JO 2016 : jour 16, le grand bilan

Ces compte-rendus de Yanarthus vont nous manquer (plus que les JO, en tout cas). Merci à lui pour avoir alimenté MM&M en lui donnant la coloration qui convenait à un mois de vacances. Et vivement la prochaine compétition sportive intergalactique estivale.

JO 2016 : jour 16, le grand bilan

par Yanarthus.

Rappelons les principes du vrai classement des médailles aux Jeux Olympiques :

  • Les médailles d’or, d’argent et de bronze apportent respectivement 5, 2 et 1 points ; en cas d’égalité ou de médailles de bronze multiples, les points sont partagés afin que chaque épreuve distribue exactement 8 points.
  • Tous les points sont multipliés par un coefficient déterminé en fonction de la notoriété, de l’intérêt et de l’utilité de l’épreuve. (Ces coefficients sont indiqués ici.)

Bilan des nations

Les 306 épreuves ont eu lieu. Il est très attendu. C’est le moment, c’est l’instant, voici les dix premiers du vrai classement final des Jeux Olympiques de Rio 2016 :

  1. États-Unis 1 136
  2. Royaume-Uni 500
  3. Chine 491
  4. Russie 437
  5. Allemagne 351
  6. France 313
  7. Japon 264
  8. Italie 196
  9. Jamaïque 186
  10. Australie 174

Dans le classement « à l’ancienne » donnant la priorité aux médailles d’or et sans coefficients, les cinq premiers sont les mêmes et dans le même ordre, le Japon et la France échangent leurs places, la Corée du Sud est huitième (treizième dans le vrai classement) et la Jamaïque seizième. Ce pays bénéficie des coefficients du vrai classement pour apparaître dans le Top 10.

Voici également l’évolution du nombre de points de chaque pays au cours du temps (l’abscisse est le numéro de la journée de ces Jeux Olympiques) :

1

Sans surprise, les États-Unis l’emportent largement : en tête dès le premier jour, ils ont régulièrement augmenté leur avance et terminent avec plus du double des points du second.

La lutte pour la seconde place fut beaucoup plus serrée entre la Chine et le Royaume-Uni. Nos amis Britanniques ont connu un départ laborieux, au point d’être largement devancés par la France après quatre jours de compétition. Mais ils ont nettement accéléré en milieu de compétition, grâce au cyclisme sur piste, à l’aviron et même à la gymnastique (!) où leurs rivaux chinois n’ont récolté que deux médailles de bronze (et deux autres médailles en trampoline). Nos amis de l’Empire du Milieu se sont réveillés en fin de compétition, notamment avec le badminton et le volley féminin, pour finalement échouer à un souffle (9 points) des Britanniques.

La suspension de nos amis Russes dans certains sports, notamment l’athlétisme, plus gros pourvoyeur de points, leur coûte sûrement une place sur le podium, car, avec un recul de plus de 100 points par rapport aux Jeux Olympiques de Paris 2012, nos amis Chinois étaient sans doute accessibles.

En obtenant leurs premiers points lors de la quatrième journée, nos amis Allemands ont mis du temps à « débloquer le compteur », mais ils ont bien accéléré en fin de parcours, notamment avec la victoire de la Mannschaft féminine en football.

Le parcours français fut assez irrégulier et connut deux journées fastes les 9 et 12 août, avec notamment les titres féminin et masculin dans les « catégories-reines » du judo. Malgré un total presque identique aux Jeux de Paris 2012 (323 points il y a quatre ans) et de très belles réussites, la France éternelle perd une place et on ne peut s’empêcher de garder une impression de « lose » globale pour la délégation tricolore lors de ces Jeux de Rio. En témoigne le grand écart entre les nombres de médailles d’or (10) et de médailles d’argent (18) : tous les pays classés devant la France ont obtenu plus d’or que d’argent et la France est en tête du déficit or – argent avec – 8, devant nos amis Azéris (1 – 7 = – 6, de sacrés losers aussi, ceux-là) et nos lointains amis Néo-zélandais (4 – 9 = – 5).

