Le vrai Fourier

Parmi les figures tutélaires du carbocentrisme se trouve Joseph Fourier. Parce que cet immense mathématicien du début du XIXe siècle s’est intéressé à des questions de propagation de la chaleur (son article fondateur sur ce qui s’appelle aujourd’hui les « séries de Fourier » traite de ce sujet à l’échelle de la Terre), il est souvent abusivement considéré comme un précurseur de la théorie actuelle sur le réchauffement climatique. Pour avoir une idée de cet enrôlement forcé d’un scientifique qui mérite mieux, vous pouvez par exemple consulter la page Wikipédia consacrée à (Joseph) Fourier — non, je ne donne pas le lien, ça fait trop mal au cœur que l’œuvre d’un si grand mathématicien soit ainsi détournée.

Pourquoi parler de Fourier aujourd’hui ? Parce que Jacques Duran (alias Jean Martin) a publié tout récemment ce magnifique article sur Pensée Unique dans lequel il fait le point sur la question des cycles climatiques. Une question qui, comme on le sait, prend de plus en plus d’importance à mesure que le plateau de température global se prolonge.

Quand on voit ça (c’est-à-dire la courbe de température globale selon HadCRUT4) :

from_1850

alors on peut penser que, une fois enlevée le « bruit » (c’est-à-dire les variations ponctuelles d’une année sur l’autre, qui tiennent à quantité de facteurs non significatifs pour le phénomène considéré), la courbe sous-jacente pourrait ressembler à ça :

sinusoide

(Je n’ai pas pris le temps de lisser un peu la courbe de température ni de mettre les barres d’erreur, mais je pense que, avant 1880, ces dernières sont telles que l’écart avec la courbe noire n’est guère significatif.)

C’est ce point de vue-là (et non celui d’une bête droite qui monte) qui correspond le mieux à l’esprit du travail de Fourier : décomposer une courbe en une somme de signaux périodiques. Sur le dessin très schématique précédent, la courbe noire peut être vue comme la superposition de deux signaux :

  • un signal « basse fréquence » (évolution de long terme) qui est celui de la tendance générale à la hausse ;
  • un signal « haute fréquence » (évolution de court terme), qui se superpose à la tendance de long terme et donne ces creux et ces bosses.

signaux(NB : en vrai, ici le signal basse fréquence est une droite, c’est-à-dire que j’ai supposé l’échelle de temps de ce signal très grande par rapport à la durée sur laquelle s’étendent les données de HadCRUT4.)

Voir l’évolution de la température de cette manière est à la fois simple, « naturel » dans l’esprit des séries de Fourier, et également ravageur pour le carbocentrisme. En effet, la caractéristique du signal basse fréquence est de ne pas pouvoir s’expliquer par des causes anthropiques (à cause de son échelle multiséculaire, trop grande comparée à la durée de nos émissions de gaz à effet de serre). Quant au signal haute fréquence, son caractère oscillant le rend impropre à tout rapprochement avec l’augmentation continue de la teneur atmosphérique en gaz carbonique.

Bien sûr, des dessins de coin de table, ce n’est pas suffisant. Raison pour laquelle il faut vraiment lire l’article de pensée-unique (allez hop, je vous remets le lien), qui fait la revue des articles les plus importants sur cette idée qui, à mon sens, est la plus authentiquement « fouriériste » qu’il se peut sur la question du climat.

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21 réflexions au sujet de « Le vrai Fourier »

  1. Très intéressant du point de vue mathématique (que je ne maitrise absolument pas donc je vous fais confiance) par contre pourquoi dire « ..c’est-à-dire la courbe de température globale selon HadCRUT4 »?
    Si je ne me trompe pas HadCRUT4 ce sont les températures de surface (terres et océans), or plus de 90% de la chaleur est emmagasinée dans les océans, donc il serait plus honnête de tenir compte de la température globale qui elle continue à augmenter sans aucun plateau.

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      • Ce n’est pas cela qui est malhonnête, c’est de faire croire qu’il n’y a que la température de surface qui compte, en occultant complètement ce qui se passe sous la surface des océans, où va plus de 90% de la chaleur additionnelle.

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      • Je n’occulte rien, je présente un aspect des choses.
        PS : si vous ne voulez pas être banni d’ici, veuillez cesser une fois pour toute de m’injurier. C’est mon dernier avertissement.

