Climat et santé

Bernard Swynghedauw, membre correspondant de l’Académie de médecine, vient de faire paraître un article sur le site du Figaro, intitulé « Réchauffement climatique : quelles conséquences sur la santé ? ». Disons-le : on attendait mieux de la part d’un scientifique associé à la vénérable Académie.

 

Dans cet article, le « réchauffement climatique » n’est qu’un élément de la liste des peurs traditionnelles qui nous sont proposées, avec une coloration très « santé publique ».

[L]es modifications environnementales font partie d’un ensemble de flux en accélération continue, flux commerciaux, financiers, flux d’informations, d’agents infectieux et de populations.

Nous sommes au premier paragraphe, et déjà la peur exponentielle symbolique pointe le bout de son nez au travers de cette inquiétante « accélération continue ». On peut comprendre que les flux d’agents infectieux soient un problème utile à mettre en exergue de la part d’un médecin. En revanche, l’opinion subliminale concernant les flux immatériels est d’une toute autre nature : même si ce n’est pas explicité, rapprocher les deux relève clairement d’une idéologie, certes respectable mais dont le caractère non-dit demeure intellectuellement problématique.

Ces flux évoluent à l’intérieur d’une planète aux ressources limitées et en pleine explosion démographique et la notion d’«enfermement planétaire» (que l’on doit à André Lebeau, 2008) est particulièrement signifiante en santé publique.

On n’est pas encore sorti du premier paragraphe que la peur exponentielle est déjà de retour. La peur du monde étroit se conjugue cette fois avec la supposée « explosion démographique », cette vieille lune à laquelle persistent à croire tant de grands esprits. Comme les autres catastrophismes, le catastrophisme démographique a beau être démenti décennie après décennie, il s’en trouve toujours pour ressusciter Malthus et ses épigones. En l’occurrence, on a droit à un peu de publicité pour un auteur dans la ligne de la peur du monde étroit, mais pas, en revanche, à une quelconque source scientifique identifiant la supposée « explosion démographique ». Et pour cause : en réalité la croissance annuelle de la population mondiale diminue. D’un peu plus de 1% aujourd’hui, elle n’a jamais été aussi faible depuis au moins le milieu du XXè siècle. On s’attend d’ailleurs à ce qu’elle continue à diminuer les prochaines années (source) :

worldgr

Depuis toujours, en France et ailleurs, la mortalité globale dépend des variations de la température externe avec un pic hivernal fin janvier. Tout récemment s’y sont rajoutées les canicules estivales, comme nous avons tous pu le constater, voire le vivre, en août 2003.

Voilà un sacré scoop : quand il fait trop froid ou trop chaud, cela pose des risques de santé publique. Sans doute doit-on supposer que dans le paradis climatique de jadis on ne dénombrait jamais nulle victime du froid, de la sécheresse ou de la déshydratation… mais l’obsession du « réchauffement climatique » est aujourd’hui telle qu’on en est à devoir rappeler que, sous nos latitudes, le froid tue bien davantage que le chaud. Même la canicule de 2003 qui avait frappé une France métropolitaine alors mal préparée a tué trois fois moins qu’un hiver ordinaire.

Le Plan Canicule mis en place à la suite de cet épisode a permis de prévenir les conséquences des vagues de chaleur qui surviennent pratiquement tous les ans depuis une dizaine d’années.

Pratiquement tous les ans depuis une dizaine d’années ? Là, c’est Météo-France qui n’est pas d’accord :

RecencementCanicule201507

Il y a eu 23 vagues de chaleur recensées en France entre 1947 et 2015, c’est-à-dire en moyenne une tous les trois ans. Depuis dix ans, il y en a eu cinq (soit une année sur deux, mais compte-tenu des faibles nombres en jeu l’augmentation n’est pas significative). Cinq années sur dix, ce n’est certainement pas « pratiquement tous les ans depuis une dizaine d’années« .

À ces effets directs s’ajoutent bien évidemment les conséquences médicales des événements extrêmes comme les sécheresses, les inondations et les cyclones.

Là encore, il faut croire que dans le paradis climatique de jadis les événements extrêmes n’existaient pas. Seul petit problème pour cette croyance : les données disponibles ne la corroborent guère.