On note enfin la crosse de hockey du score de nos amis Jamaïcains en journée 9, marquée par les premières médailles du sprint, puisque, comme il y a quatre ans, ce pays ne marque des points qu’en athlétisme, et plus précisément uniquement sur des courses de distance inférieure ou égale à 400 m, ce qui est suffisant pour s’assurer une place dans le Top 10.

Observons justement la répartition des points par pays, pour les dix premiers :

2

3

4

Je laisse le lecteur identifier les points forts et les points faibles des différents pays… La France présente le bilan le plus « équilibré » entre les différentes disciplines puisque c’est le seul pays du Top 10 qui ne doive pas plus de 20 % de ses points à une seule discipline. C’est sans doute une bonne nouvelle, montrant que la pratique de toutes les disciplines à très haut niveau est possible en France et que l’affaiblissement éventuel d’un sport n’aura pas de conséquences trop marquées sur l’ensemble du bilan olympique.

Le cas de la Jamaïque est vraiment très à part ; remarquons en passant que le sprinteur Usain Bolt apporte 80 points à son pays, contre seulement 74 pour Michael Phelps, confirmant la supériorité déjà bien documentée du Jamaïcain sur l’Américain.

La répartition totale des points entre les dix premiers et tous les autres, regroupés dans « Autres », s’établit comme indiqué sur la figure ci-dessous :

5

Ces Jeux Olympiques ne sont pas vraiment « égalitaires » puisque la moitié des points est captée par les sept premiers du classement.

Bilan des sports

La répartition des points entre les sports créée mécaniquement par les coefficients est la suivante :

6

On peut analyser la dispersion des points entre les pays pour les différents sports, indiquée dans les diagrammes suivants. Seuls les pays ayant obtenu des médailles sont mentionnés, ceux indiqués à « 0 % » ont inscrit des points, mais moins de 0,5 % du total du sport en question.

7

8

9

10

11

12

Sans surprise, l’athlétisme est de loin le sport le plus universel, avec 42 pays ayant obtenu au moins une médaille dans cette discipline, contre 26 en natation (plongeon y compris).

Conformément à son statut de « puissance sportive moyenne », la France n’est en tête dans aucun sport, mais elle est souvent placée. Elle progresse en boxe, retrouve son lustre en équitation et escrime, se maintient en judo mais s’effondre en natation et cyclisme.

Seuls les « sports de raquette » (badminton et tennis de table) présentent une répartition vraiment déséquilibrée avec l’hégémonie chinoise.

Les ravages de Le Théorème

Le Théorème démontré lors de la Journée 11 et signalé par ailleurs s’est encore vérifié dans les finales de sports collectifs.

En volley-ball masculin, le Brésil a pris sa revanche sur l’Italie qui l’avait battu en phase de poule ; on peut considérer ce résultat comme une sanction immanente contre l’Italie qui, en lâchant son dernier match contre le Canada, avait lourdement contribué à l’élimination de l’équipe de France. Remarquons en passant que les trois médaillés dans cette discipline (Brésil, Italie États-Unis) étaient dans la même poule que la France, ce qui montre que « sortir de ce groupe A » était vraiment une tâche très difficile, les défaites des américains et des italiens contre les canadiens ayant plombé l’équipe de Laurent Tillie.

L’équipe de France masculine de handball a également été victime de Le Théorème, s’inclinant en finale contre un adversaire qu’elle avait battu en phase de poule.

Le lecteur attentif pourrait rétorquer qu’il y a eu quelques contre-exemples, par exemple en handball féminin où l’équipe de France, après avoir fait œuvre sanitaire lors d’une héroïque remontée en quart de finale, a obtenu en demi-finale et en finale les mêmes résultats que contre ses adversaires en poule. Il n’en est rien. Comme en climatologie, quand le modèle ne permet pas de prévoir le résultat observé, c’est que les observations sont fausses. Ainsi, en admettant que la France ait battu les Pays-Bas en demi-finale et perdu contre la Russie en finale (résultats attestés par la distribution des médailles sur le podium officiel), on peut affirmer que les Françaises ont perdu contre les Néerlandaises et gagné contre les Russes en phase de poule.