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      • Vous présentez un aspect des choses?

        Je vous cite : « Une question qui, comme on le sait, prend de plus en plus d’importance à mesure que le plateau de température global se prolonge » et plus loin « ravageur pour le carbocentrisme »

        Vous tentez donc de démontrer qu’il y a un plateau de températures globales, alors qu’il ne s’agit que des températures de surface, puis vous dénigrez indirectement les scientifiques, que vous qualifiez de « carbocentristes », en supposant qu’aucun d’eux n’a les connaissances que vous attribuez à Duran (je schématise par manque de place et de temps)

        Bannisez-moi si vous voulez, mais le prétexte de l’injure est un peu court jeune homme ; arrêtez d’injurier les autres et vous cesserez de penser qu’on vous injurie chaque fois qu’on n’est pas d’accord avec vous et qu’on vous dit ce que l’on pense.

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      • Je pourrais fournir quantité de liens vers des sites sérieux diffusant de la « vraie » science, mais je trouve que celui-ci résume assez bien la situation : http://www.climate.gov/news-features/climate-qa/why-did-earth%E2%80%99s-surface-temperature-stop-rising-past-decade

        A moins que le NOAA fasse partie de la grande coalition mondiale chargée de propager des fausses informations…

        Heureusement qu’il y a Duran et son « magnifique » site Pensée unique pour rétablir la vérité.

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  2. 1. l’article sur l’océan ne couvre pas les mêmes périodes que l’argument sur les cycles de 60-65 années: serait il illogique que la chaleur s’enfonce dans l’eau lors des pauses et ressorte lors des remontées de température ? c’est la base des arguments de la compil réunie par Duran-Martin sur Pensée Unique.
    2. le pb c’est de séparer dans les variations de températures, toutes, surface, fond océans, atmosphère , les variations naturelles et la part revenant aux gaz ajoutés « volontairement » ou « par négligence » par l’agitation humaine. L’article sur les océans ne le fait pas.

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  3. Dans l’article de Duran il y a un monument de mauvaise foi : la reprise d’un graphique de Roy Spencer dans lequel celui-ci compare les observations HadCRUT4 avec une moyenne de 90 modèles climatiques, dont certains prévoient une hausse de 8 degrés d’ici à 2100 dans un scénario des plus pessimistes (business as usual)

    Tout cela pour « démontrer » que les modèles ne savent pas prédire et sont à jeter à la poubelle (le mantra d’un minitax)

    Autrerment je vous rassure Benoit, je suis très détendu, contrairement aux pseudos-sceptiques qui vont avoir de plus en plus de mal à expliquer pourquoi les températures de surface vont se remettre à monter.

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      • « être d’un avis différent du vôtre » vous admettez donc qu’il s’agit de la part de Duran/Spencer/Vous d’un avis donc d’une opinion, en aucun cas d’un argument étayé scientifiquement.

        Je constate que vous ne répondez pas vraiment à mon commentaire ; vous qui êtes mathématicien, comment pouvez-vous justifier que quelqu’un présente dans le même graphique deux courbes qui n’ont rien à voir et en tire la conclusion (implicite ou explicite) que « les modèles sont incapables de prévoir quoique ce soit »?

        Imaginons un instant que je prenne 2 modèles, un prévoyant une hausse de 2° et l’autre de 8° en fonction de scénarios différents (l’un volontariste l’autre jemenfoutiste) et que je fasse la moyenne de ces modèles, qui fait donc 5°, puis que je la compare à ce que l’on observe et en tire la conséquence que le « modèle à 5° » se plante complètement quand on le compare aux observations, vous me direz que je suis un charlatan et vous aurez raison ; c’est exactement ce que fait Spencer non?

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      • Votre façon d’opposer un « avis » et un « argument scientifiquement étayé » est la marque typique d’un manque de culture scientifique. Désolé, mais je ne suis pas d’humeur à vous donner un cours d’épistémologie.
        Non, Spencer ne fait pas ce que vous dites. Revoyez le sens du mot « moyenne ».

