Londres : God bless you, Lord !

Au début je nourrissais une certaine méfiance, pour ne pas dire une méfiance certaine, sur l’exposé de conclusion que devait faire Christopher Monckton à Londres. Le plus célèbre lord climatosceptique n’a pas que des amis chez ceux qui s’opposent au GIEC (demandez à Judith Curry ou à Steve McIntyre), et le titre de sa présentation, « Genocidal climate science », avait tout pour inquiéter. J’imaginais déjà une litanie d’exagérations grossières, de celles dont se délectent certains sceptiques et qui nous desservent plutôt qu’autre chose. Le début de l’exposé, fait de petites blagues certes rigolotes mais pas franchement nouvelles (du réchauffé, quoi) et qui avaient un côté démago assez pénible, a d’abord renforcé mes craintes. Et histoire de finir de balancer mes critiques, la toute fin de la présentation était pire encore, avec une photo d’enfants africains affamés regardant l’objectif : il paraît qu’ils nous implorent de leur construire des centrales au charbon…

Voilà pour les reproches. Le reste, c’est-à-dire 95% de l’exposé, était résolument mathématique. Et ça valait le détour.

Christopher Monckton avait beaucoup de choses à dire, et en 20 minutes c’était juste. Il était difficile de tout suivre, mais ce que j’ai saisi m’a semblé correct. Si ma première impression est la bonne, alors c’est proprement dingue que les gars du GIEC aient pu commettre des erreurs pareilles. Christopher Monckton a l’intention d’envoyer son texte aux participants pour avis avant de le soumettre pour publication : j’ai bien l’intention de le lire en détails.

La question centrale était celle du calcul de la sensibilité climatique, c’est-à-dire de la hausse à prévoir de la température en cas de doublement de la concentration atmosphérique en gaz satanique. Christopher Monckton n’a pas essayé de nous convaincre que le GIEC se trompe dans le mécanisme physique, mais dans les calculs les plus basiques. Il a mis le doigt sur quatre fautes de calcul. Pour ne pas risquer de me tromper (j’aurais du mal à restituer les détails de tous les calculs), je vais juste expliquer ce qui semble être la première faute, qui à elle seule en dit long.

Mettons que la Terre soit au départ à la température T. Selon le GIEC, quand les vilains humains émettent leur gaz satanique, cela induit une augmentation de température qui agit à son tour sur le système climatique : il fait plus chaud, donc il y a davantage d’évaporation des océans, donc davantage d’effet de serre, d’où une nouvelle augmentation de température, qui elle-même en induira une nouvelle pour la même raison, et ainsi de suite. Je vous la fais courte sur la physique, parce que ce qui compte vraiment ici, c’est les maths. (Le fait que j’écrive ces lignes à 3 heures du mat’ dans le ferry pour Calais est aussi un élément d’explication. Pour des détails, vous pouvez allez voir sur cette page de Pensée Unique, excellente comme toutes les autres de l’irremplaçable site de Jacques Duran.)

La description mathématique du processus passe par une suite géométrique : chaque augmentation de température en induit une autre, qui lui est proportionnelle d’un facteur traditionnellement noté f (et qui est compris entre 0 et 1). Si l’on note ∆T la première augmentation, la suivante sera de fT, la suivante de f(fT) = f2T, la n-ième de fnT. En tout, donc, l’accroissement total de la température sera de ∆T+fT+f2T+…. Demandez à mes étudiants à qui je l’ai démontré pas plus tard que mercredi dernier : cette somme vaut ∆T/(1–f). Le facteur multiplicateur à appliquer à la première augmentation de température, le ∆T, est donc 1/(1–f). Tout ça selon le GIEC, donc.