Un projet pour l’avenir

Comme à chaque olympiade, il faut envisager les sports qui entrent et qui sortent du programme, ainsi que des modifications éventuelles des coefficients.

Pour les sorties, on se demande encore ce que fabrique le tennis aux Jeux Olympiques, à part permettre à certains journalistes et consultants de France Télévisions de squatter le plateau de France 2 – France 3. Joueurs et joueuses démotivés, polémiques infantiles, résultats absurdes, épreuves ineptes récompensant des participants depuis longtemps à la retraite : mais comment ce sport peut-il être encore là ?

Avec son décompte automatisé des points et son recours à la vidéo, le taekwondo a été encore plus ennuyeux que je ne m’y attendais, et ce n’est pas un mince exploit. Dans mon souvenir, c’était une discipline où deux combattants se faisaient face en sautillant. En 2016, le sautillement a disparu, il ne reste plus que des levers de jambes pour gêner l’adversaire et les gestes ridiculement brusques des arbitres. Comble de malchance, les seuls combats où des points furent inscrits en nombre significatif eurent lieu en pleine nuit. Bref, le taek, dehors !

Le BMX est toujours aussi ridicule, avec ses présentations interminables des coureurs, son speaker qui hurle, ses cascades et chutes qui le transforment en un jeu de massacre aléatoire. Chacun pratique le sport qu’il veut et qui le passionne, mais on n’impose pas ce genre de spectacle aux Jeux Olympiques. D’ailleurs, j’ai demandé son avis à Nelson Montfort, il m’a dit qu’il était d’accord.

Bien sûr, il faut compenser ces sorties en faisant entrer de nouveaux sports. Dans un premier temps, il est indispensable que toutes les spécialités d’escrime soient présentes dans les compétitions par équipe, cela n’ajoute que deux épreuves par rapport à la situation actuelle.

Le Grand Tournoi ayant obtenu un vif succès, il paraît naturel que la belote coinchée, sport de l’esprit de tradition ancestrale, entre au programme des Jeux Olympiques. De même, un sport méconnu, promu dans les années 1980 par Stade 2 mais oublié depuis, mérite enfin une reconnaissance internationale : le barre à roue fera donc son apparition aux Jeux de Tokyo en 2020, pour exaucer le vœu de Daniel Cazal.

Enfin, certains coefficients de sports seront revus. Certainement grâce au travail d’Arnaud Romera que j’ai déjà signalé, la boxe semble avoir réglé ses problèmes de corruption et l’arbitrage a été équitable lors de ces Jeux Olympiques, le coefficient de toutes les catégories de boxe passera donc de 1 à 2. Le rugby à VII a finalement donné un spectacle très correct et, malgré son format absurde, cette compétition mérite d’être traitée comme les sports collectifs secondaires (hockey, water-polo), d’où un coefficient 6.

Comme toujours, c’est avec une pointe de nostalgie qu’on quitte ces Jeux Olympiques et le canapé qui va avec, car on s’était finalement habitué au recours à « la règle à calcul », à ces concurrents français « en embuscade » et à ces « gros espoirs de médaille » finalement (ou pas) déçus. Et puis surtout, parce que, après les Jeux Olympiques, c’est le mois de septembre.

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6 réflexions au sujet de « JO 2016 : jour 16, le grand bilan »

  1. En effet, si les combats de taekwondo pouvaient avoir un petit intérêt il y a 4 ans, ceux qui j’ai vu étaient totalement attentistes avec des combattants qui ne tentaient presque rien, des coups sans impact… ça ne ressemble plus tellement à un sport de combat!

    Le BMX est une loterie, le pentathlon aussi avec le tirage au sort des chevaux, dont certains connaissent déjà le parcours.

    Quant au golf…

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  2. Scandale aux JO de Rio : un boxeur russe remporte la médaille d’or sous les huées du public

    Le boxeur russe Evgeny Tishchenko a remporté lundi la médaille d’or dans la catégorie des -91 kilos aux dépens du Kazakh Vassily Levit. Une victoire qu’il doit à une décision des juges ultra controversée. C’est le premier gros scandale arbitral qui touche la boxe aux Jeux Olympiques de Rio 2016.

