolas Sarkozy persiste et signe »

  1. « On n’aura pas l’outrecuidance de demander pourquoi, dans ce cas, la question a mis si longtemps avant d’être abordée »

    Il y a une tradition dans les talk shows : inviter une actrice porno, la faire s’installer autour de la table (bien visible) au tout début de l’émission, mais l’interroger en tout dernier, après une émission interminable garantie 100% banalités oiseuses (y compris les platitudes et les questions oiseuses posées à l’actrice porno).

    Le climat est devenu l’actrice porno qui raconte des banalités des talk shows?

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  2. Je suis étonné que la démographie ne soit pas un sujet : passer de 1,5 milliard en 1900 à 7,5 milliards en 2017 c’est déjà la pauvreté et la pollution avant d’être les famines récurrentes dès que le climat ou les conflits perturbent l’équilibre précaire qui a permis la hausse de la population.
    Quand la population croit rapidement les personnes ont la misère et ne peuvent pas investir. Les transitions démographiques (passer à moins de 3 enfants par femme) sont bien tardives sur pas mal de continents.

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      • « Quand la population croit rapidement » n’est PAS une peur exponentielle, c’est une peur (légitime) du changement catastrophique.

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      • Il s’agit d’une peur exponentielle, l’exponentielle étant ici symbolique autant que mathématique. Si vous creuser les arguments de la peur démographique, vous y trouverez pour ainsi dire toujours une modélisation exponentielle. Ça remonte à Malthus, voire à William Petty, plus d’un siècle auparavant.

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  3. ayant parcouru pas mal de contrées campagnardes (hors villes et zones capitales) sur cette planéte, mon constat est que la Terre reste vide. La surpopulation comme la pollution aigüe affectent des espaces limités appelés « villes ». Les six milliards que nous sommes sont certainenemt nécessaires aux divers développements de l’être humain : par ex combien de personnes nécessaires pour aboutir à la fabrication d’un ordi, à partir des matières premières, des aliments pour les personnels, + réalisation et gestion des infrastructures de fabrication, développement et distribution ?

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  4. Bonjour,

    On ne peut que se féliciter de voir un « responsable » politique de premier plan adopter une attitude raisonnable vis-à vis de la doxa à la mode, le réchauffement ou changement climatique. Je reste cependant extrêmement dubitatif devant ce revirement. Des échéances cruciales, pour l’auteur de cette prise de position et pour la société française (pas tout à fait les mêmes, je tiens à le préciser) se profilant, nous savons tous depuis longtemps que « Paris vaut bien une messe ». Je rejoins néanmoins Benoît Ritaud quand il déclare apprécier la perspective de voir le climato-réalisme s’éloigner de la tutelle du Front National. On peut espérer qu’un débat plus serein va enfin s’imposer face autour de cette problématique et que les dérives auxquelles nous assistons cessent.

    Je viens de terminer le livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg « Le Négationnisme économique » publié chez Flammarion. Les échos que j’avais pu avoir çà et là de cet ouvrage, notamment en écoutant Pierre Cahuc en parler, m’incitait à penser que cet ouvrage réglait une fois pour tout le problème des billevesées avancées régulièrement dans le domaine économique. Le livre est extrêmement moyen et j’y ai vu surtout une violente attaque contre le climato-scepticisme dont l’inanité est rappelée tous les deux ou trois pages, les auteurs le mettant en exemple comme contre-vérité scientifique avéré teintée de complotisme et négationniste de surcroit. Connaissant l’ostracisme dans lequel les « climato-réalistes » sont tenus, il est paradoxal de voir les auteurs de ce livre se revendiquer de la prééminence d’une démarche qu’ils qualifient de scientifique (pour eux, seuls les « climatologues » sont dignes d’en parler alors que l’essence scientifique du GIEC et de ses séides est assez politique et que bon nombre de ses travaux sont entachés de suspicion quand ils ne sont pas tout simplement faux) et de refuser cette démarche à ceux qui s’interrogent sur la nature du « consensus » officiel.

    Bonne journée

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  5. S’il persiste, je vois deux issues:
    – soit il fait se délier les langues, et on assiste à une véritable explosion de « comings out » sceptiques
    – soit cela le décrédibilise complètement.

    Il jouerait très gros sur ce coup là. En tout cas, cela risque de politiser le sujet comme aux Etats Unis, ce n’est pas bon pour la rationalité…
    Comme disent les anglais:
    « With those friends, we don’t need enemies… »

    Aimé par 1 personne

    • C’est ce que je pense aussi, puis surtout que Sarko c’est le roi de la posture à l’instant T, puis celui d’après de dire, faire le contraire. Il l’a montré en géopolitique avec Khadafi, ou avec la Russie …

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      • En géopolitique, il a changé de position après des évènements dramatiques. Il suffit que le climat rattrape 18 ans de pause et c’est reparti pour le réchauffisme.

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  6. Enfin Sarkozy prend le risque de contester la doxa Climat ! Espérons que ce n’est que le début d’une vraie débandade.
    Mais que dit le « libéral » Fillon sur ce sujet ?? On ne l’entend pas beaucoup…

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  7. Moins le sujet sera abordé, moins il y aura de promesses électoralistes, moins une politique réaliste pourra être critiquée. Mon souhait est que le réchauffement ne devienne pas un thèse de campagne électorale.

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