Mettons qu’après évaluation, on soit sûr que f est compris entre f1 et f2. Le facteur sera donc compris entre 1/(1–f1) et 1/(1–f2). Comment alors donner une estimation moyenne ? Selon Christopher Monckton, le GIEC l’obtient en faisant bêtement la moyenne de 1/(1–f1) et 1/(1–f2). Et si c’est ça, alors c’est effectivement complètement crétin. Rien que la structure de la courbe de la fonction f -> 1/(1–f) permet de s’en rendre compte, car quand f2 croît vers 1, la valeur 1/(1–f2) tend vers l’infini. Utiliser 1/(1–f2) dans une formule de moyenne ne peut avoir aucun sens sérieux compte tenu des incertitudes dans le calcul de f2.

Une meilleure façon de faire ? Calculer la moyenne f de f1 et f2, puis 1/(1–f) : cette dernière valeur a beaucoup plus de sens que l’autre comme moyenne. Et sa valeur est bien inférieure : 2,2°C au lieu de 3,4°C, si je me souviens bien.

On peut certes discuter les détails. Je pense notamment que Christopher Monckton devra mener une discussion préalable sur la manière dont il calcule la moyenne f de f1 et f2. Il propose une moyenne ordinaire (c’est-à-dire arithmétique : f=(f1+f2)/2), ce qui demande une justification car il y a « plusieurs moyens de moyenner ». Ce n’est qu’à partir de la manière dont f1 et f2 sont estimés qu’il est possible de choisir la meilleure formule.

Cette correction d’erreur de débutant réduit donc considérablement la sensibilité climatique moyenne. Les autres calculs de Christopher Monckton la réduisent encore, jusqu’à aboutir à une valeur de +1,1°C. Toujours selon les standards du GIEC, redisons-le (standards dont on peut douter de la pertinence par ailleurs).

Si le truc se confirme, alors lord Monckton méritera qu’on lui tire notre chapeau. Ayant discuté un moment avec lui après son exposé, j’ai pu me rendre compte que c’est quelqu’un d’une grande culture scientifique. Au bout de deux minutes de discussion, il en était déjà rendu à parler de l’origine de l’intérêt de Menechme pour les sections coniques, qui était la question de la duplication du cube. Je le sais parce que je vais l’enseigner prochainement, mais je sais aussi que pas mal de mathématiciens l’ignorent.

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16 réflexions au sujet de « Londres : God bless you, Lord ! »

  1. Il me semble que ce débat sur un calcul « moyenné » de l’effet du CO2 relève des « faux débats » induits par une volonté « d’expliquer » l’effet de Serre par des schémas simplistes, pour faire croire au lecteur moyen que tout cela est évident (les schémas de K Trenberth en sont l’ illustration)
    Il est clair que des calculs « en moyenne » sur des fonctions non linéaires sont idiots, dans la mesure où les principaux paramètres en jeu qui sont les termes des moyennes varient spatialement considérablement entre eux; c’est vrai de la température, de l’albédo, de la teneur en vapeur d’eau, de l’épaisseur de l’atmosphère, de la couverture nuageuse…et c’est vrai aussi des facteurs réunis sous le terme de « feedback » pour autant qu’on les connaisse.

    Le concept de « feedback » utilisé par les « climatologues » interpelle d’ailleurs les automaticiens et l’analyse des systèmes; il est assez flou. Pour les automaticiens, un feedback ne peut être que « négatif » ; s’il est « positif », c’est une simple amplification.
    Par exemple, l’analogie, souvent utilisée, du système « micro, amplificateur, enceintes, salle » n’est pas correcte.

    Ces débats sont assez vains dans la mesure ou les « vrais » calculs sont le fait des modèles de circulation globale, qui, eux, ne moyennent rien. Le problème est que le GIEC, dans ses rapports, mélange les deux approches, générant toutes ces discussions vaseuses.

    (Désolé, ce commentaire s’est retrouvé en modération pour une raison que j’ignore. Ben.)

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  2. Bonjour,

    Si c’est vrai, ça risque d’être effectivement comique !
    Sinon, a-t-on parlé par hasard de la divergence entre les mesures marégraphiques et les mesures satellitaires de niveaux marins ?