    Même lui n’a pas osé fêter son titre olympique avec la joie qu’il convient d’afficher en de pareils instants. Surpris à l’annonce du verdict des arbitres le donnant vainqueur, Evgeny Tishchenko a fait profil bas et s’est rapidement éclipsé. Le Russe n’a en tout cas pas échappé aux sifflets du public brésilien, renouvelés au moment de la remise des médailles.

    Même lui n’a pas osé fêter son titre olympique avec la joie qu’il convient d’afficher en de pareils instants. Surpris à l’annonce du verdict des arbitres le donnant vainqueur, Evgeny Tishchenko a fait profil bas et s’est rapidement éclipsé. Le Russe n’a en tout cas pas échappé aux sifflets du public brésilien, renouvelés au moment de la remise des médailles.
    (…)

    http://www.directmatin.fr/coulisses/2016-08-16/scandale-aux-jo-de-rio-un-boxeur-russe-remporte-la-medaille-dor-sous-les-huees

    « la boxe semble avoir réglé ses problèmes de corruption et l’arbitrage a été équitable lors de ces Jeux Olympiques, le coefficient de toutes les catégories de boxe passera donc de 1 à 2. »

    LOL

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    • Des juges et des arbitres officiant aux jeux Olympiques ont été écartés des épreuves après plusieurs décisions controversées, a annoncé mardi 17 août l’Association internationale de boxe amateur (AIBA) qui organise les tournois à Rio.

      Sur les 239 combats livrés depuis le début des jeux Olympiques, « moins d’une poignée de décisions se sont révélées en-dessous du niveau attendu », a précisé l’AIBA dont une commission a revu les matchs.

      « Par conséquent, il a été décidé (…) que les arbitres et les juges concernés n’exerceraient plus durant les jeux Olympiques de Rio », a indiqué l’instance dans un communiqué. Les épreuves de boxe à Rio se terminent dimanche avec notamment la finale des super-lourds messieurs (+ 91 kg). « Conformément aux règles de l’AIBA, les résultats de tous les combats sont maintenus », a-t-elle aussi annoncé.
      (…)

      http://www.lemonde.fr/jeux-olympiques-rio-2016/article/2016/08/17/jo-2016-boxe-des-juges-et-des-arbitres-ecartes-des-epreuves-olympiques_4984131_4910444.html

      Il y a pas à dire, ça sent bon…

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    • Encore mieux :

      Vers une nouvelle ère ?
      Le 06/08/2016 à 17:27:00

      Les boxeurs de ce tournoi olympique ont appris – il y a trois semaines – qu’il boxeraient avec des bandages «durs» utilisés dans le monde professionnel. Un changement motivé par la volonté de l’AIBA de gommer les différences entre les boxes pro et amateur. On peut toutefois se demander s’il n’est pas précipité. En effet, nombre de boxeurs amateurs n’ont jamais combattu avec des bandages durs. En termes de sensations, c’est un peu comme si les sprinters devaient changer de modèles de pointes la veille de leurs séries sur la piste du stade Olympique. «Ça peut changer la donne dans les grosses catégories où l’impact des coups est plus décisif», ajoute Dominique Nato, ancien DTN de la boxe tricolore.

      http://www.lequipe.fr/Boxe/Actualites/Vers-une-nouvelle-ere/713712

      Changer un élément aussi crucial à la dernière minute, y a pas à dire, ça fait sérieux…

      « le coefficient de toutes les catégories de boxe passera donc de 1 à 2. »

      Je porte réclamation pour contre cette décision arbitrale aberrante.

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      • Très bien, la commission compétente va examiner cette réclamation avec toute la rigueur nécessaire 😉
        J’avais entendu parler de ces juges de boxe écartés : c’est évidemment regrettable mais je trouve quand même que cela constitue un progrès puisque l’affaire sort et que des sanctions sont prises…

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