Dans les coulisses du Climathon…

Il faut bien un jour que toute vérité se sache. Alors voici toute la lumière sur le fonctionnement du jury du Climathon et ses financements occultes, racontés par un insider qui souhaite soulager (un peu) sa conscience.

par Murps (qui soutient le Collectif des climato-réalistes)

C’est facile de râler sur le système en le faisant tourner. Les zécolos en savent un rayon à ce sujet. C’est pour cela que je ne les aime pas. J’en mange un tous les matins et ma devise serait plutôt « Sauvez l’humanité, mangez un écolo ». Cela fait longtemps que je vis du système, plutôt bien et le système, je préfère en dire du bien. Finalement, c’est une forme d’honnêteté intellectuelle. La seule que l’on peut me trouver.

Ce matin donc, comme chaque fin de semaine, j’ai rendez-vous avec mon gagne-pain. Mon vrai gagne-pain ; pas le job miteux et ridicule semblable au vôtre qui me sert de couverture aux yeux de mes proches, non, un véritable travail correctement rémunéré. Par « correctement rémunéré », j’entends que les dollars arrivent sur un paradis fiscal, évidemment. Mon activité est une sale activité, et je la fais salement. À fond. Sans scrupules. Dire qu’elle comporte des zones d’ombres est un euphémisme. Elle est une zone d’ombre, hors morale. Hors la loi. Tout ce que je sais, c’est qu’une fois le job – salement – effectué, un virement à 5 chiffres sera effectué sur les îles Caïmans, par des gens que je ne connais pas mais qui ne plaisantent pas. Qui a raison, qui a tort ? Je l’ignore et ne cherche pas à le savoir, mon travail consiste seulement à cultiver le secret et la manipulation.

Je m’appelle Murps*. Je suis un climatosceptique au service des Worlds Companies, et membre du très secret « jury du Climathon ».

L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions, dit-on. Moi j’ai choisi mon camp. De toute façon, mes intentions sont mauvaises, alors comme le résultat serait le même, à quoi bon vouloir faire le bien ?

J’aime le contact de la nature. La preuve, la vue du ciel à travers le plafond panoramique blindé de ma limousine me ravit l’âme. Plaisirs volés avant une difficile réunion de jury sous la présidence du Professeur Rittaud, qui tire les ficelles de notre multinationale de la contre-propagande climatique. « Professeur Rittaud », ça sonne bien, mais il s’agit évidemment de poudre aux yeux. Tout est faux. Même son nom est faux. Bien entendu, rien ne filtrera sur sa véritable identité, de même que la mienne ou celles de mes collègues.

C’est devant une tour du quartier de La Défense que le chauffeur stoppe, s’extrait du véhicule et après une brève évaluation de l’environnement m’autorise à m’engouffrer dans le hall. Silencieusement, la standardiste me tend la carte magnétique d’accès à l’ascenseur privé. MisO*, un autre membre du jury, est déjà présent. Hochements de tête entendus. Pas un mot, nous feignons de ne pas nous connaitre. Rien ne doit filtrer hors du luxueux bureau du 115 ème étage. Scans de nos rétines. Entrée dans le Saint des Saints : les 160 mètres carrés du bureau – du loft devrait-on dire – qui accueillent chaque semaine le jury du climathon. L’ambiance est à l’odeur de cuir et aux bois précieux. La sculpture de Giacometti affiche son classicisme étrusque, mais définitivement la nana de St Phalle n’est pas à sa place dans la pièce. Question de goût…

— On a failli attendre les gars !

L’organe de Jipébé* nous sort de nos réflexions.

— Bonjour connard ! lui rétorque-je. D’ordinaire, nos échanges sont courtois, mais cette fois il lui est impossible d’ignorer qu’une personnalité politique en vue nous a élégamment affublé de ce nom d’oiseau.

— Bonjour nazi ! rétorque-t-il avec un clin d’oeil.

Ces traits d’esprit subtils ne décrochent qu’un soupir désabusé de Yanarthus*, mollement installé sur un confortable fauteuil club moustache en cuir havane. Car ils sont venus, ils sont tous là. Y a même Gremsky* le fils maudit, avec des dossiers plein les bras.

TV* nous interpelle de l’escalier du loft.

— Posez-vous au lieu de débiter des insanités, et écoutez un peu le bilan de la semaine. On a pas trop le temps.

MisO, Yanarthus, Gremsky, jipébé, TV et moi-même, nous voilà donc tous les six luxueusement calés face à la baie vitrée du haut de la tour, d’où nous voyons la ville à l’envers et d’où nous contemplons la misère.

La voix métallique de Benoît Rittaud retentit alors.

— Bon, je vois que tout le monde est là à l’heure. C’est bien. Désolé de ne pas être présent en chair et en os. D’abord les bonnes nouvelles. L’émir dont je ne peux dire le nom a abondé le compte des îles Vierges, comme prévu. J’ai eu un petit mot de félicitations de sa part. L’article sur le fracking lui a beaucoup plu. Ses actions ont pris 30 % sur le dernier trimestre. Je vous suggère de fourguer vos certificats de vente à découvert. Je ne vous en dis pas plus…

Murmures de contentement et sourires de connivence.