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  3. un résumé de calcul de la sensibilité de la température à la concentration de CO2 peut se télécharger ici : http://bit.ly/2cR9s8S
    Ce document aussi une discussion de la définition adoptée par les modélistes et retenue par le GIEC: ECS=F/Lambda où Lambda est la somme des rétroactions. Et cette somme pourrait bien être proche de zéro, ce qui rendrait ECS plus ou moins infini ou presque, Totalement absurde. Ce qui l’est plus est que personne ne semble être intéressé à cette bourde monumentale qui dure depuis des décennies.

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  4. Mon grand père qui était contrôleur général à l’armée, utilisait abondamment un certain discours peu flatteur au sujet de la technocratie militaire qui l’entourait :
    « La guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires… Et encore moins aux politiciens »
    Je souris souvent à l’idée qu’on pourrait dans de nombreux cas remplacer guerre par climatologie et militaires par climatologues…

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  5. Ping : Londres : les vidéos | Mythes, Mancies & Mathématiques

  6. Loin de moi l’idée de remettre en cause vos compétences en mathématiques, qui sont certaines, j’ai cependant deux questions à vous poser.

    1 – Vous dites « le GIEC l’obtient en faisant bêtement la moyenne de 1/(1–f1) et 1/(1–f2) », mais le GIEC lui-même n’obtient rien, il ne fait que reprendre les travaux de chercheurs, vous contestez donc les conclusions de chercheurs qui ont fait « bêtement » cette moyenne ; savez-vous de qui il s’agit et leur avez-vous demandé leur avis ?

    2- Comment expliquez-vous qu’un licencié en lettres classiques ait des compétences en mathématiques au point de discuter avec vous, un spécialiste, d’un sujet ignoré de beaucoup de mathématiciens ?

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    • 1. Question purement rhétorique et sans intérêt (à part celui d’une critique gratuite). Il est dit dans le texte qu’il s’agit d’une première impression.
      2. Je me fiche d’expliquer ce genre de choses. Ce qui m’intéresse, ce sont les arguments de fond, pas le pédigrée de celui qui les donne. Ça s’appelle la science.

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      • Merci pour votre réponse, mais j’appelle cela botter en touche.

        La première question n’est pas si théorique que ça puisque vous incriminez clairement les chercheurs qui ont fait cette moyenne reprise par le GIEC en les traitant quasiment d’idiots (c’est le sens de « bêtement ») et en louant Monckton pour sa « clairvoyance » ; je prends note cependant qu’il s’agissait d’une première impression et j’attends avec impatience votre impression finale que vous ne manquerez pas de dévoiler à vos lecteurs.

        Pour la question deux vous préférez évidemment ignorer que Monckton a fait la preuve qu’il se trompait régulièrement (et trompait par là même tous ceux qui l’idolâtrent) notamment avec sa courbe des températures qui soi-disant restent stables depuis 20 ans (à moins que ce ne soit 18 ans et quelques mois ou quelque chose comme ça) ; Roy Spencer vient récemment de démentir ce mythe en avouant que 2016 serait très certainement l’année la plus chaude depuis le début des mesures UAH en 1979) ; que va encore bien pouvoir inventer Monckton pour maintenir le mythe vivant ?

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      • Je n' »incrimine » personne : je soupçonne qu’ils ont raconté une grosse bêtise. Une telle erreur (si elle est avérée) est anormale à ce niveau. J’observe d’ailleurs que vous ne contestez pas le fond de mon propos.
        Pour la deuxième partie : non, je ne « préfère évidemment pas ignorer » que Monckton a pu se tromper par ailleurs. Si vous saviez ce que c’est que la science, vous sauriez :
        – que tout le monde fait des erreurs
        – qu’on ne juge pas de la pertinence d’un argument sur celui qui le tient.
        Si vous voulez discutez utilement, mettez donc de côté votre détestation de tel ou tel, ça vous évitera de faire flèche de tout bois (par exemple avec un argument qui revient, pour faire court, à quelque chose du genre « Monckton a tort de parler du plateau 1998-2014 à cause de l’année 2016 »).

