Soutien à Bernard Mezzadri

France, que devient ton Université ?

Un maître de conférences à Avignon (donc un collègue à moi), Bernard Mezzadri, est poursuivi en justice par sa hiérarchie pour un trait d’humour ironique sur un forum de discussion de son université. Si la dystopie d’un ministère de l’Humour Conforme vous effraie, faites comme moi et signez cet appel.

Le tort de Mezzadri : avoir, dans un forum interne de discussion de son université, commenté la venue prochaine du premier ministre Manuel Valls en ces termes :

J’espère qu’en cette grande occasion la délégation de l’UAPV comptera suffisamment de « blancos » (et pas trop de basanés), afin de ne pas donner une trop mauvaise image de notre établissement.

Il s’agissait d’une allusion aux propos pour le moins limites prononcés par Valls lui-même au marché d’Évry, il y a quelques années lorsqu’il était maire de la ville :

« Belle image de la ville d’Évry… tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos ! »

À mon avis, une hiérarchie universitaire ignorant l’épisode d’Évry pouvait réagir en deux temps :

  1. fermeture temporaire immédiate du forum où la phrase avait été publiée ;
  2. convocation illico de son auteur, pour recevoir ses explications, lui passer une soufflante et lui signifier qu’il a intérêt à se tenir à carreaux désormais.

Plein de raisons pour procéder comme ça :

  • l’incendie était facile à éteindre ;
  • le tout pouvait se régler en quelques minutes ;
  • on pouvait quand même, devant l’outrance des propos, se dire qu’il s’agissait d’humour et qu’une explication dissiperait l’équivoque ;
  • la justice a d’autres chats à fouetter ;
  • l’Université aussi ;
  • et son image (celle de l’Université) doit pouvoir se passer de ce genre d’affaire.

En vrai, sachez que dans ce genre de cas la « bonne » décision (lisez : celle qui a été prise) consiste à déposer plainte sans délai pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence, etc.« .

Maintenant que, le bad buzz étant lancé, la présidence de l’université a dû être mise au courant des propos de Valls au marché d’Évry, on peut imaginer qu’elle va

  • porter plainte contre Valls pour les mêmes motifs que contre Mezzadri ;
  • retirer sa plainte, présenter ses excuses les plus plates pour le malentendu et jurer (mais un peu tard) qu’on ne l’y prendra plus ;
  • continuer comme si de rien n’était.

C’est évidemment la dernière option qui va s’appliquer. Le pire, c’est que c’est peut-être la bonne tactique. Techniquement en effet, la phrase de Mezzadri est raciste, et le gros problème est qu’elle ne fait pas de référence claire à l’épisode du marché d’Évry. Quelqu’un qui ne le connaît pas (et il faut bien convenir que nul n’est obligé de le connaître) peut donc légitimement être choqué.

Voilà donc une nouvelle fois atteintes les limites de ce que peut — et doit — le droit face à l’humour. Le précédent le plus proche me semble celui de Patrick Sébastien et de sa chanson parodique où il annonçait vouloir « casser du Noir » : l’intention humoristique était évidente, les positions de l’auteur sur le racisme n’étaient nullement équivoques, mais le propos lui-même n’en était pas moins juridiquement problématique. D’ailleurs, Sébastien avait effectivement été condamné.

Sans être spécialiste, j’avoue craindre un nouvel exemple d’aberration juridique du même genre. Je souhaite me tromper, mais j’espère que Mezzadri s’est choisi un bon avocat, car la partie risque d’être difficile. (Pour l’aider à financer ses frais de justice, c’est là.)

Bref, la fac d’Avignon va claquer son pognon (elle doit en avoir trop…) pour le plaisir de « montrer qu’à la fac, on n’est pas racistes, non mais oh », en cherchant des poux à un de ses employés qui, lui, va passer des semaines à se battre pour défendre son honneur au lieu de faire son travail.

L’université vient de se couvrir de ridicule. Ayons espoir : avec un peu de chance, elle arrivera peut-être aussi à flinguer pour rien la carrière d’un de ses enseignants-chercheurs. Du gagnant-gagnant, quoi.

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3 réflexions au sujet de « Soutien à Bernard Mezzadri »

  1. coucou,

    et bonne année !

    l’aurait pas plutôt sauté la femme du chef, mr mezzadri ?

    suivant la tournure de l’evenement mondial, on pourra le qualifier de courtelinesque, ubuesque, kafkaien ou orwellien ….

    Qu’une blague grotesque du niveau collége ait mobilisé tant de haut-personnages de l’état, directeur d’université, procureur et tutti quanti, cela laisse pantois.

    Bonne promenade de santé à votre collégue, qui je crois, devrais plutôt changer d’air, car la machine s’est emballée…

    oh etat d’urgence, oh desespoir,
    que n’ai je …..

    garde à vous

    Bonne journée

    Stéphane

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  2. Bonjour ! On vous lit moins depuis que la planète a été sauvée « en France même » par Fabius et Hollande, sans oublier nos vedettes primées de l’excellent climathon ….
    Pour le sujet de ce post, je pense que nous vivons une époque invivable, où les susceptibilités sont telles que l’humour en pâtit sur ces thèmes qui imposent dans la sphère publique une délicatesse de danseuse.
    C’est pourquoi je crois qu’un prof d’université devrait être en mesure de faire le même constat, et donc capable de se montrer prudent dans son expression publique, justement pour éviter cette mauvaise comédie judiciaire, qui a en effet toutes les chances de se retourner contre l’intéressé.
    Maintenant je crois aussi profondément que la manière brutale et courroucée dont l’université a voulu régler d’emblée le problème en s’adressant au parquet est probablement inappropriée, si les étapes préconisées (fermeture du blog et « entretien de progrès ») n’ont jamais eu lieu.
    Mais il n’en demeure pas moins que la prudence en la matière est juste la conséquence de l’observation de notre (parfois bien triste) réalité.. Bref, il y a sans doute de meilleurs combats.

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