Pour les sécheresses, voici cette figure tirée d’un article de Sheffield et al.  au titre explicite : « Peu de changement global pour les sécheresses des 60 dernières années » (« Little change in global drought over the past 60 years », Nature 491, 435-438, 15 novembre 2012) :

nature11575-f1-21

Pour les cyclones, voici l’un des indicateurs globaux de Ryan Maue (les autres indicateurs montrent le même genre de courbes fondamentalement plates) :

global_major_freq

Pour les inondations, la vérité est que même le GIEC convient qu’il faut rester très prudent sur leur évolution de ces dernières décennies. (Le GIEC est d’ailleurs prudent aussi sur les cyclones.)

Bref, on ne voit pas bien d’où proviennent toutes ces affirmations anxiogènes, qui ne sont en réalité rien de plus que des lieux communs sans aucun rapport avec l’état des observations aujourd’hui disponibles.

Le [changement climatique] doit se situer dans le nouveau paysage médical: l’âge moyen de la population augmente et le généraliste devient de plus en plus gériatre. La principale cause de mortalité, dans tous les pays, est maintenant une nouvelle entité épidémiologique, les affections chroniques non transmissibles liées à l’âge (cancers, infarctus du myocarde et affections dites neurodégénératives, type maladie d’Alzheimer).

L’âge de la population augmente : ne serait-ce par hasard en partie parce que nous vivons plus vieux ? Mézalors les choses n’iraient peut-être pas si mal ? Vite, une couche de « changement climatique », et l’apocalypse se portera mieux.

Arriverons-nous à contrôler des changements? On ne peut guère répondre, tellement les inconnues sont nombreuses, mais, ce qui est sûr, c’est que les médecins ne pourront qu’y faire face, et que la réponse ne pourra venir que d’accords à l’échelle planétaire, type COP21, la dernière conférence sur le climat.

La COP21 n’a rien « contrôlé » du tout : ce fut un piteux échec, habilement déguisé en succès comme savent le faire les bons diplomates. Tout carbocentriste qui se respecte devrait s’inquiéter du désastre que représente pour lui l’accord de Paris — sauf bien sûr si la peur de l’avenir de la planète n’est pas davantage qu’une comédie médiatique.

Il est triste de constater une fois de plus que, même à haut niveau scientifique, parler d’environnement ne semble jamais pouvoir signifier autre chose que lister les « problèmes qui menacent l’humanité ». Et ce sans aucune considération pour le réel observé.

PS : malgré mes recherches, je ne suis pas parvenu à trouver le moyen d’entrer en contact direct avec Bernard Swynghedauw. Merci à tout lecteur qui parviendra à le faire de l’inviter cordialement à y réagir. [MàJ : auteur contacté. Merci à tikilgs.]

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6 réflexions au sujet de « Climat et santé »

  1. Monsieur Rittaud @

    Vous dites : «  » » » l’obsession du « réchauffement climatique » est aujourd’hui telle qu’on en est à devoir rappeler que, sous nos latitudes, le froid tue bien davantage que le chaud. Même la canicule de 2003 qui avait frappé une France métropolitaine alors mal préparée a tué trois fois moins qu’un hiver ordinaire. » » » »

    L’article dit :
    «  » » »Depuis toujours, en France et ailleurs, la mortalité globale dépend des variations de la température externe avec un pic hivernal fin janvier. Tout récemment s’y sont rajoutées les canicules estivales, comme nous avons tous pu le constater, voire le vivre, en août 2003. » » » »

    Si vous appreniez à lire.Comme je sais que je serai censuré je me permets de vous dire que vous serez toujours un comique qui nous fait bien marrer avec ses insanités.

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    • J’ai commis l’erreur de penser que tout le monde comprendrait l’enjeu de ce passage : « hivers plus doux + étés plus chauds » fait globalement moins de victimes que « hivers plus froids + étés moins chauds ». Mea culpa, j’aurais dû tenir compte de vous, mon plus fidèle lecteur.

      Pour le reste, pas de bol, donc Robert : cette fois je n’ai pas eu la bonté de dissimuler aux autres votre état d’esprit. Votre dernière phrase en dit long. À sa lecture chacun comprendra pourquoi vos commentaires sont modérés a priori.

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