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  7. « J’observe d’ailleurs que vous ne contestez pas le fond de mon propos. »

    Non effectivement, contrairement à vous qui contestez les rapports du GIEC sur la base d’une simple première impression qui se traduit chez vous par « Et si c’est ça, alors c’est effectivement complètement crétin » ; alors qu’un scientifique, avant d’affirmer que quelque chose est « possiblement crétin », fera quelques recherches qui lui permettront éventuellement de ne pas se ridiculiser auprès de ses pairs. Ce que je vous reproche n’est pas de vous tromper (je n’en sais fichtre rien) mais d’avoir une confiance aveugle en Monckton, vous voyez ce n’est vraiment pas grand chose…

    « tout le monde fait des erreurs », oui, et en sciences il y a un processus qui s’appelle la revue par les pairs à laquelle s’ajoutent les discussions entre spécialistes à ne pas confondre avec les débats sur des plateaux de télé ou dans des émissions de radio et encore moins dans des bouquins ou des blogs ; en matière de climatologie s’il y a des erreurs vous êtes libre d’apporter votre contribution avec la méthode scientifique et non la méthode polémique (comme vous connaissez un peu l’épistémologie vous devriez savoir de quoi je parle)

    « mettez donc de côté votre détestation de tel ou tel », pas de détestation de ma part, seulement la constatation qu’il y a des individus qui prennent les gens pour des imbéciles afin de semer le doute dans l’esprit des gens (c’est normal, ils sont payés pour cela, c’est au citoyen lambda ne ne pas se faire avoir)

    « Monckton a tort de parler du plateau 1998-2014 à cause de l’année 2016 », non il n’y a aucun plateau des températures, regardez les températures au niveau du sol (là où vous et moi vivons) et vous constaterez qu’elles ne cessent de grimper ; par ailleurs vous savez très bien que plus de 90% de la chaleur additionnelle va dans les océans (http://www.nature.com/nclimate/journal/v6/n4/full/nclimate2915.html) donc les fluctuations des moins de 10% qui restent dans l’atmosphère ne sont pas vraiment ce qu’il y a d’essentiel dans le phénomène du réchauffement climatique (d’origine anthropique et non solaire, ne vous en déplaise)

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    • Tant de mot pour dire si peu…
      Pour parler de « confiance aveugle en Monckton » me concernant, vous n’avez pas lu le début de l’article.
      Le reste de votre propos est à l’avenant : affirmations gratuites, hors-sujets… Entre autres, si pour vous c’est mal de donner un impression sur un travail de recherche, alors ce n’est pas la peine que nous discutions. Nous perdons notre temps, restons-en là.

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      • « Tant de mot pour dire si peu… », oui je sais, vous préféreriez que je dise bravo Ben, ça ferait deux mots seulement pour dire tant de choses sur votre génie.

        « si pour vous c’est mal de donner un impression sur un travail de recherche »
        Je vous cite : » le GIEC l’obtient en faisant bêtement la moyenne de 1/(1–f1) et 1/(1–f2). Et si c’est ça, alors c’est effectivement complètement crétin.  »
        Quand on traite des scientifiques de crétins ce n’est pas « donner une impression sur un travail de recherche », c’est dénigrer le travail de ces scientifiques sans apporter aucun argument.

        Et oui j’ai bien lu le début de l’article : « Le reste, c’est-à-dire 95% de l’exposé, était résolument mathématique. Et ça valait le détour »
        Donc pour vous il n’y a que 5% à éventuellement critiquer, et encore du bout des lèvres, si ça n’est pas de la confiance ça…

        « affirmations gratuites, hors-sujets », quand on vous critique et qu’on ne fait pas le béni-oui-oui ou l’adorateur inconditionnel on fait bien sûr toujours des affirmations gratuites et des hors-sujets.

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  8. Ping : Lord Monckton : les modèles du “réchauffement climatique” sont mathématiquement erronés | Le Monde...

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