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  4. Il me semble que Mano mélange les choux et les carottes (les choux étant les températures de surface et les carottes le contenu thermique des océans s’exprimant en Zéta joules).
    Depuis 1998 la planète ne se réchauffe plus : ce fait est reconnu même par le GIEC sous le nom de « hiatus », car n’étant pas expliqué par les modèles informatiques, il est « aberrant » (dans l’acception statistique du terme).
    Si l’énergie supplémentaire introduite dans le système climatique par les Gaz à Effet de Serre ne réchauffe pas la planète, alors c’est que cette énergie excédentaire doit se trouver stockée quelque part, et pourquoi pas dans les couches profondes de l’océan.
    C’est l’hypothèse du climatologue Kevin Trenberth qui dès 2010 s’inquiétait de la chaleur perdue, et soupçonnait qu’elle fût séquestrée dans l’océan « d’où elle ne tarderait pas à venir nous hanter » (Sic)
    Or la mesure de la quantité de chaleur stockée par l’océan est problématique :
    – les balises ARGO n’ont atteint une couverture raisonnablement complète des océans qu’à partir de 2003, leur déploiement complet (3500 balises) n’ayant été achevé qu’en 2007.
    – jusqu’au milieu-de des années 2000, les données de contenu calorifique des océans pour les profondeurs de 0-700 mètres sont principalement celles de l’hémisphère nord.
    – Avant l’ère ARGO les mesures de température ne couvrent que 0 à 5 % des océans de l’Hémisphère sud aux profondeurs supérieures à 700 mètres.
    Les données de la NOAA(*) montrent une stabilisation du contenu thermique des océans dans la période 2003-2013.
    (*) http://oceans.pmel.noaa.gov/
    Mais quand est-il des couches plus profondes ?
    Pour Carl Wunsch océanographe de réputation mondiale la mesure de l’influence du forçage des Gaz à effet de serre sur le contenu thermique des océans est incertaine ; je le cite (**) :
    Considérons par exemple que le réchauffement de l’océan du aux GES soit de l’ordre de 1W/m2 (e.g., Hansen et al., 2005) et sans doute même inférieur.
    Un réchauffement de 1W/m2, maintenu pendant 20 ans, ne produirait un changement de contenu d’énergie que d’environ 2.2 × ²³ Joules correspondant à une augmentation de température moyenne de l’océan global d’environ 0,04 °C.
    Munsch ajoute que la récente réévaluation du forçage radiatif à 0,5 W/M2 (Church et al., 2011), rend encore plus problématique la détection d’aussi faibles variations.
    (**) Bidecadal Thermal Changes in the Abyssal Ocean (http://journals.ametsoc.org/doi/pdf/10.1175/JPO-D-13-096.1)
    Certains scientifiques (Roy Spencer, Roger Pielke) estiment qu’il rentre dans le système climatique moins de chaleur que ne l’indiquent les modèles , et que si l’on ne retrouve pas cette chaleur perdue c’est peut être parce qu’elle n’existe pas.

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  5. Coucou,
    Et merci de ces quelques informations à Mr grandperrin. Le problème soulevé par mr mano sous pression si j’ai bien compris, était interessant, même si je me demandais quelle etait la fiabilité des données indiquées et surtout depuis quand était on capable de connaitre ces températures.

    Construire des modèles sur le climat avec seulement 20 ans de données me parait légerement présomptueux.

    On cherche, on ne sait pas grand chose et l’apocalypse selon st truc n’est pas pour demain, sauf dans la tête de mr Poutine pere ubu qui envahi la saintonge, ha pardon la crimée, mais çà n’a rien à voir

    Bonne journée

    Stéphane

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  6. @pierre Grandperrin : Si la chaleur existe vraiment et qu’elle est partie se fourrer quelque part, ça va effectivement faire bizarre. D’autant plus si elle revient et des facteurs naturels viennent lui filer un coup de main. Dans ce cas, on vient à espérer un gros coup de mou du soleil.

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  7. Bonjour Monsieur Rittaud,
    Vous dites « Parce que cet immense mathématicien du début du XIXe siècle s’est intéressé à des questions de propagation de la chaleur (son article fondateur sur ce qui s’appelle aujourd’hui les « séries de Fourier » traite de ce sujet à l’échelle de la Terre), il est souvent abusivement considéré comme un précurseur de la théorie actuelle sur le réchauffement climatique. »
    Pouvez-vous m’indiquer de quel article fondateur parlez-vous.
    Merci

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