— Deuxièmement, nous devons continuer à inonder les média de contre-propagande climatique comme nous l’avons fait. J’ai discuté avec les patrons des plus grands groupes de presse, ils nous soutiennent et continueront à verser la… comment dire… la « rente ». Evidemment, rien ne doit transpirer de ce bureau. De toute manière, les verts ne représentent qu’une petite fraction de l’électorat et ils ne pourront imposer leur théorie du réchauffement facilement aux média et politiques. Ils n’ont pas nos moyens.

MisO se marre, Yanarthus fait la grimace : il n’aime pas enquêter chez les verts car une des responsables du parti le poursuit de ses assiduités ce qui est souvent une source de plaisanteries entre nous. N’empêche que nous lui devons le récent éclatement du parti écologiste… Chapeau !

— Troisièmement, nous devons absolument, et ce sera l’objectif des prochaines semaines, cacher à la population certaines preuves irréfutables du réchauffement climatique. Je cite :

Le réchauffement provoque une hausse et une baisse de la salinité des océans, le suicide des ours blancs, une hausse du nombre de bébés morses orphelins et une rupture de stock en sirop d’érable.

— Voici les plus urgentes à régler, vous avez carte blanche. Vous pouvez acheter les auteurs de ces articles scientifiques, ils peuvent aussi avoir une espèce d’accident… C’est vous qui voyez, je vous fais confiance.

Instant de silence, puis changement de ton :

— Passons aux sujets qui fâchent. Gremsky, montre tes dossiers de papier en bois d’arbre. J’aime pas les fichiers numériques, ça laisse des traces sur la toile et ça fait désordre.

Une première photo montre Jipébé en compagnie d’une danseuse du Bolchoï en petite tenue, un second document est une facture de palace avec 6 zéros au nom de Yanarthus, un article de journal dans une langue exotique évoque l’ouverture d’une usine de sable bitumineux dans une contrée lointaine, financée par TV et MisO. Le dernier document me concerne directement et je me mords les lèvres en le découvrant…

— Murps, dites donc, on ne peut pas dire que vous fassiez dans la discrétion.

— Je suis désolé Ben, mais une goélette de 36 mètres, c’est pas comme une facture de grand hôtel, ça ne passe pas inaperçu.

— Je le sais bien, bougre d’âne, mais avec les tops modèles en monokini sur le pont et des floppées de paparazzi autour, on va finir par se faire repérer. Surtout que c’est paru dans la presse people. Vos camarades ont eu la décence de faire leurs conneries à l’étranger. A part Gremsky, qui reste inodore et sans saveur et qui n’a pas fait parler de lui.

— Fayot !!!

— Je vous rappelle que la discrétion est notre maître mot. On est climato-sceptiques mais personne ne doit savoir que c’est nous qui orchestrons toutes ces campagnes de désinformation à grande échelle que tout le monde entend.

— Je prends note Ben. De toute façon ma femme n’aime pas mes nouvelles copines.

— Votre vie privée ne me regarde pas.

— Non, mais je ne vais pas les revoir. Je vous assure.

— Je m’en fiche ! Faites ça dans les alcôves c’est tout ce que je vous demande.

— C’est que… vous comprenez, j’aime les voiliers. J’en voulais un depuis que je suis petit. Je l’ai baptisé « Skyfall »…

— C’est bon Murps ! Cessez vos gamineries, l’argent vous corrompt. Bien Messieurs, à bientôt et désolé de na pas être des vôtres ce soir comme d’habitude. Je rencontre tout à l’heure un dirigeant international peu recommandable mais haut placé. On se revoit la semaine prochaine pour en parler. Tchô !

La communication coupée, le silence pèse un instant, bientôt interrompu par le grincement de la broyeuse de document que Gremsky vient de lancer. Il enchaîne :

— Bon, on oublie les photos et pour fêter les îles Vierges, on se fait un petit truc sympa ? Pour me faire pardonner je vous offre le Passy Mandarin avant de faire un tour au Crazy, j’ai un pote qui peut me présenter les danseuses. ..

— Mouais, l’interrompt Yanarthus. J’ai une meilleure idée : tous dans mon jet privé et je vous invite à Berlin manger un morceau chez Pauly Saal, à quelques rues de la Spree, on m’a dit que c’était sympa. On ira écouter du jazz ce soir Schlocht, j’ai mes entrées. Ca vous branche ? On vote. Qui est pour ?

Trois Rolex et deux Breitling se lèvent.

— Allez hop ! Berlin, nous voici !

Murps

* Les prénoms ont été changés.

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5 réflexions au sujet de « Dans les coulisses du Climathon… »

    • Article très amusant, en effet !
      Mais attention à ce que les réchauffistes ne s’emparent pas de cet nouvelle pour démontrer que le climathon serait corrompu.
      Nous avons une conscience, eux non !
      Climatiquement vôtre. JEAN

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      • Amusant , oui si l’on veut , mais je pense comme vous que cet article ne soit porteur de risque s’il est diffusé dans le milieu réchauffiste !

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  1. Je partage l’avis désapprobateur du boss concernant la goelette avec les tops en monokini, car j’ajoute qu’ainsi, on ne peut se prévaloir de nier le réchauffement.
    Pourquoi pas des tops en zérokinis….
    Des mousses hors d’âge avec barbes, favoris et autres hirsutismes, en costumes de baleiniers du XIX ° siècle, seraient plus conformes avec l’anti rechaufisme. Faites venir Robert et ses amis !

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  2. Excellent ! Il y aurait certes quelques details, mineurs, a revoir mais le gros y est. Bon, est-ce que la necessaire transparence doit aller jusque là, c’est un autre debat…

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